Une lumière pour une finance chrétienne par Louis Even

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Du régime de dettes à la prospérité
«Une lumière sur mon chemin», dit Louis Even
Les pages suivantes sont tirées de l’opuscule «From Debt to Prosperity» (Du régime de dettes à la prospérité), écrit par J.-Crate Larkin de Buffalo, aux États-Unis, qui explique les propositions du Crédit Social. C’est ce livre qui changea le cours de la vie de Louis Even et en fit un ardent propagandiste du Crédit Social en 1934. (La version française a d’ailleurs été traduite par Louis Even.) «Le Crédit Social a été une grande lumière sur mon chemin», a déclaré Louis Even. Lisez ces pages et vous deviendrez aussi enthousiaste que Louis Even pour faire connaître le Crédit Social aux autres.
par J. Crate Larkin
Clifford Hugh Douglas
Cet opuscule expose brièvement l’analyse économique et les propositions constructives du Crédit Social. Celles-ci sont principalement l’œuvre du Major C. H. Douglas, un ingénieur écossais de grande expérience pratique en sciences, en affaires et en économique.
Les propositions du Crédit Social sont conçues pour raviver les affaires, préserver la propriété privée et le système de profit, réduire les dettes, diminuer les taxes et procurer la sécurité économique à tout citoyen du Canada.
Le Crédit Social atteindrait ces résultats par l’émission de pouvoir d’achat aux consommateurs, directement, sous forme de crédit. Trois mesures pratiques, bien définies sont nécessaires à cette fin:
1. L’établissement, au Trésor du Canada, d’un compte de Crédit National dans lequel la production de richesse réelle de la nation figure au crédit et la consommation au débit.
2. La vente de tous les biens de consommation au «juste prix,» au moyen d’un escompte au détail déterminé par le coût réel de production.
3. L’émission du dividende mensuel à tout citoyen canadien.
Le Crédit Social aborde et étudie les problèmes actuels du point de vue pratique d’une civilisation enrichie de toutes les devises modernes de la science pour satisfaire les besoins et les désirs de ses membres. En réponse aux problèmes de la pauvreté et de la dépression, le Crédit Social propose une solution bien définie, la voie la plus raisonnable et la moins difficile pour sortir de la confusion financière qui humilie notre vingtième siècle. Le Crédit Social montre le moyen de remplacer les dépressions périodiques par la sécurité économique permanente, basée sur une véritable évaluation financière de la richesse réelle du Canada et l’octroi d’un pouvoir d’achat adéquat aux citoyens de ce pays.
Le Crédit Social est fondé sur deux propositions:
Premièrement: La monnaie doit exactement refléter l’état exact de notre RICHESSE RÉELLE.
Deuxièmement: Toute nation civilisée où le système monétaire refléterait les faits et accomplirait son rôle (distribuer les produits et les services) verrait chez elle le règne de la prospérité et de la sécurité économique permanente et la disparition de la pauvreté, des dettes paralysantes et de la dépression industrielle.
Le Crédit Social n’est cependant, remarquons-le bien, ni du socialisme, ni du fascisme, ni du communisme. Il n’entraîne aucune confiscation et ne veut sacrifier, ni la liberté, ni les droits de propriété de personne. Plus que n’importe quelle autre doctrine, il veut l’application du simple bon sens à la monnaie et aux affaires. Le Crédit Social ne touche qu’à la partie monétaire du système économique, parce que c’est la seule qui soit en défaut. Les méthodes de production sont bonnes; l’initiative privée est excellente; le mobile profit n’est point à condamner. Pas besoin donc de toucher à ces choses. Les théories socialistes et communistes sont aux antipodes du Crédit Social; elles veulent embrigader l’homme au service d’un système, tandis que le Crédit Social place un système au service de l’homme.
Il reste vrai qu’en corrigeant la partie monétaire défectueuse du système économique, tout le système s’en ressent, et pour le mieux. C’est la fin de la loi de la jungle, la fin de la philosophie qui enseigne qu’on ne peut réussir qu’en appauvrissant son voisin.
La situation actuelle
Depuis quelques années nous souffrons d’une dépression universelle de l’industrie. Tous désirent la reprise des affaires. Des millions ont faim, pendant que les entrepôts regorgent de blé, ils réclament des vêtements et l’on détruit le coton; ils sont sans foyer et des maisons restent vacantes. Des foules vivent dans les privations, avec une richesse inutilisée à portée de leurs mains. Pauvreté au sein de l’abondance! Quel triste paradoxe pour un monde civilisé!
Mais ce spectacle pitoyable devient encore plus frappant si l’on compare le Canada producteur avec le Canada consommateur, le Canada manufacturier avec le Canada acheteur. Le manufacturier peut produire presque sans limite, mais l’acheteur a des moyens très bornés et ne peut acheter. À cause de ce non-sens, les roues de l’industrie demeurent en panne.
La reprise des affaires est d’ordre purement économique, puisque les éléments physiques ne font pas défaut. Il ne faut pas s’effaroucher de ce mot, «économique.» L’économie domestique est la bonne gouverne de la maison ; l’économie politique s’occupe de la gouverne des collectivités. Les questions économiques sont du domaine de l’intelligence ordinaire ; on peut en parler en langage simple et courant. Au lieu d’essayer de saisir un amas d’idées abstraites, il est bien plus compréhensible et plus utile, de considérer l’économie simplement dans son application aux affaires de tous et de chacun.
Encore faut-il s’entendre sur le sens des termes quand on veut traiter un sujet. Nous allons appeler commerce le procédé qui consiste à satisfaire les désirs des hommes par l’échange entre eux des produits de leur travail, au moyen d’un intermédiaire appelé monnaie. S’il n’y avait pas d’intermédiaire, ce serait le simple troc, beaucoup moins souple et incapable de fonctionner adéquatement dans le monde avancé d’aujourd’hui.
L’industrie et le commerce sont nécessaires pour satisfaire les besoins et les désirs des hommes. Nous avons constamment besoin de produits nombreux et variés, et nous avons établi des moyens perfectionnés pour les manufacturer en grande quantité. Mais le moyen de les distribuer, de les passer du producteur presque inépuisable au consommateur qui les recherche, est loin d’être de pair avec les progrès réalisés dans les procédés de fabrication.
But du système économique
Voyons en imagination une immense vitrine de magasin traversant le continent de Halifax à Vancouver. À l’intérieur de cette vitrine, plaçons toutes les marchandises que le Canada produit. À l’extérieur onze millions d’êtres humains, brûlant d’acheter, le nez écrasé contre la vitre, posture familière à nos années d’enfance. Entrons dans le magasin et jetons un coup d’œil. La première chose qui nous impressionne est l’étonnante variété des marchandises offertes. Des centaines de mille articles sont là en vente — tout ce qu’il faut pour vivre dans le confort, l’aisance, la satisfaction.
Demandons au marchand comment il peut maintenir cette abondance de provisions. Il nous montrera les entrepôts bondés de produits. Fournissant les entrepôts, une chaîne de manufactures; alimentant les manufactures, des fermes et des mines productives; orientant les fermes et les usines, les laboratoires et les écoles, et derrière toutes ces choses, les appuyant de son ambition et de son enthousiasme, le peuple canadien lui-même avec son histoire, ses talents, son génie, ses progrès. Fort de toutes ces ressources, le marchand peut vous garantir une abondance de marchandises dépassant les pouvoirs de l’imagination la moins freinée.
Cette provision de marchandises et de services constitue la Richesse Réelle du Canada. La capacité de produire et de livrer ces biens, marchandises ou services, est la seule vraie limite à notre Crédit Réel. Nous avons les matériaux et les aptitudes voulus pour produire immensément plus de marchandises et de services que nous n’en produisons aujourd’hui. Il n’existe aucun doute sur l’abondance de notre Richesse Réelle et tangible.
Regardez maintenant autour de la manufacture de richesses. Combien peu de personnes y travaillent! Partout, des machines remplacent le travail manuel, machines conçues et installées pour épargner les corvées fatigantes à l’homme, tout en multipliant pour lui les fruits de la production. La science a soulagé l’homme; la malédiction qui condamnait Adam à manger son pain à la sueur de son front s’est adoucie en déchargeant la grosse partie du fardeau sur les épaules bien plus larges des forces de la nature, en attelant à son service l’énergie solaire transformée en vapeur et en électricité. Ces forces maîtrisées peuvent tenir la vitrine du magasin remplie de marchandises qui émerveillent notre vue. Et nous ne faisons que commencer à savoir utiliser nos nouveaux serviteurs d’une manière efficace! Vraiment, cette visite au grand magasin national crée l’impression d’une richesse prodigieuse. Nous nous réjouissons spontanément de vivre dans un pays si inépuisablement riche.
Joignons maintenant les onze millions d’acheteurs (la population du Canada en 1934) à l’extérieur de la vitrine. Quel changement! Au lieu de la coopération ordonnée et scientifique de la production qui s’épanouit dans une plénitude de biens, en franchissant la porte de sortie, nous tombons au milieu d’une cohue de gens inquiets, se débattant avec la misère, mécontents d’aujourd’hui, inquiets de demain, se combattant les uns les autres comme pour se disputer une proie trop rare. Avons-nous changé de pays?
Qui est cette foule? Qui sont ces onze millions? Nous, tous. Nous sommes tous acheteurs et consommateurs de produits. Il nous faut nourriture, vêtements et abri pour pouvoir vivre. Et que d’autres désirs inhérents à notre état de civilisation!
Pourquoi cet immense magasin débordant de richesse? Pourquoi l’exploitation intelligente du sol, du sous-sol, des forces naturelles, et pourquoi l’érection d’usines bien outillées pour maintenir ses provisions?
La réponse est claire. On produit pour consommer, non pour garnir des étagères et des entrepôts. Le but de la production est la consommation.
Chacun sait par expérience qu’il ne peut seul produire tout ce dont il a besoin. Il est des marchandises et des services qu’il doit demander à d’autres mieux en état de les fournir. Il faut du système dans la production et la distribution de ces produits, si l’on veut travailler de concert, avec ordre et efficacité. Du côté production, le succès est remarquable. L’industrie moderne s’est développée à un degré que les plus audacieux n’eussent osé rêver il y a seulement quelques générations. La capacité de l’industrie n’est plus à établir.
Brièvement défini, le but du système économique est de livrer les biens à la consommation où, quand et comme l’exigent les besoins et les désirs des consommateurs.
Avec ce but bien présent à l’esprit, et retenant le double aspect d’un Canada manufacturier et d’un Canada acheteur, jetons un regard sur notre système économique actuel.
Les traits saillants de nos difficultés présentes sont malheureusement des choses tellement familières que nul d’entre nous ne peut les ignorer. On peut grouper les calamités qui nous accablent sous quatre titres principaux: Pauvreté, Dette, Taxes, Dépression. La préséance de l’une ou de l’autre peut prêter à litige, mais ce qui est certain et fait honte à la civilisation du 20ème siècle, c’est qu’elles sont ici toutes les quatre, dans la plus grande ère de science et de contrôle des forces de la nature que le monde n’ait jamais connue.
Le paradoxe de l’abondance
Grâce aux progrès continus de la science, nous sommes enfin arrivés à l’âge si désiré de l’abondance. Les inventions et les perfectionnements technologiques ont augmenté, d’une façon presque incroyable, notre capacité de production de Richesse Réelle. Mais nous n’avons pas établi un moyen adéquat de distribution et cette énorme richesse réelle du Canada ne pouvant atteindre le consommateur, une bonne partie de la capacité de production doit rester inutilisée.
Les producteurs cherchent à vendre. Les consommateurs voudraient acheter, mais ne le peuvent pas. Beaucoup souffrent du froid, de la faim et vivent dans des taudis. Ils ne peuvent se nourrir, se vêtir, se loger, parce qu’ils n’ont pas de monnaie pour acheter ce que le producteur de nourriture, de vêtements, de logement ne demande pas mieux que de vendre.
Voilà le fameux paradoxe de «La pauvreté au sein de l’abondance» dont on parle si souvent — état humiliant de souffrance et de misère, chez une des plus riches nations de la terre. N’est-ce pas une insulte à l’intelligence humaine?
La majeure partie de la population du Canada ne reçoit pas assez pour vivre dans une sécurité raisonnable. Bien pis, nombreux sont ceux de nos citoyens qui doivent vivre de «secours direct», état d’abandon démoralisant dans ses effets et ne donnant satisfaction à aucun point de vue. Son seul mérite est d’empêcher de mourir tout à fait ceux qui ne peuvent acheter les nécessités de l’existence… dans un siècle de lumière et d’abondance!
Impôts, dettes et le fardeau augmente toujours
Les affaires sont stagnantes, faute de ventes, et nous nous débattons sous un fardeau de plus en plus écrasant d’impôts et de dettes. L’intérêt sur les dettes publiques de toutes sortes (fédérales, provinciales, municipales, etc.) est tel que 50 pour cent des gains des travailleurs vont en tribut au système.
Dettes et taxes poursuivent leur ascension vertigineuse alors que s’appauvrissent le débiteur et le contribuable. Au zénith de leur course, dont elles approchent rapidement, ce sera l’explosion, la banqueroute nationale. Allons-nous attendre patiemment que se produise cette catastrophe?
Ceux qui travaillent gémissent sous le fardeau des impôts. Et pourtant les fonds prélevés sont insuffisants pour donner une part décente de nourriture, de vêtement et de logement aux sans-travail et à leurs familles.
Au Canada, la même politique prévaut. Nos gouvernants ne semblent voir aucune autre solution que la continuation du système actuel d’emprunts, qui lie la nation en servitude au système bancaire privé. Pour la dette fédérale seule, chaque homme, femme et enfant de ce pays doit aujourd’hui plus de 16 000 $ et ce chiffre augmente continuellement. Comment sera-t-il jamais payé? Et pourtant on semble croire qu’il n’y a pas à s’en tracasser pour le moment et qu’on peut continuer d’emprunter pour tâcher de sortir de la pauvreté qui règne. Est-ce sensé? Ne devrait-on pas chercher une autre méthode?
Le panneau de l’horloge de la dette nationale des Etats-Unis, affiché près de Times Square, à New York, le 9 octobre 2008. Ce panneau, installé en 1989 par feu Semour Durst, promoteur immobilier de Manhattan, manquait de chiffre pour afficher la dette et on a dû remplacer la case du signe de dollar par le chiffre 1, pour compter au-dessus de 10 trillions de dollars. Lorsque le panneau fut affiché pour la première fois en 1989, la dette nationale américaine n’était que de 2,7 trillions. Aujourd’hui: (janvier 2009) $10,149,875,434,832
Combien de nouvelles dettes faudra-t-il pour sortir des dettes actuelles? Aussi bien vouloir lutter contre le froid en se défaisant de ses habits!
Nos riches ressources naturelles, nos champs, nos mines et nos usines, avec toutes leurs capacités productives, existent aujourd’hui aussi bien qu’en 1929. Et Dieu sait si nos onze millions de Canadiens ont des besoins et des désirs à satisfaire! Nourriture, vêtements, logements, articles de nécessité, articles de confort, radios, couvertes chaudes, automobiles, etc., trouveraient certainement preneurs, étant donné un pouvoir d’achat suffisant.
