L’initiative pour la “monnaie pleine” démarre médiatiquement

 Stop aux trop nombreux abus bancaires, qui écrasent les peuples soi-disant souverains.


Cette nouvelle initiative empêchera les trop nombreux abus bancaires, notamment
la concentration des profits et la socialisation des pertes.Nous
limiterons enfin les impôts, les salaires énormes, les bonus indécents
et les dividendes exorbitants et reprendrons le contrôle de la banque
nationale suisse. Elle est un pas important vers le financement du
revenu de base, soit:

  1. Retirer aux banques le pouvoir exorbitant de créer de l’argent du néant.
  2. Donner ce pouvoir aux instances démocratiques.
  3. Créer l’argent sans dettes ni intérêts.
  4. Assujettir la création monétaire à des objectifs décidés démocratiquement.
  5. S’assurer que l’argent créé soit directement injecté dans l’économie réelle.
  6. Assurer aux citoyens la transparence de leur argent.
  7. Redonner au Souverain le pouvoir de battre monnaie pour le bien commun.

Distribuons enfin les avantages du progrès technique et de l’abondance rendue possible par les machines.
Invitation à l’université de Lausanne
Dimanche 4 mai


15h Monnaie mon amour (documentaire) – Michael Groneberg

Explications un peu plus philosophiques de l’ Université de Lausanne: 


https://www.youtube.com/watch?v=rW_aAzL2pvo

et de monnaie-pleine:

https://youtu.be/4e2KdHUGvTk

http://www.becurioustv.com/fr/show/qu-est-ce-qu-elle-a-ma-girl/episode/19-mai-les-suisses-aiment-ils-vraiment-leurs-banques 

Chômage, monnaie-pleine, revenu garanti, universités suisses… Il y a au moins 7 façons de gérer les dettes.

La fameuse initiative pour la “monnaie pleine” démarre dans
les médias, avant d’être officiellement lancée. Nul doute que ce sera le
grand sujet économique de cette année. Les Suisses peuvent être les
premiers à redonner une stabilité monétaire à leur pays, basée sur le
contrôle des masses d’argent créées. La monnaie subsidiaire issue du
crédit bancaire, existant sous forme scripturale et circulant sous forme
de transactions électronique n’est pas un moyen de paiement légal en
Suisse, bien que couramment accepté. Le but de cette initiative est de
solidifier tous les dépôts à vue, et de les rendre aussi intouchables
que l’argent physique reposant dans le porte-monnaie.

Les médias mainstream lancent aujourd’hui l’information :
article du journal “Le Matin
article du journal “20 minutes
La MoMo va
prochainement lancer une récolte de signatures en faveur de son
initiative «Monnaie pleine» («Vollgeld»). «Nous souhaitons redonner le
privilège et le monopole de création monétaire, y compris scripturale, à
la BNS. Nous voulons ainsi empêcher toute création illimitée de monnaie
par les banques», a déclaré mardi à l’ats Kurt Specht, président romand
de MoMo, confirmant des informations parues dans «Le Matin Dimanche».

Actuellement, seul l’argent liquide garanti par la BNS est «réel». En
accordant des crédits, les banques créent constamment de l’argent
fictif, appelé monnaie scripturale, et qui existe seulement sous forme
électronique. Cet argent représente 90% de la masse monétaire en
circulation.

Avec cette initiative, soutenue par des professeurs d’économie des
Universités de St-Gall et Berne notamment, «les banques devraient
posséder les fonds qu’elles mettent à disposition de leurs clients, en
se procurant de l’argent «réel» auprès de la BNS ou du marché. Ce
système éliminerait la pratique de la création monétaire par les
dettes», a expliqué M. Specht.

«Le texte de notre initiative pour une «Monnaie pleine» est déposé
auprès de la Chancellerie fédérale, nous sommes dans l’attente du feu
vert officiel», a précisé le président romand de MoMo. Il a également
indiqué qu’il «espérait débuter la récolte des signatures le plus vite
possible, d’ici à la mi ou fin mai».

«Quatrième pouvoir»
La monnaie scripturale disparue, elle serait remplacée par la
«Monnaie pleine». La monnaie ainsi nouvellement créée serait mise en
circulation par les dépenses publiques ou d’autres moyens servant les
intérêts généraux du pays, a détaillé M. Specht.

Cette masse monétaire serait définie et contrôlée par le pouvoir
«monétatif». «La BNS deviendrait ainsi un véritable quatrième pouvoir,
en sus de l’exécutif, du législatif et du judiciaire», a-t-il encore
affirmé. De plus, «la monnaie mise en circulation soutiendrait
l’économie réelle. Et le système financier deviendrait plus stable en
évitant les crises financières», selon M. Specht.

L’octroi de crédits par les banques provoque en effet des crises
financières récurrentes, l’endettement des Etats, et la récession, selon
les défenseurs de la théorie de la «Monnaie pleine». Il oblige aussi
les contribuables à venir à la rescousse des banques.

Sans couleur politique
L’initiative n’a pour l’instant pas de couleur politique marquée et
transcende les partis. «Notre initiative est indépendante des partis
politiques. Des membres de différentes mouvances politiques et
économiques y sont représentés», relate ainsi M. Specht.

«Concernant la récolte des signatures, nous ne sommes pas encore
soutenus par l’un ou l’autre des partis. Mais nous travaillons à
communiquer et à les convaincre de soutenir notre initiative», a-t-il
ajouté.

Caution du FMI
L’idée de la «Monnaie pleine», développée au cours de la Grande
Dépression des années 30 par des économistes de renom aux Etats-Unis et
soutenue par l’ancien président américain Franklin D. Roosevelt, a en
tous les cas obtenu la caution du Fonds monétaire international (FMI).

Deux économistes du FMI, Jaromi Benes et Michael Kumhof, ont ainsi
mesuré, sur la base de modèles modernes, les conséquences d’une telle
réforme. Leurs conclusions, semblables à celles de leurs prédécesseurs
des années 30: en plus de l’élimination des risques systémiques du
système bancaire, les cycles économiques seraient mieux contrôlables.

Les dettes étatiques et privées diminueraient. Des gains de
production seraient également générés grâce à l’abolition des
distorsions, comme les risques liés aux taux d’intérêt notamment. De
plus, l’inflation tomberait à zéro, toujours d’après les économistes du
FMI.


(ats)
Voir sur notre site notre réponse à Avenir Suisse du 30 mars, qu’Avenir Suisse n’a pas osé publier sur son site. Évidemment, le cercle des donateurs
d’Avenir Suisse régate dans la catégorie des bénéficiaires de la
création monétaire par le crédit, il serait donc étonnant qu’ils soient
contents qu’on leur retire leur presse-citron.


Réponse à Avenir-Suisse

30 mars 2014

Réponse à la prise de position du think-tank Avenir-Suisse concernant l’initiative sur la monnaie pleine.
Le but essentiel de la monnaie est de
mettre en relation les acheteurs avec des biens réels, dans une optique
de fonctionnement harmonieux de la société, de justice et d’équité.
L’initiative nous parle d’économie réelle, pas de jeu de casino.

L’argent qui n’est pas un serviteur
devient un tyran. Actuellement, un secteur de la société échappe
entièrement à la finalité du bien commun : la finance. Il n’est que de
voir les mesures d’austérité croissantes un peu partout pour s’en
convaincre définitivement. Comment une société qui prétend se perpétuer
dans le temps peut-elle laisser un tel pouvoir dans la main d’intérêts
divergents de sa finalité de perpétuation ?

L’initiative pour la monnaie pleine a
pour objectif de redonner à l’argent cette qualité de service qu’il a
progressivement perdue, au détriment de certaines activités financières
illégitimes bien qu’actuellement légales. Ce que les banques perdront
progressivement suite à cette initiative c’est leur gigantesque et
abusif pouvoir de mettre la société en coupe réglée. Il est donc clair
qu’il s’agit d’une remise à l’ordre du système financier par le
souverain, mais non pas d’un démantèlement. Les banques se verront
effectivement contraindre aux efforts qu’elles se sont refusées à faire
jusqu’ici par esprit de lucre (parce qu’une banque n’a notoirement rien à
voir avec la bienfaisance), pour satisfaire à la mission que le
souverain leur aura confiée légalement. Il y aura du travail pour des
gens motivés et intelligents et l’on devra effectivement se mettre à
réfléchir et à agir d’une manière différente. L’invocation de la
difficulté de la tâche n’est pas un argument valable. Il y a assez de
gens capables en Suisse pour organiser avec efficacité et compétence
cette transition, si ceux qui occupent les postes actuels s’en
prétendent incapables.

C’est le droit du souverain de choisir
qui commande, et le temps de l’argent-maître est passé, c’est ce que
signifie primordialement cette initiative. Nul doute que le monde
bancaire frémit déjà et envoie préventivement ses seconds couteaux, car
il pressent que son heure de gloire s’achève, qu’il doit revenir à une
activité de service au bien commun, auquel il a complètement échappé, et
dont l’esprit se caractérise par la modestie et le dévouement au bien
commun. Il est profondément injuste que la concentration de richesse par
ceux qui la manipulent se fasse sans aucun égard à la stabilité des
peuples et sans but de bien commun. L’ère des prédateurs apatrides sans
âme s’achève.

