Mon expérience de Premier Ministre durant l’accident nucléaire de Fukushima, par Naoto Kan, Ancien Premier Ministre du Japon.

…nous avons eu en fait une
protection divine.

http://fukushima.over-blog.fr/

Article mis en ligne le samedi 24 août 2013
http://fukushima.over-blog.fr/



A l’occasion du second anniversaire de la catastrophe nucléaire
de Fukushima, un symposium s’est tenu à l’Académie de Médecine de
New-York les 11 et 12 mars 2013. Organisé par la Fondation Helen
Caldicott et coparrainé par Physicians for Social Responsibility
(Médecins pour une Responsabilité Sociale), ce symposium est intitulé
« Les conséquences médicales et écologiques de l’accident nucléaire de
Fukushima ». Un groupe d’éminents scientifiques internationaux dans les
domaines de la médecine et de la biologie, des ingénieurs nucléaires et
des experts en politique ont ainsi présenté des exposés et discuté des
conséquences bio-médicales et écologiques de la catastrophe de
Fukushima.


Malgré la grande qualité des interventions, cet évènement
international consacré à la catastrophe nucléaire la plus grave de
l’Histoire est passé quasiment inaperçu dans les médias. Suite à ce
constat, une vingtaine de citoyens européens se sont mobilisés pour
réaliser des traductions françaises et allemandes afin de diffuser les
communications sur la toile. Mais la tâche est colossale. Il n’y a pas
moins de 23 conférences à transcrire et traduire. Au jour d’aujourd’hui,
la moitié de la tâche est déjà accomplie et je voudrais remercier
chaleureusement tous les transcripteurs, traducteurs et relecteurs qui
réalisent ce travail bénévolement. Par ailleurs, le formidable travail
réalisé par Kna60 permet de suivre ces conférences en vidéos
sous-titrées en français sur son blog. Qu’il en soit également ici
remercié.

Le blog de Fukushima se propose de diffuser les textes et les
vidéos des conférences traduites. Commençons par la première
intervention de la première journée, il s’agit de l’intervention de
Naoto Kan, filmée du Japon car l’ex Premier Ministre n’avait pu se
rendre aux Etats-Unis.

Symposium de New York, 11-12 mars 2013

Les conséquences médicales et écologiques de l’accident nucléaire de Fukushima


Mon expérience de Premier Ministre durant l’accident nucléaire de Fukushima

par Naoto Kan

Membre de la Chambre des Représentants

Ancien Premier Ministre du Japon

Bonjour à tous. Je suis Naoto Kan.

J’étais Premier Ministre du Japon lorsque la catastrophe nucléaire de Fukushima s’est produite en 2011.

J’étais invité au symposium organisé par la fondation Helen
Caldicott, mais je n’ai pu m’y rendre en personne. À la place je vous
envoie ce message vidéo pour vous dire ce qui s’est passé durant cette
période.

La catastrophe nucléaire de Fukushima le 11 mars 2011 a résulté de deux causes majeures.

Inutile de le dire, la cause première a été la coupure totale de
courant à Fukushima Daiichi, causée par l’énorme séisme et tsunami, les
plus forts jamais survenus dans l’histoire du Japon. Toutefois, il y
avait effectivement une autre cause majeure.

Une telle coupure totale de courant et un tsunami aussi puissant
n’ont jamais été anticipés. Aucun préparatif à une telle situation n’a
jamais été fait en termes d’installations physiques ou de structure de
la communication au sein du gouvernement. C’était, en d’autres termes,
une cause d’origine humaine.

Ce furent les deux causes qui ont conduit à ce désastre nucléaire majeur.

(…)

Dans l’intervalle, j’ai personnellement examiné, ainsi que des
experts, les scénarios du pire. Comme je viens de le dire, il y a un
total de 10 réacteurs nucléaires et 11 piscines à combustible dans les
centrales nucléaires de Fukushima Daiichi et Daini. Si tous devenaient
hors contrôle, fondaient et libéraient des matières radioactives dans
l’air et dans l’océan, quelles quantités de matières radioactives
seraient libérées dans l’environnement ?

Jusqu’à ce moment, Tchernobyl a été la pire catastrophe nucléaire,
mais Tchernobyl a résulté d’un accident dans un seul réacteur nucléaire.
Si en comparaison, on avait perdu le contrôle de 10 réacteurs et
piscines à combustible usagé, l’évacuation d’une zone extrêmement
étendue aurait été nécessaire. C’est alors ce qui m’inquiétait le plus.