Notre richesse productive est toujours là, capable de répondre à toutes nos demandes, et cependant on nous dit que nous sommes en dette. Depuis 1929, la valeur de notre richesse nationale, mesurée en monnaie, s’est contractée, a perdu presque un tiers de sa valeur totale de 1929. D’après les «experts financiers», en termes de monnaie, presque un tiers de notre richesse s’est volatilisée.
Que le tiers de notre pays fût détruit par un tremblement de terre, par le feu ou par l’inondation, la disparition du tiers de notre richesse s’expliquerait. Mais on n’a pas eu à déplorer de catastrophe de ce genre. Le Canada est resté aussi beau et aussi fertile que jamais, avec ses riches moissons actuelles ou potentielles et ses usines remplies de machines d’où les produits peuvent sortir à flot.
Qu’est-il donc arrivé à cette richesse pour qu’elle ait perdu sa valeur? Absolument rien. La richesse elle-même existe toujours, c’est sa valeur en fonction de la monnaie qu’on a détruite. N’allons pas confondre RICHESSE avec MONNAIE. La richesse est là, ce sont les titres à la richesse, la chose la plus simple à créer — et à détruire — qu’on a détruits, et pour cette absurdité, nous vivrons comme dépouillés de la richesse dont nous avons besoin, alors qu’elle est toujours à notre porte.
Revenez à la vitrine du magasin d’abondance. De l’extérieur, la foule même qui a produit ces biens, gémit de ne pas avoir pas l’argent pour les acheter. Pauvre humanité qui ne peut jouir du fruit de tes propres travaux, simplement à cause des limites du pouvoir d’achat imposées par un système de ta propre création! Quelle tragique absurdité! Et doublement stupide parce qu’il ne dépend que de nous de changer, à l’heure même où nous déciderons de le faire, un système monétaire qui nous sert si mal. Il ne s’agit pas d’un phénomène naturel qu’il faut subir, mais d’un simple mécanisme établi par l’homme pour le servir, et dont l’homme si éclairé d’aujourd’hui semble devenir l’esclave insensé.
Sous-consommation — Et pourquoi?
Voici que nous approchons du cœur du problème. De toute évidence, le mal qui paralyse la vie économique n’est pas dans une surproduction, mais plutôt dans une sous-consommation. Pour avoir accès aux produits, les consommateurs doivent posséder un pouvoir d’achat. Mais ce pouvoir d’achat est aujourd’hui très insuffisant. La sous-consommation existe parce que nous n’avons pas assez de pouvoir d’achat pour acheter le total des biens que nous produisons.
Notre système économique pourvoit amplement à la finance de la production, mais le mode de finance de la consommation est piètre et défectueux, c’est lui qu’il faut blâmer. Le producteur peut produire, mais le consommateur ne peut pas consommer.
Et pourquoi les consommateurs manquent-ils de pouvoir d’achat? À cause du système financier lui-même. Ce manque de pouvoir d’achat continuel existe parce que le système monétaire, qui fut conçu pour effectuer facilement le flux des marchandises du producteur au consommateur, porte en lui-même des défauts fondamentaux si sérieux que le système ne peut résister. De ces défauts sont nées les dépressions, la misère, les dettes et les taxes, toutes fruits d’une insuffisance chronique du pouvoir d’achat, en temps de prospérité comme en temps de crise.
La faillite de la finance
Avec l’avènement des forces motrices, la monnaie a cessé d’être un serviteur à hauteur de sa tâche. Lorsque la production était difficile, les produits relativement rares, notre vieux système monétaire pouvait soutenir assez bien la marche des affaires. Des marchés nouveaux s’ouvraient et absorbaient notre surplus de production. Mais aujourd’hui que le monde peut, en utilisant des machines à force motrice, produire en quantité pour ainsi dire illimitée, nous avons gardé le même système monétaire, ni conçu, ni ajusté pour ces conditions nouvelles. La science et les inventions ont dépassé notre vieille conception de la monnaie. La rareté des produits a fait place à l’abondance, mais la monnaie rare est demeurée un dogme et une pratique que les chefs de la finance veulent maintenir sacrés.
Pour comprendre cet anachronisme et distinguer clairement la raison basique de l’insuffisance du pouvoir d’achat, apprenons premièrement comment le système monétaire opère en pratique. Puisque ses opérations ont conduit à la faillite, il convient de rechercher les motifs qui l’ont amenée. Nous avons vu que le manque de pouvoir d’achat est seul responsable de la sous-consommation. Déterminons maintenant ce qui cause l’insuffisance chronique de monnaie.
Richesse, crédit et monnaie
Toute discussion du système monétaire ramène fréquemment trois mots dont on fausse le sens étrangement. Il convient de les expliquer dès l’abord si nous voulons comprendre clairement pourquoi les opérations du système monétaire produisent une insuffisance chronique et toujours plus prononcée du pouvoir d’achat. Il s’agit de richesse, crédit et monnaie. Ces trois choses sont étroitement liées ensemble, mais cependant très distinctes.
Larousse définit la richesse une «abondance de biens.» La richesse consiste donc surtout en produits. Bien des auteurs étendent le sens du mot richesse à tout ce qui satisfait directement ou indirectement les désirs de l’homme, ce qui comprend, non seulement les produits matériels, mais aussi les services (du médecin, du professeur), etc.
Considérée au point de vue national, la richesse doit embrasser, comme partie très importante, l’immense héritage intellectuel que nous ont légué nos ancêtres. Que seraient les abondantes ressources naturelles, les forêts, les mines, les fermes et les manufactures qui enrichissent le Canada d’aujourd’hui si nos ancêtres ne nous avaient légué des connaissances scientifiques bien établies. Cette partie de notre richesse est un actif appartenant à la nation tout entière.
«Le système de production économique moderne n’est pas un système de production individuelle. C’est de plus en plus un ensemble synthétique de biens dont l’existence est surtout due principalement à l’emploi de la force motrice, aux procédés scientifiques modernes et aux organisations de toutes sortes.» (Douglas, à Oslo, Norvège, fév. 1935.)
La richesse réelle d’une personne ou d’une nation, peut être mesurée par l’aptitude de cette personne ou de cette nation à distribuer les produits et services demandés.
Ce n’est pas toujours chose facile de mesurer la richesse, parce que la valeur de chaquearticle qui la compose dépend directement du désir qu’en éprouvent les consommateurs. Mais puisque nous avons tous affaire avec la richesse dans la satisfaction de nos désirs, il faut bien quelque moyen de mesurer la valeur des biens — produits ou services — par rapport à ces désirs.
Résumons: La richesse réelle est tout bien — produit matériel ou service — qui correspond à un besoin, à un désir du consommateur.
CRÉDIT — réel et financier
Le Crédit est l’air essentiel à la vie du commerce moderne.
Le mot crédit dérive du mot latin credere signifiant «croire, avoir confiance.»
Tout crédit est donc fondé sur la confiance. Dit-on que le crédit d’un homme est bon, on veut dire qu’on peut avoir confiance en son pouvoir de tenir sa promesse de payer. Le crédit est basé sur les moyens de payer ou de livrer la marchandise, comme c’était promis.
Mais on ne réalise pas généralement qu’il y a deux sortes de crédit, différentes et bien distinctes, connues respectivement comme crédit réel et crédit financier. On peut les définir ainsi:
Le crédit réel, est le degré d’aptitude à livrer une richesse réelle (marchandises ou services) où, quand et comme elle est demandée.
Le crédit financier est le degré d’aptitude à livrer de la monnaie où, quand et comme elle est demandée.
Le crédit réel dépend donc de la capacité de production et de transport. Le crédit financier dépend de la capacité de paiement en monnaie. Cette distinction est très importante, et on doit l’avoir clairement présente à l’esprit quand on étudie le système monétaire.
Nous y reviendrons.
Monnaie
La Monnaie est devenue la chose nécessaire pour pouvoir vivre dans la société moderne. Mais est-il dans notre langue un autre mot qui soit sujet à tant de confusion et qui ait autant embrouillé la pensée? Il n’est pas exagéré de dire que la plus grande partie des ruines accumulées par notre système économique en panne est due à une fausse conception de la vraie nature et du rôle de la monnaie. D’où l’importance vitale de saisir le sens du mot Monnaie, même s’il faut pour cela réviser complètement nos idées antérieures.
On peut définir la monnaie comme étant «un intermédiaire d’échange, un moyen d’exprimer une demande effective pour des produits.» En ces jours d’hystérie économique, cette définition simple dissipera une grande partie de la confusion qui enveloppe la monnaie dans le mystère.
Le Dr Walker dit: «La Monnaie est tout intermédiaire ayant atteint un tel degré d’acceptabilité que, peu importe de quoi il est fait ou pourquoi les gens le veulent, personne ne le refuse en échange de ses produits.»
On écrit et on parle beaucoup de «monnaie saine.» Qu’est-ce que la «monnaie saine?» Les experts se servent de cette expression pour imposer silence à la critique. Il nous semble pourtant raisonnable de dire qu’un système de monnaie sain, c’est celui qui fonctionne, celui qui déplace les produits, celui qui permet à une production abondante et variée de satisfaire des besoins nombreux et variés.
Nature de la monnaie
Nous savons que les produits sont transférés du producteur au consommateur au moyen de monnaie. La monnaie est donc le chaînon unissant la production à la consommation. Elle sert de pont entre la demande de produits de la part du consommateur et la satisfaction de cette demande de la part du producteur. On pourrait dire que la monnaie est l’agent d’équation entre les désirs et les produits, permettant la satisfaction des premiers en terme des seconds. Elle fonctionne comme une force semblable à l’électricité: elle actionne un moteur, mais reste invisible, et nous en voyons seulement les effets, la transformation des désirs, qui sont mentaux, en produits matériels qui représentent la satisfaction de ces désirs.
La monnaie est un nombre et non une substance matérielle. La monnaie n’est pas la richesse, mais un symbole de la richesse et un moyen d’en mesurer la valeur. La monnaie nous donne une méthode pour appliquer une valeur numérique aux produits.
Il suffit d’interpréter notre expérience personnelle de tous les jours pour comprendre que la monnaie est seulement un titre à la richesse, un simple billet qui nous autorise à tirer des biens du magasin des Richesses de la Nation. La monnaie donne droit à la richesse, aux produits variés qui sont dans le magasin. Un billet de banque, une pièce de monnaie est exactement comme un billet de chemin de fer, excepté que le billet de chemin de fer est seulement valable pour voyager, tandis que le billet-monnaie donne droit à n’importe quoi dont le prix équivaut au montant fixé sur le billet.
Nous arrivons ainsi à un concept plus exact de la nature de la monnaie; la monnaie n’est autre qu’un mécanisme social conçu pour faciliter le bon ordre dans la production et la consommation. Le système monétaire n’est, en réalité et sous tous les rapports, qu’un simple système de billets conférant aux porteurs de ces billets un titre aux produits et aux services. La monnaie, comme telle, n’est donc pas une marchandise: sa valeur intrinsèque peut être nominale ou nulle; elle tire sa valeur des fonctions qu’elle remplit. Considérer la monnaie comme une marchandise dénote une ignorance radicale du rôle de la monnaie.
La monnaie n’est pas une marchandise ayant substance, grandeur et poids, comme le blé ou l’acier. La confusion actuelle provient surtout de ce qu’on prend la monnaie pour un produit, comme l’or, au lieu de la considérer comme simple mesure de valeur. Les experts financiers eux-mêmes reconnaissent que toutes les marchandises subissent des fluctuations dues à la loi de l’offre et de la demande; aussi aucune marchandise ne saurait convenir, d’une façon unique et absolue, à mesurer la valeur des autres. Le professeur Frédérick Soddy dit: «L’or est, sous tous les rapports, à peu près le pire des produits à choisir comme étalon monétaire.»
La monnaie joue un rôle si important dans notre vie moderne qu’on peut la considérer comme la clef de voûte de notre structure économique tout entière. Les billets-monnaie sont indispensables pour se procurer les articles offerts aux consommateurs. D’où la lutte serrée pour se disputer ces billets. La monnaie aujourd’hui est aussi nécessaire aux achats que les achats sont nécessaires à l’entretien de la vie matérielle. De sorte que, dans la société civilisée, notre vie même dépend de la monnaie et du système monétaire. Sans monnaie qui fonctionne, sans monnaie «saine», impossible de toucher à la moindre partie de la richesse exposée derrière les vitrines du Canada.
Mais pour mériter cet attribut de «saine», la monnaie doit remplir deux conditions bien importantes. La première est qu’elle soit acceptable, ce qui veut tout simplement dire que ceux qui l’utilisent aient confiance, qu’ils sachent pouvoir l’échanger pour les produits et les services désirés. En second lieu, puisque c’est l’intermédiaire des échanges, la monnaie doit représenter exactement la demande courante vis-à-vis des produits disponibles.
Tout système monétaire sain doit refléter les faits réels de la production. Il doit fournir les moyens d’échange en quantité suffisante pour que les marchandises continuent leur mouvement, du producteur à l’acheteur qui consomme les produits.
Deux sortes de monnaie
Nous avons aujourd’hui deux sortes principales de monnaie en usage. La première est le numéraire ou monnaie tangible, comprenant les pièces de métal frappées par le gouvernement, les anciens billets du Dominion et les billets de banque de différentes dénominations. La seconde est la monnaie de crédit, ou les dépôts bancaires circulant sous forme de chèques.
Le numéraire est seulement la monnaie de poche du commerce. La monnaie de crédit (ou chèques) est utilisée dans presque toutes les grandes transactions, où les pièces de monnaies et les billets ne sont pas pratiques, et dans une foule de transactions plus modestes où ce genre de paiements accommode mieux celui qui s’en sert. Plus de 90% de nos affaires se font par chèques, ou monnaie de crédit.
Nul n’ignore que le numéraire est émis par le gouvernement sous forme de pièces métalliques ou par les banques sous forme de billets imprimés; mais combien peu savent au juste d’où vient la monnaie de crédit, comment elle naît et comment elle meurt. On se sert de chèques à cause de leur sécurité et de leur commodité. On inscrit sur le chèque le montant exact devant être payé à une certaine personne, et du moment que le chèque est acceptable et accepté, on n’y pense plus.
Naissance et mort de la monnaie de crédit
Jetons un coup d’oeil à la source de cette monnaie de crédit qui règle au moins 90% de nos achats et ventes. Où naît-elle? Nous savons qu’un chèque est un ordre de débiter un solde créditeur en banque. Le solde créditeur consiste en dépôts crédités à un compte défalqué des retraits à date. Ces dépôts eux-mêmes peuvent provenir de chèques tirés sur d’autres comptes.
Un chèque passe une inscription d’un compte à un autre sans déplacement de numéraire. Des transactions compliquées, représentant d’immenses sommes de monnaie, se font ainsi, au moyen de simple comptabilité dans les livres des banques, par des entrées de crédits et de débits. Dans leur comptabilité, les banques créditent et chargent les comptes de leurs clients. Évidemment, les soldes entre banques se règlent: ce sont les «compensations bancaires», qui déplacent du numéraire, mais pour les balances du total des comptes de la journée seulement.
