Ce 3 juin 1940, le Général Henri Guisan insiste aussi beaucoup sur la préparation
spirituelle.

«Opposons à la propagande défaitiste l’esprit dont étaient
animés les montagnards d’Uri, Schwyz et Unterwald le 1er Août 1291,
seuls, livrés à eux-mêmes, mais avec leur confiance en eux et en Dieu.
Ainsi seulement le pays sera vraiment fort et l’armée vraiment prête.
La
consigne est simple: Tenir !»

Avec le recul, cet ordre du jour résonne comme une réponse anticipée au
discours de caractère défaitiste du Président de la Confédération
Pilet-Golaz du 25 juin 1940. Quelques jours après d’ailleurs, le 25
juillet, sur la prairie du Rütli, Guisan réunit tous les commandants de
l’Armée et leur expose sa conception du Réduit, une décision militaire
adaptée de l’Armée suisse à ce moment-là. Une semaine plus tard, le 1er
Août, Guisan récidive, et remonte le moral des Suisses en leur disant :
«Je vous donne cette consigne: pensez en Suisses et agissez en Suisses. Penser en Suisses veut dire:
aimer notre beau pays, rester nous-mêmes, demeurer fidèles à ce que
nous sommes, à la liberté séculaire de notre Suisse unie et diverse. Agir en Suisses
veut dire: servir son pays, respecter l’homme dans le voisin et
l’étranger dans ses convictions, réaliser de plus en plus notre mission
de solidarité civique, pratiquer l’entraide sociale, maintenir la
qualité traditionnelle de notre travail. Demeurer Suisses, c’est aussi
le meilleur, le seul moyen de tenir; c’est à ce prix seulement que nous
sauverons notre indépendance.»


Un livre passionnant permet de découvrir les ordres du jour, les
ordres d’armée et les principales allocution du Général Guisan entre
1939 et 1945. De quoi alimenter les réflexions contemporaines…