Il existe donc effectivement pour le
système bancaire plusieurs grands “risques” d’avoir à convertir la
pseudo-monnaie scripturale (monnaie “couverte” par un château de cartes
fragile de dépôts interbancaires mutuellement dépendants les uns des
autres), dont le rendement de création profite actuellement à des
institutions privées plutôt que d’être d’intérêt général. La monnaie
pleine, entièrement couverte par l’État, existera donc au bénéfice de la
nation toute entière plutôt qu’à un groupe d’intérêts oligarchique. Ces
risques sont (entre autres) les suivants :

1) les banques ne pourront plus inclure
l’argent déposé sur des comptes courants dans la masse en faillite (donc
on ne pourra plus toucher à l’argent des citoyens en cas de faillite de
banque ou de rupture économique -comme cela commence à se faire dans
toute l’Europe- car il sera légalement protégé)

2) le pouvoir de mise en circulation
d’argent par les banques sera limité par la politique de contrôle de la
masse monétaire, au moyen de création de 100% de monnaie centrale par la
BNS pour couvrir 100% des dépôts à vue

3) les banques ne pourront de ce fait plus
émettre des crédits à court terme pour financer des investissements à
long terme sur les marchés, le seul argent qui pourra arriver sur les
marchés sera celui réellement possédé par les investisseurs, et qu’ils
auront consenti à engager

4) au fil des remboursements des crédits
actuels, la nouvelle monnaie émise par la BNS pour compenser la masse
monétaire détruite par les remboursements ne sera plus une DETTE
vis-à-vis des banques, mais une création de monnaie libre de dette, mise
en circulation par les dépenses publiques

Fort nous est de constater, que ce
think-tank appelé curieusement “avenir” suisse, tremble à l’idée qu’on
ne pourra pas revenir “en arrière” une fois cette réforme votée. Mais
c’est bien vrai. Qui parle de revenir vers un âge obscur ? Et quel
avenir pour la Suisse avec des craintes aussi régressives ? Et en
étendant le champ de vision, quelle perspective pour l’humanité avec des
symboles d’échange conçus comme autant de sangsues ? Il est temps de
changer de paradigme, de rentrer dans une ère nouvelle, une ère dans
laquelle la monnaie ne sera plus frappée de l’indignité de l’avarice et
du mépris de l’humain, une ère dans laquelle l’homme se libérera des
contraintes contre-productives des dettes, même si elles existent depuis
toujours. Il est désormais temps de progresser sur ce plan.

Pierre Mottier
Invitation à l’université de Lausanne
Dimanche 4 mai


15h Monnaie mon amour (documentaire) – Michael Groneberg


Monnaie, mon amour (film) – Michael Groneberg

Après avoir présenté au Fécule 2013 le résultat intermédiaire d’une
heure de film (caméra: Adrien Bordone, montage: Christine Ritter), le
groupe va continuer son travail en vue de la présentation d’une
docu-fiction plus longue et plus raffinée au Fécule 2014.

Le projet est ouvert pour d’autres participant-e-s, en particulier
pour les étudiant-e-s du séminaire de Michael Groneberg sur la
philosophie de l’argent qui aura lieu au semestre d’automne 2013. Pour
rappel, il s’agit 1. de montrer les alternatives au système d’argent qui
sont déjà pratiquées ou en cours de développement (en Suisse comme
ailleurs) et 2. d’illustrer quelques vérités essentielles sur la monnaie
par le jeu, par des entretiens ou par d’autres moyens à développer.

Nous aimerions en particulier approfondir l’analyse des monnaies
complémentaires, la question de l’alternative fondamentale troc-don et
du rôle de la dette. Il sera aussi question d’analyser les approches
théoriques actuelles et leurs manières de responsabiliser (ou
déresponsabiliser) la structure désireuse soit de nous tous soit d’une
petite caste de joueurs au casino. De l’autre côté sera thématisé la
colère / l’indignation (ou son absence) comme réaction au malaise
financier



En résumé très rapide.


Il y a 7 façons de gérer les dettes publiques et privées :


1)
l’inflation ( assignats, Weimar
=> très très long, mais vols des plus faibles par les impôts, échec
ou plus actuel vu que les robots produisent de plus en plus pour très
bon marché, voir les QE ).

2) la banqueroute (Directoire, Argentine
=> très très long, mais vols des plus faibles par les impôts, échec,
perte de confiance),

3) Les guerres et conflits économiques, rançonner les voisins (guerres
napoléoniennes, Rome => échec et de plus impossible vu les risques
nucléaires),

4)  la
croissance (basée sur le pari que demain sera meilleur => risqué,
mais demande de la rigueur sans quoi la dette explose comme maintenant),

5)  spoliation des patrimoines (Chypre, URSS, UE => destruction financière et
économique => très très long, mais vols des plus faibles par les impôts, échec, perte de confiance, spoliations … ),

6) remboursement à long terme (l’Angleterre
concernant ses dettes des guerres napoléoniennes => très très long, mais vols des plus faibles par les impôts).

7) le crédit social, ou la création monétaire pour le vrai bien commun.
Explications


http://desiebenthal.blogspot.ch/2013/11/creation-monetaire-du-franc.html


http://desiebenthal.blogspot.ch/2013/10/le-financement-par-la-creation-monetaire.html


DETTE,
MONNAIE & SERVITUDE

Maurice Allais est
parfois invoqué

Banque de France La Monnaie et nous
https://www.youtube.com/watch?v=dSZ6ass81ZU

L’impossible révolte
des peuples d’occident. (VIDÉO)
Qui crée l’argent ? (version courte)

https://www.youtube.com/watch?v=JKX76J7j9os&list=PLi_KRhT6WQbRcek8CGbeXo3WcsuP7LVIk

Dette, crise, chômage : qui crée
l’argent ?

https://www.youtube.com/watch?v=syAkdb_TDyo&list=PLi_KRhT6WQbRcek8CGbeXo3WcsuP7LVIk


Le revenu social garanti et la grande transformation du travail : en deçà ou au delà du régime salarial ?

Moulier Boutang Yann// Partagez —> /

Colloque du Département Inter-facultaire d’Éthique de l’Université
de Lausanne,

La fin du travail, Fatalité ou choix ?
La revendication
désormais largement discutée de l’allocation universelle ou du revenu de
citoyenneté, est généralement examinée sous l’angle d’une nouvelle
politique sociale permettant de réformer les systèmes de welfare issus
de la Grande dépression des Années Trente et d’assurer un filet
protecteur plus efficace que le RMI (revenu minimum d’insertion). Nous
nous proposons de montrer en quoi une telle approche doit être complétée
par une prise en compte de la grande transformation du travail déjà
bien entamée avec le rôle croissant du travail immatériel d’une part, du
travail indépendant de l’autre. Cette transformation majeure depuis la
révolution industrielle va de pair avec une modification totale du
concept de richesse et de travail et de valeur tant économique
qu’éthique véhiculé par l’économie politique classique.

La garantie de revenu constitue, pensons-nous, la condition
systémique fondamentale de l’innovation organisationnelle et productive,
d’un véritable aggiornamento du droit du travail permettant la création
d’un régime protégeant l’ensemble du travail dépendant, ainsi que d’une
mobilité non contrainte (qui est partiellement reconnue par le critère
d’employabilité qui joue un rôle croissant dans l’analyse de la mobilité
professionnelle ascendante). Or ce type de mobilité loin d’être
purement fonctionnelle aux transformation de l’accumulation capitaliste,
va au-delà de l’emploi salarié : elle évite en effet que la
subordination au marché plutôt qu’à un employeur déterminé et la
prolifération des formes particulières d’emploi n’entraînent une
régression , de la puissance de travail salariée individuelle et
détachée de son support en deçà du paradigme ou du canon classique de
l’emploi à durée indéterminée. L’ensemble des termes employés ici compte
comme on s’en rendra compte.

Les chapitres I à III discutent la politique européenne. Aller directement au chapitre IV pour le revenu garanti.
I.
Ceux qui plaident pour une Europe sociale, complément nécessaire de
la construction du Marché unique et de la monnaie unique, ne sont plus
considérés aujourd’hui comme de dangereux révolutionnaires utopistes. La
construction ou la reconstruction d’une nouvelle régulation du marché
(ou de son encastrement pour parler comme Karl Polanyi), représentent
désormais presque le passage obligé de la définition d’une alternative
économique qui entend échapper à la pensée unique du modèle libéral
mondialisé. Mais, comme le faisait remarquer Pierre Bourdieu cette
exigence finit par devenir un lieu commun, une incantation vide.

Face à la crise du Sud-Est asiatique, mais également à l’insolente
santé du modèle américain en matière de croissance économique, la
question n’est pas vraiment de s’accorder sur la nécessité de
sauvegarder le Welfare State, État de bien-être, de protection sociale,
c’est-à-dire un degré d’inégalité dans la répartition des revenus
beaucoup plus faible qu’aux États-Unis d’Amérique, mais plutôt de
déterminer comment y parvenir.

II
Lors du récent sommet des Quinze à Cologne la proposition française
d’aller plus loin qu’une déclaration commune en faveur de la croissance
et de l’emploi, et de jeter les bases d’un véritable gouvernement
macro-économique de l’Union Européenne, en particulier des onze pays
faisant partie de l’Euroland, n’est pas parvenue à s’imposer. Le départ
du gouvernement allemand d’Oskar Lafontaine, avait déjà repoussé toute
perspective immédiate de relance de la croissance par une politique
budgétaire keynésienne concertée entre les différents pays membres de
façon confédérale (harmonisation fiscale, sociale, relance contrôlée du
déficit budgétaire), tandis qu’ont été écartées plus récemment les
mesures de réduction européenne de la durée du travail, de lutte contre
les formes particulières d’emploi qui s’avèrent dérogatoires au contrat
de travail à durée indéterminée, en même temps que toute nouvelle
ponction fiscale sur les entreprises.

Des voix de plus en plus nombreuses parmi les économistes se sont
élevées pour remarquer que le risque d’inflation était devenu très
faible, et que c’était plutôt la déflation qui menaçait le vieux
Continent.

Se trouve posée nettement sans être résolue pour autant, la question
de la relance de la croissance à un rythme capable de réduire de façon
forte le chômage en créant des emplois. Le moindre des paradoxes n’étant
pas ce total laissez faire en matière de politique macro-économique de
l’Europe qui se définit comme résolument hostile au libéralisme
américain alors que les États-Unis pratiquent eux-mêmes une politique
très active, la seule qui soit encore analysable en termes keynésien. Là
encore c’est le comment qui fait cruellement défaut. L’atonie de la
croissance économique génère un chômage chronique et une exclusion
croissante, qui pèsent de plus en plus sur un système de protection qui
avait été conçu au sortir de la deuxième guerre mondiale pour un univers
de plein emploi, à fort renouvellement démographique, mais également à
modèle d’emploi canonique, entendons un emploi à temps plein salarié et à
durée in déterminée. Cette séquence a été assez bien explorée par la
critique libérale du Welfare State qui identifie dans les « rigidités du
marché du travail » (entendez le niveau de protection trop fort dont
jouissent les salariés européens) la raison supposée d’un coût du
travail trop élevé. La recherche d’une flexibilité sociale plus grande
serait la condition d’un retour à une reprise des créations d’emploi.
Combinée avec une approche assez mécaniste des évolutions des structures
des populations européennes, elle prédit la faillite à long terme des
régimes de retraite par répartition.