Il ressort de tout ceci que, quel que fût autrefois le rôle du numéraire dans la monnaie, l’histoire est bien différente maintenant que nous écrivons des chèques. Le système de chèque est simplement une série d’entrée de comptabilité, et le système monétaire actuel fonctionne surtout par la circulation de ces chèques. Les transactions se font presque toutes au moyen de morceaux de papier qui témoignent de l’existence d’un crédit financier. Ce crédit lui-même est créé ou détruit par les procédés de comptabilité des banques. Le système de chèque est, à bien des points de vue, une grande amélioration sur le système des gages, de la monnaie tangible. Mais son invention a eu pour résultat de faire des banques des manufactures de monnaie, non par la frappe de la monnaie, devenue tout à fait inutile, mais par la création de simple monnaie scripturale, dispensant même de billets imprimés.
Ingénieuse, la méthode par laquelle le banquier fabrique ainsi la monnaie. Simple procédé de comptabilité! Cette sorte de monnaie naît et meurt dans la banque, et la banque est responsable et de sa naissance et de sa mort. Le banquier crée de rien les moyens de payer.
Les banques créent et détruisent la monnaie par un simple procédé de comptabilité, par émission et annulation de crédits, comme le démon
tre bien le prêt bancaire ordinaire. Allez-vous à la banque pour emprunter 1000 $, le banquier s’informe de la valeur de votre crédit financier; s’il le juge bon, il accepte votre billet et vous accorde l’emprunt sollicité, en créditant votre compte de 1000 $, exactement comme si vous aviez déposé cette somme en monnaie. Vous voilà maintenant «en dette» avec votre ami le banquier. Vous lui devez le 1000 $ que vous avez emprunté, plus l’intérêt qu’il charge pour l’usage de ce 1000 $ fabriqué par lui, sur la base de votre richesse gagée. Vous pouvez maintenant tirer des chèques sur votre nouveau compte, ces chèques sont acceptables comme monnaie. Il y a dans le pays 1000 $ de plus qu’auparavant.
Mais quand arrive le temps de rembourser cette somme, vous retirez de la circulation le montant de 1000 $ plus l’intérêt et vous le remettez au banquier. Le compte du prêt est balancé, 1000 $ ont cessé de vivre. Et c’est promptement et fidèlement que vous devez rembourser le banquier, sous peine de perdre les garanties déposées chez lui comme collatérales.
Si vous ne pouvez pas payer, vos garanties passent entre ses mains et lui-même peut retirer l’argent de la circulation en vendant vos garanties, dont la valeur est toujours bien supérieure à celle du prêt.
En d’autres termes, chaque prêt bancaire crée un dépôt et le remboursement d’un prêt bancaire détruit un dépôt. Les prêts sont accordés et les dépôts créés, en créditant le compte de l’emprunteur dans le livre du banquier. La monnaie ainsi créée est détruite de la même façon, par de simples entrées dans les livres, à mesure que l’emprunteur rembourse. Ces remboursements font disparaître leur montant de la circulation. Qu’en a-t-il coûté à la banque pour cette création de $1000, suivie de sa destruction? Rien à part le coût de la comptabilité.
Par simple procédé de comptabilité bancaire, de la nouvelle monnaie est constamment créée et détruite. Et cette monnaie, que l’Encyclopédie Britannique dit être créée de «RIEN» (out of nothing), est réellement manufacturée avec une plume, du papier, de la confiance et une bouteille d’encre.
Ce procédé de comptabilité, la méthode bancaire qui régit la naissance et la mort de la monnaie scripturale, du gros de la monnaie actuelle, est décrit clairement par Reginald McKenna, directeur de la Midland Bank de Londres et ancien Chancelier de l’Échiquier Britannique: «Le montant de monnaie en existence varie seulement avec l’action des banques. Chaque prêt bancaire crée un dépôt…» Et plus loin: «Nous n’avons qu’une méthode pour augmenter ou diminuer le montant total de notre monnaie… Le montant de monnaie en existence varie seulement avec l’action des banques en augmentant ou diminuant les dépôts. On sait comment ceci se fait. Chaque prêt bancaire et chaque achat de titres par la banque créent un dépôt, et chaque remboursement ou vente de titres en détruit un.»
Les banques ne prêtent pas, comme beaucoup de gens le supposent, les dépôts de leurs clients. En vertu de leur privilège de prêter jusque 10 fois leur réserve, les banques créent le Crédit Financier qui, dans leur comptabilité, devient une dette contre l’emprunteur.
Les banques peuvent, en effet, prêter jusqu’à dix fois le numéraire qu’elles ont en réserve, en vertu des chartes que le gouvernement leur a octroyées.
«Penser que les dépôts bancaires sont créés par le public, par des dépôts en espèces représentant des économies ou des sommes non nécessaires, c’est tout naturel pour le profane, mais faux: la plus grande partie des dépôts provient de l’action des banques elles-mêmes, car en accordant des prêts, en consentant des découverts et en achetant des titres, la banque crée, dans ses livres, des crédits qui équivalent à des dépôts.» (Rapport McMillan au Parlement anglais, juin 1931.)
Nous ne voulons nullement insinuer que cette manufacture de monnaie par les banques soit un acte criminel, puisqu’elles se conforment aux chartes légalement obtenues. Notre objectif est de faire ressortir ce fait important: c’est une institution privée, nullement responsable envers la nation, qui actuellement manufacture et contrôle la fabrication de la monnaie, et par ce fait, contrôle les moyens de vivre de toute la nation.
Notre sang économique
La monnaie circule — fait familier à tous. Dans le système économique, la monnaie peut très bien être comparée au sang du corps humain. La monnaie en affaires est tout aussi essentiellement nécessaire que le sang au corps. Elle circule, propageant la vie et l’activité sur son passage. La monnaie est, en effet, l’intermédiaire d’échange. Or échange veut dire activité, et cette activité est le flux de la monnaie, sa circulation. Ce flux est inhérent à la nature de la monnaie; elle ne satisfait les désirs qu’échangée pour des produits ou des services. Quelle valeur lui connaissez-vous en elle-même? La monnaie ne peut d’elle-même vous vêtir, ni vous nourrir; mais elle peut acheter des vêtements pour vous vêtir et des victuailles pour calmer votre faim ou satisfaire votre appétit. Cesse le flux de la monnaie, le commerce meurt, exactement comme meurt l’homme dont le sang est arrêté dans son cours. Les affaires ne vivent et ne prospèrent qu’en autant que la monnaie circule.
Nous savons quel temps il faut à la circulation du sang pour faire le tour du corps humain. On mesure ce temps par les battements du pouls. De même aussi faut-il du temps pour que la monnaie fasse le tour du commerce. Le temps et le volume du flux pris ensemble donnent le rythme de circulation. C’est ce rythme qui détermine la vitesse de circulation de la monnaie.
Mais la ressemblance entre la monnaie et le sang ne s’arrête pas là. L’un et l’autre circulent, c’est-à-dire que le cours de leur flux les ramène au point de départ. Le sang part du cœur et revient au cœur. De même, le mouvement de la monnaie tend à décrire une sorte de cercle. Sa circulation commence dans une banque, puisque c’est dans les banques que naît la plus grande partie de la monnaie. Le banquier, par exemple, octroie un prêt au producteur. C’est la naissance de la monnaie. Le producteur paie ses ouvriers, ses directeurs et ses actionnaires, qui, en leur fonction de consommateurs, achètent des produits au marché de détail. Le détaillant paie le marchand de gros, celui-ci paie le producteur qui peut ainsi rembourser son emprunt à la banque. Ce montant de crédit est détruit par le fait même de son remboursement. La banque accorde-t-elle un nouveau prêt, elle crée un nouveau dépôt et plus de crédit. Le cercle se répète. Création et destruction sont en marche tous les jours. La vie des affaires dépend de la circulation de ce sang dans le corps économique.
Affaires contre dettes
Cette étude de la monnaie devient excitante, car nous voici face à face avec la question des dettes. Qui ne connaît les dettes? Elles sont toujours à notre porte. Elles se présentent sous le visage de notre ami «crédit» — loup recouvert d’une peau de mouton. Les dettes nous harcèlent continuellement, puisque chaque création d’argent, chaque prêt de banque, en créant un dépôt, jette directement l’emprunteur dans les griffes des dettes. Les banques, il est vrai, octroient du «crédit» à l’emprunteur. Mais ce «crédit» de la banque devient la «dette» de l’emprunteur. À vrai dire, la plupart de nos affaires se financent au moyen des dettes, car la monnaie créée pour une entreprise est émise à titre de prêt, lequel doit être remboursé avec l’intérêt.
Le déluge de dettes
La vieille histoire biblique de Noé et du déluge a son parallèle moderne. On nous dit qu’au temps de Noé le monde était submergé sous une immense quantité d’eau. Hélas!notre déluge moderne est encore plus complet que celui de Noé et non moins réel. Car de nos jours, nous sommes sûrement noyés dans un déluge de dettes. Nous ne parlons pas ici des dettes de guerre ou des dettes internationales, ni d’aucune autre de cette espèce qui occupe la scène momentanément, mais du système lui-même, en vertu duquel toute monnaie est dette. La monnaie ne vient au monde qu’à l’état de dette envers le système bancaire.
Qu’on se débatte tant qu’on voudra, tant que la monnaie sortira de sa manufacture à l’état de dette envers le système bancaire, nous serons les esclaves du système bancaire. Colbourne remarque: «La perversion a envahi même notre vocabulaire. On dit qu’une banque vous octroie un crédit alors qu’elle ne fait rien de ce genre, c’est une dette qu’elle vous passe!» Voilà bien de quoi s’inquiéter: la presque totalité de notre monnaie est une monnaie de dette, créée par le système bancaire qui base cette dette sur les ressources du pays, sur sa capacité de production.
Renversant, mais néanmoins bien vrai! Notre monnaie est le témoignage, circulant de main en main, de notre esclavage économique, de notre dette envers le système bancaire privé. Voilà le fait capital qu’il faut comprendre et retenir: La majeure partie de notre monnaie est une monnaie de dette.
Dettes impayables
Est-il étonnant que nous sombrions dans un déluge de dettes quand chaque article de richesse acheté doit être payé avec de la monnaie qui représente elle-même une dette? Les dettes s’acharnent après nous dès notre berceau et nous accompagnent jusque dans la tombe. Impossible de s’arracher à l’empire des dettes alimentées par l’ingénieux dispositif financier qui ne crée de monnaie que moyennant intérêt.
La dette ne peut jamais s’éteindre sous un tel système, parce que tout argent mis en circulation l’est par des prêts bancaires et que l’emprunteur doit rembourser plus que le montant reçu. Il doit rembourser le principal, créé par le banquier, plus l’intérêt créé par personne! … Le procédé est cumulatif — la dette grossit toujours, parce que, pour payer l’intérêt, il faut nécessairement quelque part une nouvelle alimentation de monnaie, et cette nouvelle émission est elle-même porteuse d’intérêt. Comment la dette serait-elle remboursable?
C’est Thomas A. Edison qui a dit: «Dans toutes les grandes émissions d’obligations, la somme des intérêts est toujours supérieure au capital.» Le total, capital et intérêt, toujours beaucoup plus élevé que le prêt original, ne peut seulement être rencontré que par une création de nouvelles dettes. C’est pourquoi les dettes engendrent, multiplient les dettes, et plus nous nous débattons, plus nous enfonçons. Pas d’industrie sans capital; pas de capital sans dette; donc pas de développement industriel sans augmentation de dette.
Mais la situation, si mauvaise qu’elle soit à présent, ne peut qu’empirer. Essayez d’utiliser cette monnaie empruntée pour obtenir la richesse de la grande vitrine de la nation. Impossible d’employer la monnaie à la fois pour acheter les produits et pour rembourser la dette. Si vous empruntez 5 dollars, le prix d’une paire de bottine, vous devrez choisir entre acheter la paire de bottines ou rembourser la dette. Optez-vous pour la chaussure, vous devrez toujours la dette de 5 dollars. Vous pouvez ou acheter les bottines ou payer la dette, mais vous ne pouvez pas faire les deux.
Et ce n’est pas toute l’histoire. Les affaires dépendent de la monnaie de dette du système bancaire. Chaque dollar prêté aux entreprises doit être retrouvé dans les prix. La monnaie n’est empruntée que pour être dépensée. L’emprunteur doit rembourser; il va donc dépenser sa monnaie à produire quelque chose qui soit vendable, afin que le produit de la vente puisse rembourser capital et intérêt. Cet intérêt va en définitive nécessiter une nouvelle dette. Ce qui veut dire que plus la communauté travaille ou plus elle produit, plus elle est en dette avec les banques. Les dettes montent donc aux dépens du pouvoir d’achat.
Qui ne constate que le monde entier s’endette graduellement de plus en plus; il n’arrive pas à rencontrer ses affaires, pour employer une expression courante. Le public paie tout ce qu’il peut, et achète ce qu’il peut. L’impossibilité de payer davantage force à détruire une partie de la production ou à restreindre celle-ci malgré des besoins criants non satisfaits. La production restreinte empêche l’industrie de pouvoir acquitter ses comptes et la dette monte toujours.
À quelle vitesse les dettes augmentent-elles ainsi? Au 17ème siècle, siècle qui vit naître la banque d’Angleterre, la dette du monde — et nous avons des chiffres assez justes sur ce sujet — augmenta de 47%. La banque d’Angleterre ne fut fondée que vers la fin du 17ème siècle. On peut donc s’attendre à ce que le système bancaire créateur de dettes va enchaîner le monde à partir de cette époque.
En effet, à la fin du 18ème siècle, la dette mondiale avait augmenté de 466%; à la fin du 19ème siècle, la dette mondiale, publique et privée, avait augmenté de 12,000%! Le rythme s’accélère et, d’après des calculs très exacts faits par un professeur de génie industriel de l’Université Columbia de caractère irréprochable, le Professeur Rautenstrauch, si l’on prend l’an 1800 comme origine et 100 ans comme unité, la dette mondiale augmente selon la puissance quatrième du temps; ce qui veut dire, non pas comme le carré, ni comme le cube, mais comme le carré du carré du temps; et cette allure vertigineuse se poursuit malgré les nombreuses répudiations, les cancellations de dettes effectuées par les faillites, et malgré les autres méthodes utilisées pour se débarrasser des dettes et recommencer à neuf.
La clef de la délivrance signalée par Douglas
Mais n’allons pas manquer le point vital qui va nous fournir la clef pour sortir de cette prison. La monnaie-dette créée et détruite par les banques est appelée «crédit financier.» Dans ce terme, c’est le mot «financier» qui mérite notre attention. La dette qui nous noie est simplement une dette financière, basée sur ce que les banques appellent le «crédit» créé par elles.
Nous savons déjà qu’il y a deux sortes de crédit: le crédit financier et le crédit réel, et c’est ici notre clef. C’est pour éclaircir ce point que nous avons défini les deux, le crédit financier et le crédit réel, avant d’examiner le système monétaire.
Nous aurons d’ailleurs l’occasion de reprendre plus loin notre définition du crédit réel. (A suivre dans le prochain numéro.)



