Echec euroTelle était le titre de la conférence organisée à Genève, mercredi soir 21 novembre 2012, par l’Institut
Libéral
.
A cette question ont répondu deux intervenants, Philippe Simonnot et Pierre Leconte,
qui ont traité chacun un thème connexe.
Philippe Simonnot, économiste, co-auteur de La monnaie, histoire d’une imposture, a montré dans sa communication que la manipulation monétaire était à la source des
crises.
Qu’est-ce que la monnaie? La monnaie est à l’origine une marchandise, qui facilite
l’échange volontaire entre deux parties qui y gagnent.
En
l’absence de monnaie, plus le nombre de marchandises augmente, plus le
nombre de
prix nécessaires pour les valoriser entre elles, et les échanger,
augmente. Ainsi l’échange de 100 marchandises nécessite-t-il la fixation
de 4’950 prix. En présence de monnaie, chaque
marchandise a son  prix. Il suffit donc alors de fixer 100 prix. Ce qui correspond à la loi humaine du moindre effort…
Quelles sont les qualités requises pour une monnaie? La facilité de transport, la
sécurité, la divisibilité, la conservation de valeur à travers le temps.
Très
naturellement, et très spontanément, les métaux précieux, qui ont ces
quatre
qualités, ont joué le rôle de monnaie-marchandise. Il n’y a pas eu
besoin d’intervention de l’Etat pour ce faire, sinon, éventuellement,
pour certifier leur aloi, comme peuvent être certifiés par
lui les poids et les mesures.
Dans
le cas des poids et mesures, l’intervention de l’Etat est bénéfique
parce qu’ils
ne sont pas facilement modifiables, tandis que, dans le cas de la
monnaie, celle-ci étant modifiable à l’envi, elle peut ne pas l’être du
tout. Car, la tentation est grande pour l’Etat de
succomber au vice de modifier l’aloi, ce à quoi il s’est adonné sans
vergogne quand il s’est finalement approprié la monnaie.
La
monnaie-marchandise – c’est-à-dire les métaux précieux –, a été
remplacée par de
la monnaie de banque. A ce sujet, parmi les partisans de l’économie
de marché, il y a deux écoles qui s’affrontent: celle qui défend les
réserves à 100% et celle qui défend les réserves
fractionnaires.
Dans
le cas de 100% de réserves, les dépôts sont disponibles à tout instant,
ce qui
empêche toute utilisation frauduleuse, mais pose la question du
paiement du service bancaire. Cette école s’inscrit dans la tradition du
droit romain.
Dans
le cas des réserves fractionnaires, les banquiers créent plus de
monnaie qu’il
n’y a de réserves. Les banquiers gagnent de l’argent et disposent
d’un pouvoir explosif. Cette tradition remonte aux banquiers juifs et
s’inscrit dans celle du talmud.
Le
principal défaut de cette dernière école est que la concurrence aboutit
à des
oligopoles qui, étant de plus en plus gros, peuvent faire appel aux
banques centrales, organismes étatiques, pour se refinancer. Se pose
alors la question posée par Juvénal en son temps: qui
garde le gardien? Autrement dit, qui empêche les banques centrales
de créer de la monnaie indéfiniment ?
En
matière monétaire le seul gardien possible est l’or. Il a été
progressivement
abandonné. En 1914 les gens ont pris peur et ont réclamé leur or et,
en conséquence, l’étalon-or a été suspendu. A partir de là, par étapes
successives – Gênes en 1922 et Bretton Woods en 1944 –,
l’or a peu à peu perdu son rôle de gardien qui empêchait les crises.
Le 15 août 1971, la décision unilatérale de Richard Nixon de non convertibilité du
dollar en or a parachevé la suppression de ce gardien, ouvrant la voie à toutes les crises qui ont suivi.
De Napoléon à la guerre de 1914 le franc français n’avait pas bougé. A partir de 1914
jusqu’à sa disparition, il a perdu 99,99% de sa valeur…
Pierre Leconte, président du Forum monétaire de
Genève
, dans sa communication, a expliqué pourquoi l’euro a échoué
[la photo ci-dessus provient d‘ici].
Selon lui il y a cinq niveaux d’explication:
          L’euro n’a pas une qualité supérieure aux monnaies nationales: on est passé d’un monopole
étatique au niveau national à un monopole étatique au niveau supranational;
          La convergence entre les pays de la zone euro n’a pas eu lieu, que ce soit au niveau
macro-économique ou au niveau micro-économique;
          La zone euro n’a pas un caractère optimal;
          La construction européenne n’est pas plus démocratique qu’auparavant, au contraire;
          L’euro ne fait pas le poids dans la concurrence avec le dollar (62% des réserves des banques
centrales sont libellés en dollars, 24% en euros). 
La
construction européenne a échoué parce que les technocrates à la tête
de l’UE ont
dissimulé aux peuples que leur objectif réel était de créer un Etat
supranational et parce qu’il s’agissait d’une construction
constructiviste: ils pensaient se servir de l’union monétaire pour
aboutir à l’union politique (et ils le pensent toujours).
Les
hommes politiques comme Charles de Gaulle avaient opté pour une
coopération
intergouvernementale et le maintien des monnaies nationales. Au lieu
de cela les hommes politiques européens ont préféré opter pour une
intégration forcée.
De cette intégration forcée il est résulté une confiscation des processus
démocratiques  – comme les
peuples ne veulent pas de cette intégration, on ne les consulte plus –,
et une régression sociale – dans certains pays le
taux de chômage atteint 25 à 30%.
Les
pays faibles de la zone euro ont, comme les autres pays de la zone,
emprunté de
manière colossale, l’argent étant créé sans frein par les banques
centrales. Les critères de Maastricht n’ont été respectés par aucun de
ces pays. Comme monnaie unique ne signifie pas taux
uniques, les difficultés ont finalement grandi pour les pays les
moins crédibles, qui s’étaient jusque-là comportés en passagers
clandestins.
Au
sein de cette construction forcée, les pays les moins touchés veulent
de moins en
moins venir au secours des plus touchés. Cela se passe de même à
l’intérieur des pays entre régions plus ou moins riches. La
mutualisation des dettes y est par conséquent impossible, de même que
les transferts. Les divergences économiques ne permettent pas non
plus d’union fiscale qui serait refusée par les pays les plus vertueux
et qui serait pourtant indispensable à une union
monétaire.
Des économistes qui ne sont pas libéraux, tels que Jacques Sapir, en viennent à dire
que la fin de l’euro ne serait pas un drame…
Alors, comment en sortir?
Il faudrait ne pas oublier que, quand il n’y a pas liberté monétaire, il n’y a pas
non plus de liberté économique, ni de liberté politique.
Il
faudrait redonner à l’or son rôle de monnaie, et de gardien, non pas en
fixant des
parités à la faveur d’une conférence monétaire, qui n’aura jamais
lieu, mais en faisant le pari du marché pour les déterminer.
L’annulation
du cours légal de la monnaie et la suppression de la taxe fiscale sur
l’or devraient alors permettre l’éclosion d’une concurrence des
monnaies jusqu’ici taboue, où les banques aux réserves à 100% pourraient
bien, par le marché, prendre l’avantage sur les
autres. 
Francis Richard

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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