Mais les politiques libérales poursuivies depuis 1975 en Europe
occidentale ont mis en lumière l’autre partie de la séquence qui aboutit
à un cercle vicieux : le démantèlement partiel des niveaux élevés de
protection sociale ne crée pas pour autant de l’emploi durable tandis
que la fragilisation des couches les moins favorisées de classes moyenne
engendre une nouvelle pauvreté, une marginalisation vis à vis du marché
du travail. Si bien que l’Europe se retrouve engagée sur une voie
américaine du point de vue de la progression rapide de l’inégalité, sans
bénéficier pour autant des performances des États-Unis en matière
d’emploi. Cette situation conduit à éroder fortement la légitimité du
système de protection sociale européen qui reposait surtout sur une
forte dose d’universalité, et plus généralement augmente le scepticisme à
l’égard de toute forme d’action publique tandis que le « marché » est
re-crédité d’un rôle autorégulateur et devient la seule référence. Avec
le creusement des inégalités, l’intervention publique tend à se
réorienter en priorité vers les groupes cibles, vers les pauvres, vers
les urgences, tandis que les prestations de caractère général et dont
bénéficient les classes moyennes baissent en qualité, en nombre d’ayant
droit et que montent les cotisations pour assurer le financement.

La préservation du statu quo ante paraît la seule chose que l’on puisse exclure avec certitude.
III
On eut donc caractériser ainsi la situation : le modèle européen
ancien est menacé, tandis que les linéaments du nouveau système sont
selon les options choisies soit menaçants et puissants soit
embryonnaires et fragiles. On peut facilement diagnostiquer une
faiblesse dans les impulsions que le nouveau modèle social européen de
développement serait susceptible de recevoir à la fois « d’en haut » et
« par en bas ». D’en haut, au sens où seul un pouvoir fédéral fort doté
de moyens budgétaires serait à même de créer les conditions d’un
gouvernement intégrant étroitement les considérations économiques et les
préoccupations sociales et ne se contentant pas, comme aujourd’hui, de
juxtaposer un cadre global de concurrence économique reposant sur les
principes du grand marché et de la globalisation internationale, avec
les préoccupations à niveau national à l’égard des effets de cette
dernière.

Par en bas également, au sens, où il existe une atonie
particulièrement forte de ce qui constituait dans les États du travail
industriel et des démocraties représentatives le ressort de la création
et du renouvellement continuel du cadre juridique et institutionnel :
nous voulons parler du lien entre conflits et contrats dans les
négociations collectives. La crise du pouvoir syndical et des formes de
pouvoir ouvrier n’est pas seulement due à l’effondrement des pays de
socialisme réel, mais aussi à des transformations effectives du travail,
de la notion de productivité, de valeur économique et last but not
least du développement du travail vivant comme activité vivante et
corrélativement d’une transformation du pouvoir qui devient production
contrôle de la vie au moyen de travail vivant. Ceci ne veut pas dire que
la conflictualité a disparu des démocraties post fordistes, mais que
les canaux de transmission de ces formes de contestation des pouvoirs ne
passent plus par les mêmes endroits ; qu’ils ont cessé d’entrer dans
une relation séquentielle dialectique (conflit spontané exprimant les
nouveaux besoins / réaction institutionnelle/ institutionnalisation des
conflits et création de nouvelles organisations reconnues) avec un
pouvoir central, ou qu’ils n’ont pas encore établi une relation de ce
type faute d’interlocuteur, fédéral européen en l’espèce.

IV
Illustrons notre propos. Pendant une vingtaine d’années
d’euro-stagnation, le chômage et le sous-emploi chronique ont progressé
gagnant aujourd’hui jusqu’au bastion allemand réputé performant en
matière de spécialisation dans le commerce international et de rigueur
de sa politique monétaire et budgétaire fédérale. Les syndicats des
différents pays de l’Union européenne se sont contentés longtemps d’une
lutte pour l’emploi, contre les délocalisations industrielles vers le
Sud (du monde ou de l’Europe), ainsi que de la défense des statuts
hérités des Trente Glorieuses.

Ce n’est que depuis 1995, sous l’impulsion de plusieurs facteurs
comme le poids des chômeurs, des exclus, l’émergence des seconde ou
troisième générations issues de l’immigration, que la CGT française par
exemple a admis l’existence de comités de chômeurs qui se sont
manifestés de façon largement unitaire dans les conflits de 1997-1998.
Les marches de chômeurs réunissant plusieurs pays d’Europe, de « sans
papiers » ou les démonstrations de parrainage civique pour répondre à la
constitution en délit pénal de l’hébergement de migrants en situation
irrégulière ont représenté les rares formes de lutte sociale nouvelle
avec les blocages des routes par les travailleurs indépendants et les
salariés du secteur du transport routier.

La résolution adoptée par les manifestants de la marche contre le
chômage au moment du sommet des pays les plus industrialisés du 15 juin
1999 à Cologne réclamait ainsi trois choses dans l’ordre :

« a) l’instauration d’un revenu garanti individuel pour tous, qui
permette de vivre dignement, sans discrimination d’âge, de sexe ou
d’origine, sans conditions de durée ou d’exercice d’une activité
prescrite ou de nationalité

b) Une réduction massive du temps de travail dans toute l’Europe,
sans flexibilité, sans baisse des salaires qui pourrait être financée
par un impôt sur les profits

c) La garantie individuelle d’un droit à un logement décent, aux
soins, à la formation, à la gratuité des transports publics et l’accès
gratuit aux autres services. »

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que l’ordre traditionnel
de présentation des revendications ouvrières se trouve ainsi modifié. La
garantie de revenu individuel (si l’on comprend dans le revenu,
l’ensemble des rétributions monétaire du salaire indirect et non
monétaires comme le logement, les soins médicaux, les transports
publics, mais également l’ accès aux autres services publics existant
comme la formation, l’éducation et l’Internet) passe devant la
revendication des trente-cinq heures à la française ou des trente heures
des métallurgistes allemands. La revendication de Agir contre le
chômage ! « un travail c’est un droit, un revenu c’est un dû » qui a
fait l’objet de multiple affichettes autocollantes marque au demeurant
un dépassement de la traditionnelle revendication ouvrière du droit au
travail, suivie de l’amélioration des salaires (pour ceux qui ont un
emploi). Le revenu ne se trouve plus simplement subordonné à
l’occupation d’un emploi ; il acquiert le statut d’un principe placé sur
le même plan de légitimité. Autrement dit un chômeur n’a pas simplement
le droit à un travail ou à un emploi, il a droit à un revenu quelle que
soit la situation du marché de l’emploi. Le droit à un revenu se
détache de la condition de salarié employé. Une telle transformation
conduit à remettre en cause doublement le principe de conditionnalité :
pas de droit sans devoir, pas de revenu sans contrepartie en travail.

Elle débouche peu ou prou sur une remise en cause de la logique de
strict échange qui préside depuis les années 1930 le mécanisme
d’indemnisation du chômage : le sans emploi touche une indemnité dans la
mesure où il se déclare disponible à travailler, même s’il ne travaille
pas actuellement. Il est payé pour chercher de l’emploi et une
insertion.

V
Un tel cheminement n’est pas simplement dû à l’investissement
militant de minorités actives regroupées dans des collectifs tels Agir
contre le chômage !, Droits devant!, ni simplement au conflit de l’hiver
1997-1998 qui a revêtu le premier, une dimension massive de lutte
revendicative de chômeurs faisant beaucoup pour l’acclimater dans la
grande presse, en dehors des sphères d’un militantisme très minoritaire.

En fait, il y a une logique profonde et sous-jacente à l’avènement,
progressif à froid ou beaucoup plus rapide « à chaud » dans les
situations de conflits, de la revendication d’une garantie de revenu
reconnue à l’échelle individuelle. A quoi cela renvoie-t-il sur le plan
théorique et politique? Ce surgissement au premier plan dans l’espace
politique d’un tel type de revendications et de besoins doit quelque
chose de sa persistance à une transformation profonde du champ théorique
dans lequel est venue s’inscrire cette demande et revendication d’une
garantie de revenu.

D’autre part à des niveaux intermédiaires ni exclusivement « par le
bas » ni non plus « d’en haut »(c’est-à-dire souvent à celui des
chercheurs, mais aussi des agents de la vie associative) la
revendication d’un impôt négatif ou revenu d’existence du côté des
libéraux comme Yoland Bresson, d’une allocation universelle (Philippe
Van Parijs), d’un revenu de citoyenneté (A.Gorz), d’une revenu social
garanti (programme des Verts) fait un chemin très rapide et parallèle à
celui de la taxe Tobin mise en avant par l’association ATTAC

Le débat s’est déplacé d’un examen préalable de la légitimité de
cette revendication à l’étude de sa faisabilité, de ses effets non
désirés (ou pervers) et de son financement. Autrement dit, la
revendication du revenu minimum ou vital garanti (guaranted income) a
quitté le ghetto idéologique des batailles d’idées pour entrer dans la
sphère de la politique.

Cette revendication a une histoire militante et pas seulement
théorique qui remonte largement aux années soixante dix. Or les
principaux obstacles à l’émergence de ce type de revendication en
particulier dans les décennies suivantes a tenu à plusieurs facteurs:

* À un refus explicite tout d’abord, de la thématique du refus du
travail entendu comme l’élément largement déterminant des
transformations du capitalisme dans son histoire. La dimension salariale
étant considérée comme un élément fondamental indépassable de
l’exploitation et de la domination capitaliste sauf à basculer dans une
transformation révolutionnaire de la société, le refus du travail ne
pouvait exprimer que la nostalgie d’une existence libérée utopique et
démobilisatrice comme le droit à la paresse vanté dans le petit opuscule
de Lafarge, le gendre de Marx, ou bien une acceptation jugée dangereuse
de la séparation rigide, presque schizophrénique du travailleur dominé
d’avec la transformation des conditions de travail et de l’organisation
de la chaîne de montage. La thèse du refus du travail fut qualifiée de
surenchère désespérante et d’obstacle au développement de pratiques
d’autogestion, ou de réforme de l’entreprise. Ainsi par exemple les
ouvriéristes des Quaderni Rossi puis de Classa Operaia lurent-ils
l’absentéisme, le sabotage de la production, la non coopération, mais
aussi le chômage, le sous-emploi, le travail au noir non comme des
comportements subis mais comme des manifestations actives du refus du
travail bien avant qu’A.O. Hirschman n’acclimate le concept de voie
« exit » à côté de la voie « voice ».