ALERT… 67′ 000 milliards, hors bilans, finance de l’ombre, shadow banking.





Hypocrisie de nos gouvernements ?


La finance de l’ombre, ou “shadow banking”, continue de croître au su et au vu des régulateurs. Sa taille atteint aujourd’hui plus de 67’000 milliards de dollars, soit une taille égale à l’ensemble de l’économie mondiale. plus des instruments dérivés traités hors bourse (et valorisés en montant notionnel à 640’000 milliards de dollars!! Voir lien : https://www.bis.org/publ/otc_hy1211.htm ). 


On peut la définir comme un système financier parallèle au système bancaire réglementé. Le shadow banking se compense essentiellement de spéculateurs sophistiqués. Son rôle dans les crises de 2002 (Enron, Worldcom) et 2008 (subprime) est avéré. Et pourtant, les gouvernements, en procédant au sauvetage de l’ensemble du système financier en 2008, ont récompensé l’échec de la finance spéculative et incité les spéculateurs déréglementés à poursuivre leurs activités, qui ont augmenté de 5000 milliards depuis la crise! En cause également, le lobbying efficace à Washington qui met en échec les velléités actuelles de la France et de l’UE de réglementer le shadow banking.

Plus concrètement: des fonds spéculatifs d’importance systémique, ou des banques à haute intensité spéculative (Goldman, Morgan, Deutsche Bank) peuvent connaîte un krach soudain révélé suite à des risques trop élevés accumulés ces dernières années sur ces transactions hors bilan, non répertoriées, opaques, utilisant les instruments dérivés traités hors bourse (et valorisés en montant notionnel à 640’000 milliards de dollars!! Voir lien ci-contre: https://www.bis.org/publ/otc_hy1211.htm ). Une crise d’illiquidité survenant sur un marché spéculatif (dérivés sur obligataire immobilier, sur devises, ou sur matières premières ou autre) peut déstabiliser la planète financière, qui à son tour déstabilisera la planète de l’économie réelle. On pourrait alors vivre un “bis repetita” amplifié des crises précédentes… Qui sauvera alors le système?

Retrouvez chaque mercredi un vidéo-édito de Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe de Bilan (www.bilan.ch), sur un thème d’actualité économique ainsi que des interventions d’autres membres de la rédaction et des interviews de personnalités.


https://www.youtube.com/watch?v=3ZXyfC21MN8&feature=youtu.be





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    7 avr. 2013 – COMMENT LE DROIT US-ANGLO-NÉERLANDAIS ET LES PARADIS FISCAUX DE LA COURONNE BRITANNIQUE PERMETTENT  …

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    12 oct. 2013 – François de Siebenthal: Non aux enfers fiscaux, la solution suisse . …Les enfers fiscaux planifiés… et la pseudo chasse aux paradis fiscaux, .

  • François de Siebenthal: Si les robots font tout le boulot, que …

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    24 nov. 2012 – Non aux enfers fiscaux, oui aux paradis fiscaux, comme au Brésil. François de Siebenthal: Brésil, enfer ou paradis fiscal ? Comment .

  • Offshore leaks, à qui le crime profite ? Aux enfers fiscaux…

    desiebenthal.blogspot.com/…/offshore-leaks-qui-le-crime-profite-aux.ht…

    6 avr. 2013 – Voici les paradis fiscaux parmi les plus opaques au monde, sans oublier la City de Londres ? … Posted by François de Siebenthal at 13:42:00  …

  • Paradis fiscal — Wikipédia

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradis_fiscal

    Un paradis fiscal est un pays ou territoire à fiscalité réduite ou nulle, c’est-à-dire où le taux d’imposition est jugé très bas en comparaison avec les niveaux …

  • OTC derivatives market activity in the first half of 2014

    6 November 2014
    OTC derivatives markets contracted slightly in the first half of 2014. The notional amount of outstanding contracts totalled $691 trillion at end-June 2014, down by 3% from $711 trillion at end-2013 and back to a level similar to that reported at end-June 2013.
    The gross market values of outstanding OTC derivatives continued to trend downwards in the first half of 2014. Gross market values stood at $17 trillion at end-June 2014, down by 7% from $19 trillion at end-2013 and 14% from $20 trillion at end-June 2013. Whereas in 2013 the decline had been concentrated in interest rate derivatives, in the first half of 2014 the gross market value of foreign exchange derivatives also fell significantly.
    In credit default swap (CDS) markets, central clearing made further inroads. Contracts with central counterparties accounted for 27% of notional CDS outstanding at end-June 2014, up from 23% one year earlier. Bilateral netting agreements reduced the net market value of outstanding CDS contracts, which provide a measure of exposure to counterparty credit risk, to 23% of their gross market value.
    Developments in the latest OTC derivatives statistics, including tables with the latest data, are summarised in the statistical release. Additional details and historical data are available on the BIS website. OTC derivatives statistics at end-December 2014 will be released on or before 15 May 2015.
    Queries regarding the OTC derivatives statistics may be directed to statistics$bis.org (where “$” denotes “@”).

    Plainte contre la Radio Télévision Suisse ( RTS ).

    Chers amis et connaissances,

    Je poursuis ma plainte à l’encontre de la RTS pour les propos prononcés le vendredi 3 avril 2015, Vendredi-Saint, de 09h00 à 10h00, sur Couleurs 3, à l’occasion de la chronique “le chantage du vendredi” de l’émission “One-two”. A savoir:
    A Pâques, le truc humoristique, c’est cette putain de symbolique des miracles et des saints, c’est toujours le même refrain, mais faut bien faire tourner boutique. Un prophète mort et enterré, trois jours après ressuscité, c’est sûr, y a pas à dire, cette histoire est très crédible, mais le business c’est ma seul bible…
    J’ai tenté la procédure officielle de médiation; en vain.
    L’étape suivante constitue en une plainte auprès de l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP).
    La loi de ce magnifique pays ( https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20001794/index.html#a94 ) exige 20 signatures de citoyens, ou de résidents, suisses majeurs. C’est pour cela que je vous embête.
    Et, bien sûr, ça urge.
    Vous trouverez ci-joint le document à signer et à renvoyer soit par courrier à mon adresse : “CP 220 1951 Sion”, soit, de préférence, à scanner et à renvoyer à cet e-mail.

    J’ajoute encore le brouillon de la plainte, vos remarques sont les bienvenues.

    Je réponds aux questions au 043 526 52 01 ou au 076 519 97 27

    Merci de faire passer.

    Adrien de Riedmatten

    https://drive.google.com/open?id=0B-p0lmjLtiXzYVFWWHptTDNYdGtfbWt1bTN6RU9GcWRfbV9F&authuser=0

    PS. A la question de savoir si ladite procédure n’a d’autre but que de ramasser vos adresses pour pouvoir vous ficher comme dissidents, la réponse est : “Oui, bien sûr, absolument”. Vous êtes donc prévenus.

    Plainte
    populaire auprès de l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de
    radio-télévision (AIEP)
    Je soutiens la plainte de M. Adrien de Riedmatten du 25 juin 2015, à l’encontre de la chronique “le chantage du vendredi” de
    l’émission “One-two“, qui a
    été diffusée Le vendredi 3 avril 2015, entre 09h00 et 10h00, sur l’antenne Couleurs  3 de la RTS.
    Prénom/Nom/Adresse/CP/Domicile
    Né le.
    Signature
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
          
     
    https://drive.google.com/open?id=0B-p0lmjLtiXzYVFWWHptTDNYdGtfbWt1bTN6RU9GcWRfbV9F&authuser=0

    AIEP – Autorité indépendante
    d’examen des plaintes
    en matière de radiotélévision 