M. Kondo, qui était le président de la Commission à l’Énergie
Atomique du Japon, m’a fait remarquer que dans un scénario du pire, les
gens dans un rayon de 250 kilomètres pourraient devoir évacuer, et
qu’ils ne seraient peut-être pas en mesure de rentrer chez eux pendant
10, 20 ou 30 ans.

La métropole de Tokyo est dans cette zone de 250 km. 50 millions de
gens, presque la moitié de la population du Japon, vivent là. Si 50
millions de personnes doivent abandonner leurs maisons, quitter leur
lieux de travail, ou leur école, ou si des patients hospitalisés doivent
quitter leurs hôpitaux, il y aurait beaucoup plus de victimes pendant
l’évacuation. Le Japon ne pourrait fonctionner pleinement en tant que
nation pendant longtemps.

Le Japon était proche de ce scénario extrêmement grave.

Finalement nous avons pu minimiser la dispersion de la radioactivité
en versant de l’eau dans les réacteurs avant que la situation ne
devienne trop critique. Je crois qu’on l’a dû au fait que non seulement
l’opération a été habilement gérée, mais que nous avons eu en fait une
protection divine.

Durant ces opérations, nous avons découvert que dans la politique
énergétique nucléaire du Japon jusqu’alors, il n’y avait pas de
réglementation suffisante pour forcer les compagnies exploitantes à se
préparer à un tsunami, y compris en installant un générateur de secours à
une grande hauteur.

L’Agence de Sûreté Nucléaire et Industrielle, un organisme dépendant
du Ministère de l’Économie, du Commerce & Industrie, était
l’autorité qui devait jouer un rôle primordial dans la prise en charge
d’un accident dans une centrale nucléaire. Toutefois, les cadres
supérieurs de cette agence n’étaient pas des experts en énergie
nucléaire. Ils étaient experts en législation ou politiques économiques.
Ni eux, ni leurs équipes, n’ont jamais été préparés à un désastre
nucléaire de cette ampleur.

Mon opinion est que ce manque de préparation en termes
d’installations matérielles, le manque de politiques appropriées et de
structure du gouvernement ont aggravé la catastrophe.

Après avoir vécu cette catastrophe nucléaire, j’ai pensé à la façon
de gérer les centrales nucléaires dans le contexte des politiques
énergétiques japonaises et mondiales.

Ma conclusion est que la meilleure sécurité dans le nucléaire, c’est
de ne pas avoir de centrales nucléaires du tout. En effet, je suis
convaincu que ne pas avoir de centrales nucléaires est la plus sûre des
politiques nucléaires ou énergétiques.

Inutile de dire que si nous pensons au risque extraordinaire de
perdre la moitié de notre pays et d’avoir 50% de la population qui doive
évacuer, ce problème ne peut pas être résolu par la technologie.

En outre, plus fondamentalement, j’en suis venu à penser que
l’humanité a commencé à manipuler l’atome, créant des bombes atomiques
et des armes nucléaires, puis des centrales nucléaires. Il a été créé
une technologie qui ne peut pas coexister facilement avec la vie humaine
sur Terre.

Quand je considère la future politique énergétique, je me souviens
que la race humaine ainsi que toutes les autres créatures sur Terre ont
coexisté avec le soleil pendant environ 4,5 milliards d’années. Et le
soleil a fourni pratiquement toute l’énergie sur Terre jusqu’à ce jour.

Je crois que la future politique énergétique Japonaise et mondiale
doit se focaliser sur l’extension de l’utilisation de l’énergie
renouvelable, et nous devrions finalement en obtenir toute l’énergie
requise sans utiliser l’énergie nucléaire ou les combustibles fossiles.

Au Japon, un système de tarif de rachat a été introduit après la
catastrophe nucléaire, et les énergies renouvelables, telles que le
solaire et l’éolien ont commencé à gagner en popularité à un rythme
explosif.

D’un autre côté, les problèmes des centrales nucléaires, ça n’est pas
seulement un risque potentiel d’accidents. Elles génèrent du
combustible usagé, c’est-à-dire des déchets nucléaires. Aucune solution
satisfaisante quant à leur élimination sécurisée n’a été trouvée nulle
part dans le monde.

(…)

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