* À une compréhension traditionnelle de la production de sur-valeur qui
ne pouvait surgir ni du travail domestique, ni de la sphère de la
circulation (en dehors du secteur matériel des transports de
marchandises physiques).

* À un maintien très rigide de certaines catégories marxistes à défaut
de marxiennes en particulier la thèse de l’armée industrielle de réserve
concernant les chômeurs, la division du travail (manuel/intellectuel
selon des typologies dominants/dominés largement de facture maoïste ou
tiers-mondiste), le socialisme réel et le socialisme tout court comme
transition ainsi que le rôle du travail dans les sociétés bâties à la
suite des ruptures révolutionnaires de 1917 (Russie), 1948-49 (Europe
Centrale), 1959 (Cuba).

* À la persistance des dogmes léninistes sur la séparation entre la
lutte économique syndicale par vocation et la lutte politique incombant
aux partis, sur le rôle de la prise de conscience » et « du niveau de
conscience atteint par les travailleurs » (et pas seulement sur la
question de son importation ou non de l’extérieur de la classe
ouvrière), sur la nature même de la classe ouvrière. Sur la nature des
crises capitalistes, sur la nature de la subjectivité révolutionnaire
tout autant.

* Mais la divergence la plus profonde portait sans doute sur le statut
de la technologie et du progrès technique ainsi que sur l’articulation
entre les rapports de classe et les rapports de production. L’hypothèse
moniste et la révolution copernicienne que proposait l’ouvriérisme
italien n’était rien moins que de faire tourner les rapports de
production autour des rapports de classe. L’analyse des niveaux de
composition organique du capital, du machinisme n’avait pas de sens, ni
d’ultima ratio dans l’accumulation économique en dehors du rapport avec
le travail vivant comme facteur antagoniste.

Il est clair par exemple que le thème du refus du travail couplé à
ceux du revenu garanti appelé aussi salaire politique et du salaire pour
le travail domestique, sexuel et familial effectué par les femmes ne
constituaient pas seulement une contestation du pouvoir capitaliste,
mais ouvrait également à une révision radicale du dogme selon lequel il
ne pouvait pas y avoir rétribution à chacun selon ses besoins dans le
capitalisme parvenu à maturité puisque cette définition du communisme
était censée n’être atteinte qu’après l’étape indispensable du
socialisme où chacun était rétribué selon son travail, c’est-à-dire en
fonction d’une application quasi ricardienne de la valeur travail.
L’idée profondément ancrée chez les ouvriéristes italiens que la seule
anarchie fondamentale du capitalisme mûr c’était la classe ouvrière
comme subjectivité antagoniste, comme travail vivant et pas des
contradictions objectives entre les capitalistes, ou les capitaux et
leurs représentants scandalisait les marxistes classiques. Lorsqu’ Enzo
Grillo, le traducteur remarquable des Grundrisse en italien , trouva un
passage de Marx tiré du manuscrit sur le Système de F. List et qui
commence par » la révolution abolit le travail… » et le fit publier à la
une de l’hebdomadaire Potere Operaio, il y eu des marxistes orthodoxes
défenseurs de la valeur travail à tous les sens du mot pour l’accuser
d’avoir carrément inventé ce texte de toutes pièces, ce qui n’était
évidemment pas exact.

Ce modernisme, ce cynisme qui prétendaient partir du point de
développement le plus avancé du capitalisme pour chercher le maillon
faible soulevaient des objections morales à mon sens bien surannées. Il
s’est surtout avéré rétrospectivement une bien meilleure antidote au
poison des désillusions et des désenchantements en tout genre
aujourd’hui que le mur de Berlin est tombé et que les pays de socialisme
réel représentent la transition … à l’économie de marché !

Mais trente ans plus tard, l’équivoque socialiste largement dissipée
ou en tout cas émoussée, les transformations du capitalisme se sont
chargées de balayer les illusions autogestionnaires des entreprises
fleuries durant mai 1968, tandis que le chômage et la précarisation du
salariat mettaient au premier plan la défense des sans revenus plutôt
que de l’emploi comme l’attesta en France le très important virage que
constitua la création en 1986 du RMI (revenu minimum d’insertion). A
l’époque, le penseur sans doute le plus original et le plus
représentatif de la sensibilité transformatrice au sein de la gauche
syndicale française, André Gorz s’était prononcé contre le RMI appuyant
son argumentation essentiellement sur l’analyse que Karl Polanyi avait
donnée de la législation de Speenhamland de 1795 en Angleterre : selon
l’auteur de la Grande Transformation, ce droit au revenu concédé aux
ruraux anglais, ne préfigurait en rien les luttes du salariat dans le
marché du travail moderne, pire il avait favorisé une stagnation du
niveau de vie : c’est la thèse du salaire d’appoint. Le RMI, telle la
dernière grande loi des pauvres, celle-là même contre laquelle avec un
ensemble assez déconcertant Marx, Malthus et Ricardo avaient lutté au
nom du modernisme capitaliste, ne servirait qu’à approvisionner les
entreprises en chair à bas salaire. Quinze ans après la mise en place du
RMI (1986-1999) qui a désormais une durée de vie comparable au régime
de Speenhamland dans la première partie de son existence (1795- 1815),
tel ne semblait pourtant pas l’avis du MEDEF (l’ex CNPF), l’organisme du
patronat français, qui n’y voyait pas du tout une mesure de
flexibilisation du marché du travail. Au contraire, les rapports
patronaux se plaignent de ce que l’insertion des rmistes s’opère
ailleurs que dans le salariat standard de l’entreprise représentative,
c’est-à-dire surtout dans le travail autonome, en dehors de l’industrie,
de la grande entreprise, dans les associations qui ne font pas de
profit. Pire, que les travailleurs passés par ces filières soient perdus
pour les PME du secteur marchand. Il est un fait au demeurant : la
plupart des effectifs de travailleurs non qualifiés des PME marchandes
ont été fournis non pas par le RMI , mais par les dispositifs multiples
de subvention directe à l’embauche sous forme d’exemption fiscale ou
d’exonération partielle ou intégrale du paiement des charges sociales
(c’est-à-dire des cotisations des employeurs et des salariés aux
retraites, à la protection sociale).

André Gorz a reconnu finalement son erreur sur ce point même s’il
continue à défendre que seul le statut du salariat permet de parler de
sur-valeur. J’ai montré ailleurs, suivant par là M. Blaug et Boyer , à
quel point les recherches entreprises sur les lois sur les pauvres et en
particulier sur Speenhamland conduisent à réviser radicalement le
jugement porté par les trois plus grands « économistes classiques »
(Malthus, Ricardo et Marx) et dans notre siècle par Karl Polanyi . Je me
limiterai à deux points : Speenhamland constitua une conquête du
prolétariat anglais rural (le droit à la vie selon ses propres termes);
la peur de son extension au prolétariat urbain de Londres, et le
maintien d’une population suffisante pour l’agriculture productrice de
blé dans le Sud, et le besoin de prolétariser davantage les campagnes
des Midlands explique l’acharnement du capitalisme industriel anglais à
avoir la peau du dispositif au nom d’un modernisme tout à fait
comparable au développement des chemins de fer en Indes. Et Marx commit
la même erreur qu’en Indes. Il crédita le capitalisme industriel
manchestérien qu’il abominait des même vertus que les chemins de fer. Il
n’existe aucune preuve empirique que les cottagers du Suffolk aient
constitué une armée industrielle de réserve, docile, mal payée et
abaissant les salaires d’autres catégories de travailleurs .

Mais revenons au changement de position de Gorz dans Misères du
présent, richesse du futur. C’est essentiellement à partir d’une analyse
des mutations actuelles du capitalisme (qu’il appelle « l’exode du
capital », désignant par là le décrochement de la production de
sur-valeur d’avec le temps de travail salarié) qu’il reconnaît un
pouvoir positif de transformation au revenu de citoyenneté déconnecté de
l’exercice continu d’un travail salarié. Dès lors se pose une question :
puisque ce n’est pas à un nostalgique et réactionnaire en deçà du
salariat qu’ouvre la revendication d’un revenu garanti, est-ce pour
déboucher sur son dépassement, sur un au-delà du travail dépendant ?

VI
Les objections qui ont été formulées récemment à l’encontre du revenu
minimum inconditionnel sont assez connues. Soit elles s’opposent à
cette revendication sur la base de principes théoriques , soit elles
concernent seulement sa faisabilité. Il y a des adversaires de cette
mesure et des sceptiques. Les objections de principe tournent
essentiellement autour de deux arguments. Le premier est que le travail
demeure central dans la production de richesse malgré tous les discours
poudre aux yeux sur la « fin du travail » extrapolés d’une vision
apologétique ou naïve du capitalisme. J. Rifkin est particulièrement
visé. Le salariat s’étend numériquement à l’échelle mondiale par
absorption de l’énorme population rurale au Sud, tandis qu’il demeure la
norme d’emploi dominante dans les pays développés, de sorte que l’on
peut en inférer que la question de la répartition plus égalitaire des
emplois (par des politiques volontaristes de réduction du temps de
travail et de partage des emplois) est prioritaire par rapport à la
question de la répartition des revenus issus de la production, donc du
travail. La seconde d’ordre plus anthropologique est que le droit au
travail est « considéré par les intéressés comme la première condition
assurant les bases du respect d’eux-mêmes  » ; ce versant psychologique
est complété dans son versant sociologique par la thèse de la
désaffiliation : le travail constituant la norme par excellence de
socialisation, le chômage détruit le lien social entre les individus et
en particulier les solidarités .

Ce deuxième type d’objections ne nous paraît pas très solide. Rien ne
garantit en effet que cette construction d’identité au travail et de
respect de soi ne constitue pas le « stade suprême » de l’aliénation
comme le montre la littérature qui s’est développée aux États-Unis sur
les workaddicts ou workoholics (les drogués ou alcooliques du travail).
Les témoignages empiriques fournis à l’appui de cette thèse sont biaisés
: pour un discours, une parole semblant prouver la vérité de l’adage le
« travail ne ment pas » (qui rappelle des énoncés de même matrice tels
« la terre ne ment pas ») combien d’autres témoignages en totale
contradiction : que ce soit la longue litanie des plaintes sur la
destruction et l’usure « inutile au monde » du sens de la vie dans le
travail dépendant ou que ce soit, a contrario, l’apologie passionnée de
la construction d’une identité ou d’un respect de soi dans des activités
qui ne sont pas le travail salarié ? L’argument de « la
désaffiliation » va lui à l’encontre de deux faits : les travailleurs
employés lorsqu’ils se constituent du « lien social » le font le plus
souvent en dehors de l’entreprise et de la relation de travail ; le
caractère artificiel, de pure « solidarité mécanique » du « lien
social » procuré par la relation d’emploi est révélé par l’épreuve du
chômage. Dans des régions massivement touchées par la
désindustrialisation (comme la Lorraine par exemple) c’est plutôt à une
libération de l’identité complète de l’individu, des familles de la vie
associative que l’on assiste particulièrement chez les préretraités. On
passe alors d’une pseudo identité et d’une affiliation mécanique à une
identité comme processus construit à maîtriser consciemment.