    Case postale 8547
    3001 Berne 
    1951 Sion, le 23 juin 2015 
    Concerne : Plainte contre M. Fantin Moreno, RTS 
    Monsieur le Président, 
    Conformément aux art. 4 à 5 et 82 à 98 LRTV, 4 et 75 à 77 ORTV, en nos qualités de partie
    à la procédure de médiation et de croyant atteint dans sa liberté, nous nous permettons de vous
    faire parvenir la présente plainte à l’encontre de M. Fantin Moreno, journaliste stagiaire à la
    RTS, aux motifs d’infraction aux principes généraux de protection de la liberté de croyance
    ainsi qu’aux art. 7, 8 et 15 Cst, 261 et 261 bis CP, 4 al. 1 LRTV, à la charte déontologique de la
    RTS et, accessoirement, aux art. 8 de la Déclaration des devoirs du/de la Journaliste et 8.1 à 8.2
    des Directives relatives à la « Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste » du
    Conseil suisse de la presse.
    Adrien de RIEDMATTEN
    CP 220
    1951 Sion
    adrien7@gmail.com
    -2-
    EN FAIT
    A. Le vendredi 3 avril 2015, de 09h00 à 10h00, sur l’antenne Couleurs 3 de la RTS, à
    l’occasion de la chronique “le chantage du vendredi” de l’émission “One-two”
    1
    , M. Fantin
    Moreno, à l’invitation de Mme Valérie Paccaud, a entonné une chanson intitulée “Pâques-Man”,
    dans laquelle il explique aux auditeurs que :
    A Pâques, le truc humoristique, c’est cette putain de symbolique des
    miracles et des saints, c’est toujours le même refrain, mais faut bien
    faire tourner boutique. Un prophète mort et enterré, trois jours après
    ressuscité, c’est sûr, y a pas à dire, cette histoire est très crédible, mais le
    business c’est ma seul bible…
    B. En introduction de sa chronique, M. Moreno ne laisse en rien entendre que celle-ci va
    traiter de religion dans un contexte satirique. Bien au contraire, il explique à son interlocutrice
    qu’il va « chanter Pâques-Man », soit le « super-héros qui vend des chocolats à Pâques »
    2
    . La
    chanson est composée de trois couplets, le premier parle effectivement de chocolat, le deuxième
    est celui qui se lit ci-dessus.
    C. Bien au-delà de la simple satire, le contexte est indubitablement celui d’une dégradation
    des sentiments religieux d’une part importante du public et d’une négation de la liberté de
    croyance. En effet, en introduction de ladite émission, l’animatrice, Mme Valérie Paccaud, à la
    demande insistante du chroniqueur M. Fantin Moreno, fait entendre un bruit de fermeture
    éclair – laissant suggérer qu’elle se déshabille devant lui – avec ce commentaire :
    C’est bien parce que c’est Vendredi-Saint, mais lundi tu me montres
    tes œufs.
    3
    1 http://www.rts.ch/couleur3/programmes/le-chantage-du-vendredi/6636178-le-chantage-du-vendredi-03-04-
    2015.html?f=player/popup&date=03-04-2015; dès 01:24.
    2 http://www.rts.ch/couleur3/programmes/le-chantage-du-vendredi/6636178-le-chantage-du-vendredi-03-04-
    2015.html?f=player/popup&date=03-04-2015; dès 00:13.
    3 http://www.rts.ch/couleur3/programmes/one-two/6636176-one-two-03-04-2015.html?f=player/popup; dès 00:31.
    -3-
    Diffusée le jour d’une fête majeure du christianisme, qui plus est dans le contexte de
    l’actualité du massacre des étudiants chrétiens de l’université de Garissa au Kénya, assassinés
    pour le seul crime d’avoir cru en cette « histoire très crédible », dite chronique ne semble avoir
    été placée là que pour le seul loisir d’insulter les auditeurs chrétiens et violer leur liberté de
    croyance.
    D. Une lecture approfondie du couplet ci-dessus permet de juger de la précision volontaire
    de l’atteinte, laquelle dévoile une qualité d’intention qui ne saurait en aucun cas se disculper par
    l’invocation d’un droit à l’humour, sinon d’un droit à ne pas savoir en faire correctement
    usage. En effet, le jour du Vendredi-Saint, mémoire de la crucifixion du Christ, Dieu fait
    homme et Sauveur pour l’ensemble des confessions chrétiennes sinon au-delà, la RTS nous dit
    quatre choses :
    1. La « symbolique des miracles et des saints » relative à la croyance et à la pratique du
    culte desdites confessions en ce Vendredi-Saint est « putain », ce qui, dans le contexte,
    sans plus d’éléments pour juger d’une éventuelle critique fondée, revient exclusivement à
    rabaisser et dégrader cultes et croyance. Cette même symbolique est encore
    « humoristique », ce qui revient à la réduire à un simple objet de raillerie, ridicule et
    risible.
    2. « C’est toujours le même refrain, mais faut bien faire tourner boutique ». Dite
    symbolique, objet essentiel de la croyance visée, ne serait qu’une ritournelle répétée à
    l’envi dans le seul but d’en retirer un bénéfice pécuniaire. Les fidèles de cette même
    croyance ne constitueraient en conséquence qu’une communauté au discernement
    déficient, victime d’une arnaque financière érigée en croyance.
    3. Le Christ serait un « prophète », ce qui, une nouvelle fois, en l’absence d’éléments
    d’informations critiques, revient à imposer de façon arbitraire une affirmation issue de
    sources et d’origines diverses pour en arriver à la négation sans appel, et ainsi à la
    dégradation, de la foi en la divinité du Christ, fondement essentiel de la croyance
    chrétienne.
    -4-
    4. Le Christ, « prophète mort et enterré, trois jours après ressuscité, c’est sûr, y a pas à dire,
    cette histoire est très crédible ». Ici, l’auteur réitère sa contestation de la croyance
    chrétienne en détruisant l’élément fondamental de preuve de ladite croyance, la
    Résurrection, sans le moindre argument critique, la moindre discussion ni même la plus
    petite information autre que le mépris évident qu’il a de ladite croyance et qu’il entend
    imposer, sans plus d’arguments, par l’intermédiaire de sa position privilégiée dans une
    radio d’Etat.
    Il s’agit en conséquence certainement d’un jugement mais en aucun cas d’une critique. Que
    l’auteur rejette toute conscience de l’effet de ses actes importe peu, les faits sont tels qu’ils ne
    sauraient lui permettre de se dégager d’intentions ouvertement hostiles et attentatoires à la
    croyance chrétienne tant celles-ci sont évidentes pour ne pas dire criardes.
    -5-
    EN DROIT
    1. Déposée dans les délais et dans les formes, au sens des art. 94 et 95 LRTV, la présente
    plainte est recevable.
    2. Au titre exceptionnel d’émetteur d’Etat, la RTS jouit d’une liberté accrue en termes
    d’expression critique, d’indépendance et d’autonomie dans la conception des programmes, au
    sens des art. 16, 21, 93 al. 3 Cst, 6 al. 2 LRTV et 10 CEDH.
    3. La critique est un acte de libre examen, conséquence d’un discernement entre deux aspects
    d’une même chose. En ces termes, la critique ne constitue pas un jugement de valeurs mais ce
    qui serait censé y conduire. Ainsi, pour se défaire de toute forme d’arbitraire, un jugement doit
    inévitablement se plier à l’exercice critique d’un choix entre deux types d’information. Par
    conséquent, une insulte ou un jugement à l’emporte-pièces, qui enlève la conviction sur son
    passage sans considération pour les éléments sujets à discernement, ne saurait en aucun cas
    constituer une critique. En conséquence, dans le cas présent, la liberté d’informer de
    l’art. 16 Cst n’est pas ici concernée.
    4. Quant à la nature avouée de l’intention, elle ne saurait contraindre en rien le récipiendaire
    de l’insulte ou le sujet de l’atteinte. Que le fauteur n’ait pas pensé à mal ou à ce qu’il disait ne
    saurait annuler le résultat dans ce type d’atteinte.
    5. Les faits mentionnés ci-dessus suffisent à qualifier le registre de l’atteinte à la liberté de
    croyance et des cultes et de la discrimination raciale au sens des art. 261 et 261 bis CP, laquelle
    consiste à traiter injustement une personne ou un groupe de personnes en raison de leur
    appartenance raciale, ethnique ou religieuse de façon moins favorable (REHBERG, Strafrecht
    IV, Zurich 1996, p. 184 et ATF 124 121 c. 2b.) et à exciter et focaliser le ressentiment populaire
    à leur encontre (ATF 123 202 c. 3b).
    6. Les libertés d’opinion d’art et d’expression des art. 16, 21 Cst et 10 CEDH ne recouvrent
    ni l’insulte ni l’atteinte illicite à la liberté de croyance. En outre, les éléments cités ci-dessus ne
    -6-
    constituent en rien une critique des institutions en charge de la transmission de la foi mais bien
    une atteinte gratuite, légère et péremptoire des éléments les plus fondamentaux de la croyance
    chrétienne. Partant, dite atteinte tombe idéalement sous le coup de la jurisprudence de
    l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio-télévision (AIEP), laquelle
    opère une distinction limpide entre les institutions et leurs représentants et les éléments
    centraux liés à la foi ou à la croyance religieuse (cf. décision de l’AIEP b. 453 du 23 août 2002,
    ch. 7.2 et décision de l’AIEP b. 463 du 6 décembre 2002, ch. 4.2).
    6.1 Aussi précieuse que puisse être la liberté d’expression, le journaliste ou tout autre
    auteur par voie de presse ne saurait jouir d’aucun privilège lorsqu’il porte atteinte à l’honneur
    ou au respect des convictions d’autrui (ATF 105 197, 118 153, 117 27 c. 2c, 104 11 c. 1c). La
    liberté d’expression s’arrête à la limite de l’exercice des droits et libertés d’autrui : le respect de la
    dignité de l’homme et des sentiments d’autrui en dépendent. Il ne faut pas oublier que, dans
    une société démocratique, il n’existe pas de droits sans devoirs, il n’y a pas de libertés sans
    contraintes, que celles-ci soient juridiques, morales ou physiologiques (Barbara WILSON,
    RSDIE 2000, p. 482).
    6.2 La liberté d’expression n’est pas illimitée : elle trouve ses bornes notamment dans
    l’application du principe de la protection des droits d’autrui et de la morale, énoncé au
    paragraphe 2 de l’article 10 CEDH, l’interprétation d’un droit consacré par la Convention
    n’amène pas à détruire d’autres droits ou libertés qui y sont reconnus (idem p. 485). En outre,
    « la garantie de la liberté d’expression et de ses corollaires énoncés au paragraphe 1er de l’article
    10 n’engendre pas uniquement des droits mais également “des devoirs et des responsabilités” »
    (Müller c. Suisse, 1988, § 34).
    La liberté de pensée, de conscience et de religion de l’art. 9 CEDH constitue « l’une des
    assises d’une “société démocratique” au sens de la Convention » (KOKKINAKIS c. GRECE
    1993, § 31 ; Otto-Preminger-Institut c. Autriche, 1994, § 47).
    Pour éviter de sombrer dans l’atteinte à la liberté de croyance et la discrimination, il eût fallu
    tout au moins que la RTS s’en soit tenue à un langage décent et mesuré (Wingrove c. RoyaumeUni,
    1996, § 27). En effet, pour qu’une œuvre revête un caractère suffisamment offensant,
    l’ampleur de l’insulte aux sentiments religieux doit y être importante, comportant un élément
    -7-
    de « mépris, d’injure, de grossièreté ou de ridicule à l’égard de Dieu, de Jésus-Christ ou de la
    Bible » et, par extension, des éléments de croyances y afférents (idem § 13).
    7. La qualité difficilement reconnaissable d’une « pastille » à vocation mélomane de 3
    minutes dans le cadre d’une émission de variétés sur une antenne à destination du jeune public
    ne laisse de poser la question de la qualification de la satire.
    7.1 Sur le site internet de Couleurs 3, l’émission « One-Two » se qualifie comme suit :
    « Après le tourbillon d’infos matinales, One-Two se pose discrètement sur un coin de bureau
    pour vous accompagner dans vos heures les plus productives. On écoute One-Two d’une oreille
    mais parfois on monte le son. One-Two s’intéresse à tout : BO de film, publicité, société,
    manga, mythologie grecque, genres musicaux, agenda, humour et papier glacé. One-Two c’est
    aussi un thème par jour, retourné dans tous les sens. La viande, le ski, le soutien-gorge ou la
    voiture, on en parle avec humour et avec vous, car One-Two fait aussi le trottoir….le microtrottoir
    ! One-Two c’est à vous » (cf. pièce no 1).
    Sur le même site, la chronique « Le chantage du vendredi » se qualifie comme suit :
    « Chaque vendredi, Fantin écrit une chanson pour “One-Two”. Il chante l’actu, mais aussi ses
    anecdotes personnelles de la semaine » (cf. pièce no 2).
    7.1.1 Il s’agit bien par conséquent d’une émission de société, généraliste, à
    destination de tous, à seule fin d’accompagner l’auditeur pendant ses heures de travail. Dans la
    description ci-dessus, la notion d’humour ne figure qu’au titre des sujets d’intérêt de ladite
    émission. La chronique concernée permet à un jeune musicien de donner son point de vue sur
    l’actualité en chanson. L’identification d’antenne « jeune » de Couleurs 3 ne saurait en aucun
    cas constituer un blanc-seing en termes de qualification satirique de l’entier de ses émissions.
    Couleurs 3, à l’instar de son public, est capable de productions très sérieuses.
    7.1.2 En conséquence, le décalage entre le contenu annoncé de l’émission et son
    contenu effectif est probant, partant, l’aspect de la reconnaissance du caractère satirique en
    l’occurrence l’est d’autant moins. Il convient de constater que le public visé par l’atteinte ne
    pouvait trouver de consolation dans un aspect clairement reconnaissable de la satire (cf.
    décision de l’AIEP b. 453 du 23 août 2002, ch. 7.1).
    -8-
    7.2 L’eût-il été, l’AIEP a déjà signifié que : « De par sa seule qualité, la satire ne peut en
    aucun cas justifier n’importe quel texte ou déclaration. Comme tout mode d’expression, elle se
    doit de respecter les autres libertés fondamentales et les bornes fixées par l’ordre juridique » (cf.
    décision de l’AIEP b. 460 du 21 mars 2003, ch. 4.3).
    7.2.1 La RTS admet elle-même ses limites qui reconnaît, au chapitre « Satires /
    Humour » de sa charte déontologique : « Les émissions satiriques et humoristiques bénéficient
    également d’une protection accrue, en tant que mode d’expression de la liberté d’opinion, à
    condition toutefois que le caractère satirique, respectivement humoristique d’une
    représentation ou, d’une émission soit clairement reconnaissable par le public. Les limites à
    cela ont trait à la protection de la dignité humaine et la protection des sentiments religieux. En
    outre, ceux-ci ne doivent pas faire l’objet d’une atteinte notable. » Dont acte.
    7.3 L’art. 4 al. 1 LRTV inscrit de fait le principe d’un respect accru de la dignité
    humaine et d’une protection contre les discriminations. Protection signifiée aux art. 7, 8 al. 2 et
    15 al. 1 Cst, dans la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
    fondamentales ainsi que dans le Pacte relatif aux droits civils et politiques, et enfin reprise aux
    art. 7 al. 1 de la Convention européenne sur la télévision transfrontière et 22 de la Directive
    89/552/CEE du Conseil, du 3 octobre 1989.
    7.3.1 L’AIEP déduit l’obligation de respecter les droits fondamentaux d’autrui, et
    en particulier la dignité humaine, du mandat culturel incombant aux diffuseurs (cf. Décision
    de l’AIEP, JAAC 54.47; voir également JAAC 61.70). Sa jurisprudence admet par conséquent
    que l’obligation de respect des droits fondamentaux s’étend au-delà de la satire, même lorsque
    celle-ci est clairement identifiable (cf. décision de l’AIEP b. 385 du 23 juin 1999, ch. 7.3), ce qui
    n’est pas le cas en l’occurrence. Dite jurisprudence se joint à la doctrine pour défendre les droits
    fondamentaux dans le cadre de l’application du mandat culturel contre tout contenu qui
    revêterait un caractère destructeur (Martin DUMERMUTH, Das
    Rundfunkrecht, in: Schweizerisches Bundesverwaltungsrecht, Bâle 1996, no° 98; JAAC 62/1998
    no 49, p. 443). Caractère réalisé en cette occurrence, M. Moreno se contentant de démonter,
    dans un registre volontairement insultant et accusateur, divers points essentiels de la croyance
    chrétienne.
    -9-
    7.3.2 Dite jurisprudence admet encore que les limites sont franchies lorsque les
    croyances fondamentales sont tournées en ridicule (cf. décision de l’AIEP du 3 novembre 1988,
    JAAC 53.48). Dans sa décision du 3 novembre 1988, l’AIEP a admis une : « Violation des
    sentiments religieux intimes causée par l’usage abusif d’un élément cardinal de la messe et des
    dernières paroles de Jésus pour faire une critique satirique de la morale sexuelle de l’Eglise
    catholique ». Dans le cadre d’une émission satirique, le fauteur avait entonné une litanie
    parodique. Dans le cas présent, M. Moreno chante une chanson, rabaisse les éléments de la foi
    liés aux derniers instants du Christ et vise clairement la probité financière et d’intention des
    religions chrétiennes.
    7.3.3 Enfin, pour déterminer la réalisation de l’atteinte en matière de croyance,
    l’AIEP admet qu’il convient de prendre en compte l’effet de la satire, non pas sur un public
    moyen, ni sur des croyants de toutes religions, mais au contraire sur un public d’auditeurs
    croyants appartenant à la religion concernée. Font en effet partie du public cible ceux qui ont
    la même sensibilité sur les sujets abordés dans l’émission (cf. décision de l’AIEP b. 453 du 23
    août 2002, ch. 7.5). Rappelons encore qu’il ne s’agit pas, dans le cas présent, de satire clairement
    reconnaissable.
    8. La décision de l’AIEP b. 460 du 21 mars 2003, ch. 8 introduit la notion de « manière
    notable » (“erheblicher Weise”) dans le cadre d’une violation du droit des programmes,
    notamment du mandat culturel de l’art. 24 al. 1 lit. b LRTV. Dite notion ne connaît pas de
    définition précise. Notable, en français, signifie qui mérite d’être noté, remarqué, signalé,
    erheblich, en allemand, considérable, substantiel, significatif. La jurisprudence a attribué la
    qualification de notable à un sketch de l’émission de cabaret « Comedy Casino » de la DRS,
    pourtant identifiable comme parodique et satirique, où un personnage dénommé « Pater
    Harald » ridiculisait divers points de la foi catholique dans un simulacre de messe (cf. décision
    de l’AIEP b. 503 du 4 février 2005, ch. 4.4 et 5.3). La nature de l’atteinte et l’emploi de termes
    insultants suffisent en l’occurrence à donner à la forme de celle-ci la qualification de notable.
    9. Enfin, le contexte global de la chanson relative à un « super-héros qui vend des chocolats
    à Pâques » ne servant ici que de prétexte, le couplet incriminé ne comprenant pas une seule fois
    les termes de « Pâques-Man » ni même de « chocolat », dit couplet doit être vu ici comme une
    -10-
    œuvre à part entière, laquelle, dans son ensemble vise à rabaisser la foi de manière blessante, à
    la ridiculiser méchamment et à la bafouer de façon vile.
    -11-
    CONCLUSION
    En conséquence, il convient de constater que, dans le cadre d’une émission de variété,
    diffusée aux heures de bureau et dont le caractère satirique n’est pas avéré, au cours d’une
    chanson censée traiter de la tradition des confiseries pascales, M. Fantin Moreno a réalisé de
    manière notable les infractions d’atteinte à la liberté de croyance et des cultes, de discrimination
    raciale au sens des art. 261 et 261 bis CP, d’atteinte aux sentiments religieux, lesquels sont
    protégés dans le cadre du mandat culturel de l’article 3 al. 1, et, partant, de violation du droit
    des programmes. L’emploi du terme « putain » pour qualifier un élément de la foi, à savoir la
    « symbolique des miracles et des saints » suffit seul à identifier l’élément de « mépris, d’injure,
    de grossièreté ou de ridicule » à l’égard de la liberté de croyance nécesaire à la réalisation de
    l’infraction.
    Partant, nous nous permettons de confier la présente à vos bons soins et vous prions
    d’agréer, Monsieur le Président, dans l’attente de vos nouvelles, l’expression de notre plus
    sincère considération.
    Adrien de Riedmatten
    Annexes: Pièces mentionnées
    -12

    Pièce no° 1
    -13

    Pièce no 2

    Bien commun et écologie, invitations à résister.