Guisan

C’est le troisième et dernier volume de la trilogie consacrées au Général Guisan et publiée chez Cabédita: les Écrits de guerre*, compilés et présentés par Pierre Streit. Il y avait eu le best seller de Jean-Jacques Langendorf Le Général Guisan et l’esprit de résistance, puis l’excellent P.C. du Général de Bernard Barbey, enfin réédité.
Les Écrits de guerre viennent opportunément compléter le tableau,
qui montrent à quel point Guisan a été sans cesse soucieux de maintenir
le moral, aussi bien celui de la troupe que celui de la population. En
introduction à chaque ordre du jour, Pierre Streit rappelle brièvement
la situation stratégique en Europe.
On découvre dans ce recueil un homme de communication en avance sur son
temps, qui avait parfaitement perçu la puissance de la radio et de la
presse pour faire passer des messages. On y trouve aussi un homme
préoccupé de débarrasser l’Armée d’un certain «esprit de caserne».
Dans sa préface, le Brigadier Philippe Rebord écrit: «Je suis aussi
frappé par le modernisme de notre dernier commandant en chef, qui
mettait l’homme au centre, et qui appelait ses officiers à plus de
culture générale, à faire preuve de plus de bon sens, de moins d’esprit
de routine et d’un sens psychologique plus éveillé.»
Guisan fait partie, note l’historien citant André Lasserre, «d’un petit
nombre de personnalité civiles et militaires à avoir mieux saisi que
leurs contemporains l’importance cruciale qu’allait jouer la guerre
psychologique durant le Seconde Guerre Mondiale.» C’est pourquoi il met
en place la «défense spirituelle», à destination aussi bien du
citoyen-soldat que de la population civile. Pour lui, «un peuple se
défend de deux manières: par sa force morale, exprimée par son
patriotisme, par sa force matérielle, représentée par son armée.»
Le brûlant été 40
Et, à chaque occasion, notamment le Premier Août, il martèle son
discours galvanisant. Aux yeux de Pierre Streit, le discours le plus
important, celui qui eut le plus d’écho, est celui du 3 juin 1940. En
Belgique, en Hollande et en France, le binôme Stukas-blindés a fortement
impressionné les populations, y compris en Suisse, et un sentiment
d’impuissance semble s’être infiltré dans la troupe. «Il importe de
réagir et de ne pas se laisser entamer par la guerre des nerfs», dit-il.
Et il compte beaucoup sur le terrain pour mettre en échec les nouvelles
méthodes de combat – c’est l’idée de base du Réduit, qui rend les
avions et les chars moins efficaces que dans les plaines du Nord de la
France. Ce 3 juin 1940, Guisan insiste aussi beaucoup sur la préparation
spirituelle. «Opposons à la propagande défaitiste l’esprit dont étaient
animés les montagnards d’Uri, Schwyz et Unterwald le 1er Août 1291,
seuls, livrés à eux-mêmes, mais avec leur confiance en eux et en Dieu.
Ainsi seulement le pays sera vraiment fort et l’armée vraiment prête. La
consigne est simple: Tenir !»
Avec le recul, cet ordre du jour résonne comme une réponse anticipée au
discours de caractère défaitiste du Président de la Confédération
Pilet-Golaz du 25 juin 1940. Quelques jours après d’ailleurs, le 25
juillet, sur la prairie du Rütli, Guisan réunit tous les commandants de
l’Armée et leur expose sa conception du Réduit, une décision militaire
adaptée de l’Armée suisse à ce moment-là. Une semaine plus tard, le 1er
Août, Guisan récidive, et remonte le moral des Suisses en leur disant :
«Je vous donne cette consigne: pensez en Suisses et agissez en Suisses. Penser en Suisses veut dire:
aimer notre beau pays, rester nous-mêmes, demeurer fidèles à ce que
nous sommes, à la liberté séculaire de notre Suisse unie et diverse. Agir en Suisses
veut dire: servir son pays, respecter l’homme dans le voisin et
l’étranger dans ses convictions, réaliser de plus en plus notre mission
de solidarité civique, pratiquer l’entraide sociale, maintenir la
qualité traditionnelle de notre travail. Demeurer Suisses, c’est aussi
le meilleur, le seul moyen de tenir; c’est à ce prix seulement que nous
sauverons notre indépendance.»
Il faut garder son sang-froid. En cette période cruciale, où la
Wehrmacht et ses jeunes généraux écrase tout sur son passage, Guisan,
dans son ordre d’armée du 3 juin, n’y va pas par quatre chemins:
«Combattre pour sa patrie, c’est faire le sacrifie absolu de sa vie.
Aucun moyen de combat nouveau, aucune méthode d’attaque nouvelle ne
changent quoi que ce soit à cette vérité vieille de plusieurs siècles.
Ce n’est pas seulement l’efficacité du feu qui procure à l’assaillant le
succès, mais c’est surtout l’effondrement de la volonté du défenseur de
combattre jusqu’au bout.» Plus précis, Guisan indique aux combattants
comment réagir face à des attaques d’avions, de blindés ou de
parachutistes: ne pas quitter son poste, accomplir sa mission, tenir
quoi qu’il en coûte.
Le Rapport de Jegenstorf
Le Rapport de Jegenstorf, le 19 août 1945, dans lequel le Général
s’adresse pour la dernière fois aux officiers supérieurs de l’Armée
suisse, est particulièrement émouvant. Il est aussi saisissant de
lucidité crue, teintée même d’une nuance de pessimisme (lui parle de
réalisme…), lorsqu’il évoque les capacités d’oubli des peuples. À ses
officiers, Guisan dit de ne pas attendre des manifestations durables de
gratitude… «Si, aujourd’hui, l’opinion publique reconnaît encore ce que
vous avez fait pour que le Pays demeure libre, cette reconnaissance
risque de s’effacer bientôt. Vous ne pourrez plus compter que très
partiellement sur le capital « service actif» – si beaux et si chers que
soient vos souvenirs de ce temps. Plus exactement, vous ne compterez
sur ce capital que pour vous-mêmes, et pour vos camarades.»
Guisan se trompait sur un point: la gratitude à son propre égard n’a
jamais faibli, elle reste intacte, tant sa droiture, son courage, son
dévouement absolu et son honnêteté profonde frappent encore aujourd’hui,
en une époque où, par comparaison, des figures de cette trempe manquent
cruellement.
Lucide et réaliste, Guisan faisait aussi le constat que «l’imagination
est un don assez rare.» Et il ajoutait, prophétique: «Notre peuple, dans
sa grande majorité, ne sera pas enclin à se demander, dans les années à
venir – pas plus qu’en 1920, en 1930, ou même après – si le Pays
pourrait se trouver menacé à nouveau, ni comment. Ce que nous avons
fait, à partir de 1933** surtout, pour l’alerter, pour en appeler à sa
conscience et à sa vigilance, ce que nous avons fait sera toujours à
refaire.»
Guisan recommandait à ses officiers d’être «d’abord Suisses, et soldats;
il faut être des chefs, au vrai sens du mot.» Au moment de prendre
congé, il conclut sobrement: «Vous avez été mes collaborateurs et mes
camarades. Je vous ai vus à l’œuvre. Je me suis intéressé à votre
caractère, à vos dons, à vos difficultés parfois; et je me suis réjoui
de vos succès. Je reste votre camarade, votre aîné, celui à qui l’on
peut venir confier un sujet de préoccupation, celui qui, toujours,
volontiers, vous accueillera, vous donnera un conseil… Je vous confie le
sort de notre Armée future; c’est là, pour moi, la meilleure manière de
vous marquer ma reconnaissance.»
Il y a chez Guisan, à travers ces ordres du jour, une impressionnante
manière d’aller droit au but et de convaincre. Il ne cache rien, mais
incite sans cesse chacun, soldat comme civil, à puiser en lui, à chaque
instant, le meilleur pour surmonter les épreuves. Nous devrions nous
inspirer de son exemple, à une époque où nous attendons tout des autres,
ou de l’État, plutôt que de nous-mêmes…

* Pierre Streit : Général Henri Guisan – Ecrits de guerre (1939-1945). Cabédita, 2013.
** Date de la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne. – Réd.