Le premier type d’objection appelle une réponse très différente.
Prenons le premier argument, celui du caractère massivement salarié de
ce capitalisme mondial intégré. Les faits invoqués ne sont pas niables :
le salariat ne disparaît pas à l’échelle mondiale. Mais la question
fondamentale qui permet de récuser aussi bien les visions
mystificatrices et intéressées de la « fin du travail » que les
« politiques de l’autruche » vis à vis de la grande transformation du
travail, c’est de décrire les nouvelles formes de travail et leurs
implications. Certes le travail de type fordiste se déplace fortement
vers le Sud : la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Nigeria, le Brésil ont
encore un grand devenir manufacturier devant eux à moins que les
prolétaires ne bousculent sérieusement cet avenir que les entrepreneurs
locaux, les investisseurs et leur gouvernement leur ont dessiné. Mais il
est également vrai que ce même travail banal connaît dans les pays
développés une forte diminution quantitative et surtout qualitative. Le
monde de la production matérielle est de plus en plus dominée par
l’importance cruciale du travail immatériel. Nous y reviendrons.

Le deuxième argument théorique des adversaires du revenu minimum
d’existence : la distribution de la richesse ne pourrait s’effectuer que
sur la base de la production et donc du travail. Cette opposition de la
production et de la distribution n’est pas tenable. La structure des
patrimoines, des stocks, de leur répartition conditionne largement la
production et les flux disait déjà Marx dans la Préface à la Critique de
l’économie politique. Il ne s’agit pas simplement de la question de la
poule et de l’œuf de Colomb. La circulation, la répartition sont
entièrement jouées comme instruments de contrôle, de domination et de
reproduction de l’infériorité du salarié ou plus généralement du
dépendant. Nous savons que les projets de partage du travail d’où l’on
déduirait un partage plus équitable du revenu constitue un
parfaitmiroirauxalouettes. Le travail n’est ni un quantum égal, ni une
masse non hiérarchisée. Et si l’on se replie sur les emplois à partager,
l’on se rend compte immédiatement qu’un emploi est un revenu direct
mais aussi largement indirect provenant des transferts sociaux. Cela est
vrai non seulement pour le salarié, mais aussi pour l’employeur qui
bénéficie d’une telle quantité de transferts monétaires et de transferts
gratuits (externalités positives) que cette distinction entre la sphère
de la production et celle du non productif (la consommation, la rente)
est elle aussi idéologique. De sorte que le droit au travail et le droit
à occuper un emploi pour le salarié devient aussi le droit pour
l’employeur de se faire subventionner contrairement à la « logique du
marché » censée régir le monde de la « production marchande ».

VI bis
Il s’agit d’abord d’une thèse descriptive, quasiment statistique
largement acceptée aujourd’hui. Elle revient à dire que le travail
industriel, largement manuel, obéissant une division tayloriste des
activités et correspondant à un salaire à la fois fordien (non plus un
coût mais un investissement) et keynésien (rigide à la baisse et visant
au plein emploi) représente désormais une portion fortement décroissante
de la somme du travail dépendant extorqué. Le corollaire de cette
proposition est que la classe ouvrière au sens des « cols bleus »
devient une minorité non pas dans la société, ce qu’elle a toujours été
mais au sein même du salariat ce qui constitue la nouveauté. C’est en ce
sens que la société peut-être qualifiée de post-industrielle sans pour
autant que l’on souscrive à l’analyse de Daniel Bell.

On voit donc qu’une telle théorie du travail immatériel, renvoie dos à
dos les thèses de la disparition du travail et de la classe ouvrière,
comme celle du maintien d’une division fordienne et manchestérienne du
travail. Pour savoir véritablement où va le salariat, question que se
pose Pierre Rolle par exemple ou à l’opposé l’ultime A. Gorz, il faut un
élément d’orientation, quelque chose comme une nouvelle théorie de ce
que sont le travail productif et la richesse aujourd’hui, et du même
coup nous comprendrons mieux ce qu’est le travail dépendant et les
transformations réelles de sa codification salariale.

Le complément de cette thèse est que les activités des services
tertiaires supérieurs deviennent non seulement majoritaires dans le
travail dans son ensemble mais aussi au sein du salariat. A l’économie
de production physique succéderait ainsi une économie de l’information
immatérielle dominée par le secteur quaternaire regroupant les services
rendus aux entreprises (en particulier financiers et communicationnels)
amont et aval de la production dans les villes globales. Dès 1994, les
dépenses totales en matériel pour le développement des infrastructures
destinées à stocker et à manipuler des données se sont élevées à 186
milliards de dollars dans la pays de l’OCDE tandis que les exploitants
de télécommunications publiques dans ces même pays ont engrangé 395
milliards de dollars de recette soit 2% du PIB. Cette part devrait
atteindre entre 10 et 15 % du PIB dans les dix ans à venir. Les
caractéristiques les plus en rupture avec le système économique
précédent sont au nombres de trois : 1) un déplacement de la source de
la richesse vers l’activité de conception ; 2) Les principaux
générateurs de valeur ajoutée sont les transactions de toutes nature en
particulier de celles qui sont liées à la communication et à la
distribution ; 3) un renversement de la hiérarchie des actifs; les
actifs les plus déterminants étant désormais immatériels (connaissance,
capacité de traitement de l’information, culture).

Le débat théorique sur le revenu minimum garanti inconditionnel nous
conduit donc à une évaluation de la « grande transformation » en cours .

Le constat de l’importance cruciale du travail immatériel encore que
sur le plan statistique global et sur les stocks, ce dernier soit encore
minoritaire ne repose pas seulement sur une analyse des flux nouveaux
d’emplois, mais aussi sur l’idée d’une transformation fondamentale du
capitalisme. Contrairement aux théoriciens classiques du marxisme
orthodoxe qui prévoyaient une dégénérescence du capitalisme in se, une
anarchie incontrôlable (Der Spatten Kapitalismus de E. Mandel par
exemple), sous la forme d’une contradiction inter capitaliste, ou bien
d’un heurt croissant entre les deux systèmes impériaux, celui du
capitalisme et celui du socialisme réel, les opéraïstes ont dès les
années soixante, crédité le premier d’une capacité de transformation
considérable. Mais ils se séparaient des chantres des progrès de la
société capitaliste, en imputant cette ressource à l’intensité de la
contestation de la classe ouvrière. L’intensité des luttes sociales ne
débouchait pas nécessairement sur la destruction du mode de production
capitalisme, elle provoquait une réponse en termes de socialisation
croissante de l’exploitation, de mutations technologiques. Pour eux,
l’ampleur du refus du travail a accéléré le règne du capital social
(Gesellschatskapital) : l’extraction de survaleur n’a plus de sens qu’au
niveau général de la société dans son ensemble. Mais à la différence du
fordisme où la grande industrie et l’ouvrier-masse demeurent le centre
nerveux du système, et la société devient un moment de contrôle de la
classe ouvrière, dans le capitalisme post-moderne, la science, le
travail abstrait dépendant, de plus en plus intellectualisé, s’avère la
force productive fondamentale. C’est l’hypothèse du General Intellect
tirée du célèbre fragment de Marx sur les machines des Grundrisse.. Le
pouvoir du capital revêt de plus en plus l’aspect objectif de la
domination de la science et de l’accumulation du savoir humain dans les
machines et l’automation des opérations de transformations de la nature.
« L’invention devient une activité économique et l’application de la
science à la production immédiate devient un critère déterminant pour la
production en même temps qu’elle la sollicite » ou encore ceci :
« L’ouvrier n’insère plus comme intermédiaire entre le matériau (Objekt)
et lui une chose naturelle modifiée ; il insère le procès naturel qu’il
transforme en procès industriel comme intermédiaire entre lui et la
nature organique dont il s’est rendu maître. Il se place à côté du
procès de production au lieu d’en être l’agent principal. Avec cette
transformation, ce n’est ni le travail immédiat effectué par l’homme
lui-même ni le temps durant lequel il travaille qui apparaissent comme
le fondement principal de la production et de la richesse ; c’est
l’appropriation de sa force productive générale, de sa compréhension de
la nature et de la domination qu’il exerce sur elle du fait de son
existence comme corps social, en un mot le développement de l’individu
social ».

L’assiette de la sur-valeur relative, les proportions du travail
nécessaire, le sens même que l’on donnait au travail directement ou
indirectement productif sont bouleversés. Ce message est-il une utopie
de philosophe illuminé ? Comme le rappelle André Gorz, le prix Nobel
d’économie Wassily Leontieff, qui n’est pas un rêveur, semble bien
envisager sérieusement cette possibilité « Quand la création de
richesse, ne dépendra plus du travail des hommes, ceux-ci mourront de
faim aux porte du Paradis à moins de répondre par une nouvelle politique
de revenu à la nouvelle situation technique » Toute mesure de la
richesse attribuée à l’individu en fonction du temps de travail devient
en effet non seulement arbitraire mais profondément inhibitrice. La
crise du salariat n’est donc pas une crise occasionnelle, l’utilisation
conjoncturelle par le capitalisme du chômage massif pour affaiblir le
statut du salariat, elle correspond à une crise définitive de la
valeur-travail attribuable individuellement au porteur de force de
travail censé en être le propriétaire et le vendeur. La garantie de
revenu sous la forme de l’allocation universelle ou du revenu de
citoyenneté est la forme actuelle, en acte de l’abolition du salariat
comme contrainte individuelle au travail dépendant.