    Le Pape François vient d’écrire…




    http://desiebenthal.blogspot.ch/2015/06/loue-sois-tu-encyclique-laudato-si-sur.html
    Extraits:
    “Notre terre opprimée et dévastée, qui « gémit en travail d’enfantement.
    Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre, qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant de nous une autre direction.
    Le problème est que nous n’avons pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise ; et il faut construire des leaderships qui tracent des chemins, en avant que les nouvelles formes de pouvoir dérivées du paradigme techno-économique ne finissent par raser non seulement la politique mais aussi la liberté et la justice.
    La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement.
    Pendant ce temps, les pouvoirs économiques continuent de justifier le système mondial actuel, où priment une spéculation et une recherche du revenu financier qui tendent à ignorer tout contexte, de même que les effets sur la dignité humaine et sur l’environnement.
    Ainsi, il devient manifeste que la dégradation de l’environnement comme la dégradation humaine et éthique sont intimement liées.
    « Si le regard parcourt les régions de notre planète, il s’aperçoit immédiatement que l’humanité a déçu l’attente divine ».”



    Invitations à résister en France, en Suisse et au Canada:


    En France:


    Avec l’encyclique du pape François et l’organisation, par la France, de la Conférence internationale sur les changements climatiques (Cop 21), l’année 2015 est celle de l’écologie. Face aux menaces d’ampleur qui pèsent sur la planète, les chrétiens ont des propositions. Et la société française s’ouvre à une approche spirituelle de la crise écologique. Pour répondre à ce besoin d’échange, l’hebdomadaire La Vie coorganise, avec le diocèse de Saint-Étienne, la 2e édition des Assises chrétiennes de l’écologie : 3 jours de rencontres et de forums avec les meilleurs experts et penseurs de l’écologie les 28, 29 et 30 août 2015. Plus de 2 000 participants sont attendus.

    Parmi les temps forts proposés, on trouvera notamment des conférences plénières et des tables-rondes avec des intervenants de renom tels que Jean-Marie Pelt, directeur de l’Institut européen d’écologie, Patrick Viveret, philosophe, Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de LRC Cap 21, Gaël Giraud, économiste, Marie-Monique Robin, journaliste, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne, Marc Stenger, évêque de Troyes, Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, Christian Krieger, vice-président de la Fédération protestante de France, Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, Yeshaya Dalsace, rabbin à Paris, Joshin Bachoux Sensei, nonne bouddhiste. De nombreuses organisations de la société civile seront également présentes.

    Près de 80 forums, ouverts aux familles et aux jeunes, sont au programme, parmi lesquels : « La terre nourricière, un trésor à préserver », « Devenir une famille à énergie positive », « Jeûner pour le climat », « Comment mettre notre argent au service d’une transition vers des sociétés soutenables ? », « Animer un éco-hameau chrétien », « Soigner l’esprit, guérir la terre ». Au-delà des temps de réflexion, le programme propose aussi des ateliers portés sur l’expérience sensible du monde (randonnée, travail de la terre) et des temps de recueillement (célébration eucharistique, prière, méditation).


    PROGRAMME
    Vendredi 28 Août
    A partir de 10h
    Parc Exposition de Saint-Étienne – Hall A
    Accueil des participants
    11h00 à 12h30
    CONFÉRENCE – Hall A
    «Les Chrétiens – les catholiques en particulier et l’écologie :
    où en est-on ?»
    Patrice De Plunkett (journaliste)
    et le Père Dominique Lang (PAX CHRISTI)
    12h30 à 14h00
    Repas
    14h00 à 16h00
    CONFÉRENCE – Hall A
    «L’urgence d’aller vers une société de sobriété heureuse : pourquoi et comment ?»
    Patrick Viveret (philosophe) ; suivie d’un dialogue
    avec Fabien Révol, théologien à l’Institut catholique de Lyon et
    Myriam Cau, vice-présidente du Conseil régional Nord Pas de Calais
    16h00 à 19h30
    TEMPS DES FORUMS
    Repas
    19h30 à 21h30
    CONFÉRENCE sur le réchauffement climatique – Hall A
    Première partie :
    «Que faire pour limiter
    le réchauffement climatique à deux degrés ?»
    Réalité et ampleur du phénomène
    Valérie Masson-Delmotte,
    paléo-climatologue au CEA, membre du GIEC
    Deuxième partie :
    «En quoi la crise nous interpelle-t-elle
    au plan éthique et spirituel ?»
    intervention du Cardinal Philippe Barbarin
    suivi d’un échange entre eux
    Samedi 29 Août
    9h30 à 11h30
    TABLES RONDES
    11h30 à 16h00
    TEMPS DES FORUMS
    Repas

    16h00 à 18h00
    CONFÉRENCE – Hall A
    «Quelle transition écologique voulons-nous ?
    Et comment la mettre en œuvre ?»
    avec Pierre Larrouturou, candidat-fondateur de «Nouvelle Donne»
    Corinne Lepage, ex-ministre, présidente du parti LRC-Cap21
    Jo Spiegel, maire de Kingersheim, conseiller général du Haut-Rhin
    et président de la Métropole Rhin-Rhône, ex-membre du PS.
    Benoît Leclair, vice-président Rhône-Alpes délégué à l’énergie et au climat EELV.
    Interpellation par Dominique Bourg, philosophe.
    18h00 à 20h00
    Repas
    20h00 à 21h30
    SOIRÉE FESTIVE AVEC LE SPECTACLE – Hall A
    «Skech’up : sorties de crises»
    Dimanche 30 Août
    9h30 à 10h30
    CÉLÉBRATION DE L’EUCHARISTIE- Hall A
    10h45 à 12h15
    CONFÉRENCE – Hall A
    «La crise écologique : comment mobiliser les religions ?»
    avec Mgr Feillet, évêque auxiliaire de Reims
    chargé de suivre au sein du Conseil famille et société
    les questions liées à l’environnement et au climat.
    Anouar Kbibceh, président du Conseil français du culte musulman (CFCM),
    Yeshaya Dalsace, rabbin de la synagogue
    de la rue du Cambodge (Paris XXème)
    Christian Krieger vice-président de la fédération protestante de France.
    Interpellation par Pierre Radanne, expert climat international, Président de 4D.
    12h30 à 13h00
    TEMPS INTERRELIGIEUX – Hall A
    à partir de 13h00
    Repas


    www.rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr



    En Suisse:
    L’Université de Fribourg organise, du 3 au 5 septembre 2015, un colloque autour du bien commun. Cette notion occupe une place centrale dans l’enseignement social chrétien. Le bien commun apparaît à la fois comme un processus historique et une asymptote, inatteignable dans sa plénitude sur terre bien que recherché avec passion, mais dont on expérimente néanmoins des réalisations partielles.
    Les premières sessions vont approfondir la notion du bien commun d’un point de vue théologique et philosophique, mais aussi à mettre en évidence l’analogie entre le climat intellectuel d’aujourd’hui et celui de la fin du XIXe siècle où des réflexions et des actions partout dans le monde (y compris l’Union de Fribourg) ont posé les jalons de la première l’encyclique sociale Rerum Novarum en 1891.
    La conférence va se pencher sur les efforts multiples visant à mettre sur pied des structures et des organisations susceptibles de faire converger les actions de chacun vers le bien commun compris comme „force d’inspiration du présent“, soit au niveau global, soit au niveau des collectivités locales, des Etats, des entreprises et associations.
Dans sa dimension prospective la notion du bien commun permet de mieux répondre aux défis de demain : le défi écologique, celui de la vocation sociétale de l’activité économique et financière, le défi d’une vision politique à l’échelle mondiale, celui des nouvelles technologies (information, médecine, urbanisme, environnement, etc.), celui des Objectifs du Millénaire et de « Beyond 2015 ».
    Fichier d’inscription en ligne sur les sites suivants : www.aiesc.net www.unifr.ch/tms
    Renseignements: info@aiesc.net
    Les sessions sont en anglais et français, voir programme annexé

    https://drive.google.com/file/d/0B-p0lmjLtiXzaWJjNURoOVBKQkU4dlpJZ3N4LTZPZU5iSi1n/view?usp=sharing

    Au Canada:

    Chaque année, une semaine d’étude a lieu à Rougemont au Canada en 4 langues fin août suivie du congrès international début septembre (fête du travail au Canada), avec des pèlerinages facultatifs offerts. Repas, pèlerinages ( not. St Joseph, N-D du Cap et St Anne) et couchers gratuits pour tous nos invités des pays hors du Canada. 
    Autre période de formation en mai chaque année.


    Semaines d’études sur la démocratie économique
    Deux fois par année à Rougemont, basées sur le livre La démocratie économique (ou Crédit Social) expliquée en dix leçons, par Alain Pilote.

    LES PROCHAINES SESSIONS D’ÉTUDE SUR LA DÉMOCRATIE ÉCONOMIQUE auront lieu:

    • du 21 avril au 2 mai 2015, suivi de notre semaine d’adoration du 3 au 10 mai 2015.
    •      soit au second qui se tiendra du 24 août au 4 septembre 2015; suivi de notre congrès annuel international, du 5 au 7 septembre 2015

    Abondance ou pauvreté ?

    – Hey ! Take a look at the rocket ! It surely’s going to reach the moon !
    – Yes, but ourselves, are we going to reach the next moon ?
    The present banking system causes poverty amidst plenty. It puts all
    countries into a situation of debts that cannot be repaid because
    of the interests on loans demanded by the banks, an interest
    that is never created by the banks, the sole creators of
    money in the country. Hence, bankruptcies upon bankruptcies
    in perpetuity is the bitter fruit of such a crooked system of finance!

    Un Pape écolo. Avec comme toile de fond le Cantique des Créatures de Saint François d’Assise dont il porte si bien le nom, le Pape François offre une véritable somme sur l’écologie intégrale adressée à tous. Une sorte de cri pressant décliné en 242 points réunis en six chapitres, où il tire la sonnette d’alarme sur les fléaux que l’homme inflige ca la planète tels la pollution, le gaspillage, la culture du rejet et du profit engendrant le changement climatique. Dans cette encyclique, le premier en son genre dans l’Histoire de l’Eglise, le Pape François estime que l’écologie humaine est indissociable de celle de l’environnement, proposant des solutions, depuis les « grandes lignes d’orientation », aux « gestes simples et quotidiens », pour enfin exhorter chacun et chacune à une réelle « conversion écologique »et suggérant une spiritualité écologique à l’instar de son saint patron.
    Nous vous invitons à découvrir ci-dessous l’introduction de cette encyclique, et nous proposons de télécharger l’intégrale de cet appel universel pour la protection de notre maison commune, la Terre…

    – Hey İ Miren al cohete ! İ Seguramente que va a Marte !
    – Si pero, ¿ Estaremos nosotros vivos el próximo mièrcoles ?
    El actual sistema bancario causa pobreza en medio de la abundancia,
    haciendo que todos los paices se endeuden con intereses en los préstamos.
    – Hej ! Popatrz na rakietę ! Leci z pewnością na księżyc !
    – Tak, ale czy następnego miesiąca będziemy żyli ?
    Obecny system bankowy doprowadza do ubóstwa w obliczu obfitości,
    zadłużając wszystkie kraje przy pomocy odsetek od pożyczek.

    Bénéfices obtenus par la création de monnaie, à qui sont-ils ?