 PHILIPPE BARRAUD

 http://www.commentaires.com/suisse/guisan-les-ecrits-de-guerre

 

 http://www.youtube.com/watch?v=GnKgZ0tZvfI

 
Le
film date d’avant guerre et pourtant lorsque l’on écoute ce discours,
c’est vraiment d’actualité après toutes ses années. Un message fort en
émotion qu’il faudrait faire diffuser au monde entier.

“Je suis
désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je
ne veux ni conquérir ni diriger personnes. Je voudrais aider tout le
monde dans la mesure du possible ; juifs, chrétien,
païen, blanc et noir. Nous voudrions tous nous aider si nous le
pouvions, les êtres humains sont ainsi fait. Nous voulons donner le
bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas
haïr ni humilier personne. Dans ce monde, chacun de nous à sa place et
notre terre est bien assez riche elle peut nourrir tous les êtres
humains, nous pouvons tous avoir une vie belle est libre, mais nous
l’avons oublié.
L’envie a empoisonné l’esprit des hommes, a
barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et
les effusions de sang. Nous avons développer la vitesse pour nous
enfermer en nous-même. Les machines qui nous apporte l’abondance nous
laisse dans l’insatisfaction, notre savoir nous a fait devenir cynique,
nous sommes inhumain à force d’intelligence.
Nous ne ressentons pas
assez et nous pensons beaucoup trop. Nous sommes trop mécanisés et nous
manquons d’humanité, nous sommes trop cultivés et nous manquons de
tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines la vie n’est
plus que violence et tout est perdu.
Les avions, la radio nous ont
rapproché les uns des autres, ces inventions ne trouverons leur vrai
sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité,
l’amitié et l’unité de tous les Hommes.
En ce moment même, ma voix
atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes
de femmes et d’enfants désespérés, victime d’un système qui torture les
faibles et emprisonne les innocents. Je dis à tous ceux qui m’entendent,
ne désespérez pas, le malheur qui est sur nous n’est que le produit
éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès
qu’accompli l’humanité. Mais la haine finira par disparaître et les
dictateurs mourront et le pouvoir qu’il avait pris au peuple, va
retourner au peuple et tant que les hommes mourront, la liberté ne
pourra pas périr.
Soldat, ne vous donner pas à ces brutes, à une
minorité qui vous méprise et fait de vous des esclaves en régiment toute
votre vie et qui vous dit ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser
qui vous dirige, vous manœuvre, se sert de vous comme chair à canon et
qui vous traite comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres
inhumains. Ces hommes machine avec une machine à la place de la tête et
une machine dans le cœur. Vous n’êtes pas des machines, vous n’êtes pas
des esclaves, vous êtes des Hommes. Des Hommes avec tout l’amour du
monde dans le cœur, vous n’avez pas de haine sinon pour ce qui est
inhumain, ce qui n’est pas fait d’amour. Soldat, ne vous battez pas pour
l’esclavage mais pour la liberté. Il est écrit dans l’évangile selon
Saint Luc ; le royaume de Dieu est dans l’être humain, pas dans un seul
humain ni dans un groupe d’humain mais dans tous les humains. En vous,
vous le peuple qui avez le pouvoir. Le pouvoir de créer les machines, le
pouvoir de créer le bonheur, vous le peuple, en avez le pouvoir. Le
pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette
vie une merveilleuse aventure. Alors au nom même de la Démocratie,
utilisons ce pouvoir, il faut tous nous unir, il faut nous battre pour
un monde nouveau, décent et humain, qui donnera à chacun l’occasion de
travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et la vieillesse, la
sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses, pour que vous
leur donniez le pouvoir, ils mentaient, ils n’ont pas tenu leurs
merveilleuses promesses, jamais ils ne le feront, les dictateurs
s’affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font un esclave du
peuple. Alors il faut nous battre pour accomplir toutes leurs promesses,
il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les
frontières et les barrières raciale, pour en finir avec l’avidité avec
la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde
de raison. Un monde où la science et le progrès mèneront tous les Hommes
vers le bonheur. Soldats, au nom de la démocratie, unissons-nous tous !”

 

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