Demandons-nous maintenant pourquoi c’est l’absorption inlassable
d’information d’une part, et l’incorporation croissante de culture, de
langage qui caractérisent le travail immatériel dans cette épiphanie de
la subsomption réelle du travail dans le capital, pour reprendre les
deux caractéristiques principales de la définition qu’en donne M.
Lazzarato. Si l’on y réfléchit, il n’y a pas seulement une crise
formelle de la relation salariale en raison de l’incommensurabilité de
la richesse réelle socialement produite et de la valeur travail reposant
sur le temps de travail prétendument contenu. Il y a aussi une crise
substantielle qui tient au fait que le commandement de la production de
richesse repose sur la ré-appropriation nécessaire et constamment
réitérée par le capital du contrôle sur le travail vivant, le travail
socialement commandé. Or plus la production sociale devient complexe,
globale, collective, plus l’organisation est l’élément déterminant et
plus l’interdépendance devient la règle. Plus l’organisation des
séquences productives, la continuité de la circulation des flux, et la
mise en ordre de la mobilité deviennent les véritables enjeux de la
compétitivité, de la productivité, plus la connaissance des méta
processus qui permettent de choisir les formes d’organisation
satisfaisantes, plus l’exploration de la rationalité procédurale et la
maîtrise du langage tout court s’avèrent les variables par excellence de
cette mesure nouvelle de la richesse.

Le courant théorique néo-institutionnaliste de l’économie des coûts
de transaction exprime au fond la même idée lorsqu’il explique que
l’organisation par le marché (entendons par la loi de la valeur)
implique des coûts de transaction de plus en plus importants. Dans un
monde d’interdépendance, d’interconnexion, les transactions de marché
présupposent et génèrent à leur tour des externalités positives ou
négatives. Or le travail immatériel s’avère le plus grand producteur
d’externalités positives soit qu’il incorpore dans les marchandises ou
dans l’acte même de la consommation une activité subjective non payée,
soit qu’il se borne à révéler les contours véritables, la nouvelle carte
de la richesse. Il permet de minimiser les coûts de transaction et de
capter le plus grand nombre possibles d’externalités positives. La
source la plus profitable pour l’entreprise aujourd’hui est la
compréhension des processus sociaux, et l’exploitation des gisements
d’externalités. C’est cela qui permet à la circulation de l’information
et àla circulation tout court de faire surgir une sur-valeur. La
marchandisation de l’information, de la culture, du vivant assume une
valeur stratégique. Plus la société et la production de richesse
assument un aspect d’emblée socialisé, plus les transactions monétaires
et l’échange argent/travail dépendant salarié s’avèrent inaptes à en
couvrir le champ réel. La désalarisation formelle que représente la
développement du travail dit autonome ou indépendant traduit cette
difficulté du salariat classique à mettre en forme et à exploiter le
travail immatériel.

Dans un monde fait de plus en plus d’externalités, la soumission du
travail dépendant salarié ne peut plus demeurer seulement formelle,
c’est-à-dire celle de la force de travail séparée de son porteur
personnalisé, mais elle doit soumettre réellement, reconstituer la
dépendance du travail comme sujet, comme singularité (travail au sens
classique, mais aussi affect, langage du vivant). C’est le travail
vivant en tant que vivant qui doit être soumis. C’est son implication
affective, langagière, culturelle qui garantit le caractère coopératif
et la recomposition du travail séparé et devenu inerte du taylorisme.



 
VII
En fait les objections récurrentes au revenu minimum d’existence
inconditionnel, mesurent mal la grande transformation du travail,
confondent emploi, statut, activité, salariat et travail dépendant, et
surtout continuent de penser le travail selon un paradigme énergétique
dominé par le modèle de la thermodynamique (principe d’entropie,
dégradation et rareté croissante de l’énergie biologique).
Fondamentalement le modèle du travail matériel et industriel était un
modèle malthusien et comme tout modèle fondé sur la rareté, il prévoit
que l’allocation des biens rares ne peut se réaliser que par une
appropriation privative (l’usage d’un bien l’use, et en prive d’usage
autrui). Autrement dit les biens collectifs sont des exceptions. Dans le
paradigme informationnel de l’activité humaine en général et du travail
pour le compte d’autrui, on a l’exact contraire : l’amortissement du
bien vecteur de l’activité d’information devient très subalterne, le
bien information se valorise du fait de son utilisation par le plus
grand nombre, le caractère collectif et non privatif d’une part
croissante des activités devient non plus la condition extérieure de la
valorisation, mais sa substance même. C’est ce que j’ai appelé la
« revanche des externalités »; l’activité et la capacité de la sphère
d’activité « privée » ou confiée au marché, de produire de la valeur
dépend essentiellement non plus de la production d’un quantum de
surtravail au delà du travail nécessaire entendu comme la reproduction
physique de la force de travail individuelle ou de la force de travail
du collectif ouvrier ou technique, mais des externalités positives qui
sont mobilisées par des séquences globales qui ne se limitent plus à
l’espace du travail (atelier, bureau). Ces séquences s’élargissent
désormais à la production et à l’entretien du vivant (on pourrait dire
du travail vivant en tant qu’il demeure irréductible à du machinisme et à
du capital ou à un quantum d’énergie musculaire consommable). C’est
dans ce cadre profondément modifié qu’il faut penser la place passée, et
les nouvelles places possibles de l’emploi, du statut du salariat, ou
des nouvelles formes de travail dépendant, celle aussi de la protection
sociale. Il est frappant en effet de constater que la revendication d’un
revenu minimum garanti de façon inconditionnelle n’a émergée de façon
massive, que lorsque la crise a accouché de façon de plus en plus
visible un monde de la production dominé par le travail immatériel,
tandis que parallèlement, le prix du travail salarié banal cessait de
jouer un rôle central dans l’équilibre économique , de sorte que la
persistance de situation de sous-emploi considérable au regard des
canons keynésiens (entre 10 et 20 % de la population active) n’a pas
engendré les cataclysmes prédits. Il n’y a pas eu d’écroulement général,
mais en revanche le rapport salarial subit une crise constitutionnelle.
Si l’on s’en tient aux indicateurs de prix traditionnels à partir de
l’évolution de la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée
par rapport à celle des profits, il ne devrait pas y avoir de crise :
la part des salaires a régressé partout en faveur des profits. Pourtant
si l’on caractérise le rapport salarial par la mise en place de
procédures d’établissement de prix du travail régulières, faisant
l’objet d’un minimum de consensus au delà du simple constat d’un niveau
de prix, on constate une désagrégation du tissu des négociations
collectives, une perte d’homogénéité et de cohérence du code du travail.
De nombreux auteurs l’ont analysé. La crise du travail actuel, est une
crise de la forme que revêt toute forme d’activité que l’on regroupera
sous la catégorie de travail réellement dépendant, nous disons
réellement pour indiquer qu’il s’agit du travail salarié mais pas
seulement (une partie du travail  » salarié  » correspond en réalité à
la perception d’une rente de patrimoine, mais aussi d’une partie du
travail autonome ou indépendant . Il ne peut y avoir en effet de
nouvelle « grande transformation » du travail et du capital qui ne
retentisse fortement sur la codification de la relation salariale.

Cependant si divers auteurs comme Friot, P. Rolle, A. Supiot et R.
Castel ont raison de souligner le côté profondément historique, non
naturel, de l’édification du rapport salarial (probablement
l’institution par excellence du capitalisme dans sa complexité de
rapport social), et de mettre l’accent sur la question du statut, on
peut leur reprocher de ne voir dans l’institution du salariat que la
domestication et la protection de la force de travail et sa
collectivisation ou socialisation dans le contrat. Leur genèse du
salariat reste très fonctionnelle à l’accumulation conçu comme une somme
de contraintes économiques extérieures à la définition et à la forme
juridique de l’échange. Il nous semble les enjeux de codification de la
forme du rapport d’échange d’argent contre du travail dépendant retentit
largement sur la nature de l’accumulation capitaliste. Autrement dit il
faut étendre la méthode employée par Marx lorsqu’il lie étroitement
l’étude des luttes pour la journée de travail à la survaleur relative.

VIII
Si nous voulons mieux comprendre « où va le salariat », il faut
rapprocher les caractéristiques que nous avons dégagées plus haut de la
transformation du monde productif, du spectre des actifs sur lesquels
s’opère la transaction salariale. La littérature économique après être
restée un long moment indifférente à l’analyse du contrat de travail
dans ce qu’il a de spécifique par rapport au contrat commercial standard
a souligné à la suite de H. Simon que l’indétermination du contrat de
travail, son incomplétude, sont liés à la spécificité de l’actif
échangé. Dans un travail de recherche largement historique et
rétrospectif j’ai essayé de dégager les points cruciaux autour desquels
s’organisait la codification du contrat salarial.

Si nous prenons les cinq dimensions dégagées par Williamson : la
spécificité de l’actif échangé, la fréquence, la sécurité des
transactions, l’opportunisme ex post des agents et la rationalité
procédurale, et que nous essayons de les rapprocher à la fois des
éléments de description empirique du travail « indépendant », autonome,
qui sont désormais assez bien connus, et des caractéristiques de la
révolution des nouvelles technologies de l’information et des
communications (ce que l’on commence à appeler le « capitalisme
cognitif ») de substantielles différences apparaissent comme le résume
le tableau 1.