    Curia Vista – Objets parlementaires

    15.3391 – Interpellation

    Bénéfices obtenus par la création de monnaie à la BNS ou dans les banques

    Déposé par

    Date de dépôt
    04.05.2015
    Déposé au
    Conseil national
    Etat des délibérations
    Non encore traité au conseil

     

    Texte déposé

    Depuis le milieu du 19e siècle, la Confédération détient le monopole de mise en circulation des pièces de monnaie. Les bénéfices ainsi obtenus par la création de monnaie alimentent la caisse fédérale à raison de plusieurs millions par année. La valeur des pièces de monnaie était d’environ 3 milliards de francs en 2013 et en 2014.
    Depuis 1891, l’émission des billets de banque fait également l’objet d’un monopole étatique. Contrairement aux pièces, les billets ne sont pas vendus à leur valeur nominale lors de leur première mise en circulation, mais remis par la Banque nationale suisse (BNS) uniquement aux banques commerciales, qui les placent sur des comptes de virement utilisés pour le trafic des paiements. La valeur des billets de banque était d’environ 60 milliards de francs en 2013 et en 2014.
    La majeure partie de l’argent en circulation (masse monétaire M1) – monnaie de compte ou monnaie scripturale – est toutefois créée par les banques privées qui octroient des crédits. La valeur de ces avoirs de clients (dépôts à vue) était de plus de 300 milliards en 2013 et en 2014.
    Dans ces circonstances se posent les questions suivantes:
    1. Comme le montre le mécanisme de création de monnaie réglé par la loi, il serait possible que la Confédération et la collectivité disposent d’importants moyens supplémentaires si les billets étaient soumis au même processus que les pièces en termes de création de monnaie et de première mise en circulation. Pourquoi la Confédération renonce-t-elle à cette source de recettes qui, sur des décennies, s’élèverait à plusieurs milliards de francs?
    2. Le mécanisme de création de monnaie pourrait-il être transposé aux billets de banque sans que l’on doive modifier la Constitution?
    3. Comment ces pratiques différentes en matière de création de monnaie et de première mise en circulation se justifient-elles à l’heure actuelle, indépendamment des raisons “historiques”?
    4. Comment justifier le fait que la création de monnaie de compte (dans la masse monétaire M1) soit laissée aux banques, alors qu’il va de soi aujourd’hui que les pièces et les billets sont émis par l’Etat et la BNS?
    5. La création de monnaie de compte comme moyen de paiement légal (dans la masse monétaire M1) par la BNS – sur des décennies et pour une mise en circulation semblable à celle des pièces – produirait des gains de plus de 300 milliards de francs. Pourquoi renoncer à ces recettes supplémentaires sans en exiger au moins une partie?
     
     

    Descripteurs (en allemand):

    Aide

    Indexation complémentaire:

    24

    On peut se poser une autre question, à qui sont les sommes créées du néant ( ex nihilo)  et qui y retournent à chaque remboursement, aggravant les crises ?

    Un banquier suisse explique en 3 minutes l’arnaque de la création monétaire, avec le Canada comme exemple.
    Vidéo Facebook :
    https://www.facebook.com/LePeupleEstRoi/videos/vb.152656254942354/398971633644147/?type=3&theater
    Tiré de l’émission “Qu’est-ce qu’elle a ma girl” de becurioustv.com.

     La suite de la démonstration est encore plus précise, particulièrement entre 10:00 et 13:00 ! 

    émoticône wink

    La pression monte !


    Extrait de l’homélie de la Messe du Saint-Père, dans la cathédrale de Manille, le matin du 17.01.2015 :

     L’Évangile …appelle aussi les communautés chrétiennes à créer des « cercles d’intégrité », des réseaux de solidarité qui peuvent pousser à embrasser et à transformer la société par leur témoignage prophétique. […]

    Comment ? Exemples…

    Semaines d’études sur la démocratie économique

    Deux fois par année à Rougemont, basées sur le livre La démocratie économique (ou Crédit Social) expliquée en dix leçons, par Alain Pilote.

    LES PROCHAINES SESSIONS D’ÉTUDE SUR LA DÉMOCRATIE ÉCONOMIQUE auront lieu:

    • du 21 avril au 2 mai 2015, suivi de notre semaine d’adoration du 3 au 10 mai 2015.
    •      soit au second qui se tiendra du 24 août au 4 septembre 2015; suivi de notre congrès annuel international, du 5 au 7 septembre 2015

    http://desiebenthal.blogspot.com/2011/05/pour-un-capital-social-local-le.html



    MANIPULATIONS ? STOP !

     
    Langue / Language/Sprache

    SUJET / SUBJECT / OBJEKT

    PERSONS. Traducteur(s) 

     
    Allemand
    Angela Anakonda
    Anglais
    Anne, Brooke, Malcolm, Nicolas, Odile, Peter, Pierre, Railane, Sébastien, Tanguy, Yves
    Espagnol
    Yves Ropars
    Esperanto
    Tradukita de J.M. Cash, Emile Mas kaj D. Couturier
    Italien
    Néerlandais
    Flamand
    Gaëtan Dubois pour la langue et Geert De Baets pour l’informatique :o)
    Danois
    Traduction/oversættelse: Fenja af Fano (mars 2007)
    Source des drapeaux : http://atlasgeo.span.ch/flags/
     Mes conférences du printemps sur les enjeux de la CRÉATION MONÉTAIRE publique
    et sur la centralité du TIRAGE AU SORT dans une démocratie digne de ce nom
    sont en cours de traduction avec le même dévouement, c’est formidable :o)
    Voilà où nous en sommes, partie par partie : vous trouverez ci-dessous
    les vidéos sous-titrées et les fichiers des sous-titres (déjà traduits ou à traduire) :


    Langue

    Traducteur(s)
    Français
    1-CreationMonetaire-fr.isf OK. Éric
    Allemand
       
    Anglais
    1-CreationMonetaire-en.isf OK. Éric
    Espagnol
       
    Esperanto
       
    Italien
       
    Néerlandais
    Flamand
       
    Danois
       



    Langue

    Traducteur(s)
    Français
    2-InflationChomage-fr.isf OK. Éric
    Allemand
       
    Anglais
     
    Espagnol
       
    Esperanto
       
    Italien
       
    Néerlandais
    Flamand
       
    Danois
       
    Portugais
    2-InflationChomage-po.isf OK. Rémi le Touareg





    Langue

    Étienne Chouard – Conférence: Le tirage au sort… par culture-libre

    Merci à tous pour votre gentillesse et pour votre dévouement !
    On sera plus forts quand on sera plus nombreux sur terre
    à avoir compris cette clef de lecture centrale
    de notre impuissance politique.
     


    Traducteur(s)
    Français
    3-TirageAuSort-fr.isf Éric
    Anglais
    Ce chantier considérable paraît prêt. MERCI !
     
    Allemand
    Ce chantier considérable paraît prêt. MERCI !
     
    Espagnol

    Ce chantier considérable paraît prêt. MERCI !

     

     
    Portugais

    LIENS pour le chantier collectif PORTUGAIS
    avec Google Doc

    • Fragment 01, minutes 1 à 14 En cours…

    • Fragment 02, minutes 15 à 30 En cours…

    • Fragment 03, minutes 30 à 45 En cours…

    • Fragment 04, minutes 45 à 60 En cours…

    • Fragment 05, minutes 60 à 75 En cours…

    • Fragment 06, minutes 75 à 90 En cours…
     

     
    Italien

    LIENS pour le chantier collectif ITALIEN
    avec Google Doc

    • Fragment 01, minutes 1 à 14 En cours…

    • Fragment 02, minutes 15 à 30 En cours…

    • Fragment 03, minutes 30 à 45 En cours…

    • Fragment 04, minutes 45 à 60 En cours…

    • Fragment 05, minutes 60 à 75 En cours…

    • Fragment 06, minutes 75 à 90 En cours…
     

     
    Néerlandais
    Flamand
       
    Danois
       


    Langue

    Traducteur(s)



    Français 
    OK.

    Anglais OK. 

    EspagnolOK.

    Allemand

      Hugues
    Esperanto
       
    Italien
       
    Néerlandais
    Flamand
       
    Danois
       
    Il y a plusieurs fils de discussion à propos des traductions des vidéos :
    • Jorge Aria compile sur ce blog tous les docs qu’il trouve en ESPAGNOL.
    Il a mis la main sur du Sintomer et du Lordon (coup de sombrero aux traducteurs) :
    http:// insaculacion.blogspot.ch/ 2012/07/ el-sorteo-como-bomba-politi camente.html
    • Il y a aussi 
        LE BLOG DES VIRUS TRADUCTEURS
     :
        http://etienne-ch.netau.net
    • Sur Facebook, voici un récapitulatif (forcément pas à jour, ça évolue à toute vitesse, je suis débordé…) :
    Chers amis,
    J’ai l’impression que vous êtes nombreux par ici à ne JAMAIS mettre les pieds sur Facebook, par principe ou par prudence. (On peut remarquer qu’inversement, il y a un grand nombre d’habitués de Facebook qui y trouvent presque tout leur compte et n’en sortent que rarement.)
    C’est pourquoi je vous recopie ici quelques traces du travail extraordinaire que mènent (tous les jours) les “gentils virus traducteurs”, en utilisant Facebook et Amara.
    Ce travail collaboratif de compilation et de traduction peut sûrement servir à ceux qui refusent de mettre les pieds sur Facebook mais veulent quand même aider à diffuser en d’autres langues le message radical que “ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir”.
    Je vous remercie tous pour votre dévouement ; très émouvant ; et ravigotant 🙂
    Étienne.
    Vidéos Traduites
    Par Luis Bicalho dans Équipe des Virus Traducteurs
    Ci-dessous la liste de toutes les traductions terminées.

    VIDÉOS TRADUITES:

    L’arnaque de l’impôt sur le revenu (6minutes) @Six-Fours du 20/02/11
    Vidéo originale (Français, Anglais, Allemand, Espagnol)
    http://www.dailymotion.com/video/xlgdzl_etienne-chouard-l-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_news

    Vidéo traduite sur Amara (Français, Anglais, Allemand, Espagnol)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/z4utUrP75Gtc/info/etienne-chouard-larnaque-de-limpot-sur-le-revenu/

    Partie 1 de la Conférence @Marseille du 23/04/11 : les enjeux de la création monétaire
    Vidéo originale sous-titrée (Français, Anglais)
    http://www.dailymotion.com/video/xihtuk_etienne-chouard-conference-sur-la-creation-monetaire-marseille_news

    Amara
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/khaENb7vcE8X/info/etienne-chouard-conference-sur-la-creation-monetaire-marseille/ 

    Partie 2 : inflation et chômage
    Vidéo originale sous-titrée (Français, Portugais)
    http://www.dailymotion.com/video/xjduwv_etienne-chouard-sur-l-inflation_news

    Amara
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/YuWpZ2dB69wn/info/etienne-chouard-sur-linflation/

    Partie 3 : Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l’oligarchie
    Vidéo originale sous-titrée (Français, Allemand, Anglais, Espagnol)
    http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

    Amara
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/czm05eHCsqYb/info/etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-loligarchie/ 

    Conférence @TEDX
    Vidéo originale sous-titrée (Français, Anglais, Espagnol, Italien, Portugais)

    http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8

    Vidéo traduite sur Amara (Français, Anglais, Espagnol, Portugais, Italien, Suédois, Roumain, Catalan, Bulgare) Hongrois en cours.
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/

    Avec Sylvain Durain (La liberté d’expression)
    Vidéo traduite sur Amara (Français, Anglais)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/aTxmOb2kZjWm/info/etienne-chouard-la-liberte-dexpression-la-vraie-democratie-la-culture/

    Vidéos transcrites en cours de Traduction !
    Par Benjamin Poly, Pascal Nime et Luis Bicalho dans le Équipe des Virus Traducteurs
    Pour les nouveaux … et les autres aussi ! Voici les chantiers ouverts, et toute les vidéos dont la transcription en français est terminée.
    Y sont indiquées les traductions commencées, et celles qui nécessitent encore une relecture !
    N’hésitez pas à commencer une traduction dans la langue que vous connaissez, les autres vous aideront ! Signalez-vous sur le groupe !
    Conférence TEDX (terminée en Français, Anglais, Espagnol, Catalan, Portugais, Italien, Roumain, Suédois, Bulgare)

    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/

    Portugais (brésilien) : 100% BESOIN d’une RELECTURE
    Italien : 100%, BESOIN d’une RELECTURE
    Catalan : IDEM
    Roumain : IDEM
    Hongrois : 9 %
    Si vous faites la relecture, signalez-vous, merci !…

    Conférence de Genève avec Myret Zaki (Français à terminer !)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/63A7LLx5137b/info/letat-et-les-banques-les-dessous-dun-hold-up-historique-par-myret-zaki-et-etienne-chouard/

    Anglais : 124 lignes
    Allemand : 7%
    Espagnol : 3%

    Guillemin explique Robespierre et la révolution française
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/t4WddSigbnLJ/info/henri-guillemin-explique-robespierre-et-la-revolution-francaise-12/

    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/z7cnDBwYfoCo/info/henri-guillemin-explique-robespierre-et-la-revolution-francaise-22/

    Conférence à Marseille: Le tirage au sort comme bombe politiquement durable contre l’oligarchie (terminée en Allemand, Anglais, Français, Espagnol)

    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/czm05eHCsqYb/info/etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-loligarchie/

    ROUMAIN 1%
    Italien : 90% espace de travail ici=> PARTIE 6, https://docs.google.com/document/d/1bmyljwuGmkFqLaJBQ6PUxqq_eCM7_Gf-jgg5fgBx3ds/edit?hl=fr
    Portugais : espace de travail ici => PARTIE 1
    https://docs.google.com/document/d/14EMKooKH-_o8MPnyhY3ozxu6XY7hy_ayGQusZFfOfZU/edit?hl=fr
    https://docs.google.com/document/d/1PmZviadqv4Silt9xQ3rxMdNJ7FpaCxUPSm5d73ZQ92g/edit?hl=fr

    Conférence de Montpellier 14/03/12 (Français, Espagnol terminé) http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/h8ZFgjyLGeXS/info/la-vraie-democratie-le-tirage-au-sort-etienne-chouard-montpellier-14-mars-2012/

    Anglais (33%)

    Avec Sylvain Durain (Le problème du vol monétaire) 
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GpnXPK3EUJfO/info/etienne-chouard-le-probleme-du-vol-monetaire-et-de-la-constitution/
    Anglais 239 lignes

    Conférence de Lyon (ouverte aux traductions!)
    Partie I
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/SEv2jtydYoAX/info/etienne-chouard-partie-i-conference-de-lyon-mars-2012/
    Anglais (31%)

    Partie 2
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/kyaaZhuTWnsq/info/etienne-chouard-partie-ii-conference-de-lyon-mars-2012/

    Partie 3
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/Z7aI7ZSlawRO/info/etienne-chouard-partie-iii-conference-de-lyon-mars-2012/

    Partie 4
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/ZwEmrDfBjCRl/info/etienne-chouard-partie-iv-conference-de-lyon-mars-2012/

    Conférence de Metz (ouverte aux traductions !)
    1/6
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/PA5jlHu0JIEh/info/16chouardmetzoct2011-enjeux-constitution/

    10 raisons de sortir de l’UE 1/3 (ouverte aux traductions !)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/5IubvYlpK1ss/info/etienne-chouard-10-raisons-de-sortir-de-lunion-europeenne/

    RUSSE: 31 lignes

    Transcription de la partie 2/3
    Dotsub
    http://dotsub.com/view/a829af0b-4317-4819-9110-1054146956e3

    Transcription de la partie 3/3
    Dotsub
    http://dotsub.com/view/b870fff3-249d-4c20-942f-f0e41662c1ff

    Avec Sylvain Durain (La liberté d’expression)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/aTxmOb2kZjWm/info/etienne-chouard-la-liberte-dexpression-la-vraie-democratie-la-culture/

    Transcription de la Partie 2 sur Dotsub :
    http://dotsub.com/view/1263cff7-2d15-4641-bb59-9ca06aa6b511

    Avec Sylvain Durain (La novlangue)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/2EGoPByEX5Lf/info/etienne-chouard-les-abus-de-langage-et-la-novlangue/ 

    Avec Sylvain Durain (La dette et la fin de l’Etat providence)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/BL6WVQQdR65A/info/etienne-chouard-la-dette-et-la-fin-de-letat-providence/

    L’arnaque de l’impôt sur le revenu (terminée en anglais, espagnol, allemand, français)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/z4utUrP75Gtc/info/etienne-chouard-larnaque-de-limpot-sur-le-revenu/

    @Radio Ici et Maintenant 04/05/2012
    Partie I
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/M4qxLgANTtBo/info/rim-20120504-etienne-chouard-12/

    @Rendez-vous Blanc 16/02/2012
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/Ug93Y4j8YtZj/info/interview-detienne-chouard-sur-la-dette-publique-et-le-projet-de-constituante/

    Jacques Testart sur les conférences de citoyens
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/jtXgiJV8jXI4/info/conferences-de-citoyens-democratie-directe/

    Liste de toutes les vidéos !!! EN CONSTRUCTION
    Par Luis Bicalho et Matthieu Wadoux dans Équipe des Virus Traducteurs
    PRIÈRE DE FAIRE VOS MODIFICATIONS EN GRAS!