 
Tableau 1 : Le salariat et les cinq dimensions de la transaction
richesse/travail dans le contrat d’engagement de travail dépendant

Dimensions transactionnelles Salariat canonique  Salariat brouillé
Désalarisation formelle
Spécificité de l’actif
A) Définition de l’actif






 
B) Droits de propriété Séparation (Trenung):
Capacité de travail soumise à une division du travail à disposition d’un employeur
Prolétarisation individuelle
* moyens de travail/travailleur
* produit/activité
* activité/corps support
d) formation/activité Chevauchement :
Disponibilité de l’activité globale sur le marché


 
Déprolétarisation collective
* Restitution partielle des machines
* L’activité comme produit
* Activité intellectuelle et vie
d) Formation active
Fréquence transactionnelle Forte : régularité, continuité sur cycle de vie  Bipolarisée : irrégularité, discontinuité
Sécurité transactionnelle Élevée : administrée ou négociée par convention  Faible : auto-assurée, absence de couverture
Opportunisme ex post des agents Liberté unilatérale de rupture du
contrat par le travailleur dépendant Pas de liberté de rupture avec le
véritable employeur: le marché

Rationalité procédurale
A) Actif exclu de la transaction 
B) Actif inclus dans la transaction  Durée d’exécution de la transaction
Consommation productive effective Dépendance hiérarchique directe
Temps hors travail
Nous avons pris pour référence dans la colonne II, le salariat
canonique tel qu’il a été progressivement institué comme statut standard
définissant la norme (les formes particulières d’emploi étant conçues
comme dérogatoires par rapport à lui). Dans la colonne III nous avons
réuni la différence spécifique de ce qui est nommé selon les auteurs
tantôt de para-salariat, ou de travail para-subordonné, de travail
indépendant ou autonome ou semi-autonome. Chaque fois, ce qui est nommé
par la terminologie encore flottante, c’est un brouillage des
déterminations classiques du salariat ; nous parlerons de salariat
brouillé. Ce mouvement se retrouve également dans la théorie économique
de la firme qui s’interroge sur les limites actuelles de la firme :
firme réseau ou nœud de contrat (Aoki), empty box (Peter Drücker),
quasi-firme, entreprise pas comme les autres. Il faut sans doute parler
de post-salariat puisque la disparition de plusieurs des
caractéristiques fondamentales du régime salarial menacent la cohérence
systémique de la codification du travail dépendant libre qui avait
prévalu de la fin au XVIII° siècle à nos jours. En particulier la
définition de l’actif « capacité de travail » (ou « force de travail »)
est modifiée profondément. Bien que des analyses aient conclu à une
individualisation du salaire (aussi bien dans l’analyse libérale pour
l’exalter comme dépassement des classes sociales traditionnelles, que
dans l’analyse critique pour dénoncer la recrudescence de l’arbitraire
patronal) force est d’observer que ce mouvement en masque un beaucoup
plus important : ce qui fait l’objet de la transaction argent /travail
ce n’est plus la capacité de travail d’un individu atomisé dans une
division du travail extérieure à lui et soumis au commandement direct
d’entreprise, c’est la disponibilité d’un individu fortement inséré dans
des réseaux sociaux et productifs en dehors de l’entreprise, organisant
son temps, sa prestation de façon plus libre et ne dépendant plus
directement de l’entreprise, mais indirectement du marché. On pourrait
résumer paradoxalement la situation en disant que ce qui constitue le
cœur de ce nouveau type de para-salariat ce n’est plus la
prolétarisation de l’individu, mais une déprolétarisation (ou
prolétarisation « restreinte ») du collectif de travail. L. Boltanski et
E. Chiapello ont donné une excellente description des qualités
attendues dorénavant par le capitalisme dans la « cité par projets » Les
trois séparations qui faisaient du salariat le point d’aboutissement de
la Trenung (la séparation) marxienne sont remise en cause : le nouveau
salarié ou indépendant des NTIC ne peut opérer qu’avec ses instruments
de travail (ordinateur, réseau de communication), ses relations propres
(individualisées et socialisées par lui). Le fondement essentiel du
salariat, qu’est la différenciation stricte entre le produit de
l’activité qui devient propriété exclusive de l’entreprise, et la
propriété de l’activité qui devient celle du travailleur, ne fonctionne
plus. D’une part l’actif échangé dans la transaction, c’est l’activité
subjective globale du travailleur, activité devenue produit ; d’autre
part, dans la mesure où le travailleur n’est plus réduit à une activité
banale subordonnée au machinisme et à la division rigide du travail, il
en vient à revendiquer des droits de propriété sur le produit du
travail. Le salariat dans des secteurs non directement hiérarchiques, se
trouve contaminé par des modèles d’implication et d’intéressement des
cadres. Les droits d’auteurs, les droits patrimoniaux (droit de l’image)
deviennent des enjeux de la rétribution. Si bien que
l’individualisation des salaires dans l’entreprise se révèle une arme à
double tranchant. Il s’agit encore de tendances qui ne touchent pas,
tant s’en faut l’intégralité des salariés ; mais elles concernent
désormais une forte minorité dont le poids stratégique s’accroît
sensiblement.

Deux autres séparations structurellement constitutives du salariat
standard se trouvent également mises à mal : la séparation de la force
de travail de son vecteur physique et affectif et la séparation du
moment de la formation de cette capacité de celui de sa consommation
productive. Or la séparation du travail d’avec la personne n’a jamais
été historiquement évidente. A fortiori aujourd’hui avec le travail
immatériel. Si ce qui est demandé au travailleur salarié ou indépendant,
c’est de faire fonctionner son cerveau (ce que R. Nelson et P. Romer
nomment le wetware), on ne peut plus séparer le porteur de force de
travail de l’activité, l’activité vivante du cerveau des affects du
corps, la vie professionnelle, de la vie affective, la sphère du travail
de la sphère privée. Si d’autre part, l’activité productive est de plus
en plus synonyme de traitement de l’information, d’enrichissement des
données par apprentissage, de mémoire, la formation et l’activité ne
sont plus séparables aussi facilement qu’auparavant. Est-ce un hasard si
les dispositifs dérogatoires au code du travail des formes
particulières d’emploi en matière de rémunération, se fondent
essentiellement sur le fait qu’il s’agit d’apprentissage, de formation
et non de travail salarié à proprement parler ?

La mutation s’observe dans toutes les dimensions de l’analyse
transactionnelle. La dimension de la fréquence des transactions est
également touchée : si le salariat classique ne parvient à s’installer
que pour des échanges réguliers (en ce sens le salariat pur ou libre
s’est développé dans la grande industrie et de façon beaucoup plus
déformée ou bridée dans les activités soumises à des variations
importantes (saisonnière) ou imprévisibles), l’irrégularité forte qui
touche les marchés mondialisés des marchandises et qui s’est transmise
au marché du travail, paraît bien entraîner la relation salariale dans
un cercle vicieux. Le salariat comme régime stable reposait sur une
insertion continue dans le marché du travail dépendant tout au long du
cycle de vie. La multiplication des sorties et entrées dans le salariat
classique, puis dans le para-salariat et surtout leur imprévisibilité
mettent à mal le système d’approvisionnement des entreprises hier comme
aujourd’hui et surtout déstabilisent les systèmes de protection, ce qui
nous conduit à la troisième dimension du rapport salarial qui contribue à
la crise constitutionnelle du travail : celle du système de protection
sociale (welfare).

Dans la stabilisation du rapport salarial et l’installation de la
convention salariale collective qu’elle soit administrée (droit du
travail) qu’elle soit négociée, ou les deux à la fois par des systèmes
de complémentarité, l’établissement de systèmes de protection sociale
d’abord du travailleur, puis de sa famille a permis de sécuriser la
transaction. La mobilité menaçante ne devient surplus, réserve, marché
du travail pour les entreprises privées qu’à condition que soit créées
sur un territoire donné les conditions de stabilité et de sécurité
minimales pour les salariés. Or le nouveau salariat ou para-salariat est
beaucoup moins protégé; lorsqu’il s’agissait des exploitants agricoles,
des professions artisanales ou libérales en voie de disparition ou de
salarisation rapide, le régime général de protection sociale des
salariés était amené tôt ou tard à les prendre en charge. Mais désormais
la situation est renversée et il s’agit d’un déséquilibre qui n’est pas
de nature démographique ; à l’heure actuelle, les salariés classiques
ne peuvent pas compter, en cas de basculement vers le salariat précarisé
ou le travail indépendant précarisé, sur un nouveau régime
post-salarial pour retrouver une sécurité comparable à ce qui était
assuré et continue tant bien que mal de l’être. Les nouveaux
travailleurs indépendants, les salariés occasionnels ou précaires
doivent assurer eux-mêmes leur protection comme ils doivent supporter
eux-mêmes les frais d’entretien du marché (des contrats, de l’entretien
des réseaux). C’est cette vague profonde que tente de surfer la
contre-révolution libérale de la capitalisation des retraites, du
basculement vers des systèmes d’assurance privés de la protection
sociale, avec pour effet d’accélérer la crise de financement des
systèmes de répartition et d’introduire une incohérence structurelle
dans le welfare dont le rôle universalisateur (égalisateur par
l’investissement dans une forme générale légale) si l’on peut forger ce
néologisme est crucial pour maintenir l’existence d’un :marché du
travail tout court.

L’économie des coûts de transaction (et un marxisme élémentaire a-t-on
envie d’ajouter) prévoie que l’hypothèse réaliste dans la conclusion des
conventions collective et du règlement des contrats en vue de leur
exécution effective, est celle de l’opportunisme des agents, des
asymétries dans le pouvoir initial de contracter, dans l’information
nécessaire à négocier ou à réviser les accords et non celle d’une
hypothèse ad hoc de loyauté des agents ou de persistance des préférences
révélées. Dans la relation salariale standard, au terme d’un très long
et très résistible cheminement historique, le travailleur dépendant se
voit doté d’une prérogative fondamentale : celle de rompre
unilatéralement l’engagement de travail sans être retenu par la force ou
pécuniairement. Cette liberté constituée matériellement dans le droit
du contrat de travail, est la contrepartie indispensable du pouvoir
concédé à l’employeur sur le salarié placé en position de subordination.
Sinon la subordination se transforme vite en marchandage, voire en
forme de bridage de la relation de travail dépendant (esclavage de
plantation, second servage, paternalisme, travail soumis à la
réglementation de la main d’œuvre étrangère). Or la relation de marché
qui se substitue à la relation d’entreprise pour les travailleurs
indépendants, les salariés pluri-dépendants (employés par plusieurs
employeurs indépendants les uns des autres) est non régulée au sens ou
aucune garantie n’est offerte à l’opportunisme des agents, c’est-à-dire à
la liberté de ne pas contracter d’engagement. Ce nouveau salariat ou
para-salariat ne se voit pas reconnaître la liberté de rompre
unilatéralement l’engagement de travail. On peut donc conclure
provisoirement que ce post-salariat sera fortement instable s’il ne
trouve pas les institutions et les règles adéquates à assurer la liberté
du travailleur.

Dernier volet de l’analyse transactionnelle du salariat : le contenu
de la rationalité procédurale. On peut faire apparaître un critère
pertinent pour le caractère fonctionnel de la procédure d’échange à
l’égard du temps (mise en équivalence, commensurabilité, justification
comme « épreuve de la grandeur ») : celui de l’inclusion/exclusion. La
procédure retenue dans l’établissement du contrat de travail, exclu un
type actif comme elle en inclut d’autres. La plupart des analyses du
droit du travail se fixent exclusivement sur la durée du temps de
travail. Elles ignorent pour la plupart la variable de la durée
d’exécution de la transaction, bien que la littérature économique
réserve désormais une large place à la question de l’enforcement
(exécution) du contrat. Le contrat de travail dépendant peut-il, doit-il
acheter le temps d’exécution du contrat (ce qui est un moyen pour les
deux parties de se prémunir contre la rupture du contrat, et d’améliorer
la sécurité des transactions) ? A près l’expérience collective capitale
de la libération médiévale, du second servage et de l’esclavage
moderne, (et non par simple exigence logique et formelle) la durée
d’exécution du contrat de travail a été sortie des actifs négociables.
Le contrat de travail standard est devenu un contrat à durée
indéterminée : il est interdit sous peine de délit de marchandage à
l’employeur de faire signer un engagement plancher au salarié (une durée
minimum de travail). Cette règle permet de concilier la liberté du
travailleur dépendant de quitter son emploi, et l’uniformité de
traitement dans l’entreprise de travailleurs ayant contracté un
engagement de travail. Or la très large diffusion des contrats à durée
déterminée introduit une brèche fondamentale dans ce qui constituait le
cœur de la procédure d’exécution du contrat, parallèle au recouvrement
des limites activité/produit vues plus haut. Dans le cas du salariat
précaire ou du para-salariat les employeurs ne comptabilisent plus (et
donc ne raisonnent plus) en emploi, en poste de travail mais en mission
heures ou journée/homme. La question de l’exécution du contrat et de la
prévention des ruptures unilatérales devient cruciale. Les
pluri-employeurs sont fortement incités à multiplier les épreuves qui
leur permettent de s’assurer de la loyauté de leur main-d’œuvre. leur
problème devient celui des compagnies d’assurance face à l’aléa moral.
Il ne s’agit pas d’épreuves justifiéeset acceptées par les deux parties,
mais le plus souvent de pratiques d’intrusion dans la vie privée, de
surveillance de la concurrence. Néanmoins à la différence du salariat
bridé (esclavage moderne, paternalisme, travail sous contrat
d’engagement pour les migrants internationaux) l’actif inclus dans la
transaction argent/travail n’est pas spécifiquement le temps d’exécution
du contrat, mais plus globalement le temps hors travail statutaire.
L’actif exclu en revanche c’est la dépendance hiérarchique. Le
post-salarié est « libre » d’organiser son temps, même si cela veut
souvent dire un horaire de mobilisation productive bien supérieur au
salarié classique. Ce qui devient l’enjeu principal de la codification
du rapport du salariat nouveau, c’est l’inclusion non plus simplement de
la consommation productive, mais celle de la disponibilité à la
consommation productive, autrement dit de l’absorption du maximum
d’externalités positives (le nouveau contours de la production) parce
qu’elles sont la véritable source d’innovation et parce qu’elles
présentent l’immense avantage pour les entreprise et le marché d’être
gratuites.

Ce point revêt toute son importance dans une économie de réseau,
d’interrelations complexes de plus en plus denses où les externalités
positives jouent un rôle déterminant dans la recherche de la
compétitivité hors coût.

IX
L’analyse du système salarial standard que nous venons d’esquisser
débouche sur des conclusions qui nous ramènent toutes au revenu minimum
d’existence ou revenu garanti, mais à la différence des justifications
de ce dernier, généralement cherchée du côté d’une théorie de la
redistribution du revenu, nous nous appuyons essentiellement sur une ré
interprétation des transformations productives en cours.

J.-M. Harribey reproche aux justifications de l’allocation
universelle en particulier à celle de P. Van Parijs de se placer sur ce
terrain seulement, Ce reproche ne nous paraît pas fondé. En revanche
nous ne comprenons pas l’absence d’articulation dans sa pensée entre une
théorie novatrice, écologique des systèmes complexes qui fait toutes sa
place aux externalités, et une théorie on peut plus traditionnelle du
travail directement productif. Le rejet du revenu minimum inconditionnel
butte clairement sur les obstacles épistémologiques analysés plus haut.

S’il y a crise constitutionnelle du salariat standard c’est à la fois
parce l’actif travail s’est considérablement modifié dans l’économie de
l’immatériel, c’est aussi parce la codification actuelle de l’échange
argent/travail dépendant ou contraint dans la société, ne répond plus
aux conditions impératives pour l’établissement d’un régime stable de
nouveau rapport salarial. L’économie historique du salariat (et plus
généralement du travail dépendant sous le capitalisme) nous apprend que
la définition des procédures d’établissement des transactions (ce qui
fait partie de l’échange, ce qui n’en fait pas partie, ce qui garantit
la sécurité, la régularité) est l’objet de longues tractations et
conflits.

Les lois sur les pauvres, la protection sociale ont été des étapes
fondamentales dans l’instauration d’un régime salarial libre sans
lesquelles le capitalisme est allé vers le travail salarié privé de
liberté. L’instauration d’un revenu inconditionnel d’existence est
aujourd’hui la clé d’une redéfinition du travail salarié et para-salarié
dans la « nouvelle économie ».

Examinons en effet les trois points cruciaux pour la codification du
rapport salarial que sont 1) le brouillage de la séparation
activité/personne ; 2) La liberté de rupture unilatérale du contrat
d’engagement ; 3) L’exclusion du temps d’exécution du contrat dans la
transaction.

Le passage d’une relation de travail d’entreprise à une relation
territoriale où l’individu se construit une identité professionnelle qui
n’est plus liée à une entreprise donnée est présentée comme la
réalisation de la liberté. Malheureusement cette vision idyllique en
l’état actuel du système de protection sociale et des marchés internes
ne se réalise que pour une toute petite minorité, ceux que Michael J.
Piore appelait l’upper tier (l’étage supérieur du marché primaire du
travail). Une grande partie des travailleurs du secteur de la production
immatérielle de l’économie, ont troqué la dépendance vis à vis d’un
patron pour une dépendance permanente à l’égard du marché et de sa
précarité (et par définition le marché est versatile). L’instauration
d’un revenu d’existence à un niveau beaucoup plus élevé que les minima
sociaux actuels cumulable avec des rémunérations (d’au moins 75 % du
SMIC) aurait pour effet de fortement pénaliser les entreprises qui
recourent systématiquementaux formes particulières d’emploi et aux
emplois rémunérés au SMIC (en fait 35 % de moins par le jeu des
exonérations partielles ou totales des charges sociales) et d’assécher
le marché florissant du travail précaire. Si le travail immatériel rend
très difficile la distinction de la prestation de service, de la
personne qui l’effectue et permet nombre d’empiétements sur la vie
privée, sur la personne qui est obligée de « se vendre sur le marché »
et non de louer simplement ses services, la création d’une sphère
publique égalitaire et non conditionnée par le marché restaure une zone
non atteignable par le marché autrement que par la séduction et un
niveau d’incitation financière nettement plus élevé que celui qui existe
actuellement.

Quant à la liberté pour le salarié de refuser les emplois sur le
marché et de rompre son engagement de travail, elle est purement fictive
tant que le chantage à la survie conduit à l’acceptation de n’importe
quel travail.

Tableau 2 Le revenu d’existence inconditionnel attaché à la personne et non au statut, socle du post-salariat
Dimensions transactionnelles Salariat brouillé
Désalarisation formelle Effet du Revenu minimum d’existence inconditionnel
Spécificité de l’actif










 
  Disponibilité à l’activité globale sur le marché
Confusion
travail productif immatériel
vie et formation Éliminer le travail Précaire non Volontaire 
Remplace le SMIC comme régulateur du marché
L’inconditionnalité restaure une frontière entre les employeurs marchand et sphère publique de la vie (Tiers secteur)
Fréquence transactionnelle Bipolarisée 
irrégularité, discontinuité Garantie de revenu entre les missions 
Sécurise le passage du salariat au non salariat et réciproquement
Dissuade le recours abusif à l’intérim par élévation de son coût global
Sécurité transactionnelle Faible : auto-assurée, absence de couverture Crée un niveau plancher universel de protection
retraite, assurance, maladie, chômage.
Élimine la discrimination envers les handicapés, les non reconnus comme travailleurs (femmes à la maison)
Opportunisme ex post des agents Pas de liberté de rupture avec le
véritable employeur: le marché Permettre la liberté de ne pas contracter
d’engagement marchand

Effet de réévaluation des rémunérations,
endogénéisation des externalités
Rationalité procédurale
A) Actif exclu de la transaction 
B) Actif inclus dans la transaction  Dépendance hiérarchique directe


 
Temps hors travail Exclusion du chantage à la survie pour obtenir la participation au marché du travail
Externalités positives générées pour les activités marchandes par la vie soustraite au marché


L’inclusion du temps d’exécution du contrat dans la transaction qui est
une tendance très préoccupante des transformations actuelles des
rapports de travail, ne peut pas être combattue simplement comme le
faisait le salariat canonique, car les tâches attendues des travailleurs
engagés et dépendant de la commande et non plus automatiquement d’un
patron, revêtent de plus en plus la forme de missions, ou de produits
« packagés » (c’est-à-dire qui comprennent leur accomplissement à bien,
exactement comme un auteur qui signe un contrat s’engage à remettre un
manuscrit et fait face à des dédits en cas de défaillance). Il convient
donc de renforcer l’autonomie et la liberté du contractant en amont de
la commande. Actuellement seuls les para-salariés les plus forts
parviennent à négocier ex ante (soit qu’ils aient atteint un prix de
marché, soit qu’ils disposent de revenu qui leur permettent de pouvoir
dire non).

La conquête de la liberté dans le nouveau salariat reste largement à
faire. La mise en place d’un « droit à la vie » c’est ainsi que l’on
appela rapidement la législation de Speenhamland en Angleterre, il y a
trois bons siècles, est une étape indispensable pour réaliser ce que le
Mouvement Ouvrier avait inscrit en lettres d’or dans ses statuts dans la
Charte d’Amiens de la CGT : la lutte contre l’esclavage du salariat.
Dire que cela abolira le salariat, c’est sans doute entendre abolir au
sens hégélien de la relève. Mais ce sera certainement une transformation
systémique du rapport salarial et du capitalisme. Il ne s’agit pas
simplement d’une exigence élémentaire de justice, il s’agit surtout de
répondre aux besoins d’organisation, de protection, de la force
productive de richesse. Le revenu d’existence inconditionnel est la
forme de protection d’une société où le monde des externalités positives
est la partie immergée de l’iceberg de la valeur marchande.

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