    Recensement de toutes les vidéos non transcrites d’Etienne Chouard ouvertes à la Transcription

    ========VIDÉOS
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/multimedia/E_Chouard_Bruxelles_25_mars_2012-pour-un-peuple-constituant_montage_reduit_15_min.mp3 Étienne Chouard @FR3 01/05/2005http://leweb2zero.tv/multipod2/samsara_7345f1e547c9a9c

    Etienne Chouard avant l’émission travaux publics France culture 23/04/2007
    http://www.dailymotion.com/video/x1sma9_etienne-chouard-parapente_news
    http://www.dailymotion.com/video/x1smd5_etienne-chouard-dans-son-bureau_news
    http://www.dailymotion.com/video/x1smfe_etienne-chouard-raconte-trets_news

    Etienne @LCP 05/2007
    Entier http://www.dailymotion.com/video/xmlml5_etienne-chouard-le-tirage-au-sort-des-deputes-lcp_news

    1/2 http://www.dailymotion.com/video/x22dxw_etienne-chouard-1-1-le-tirage-au-so_news
    2/2 http://www.dailymotion.com/video/x22e4t_etienne-chouard-2-2-le-tirage-au-so_news

    Etienne @Arles 19/12/2007
    http://www.dailymotion.com/video/x3t3tr_etienne-chouard-arles-1_news
    http://www.dailymotion.com/video/x3t42f_etienne-chouard-arles-2_news
    http://www.dailymotion.com/video/x3t476_etienne-chouard-arles-3_news
    http://www.dailymotion.com/video/x3t4cx_etienne-chouard-arles-4_news

    Etienne @IEP Aix 15/01/2008
    13 min http://www.youtube.com/watch?v=hFoFokHB_ms 
    ENTIER1/2 http://www.youtube.com/watch?v=gtyqbfhXnIE
    ENTIER2/2 http://www.youtube.com/watch?v=umY3rminQ5o
    ENTIER1/2 http://www.youtube.com/watch?v=fDshRytH-hE
    ENTIER 2/2 http://www.youtube.com/watch?v=1PdUG_JGiDU
    et 1/2 http://www.youtube.com/watch?v=q2ax64N1ZN8
    2/2 http://www.youtube.com/watch?v=PWEPa4kWUfM

    Etienne @Nantes 21/03/2008
    http://www.dailymotion.com/video/x4tdiy_nuit-68-au-lieu-unique-de-nantes-1_webcam

    Etienne @interview 12/2008
    http://www.youtube.com/watch?v=CSo9MPPtlJc
    http://www.youtube.com/watch?v=7xiSmwTZYAE

    Etienne @culture libre création monétaire 1 l’argent dette mi-mars 2011
    13:50 http://www.youtube.com/watch?v=89PfqnbUGdA
    et http://www.youtube.com/watch?v=GdSrv1M05sE
    et http://www.youtube.com/watch?v=mJ0szTyATc0
    et http://www.dailymotion.com/video/xhiymd_entretien-avec-etienne-chouard-1-l-argent-dette_news

    Etienne @culture libre création monétaire 2 comment les banques ruinent les états (complot et impôt sur le revenu)
    1/2 9min http://www.youtube.com/watch?v=WagYKQOWaus
    et http://www.youtube.com/watch?v=IDktBtd0ai8
    2/2 11min http://www.youtube.com/watch?v=htozNsrMJ6g 
    en une partie 21min http://www.youtube.com/watch?v=9cmK04ybRAg
    et http://www.dailymotion.com/video/xhjgrq_entretien-avec-etienne-chouard-2-complot-et-impot_news

    Etienne @culture libre Le système électif
    http://www.dailymotion.com/video/xhm97w_entretien-avec-etienne-chouard-3-le-systeme-electif_news

    Etienne @culture libre Le tirage au sort
    http://www.dailymotion.com/video/xhm99c_entretien-avec-etienne-chouard-4-le-tirage-au-sort_news

    Etienne @Cannes AgoraFM 16/03/2011
    http://www.youtube.com/watch?v=fapySwNU1LI
    http://www.dailymotion.com/video/xpo1fo_etienne-chouard-agora-fm-16-mars-2011-le-tirage-au-sort-des-elus_news

    Etienne @Nice 29/04/2011
    entier : http://www.youtube.com/watch?v=nxnc7Vgm-cc MAIS PAS D’IMAGE
    1/2 http://www.youtube.com/watch?v=sBoifwWuJLA
    2/2 http://www.youtube.com/watch?v=yCkv8e71MNo
    1/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8j5g_etienne-chouard-a-nice-1-6_news
    2/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8oi8_etienne-chouard-a-nice-2-6_news
    3/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8ohx_etienne-chouard-a-nice-3-6_news
    4/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8r4x_etienne-chouard-a-nice-4-6_news
    5/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8r4j_etienne-chouard-a-nice-5-6_news
    6/6 http://www.dailymotion.com/video/xj8sw6_etienne-chouard-a-nice-6-6_news

    Etienne @Montpellier 22/09/2011 Amis du monde diplomatique
    http://www.dailymotion.com/video/xlbjvc_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-1-4_news
    http://www.dailymotion.com/video/xlbjbh_etienne-chouard-conference-montpellier-22-septembre-2011-2-4_news
    http://www.dailymotion.com/video/xlbjnc_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-3-4_news
    http://www.dailymotion.com/video/xlbjri_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-4-4_news

    Etienne @Chambéry Forum Social Local Tvnetcitoyenne 24/09/2011
    http://www.dailymotion.com/video/xlaody_le-forum-social-local-invite-etienne-chouard_news
    Interview http://www.dailymotion.com/video/xlahb8_etienne-chouard-repond-aux-questions-de-la-tvnet_news

    Etienne @Metz 10/2011
    1/6 http://www.youtube.com/watch?v=xYVpOPKnMFk 
    ou http://www.dailymotion.com/video/xmbcvh_1-6-chouard-metz-oct2011-enjeux-constitution_news
    2/6 http://www.youtube.com/watch?v=rDGeEdCxXqc 
    ou http://www.dailymotion.com/video/xmcszt_2-6-chouard-metz-oct2011-ue-chomage-de-masse_news
    3/6 http://www.youtube.com/watch?v=whfZ5EZ6R8Q
    ou http://www.dailymotion.com/video/xmfk3h_3-6-chouard-metz-oct2011-ue-dictature-des-marches-financiers-sabordage-monetaire_news
    4/6 http://www.youtube.com/watch?v=9m71p2XM28c
    ou http://www.dailymotion.com/video/xmjlus_4-6-chouard-metz-oct2011-l-ue-des-lois-sans-parlement_news
    5/6 http://www.youtube.com/watch?v=JkpTFkbR764
    ou http://www.dailymotion.com/video/xmnz4t_5-6-chouard-metz-oct2011-monnaie-chomage-l-alternative-des-cotisations_news
    6/6 http://www.youtube.com/watch?v=bfrIvHLJ088
    ou http://www.dailymotion.com/video/xn3x2x_6-6-chouard-metz-oct2011-democratie-tirage-au-sort_news
    OU en 2 parties
    1/2 http://www.youtube.com/watch?v=oNod_lhjpOs
    2/2 http://www.youtube.com/watch?v=j_3PKx-LFn4
    OU
    En 17 parties http://www.youtube.com/watch?v=DHvxZlxGIoM
    OU

    Etienne @Indignés 14/11/2011 05:15
    http://www.dailymotion.com/video/xl5kaq_e-chouard-rencontre-avec-les-indignes-le-14-juillet_webcam
    http://www.dailymotion.com/video/xl3zy1_etienne-chouard-rencontre-avec-les-indignes-14-juillet-2011-marseille_news

    Etienne @Namur 18/11/2011
    1/12 http://www.youtube.com/watch?v=YBnIMZ-TZL0
    et le reste sur http://www.youtube.com/user/dodudidier

    Etienne @Bruxelles 19/11/2011
    1/3 : http://bambuser.com/channel/convergencesluttes/broadcast/2140799
    2/3 : http://bambuser.com/channel/convergencesluttes/broadcast/2140896
    3 : 3 http://bambuser.com/channel/convergencesluttes/broadcast/2141110

    Etienne @Extraits du film “la dette” 11/2011
    http://www.youtube.com/watch?v=eFuM8FhaOxM qui fabrique l’argent ?
    http://www.youtube.com/watch?v=XVbkOkWVxkc l’argent est-il rare ?
    http://www.youtube.com/watch?v=L7Mf5PjHEtg La dette, un outil d’oppression
    http://www.youtube.com/watch?v=sUI12Z_4_Jw Les causes du déficit budgétaire sont-elles une augmentation des dépenses ?

    L’Etat et les banques, les desous d’un hold-up historique avec Myret Zaki 03/12/2011
    http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&list=UUuqKwvlBmW_ZZoDbV89LBOA&v=TLjq25_ayWM#t=2105s

    version enrichie : http://vimeo.com/37704340
    et http://www.youtube.com/watch?v=1Wnnheb4XPU
    et en 10 parties http://www.youtube.com/watch?v=JJsJ9OaRqeM
    et http://www.dailymotion.com/video/xn83cj_l-etat-et-les-banques-les-dessous-d-un-hold-up-historique-par-myret-zaki-et-etienne-chouard_news

    Etienne @attac à Gap 02/2012
    http://www.youtube.com/watch?v=CRV8ywOEQ-o

    Etienne @Paris 15/02/2012
    1/2 http://www.dailymotion.com/video/xou4cn_conference-etienne-chouard-paris-partie-1_news
    2/2 http://www.dailymotion.com/video/xou4ef_conference-etienne-chouard-paris-partie-2_news

    Etienne @Rendez-vous Blanc 16/02/2012
    http://www.youtube.com/watch?v=CuPFdF5Nz2k
    et http://www.youtube.com/watch?v=CKcG_s5f9CA
    et http://www.youtube.com/watch?v=HFTx7aQSdOI
    http://www.dailymotion.com/video/xp07qm_etienne-chouard-dette-et-projet-de-constituante-16-fev-2012_webcam
    http://www.dailymotion.com/video/xoz7eh_interview-d-etienne-chouard-sur-la-dette-publique-et-le-projet-de-constituante_news
    http://www.dailymotion.com/video/xp2ptw_etienne-chouard-sur-la-dette-publique-et-le-projet-de-constituante_news
    + DISCUSSION http://www.dailymotion.com/video/xouwxp_etienne-chouard-sur-l-etablissement-de-la-democratie-avec-des-candidats-tires-au-sort-presentes-aux_news

    Etienne @Six-Fours 20/02/11
    http://www.dailymotion.com/video/xlsv92_etienne-chouard-conference-de-six-fours-partie-1-2_news
    http://www.dailymotion.com/video/xlttdk_etienne-chouard-conference-de-six-fours-partie-2-2_news

    -6 min http://www.youtube.com/watch?v=FxzQrPmTClg ou https://www.youtube.com/watch?v=htozNsrMJ6g MODÈLE DU BUZZ-VIRUS 88000 vues et tous les doublons:
    http://www.youtube.com/watch?v=mKjLF-4jN8o
    http://www.youtube.com/watch?v=bZ_HZIoIF8Y
    http://www.youtube.com/watch?v=vakd5xpyRHg
    http://www.youtube.com/watch?v=ydAisDLnvpQ
    http://www.youtube.com/watch?v=xytJpti-y44
    http://www.youtube.com/watch?v=KD4N8epCOlg
    http://www.dailymotion.com/video/xlgdzl_etienne-chouard-l-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_news (originale!!)
    http://www.dailymotion.com/video/xifixa_e-chouard-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_webcam

    Etienne @Toulouse 24/02/2012
    http://www.dailymotion.com/video/xp38zw_conference-debat-a-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-partie-1-6_news
    http://www.dailymotion.com/video/xp3bbv_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-2-6_news
    http://www.dailymotion.com/video/xp3ccb_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-3-6_news
    http://www.dailymotion.com/video/xp3cvh_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-4-6_webcam
    http://www.dailymotion.com/video/xp3di4_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-5-6_news
    http://www.dailymotion.com/video/xp3edv_conference-toulouse-etienne-chouard-24-02-2012-6-6_news

    Etienne @Montpellier 14/03/12
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/h8ZFgjyLGeXS/info/la-vraie-democratie-le-tirage-au-sort-etienne-chouard-montpellier-14-mars-2012/
    et http://www.youtube.com/watch?v=5OKcTim5L8E
    et http://www.youtube.com/watch?v=Jp4hj1Ke2eU
    et http://vimeo.com/39060391

    Etienne @Lyon 03/12
    Partie I http://www.youtube.com/watch?v=eEnATSyXL3g
    Partie II http://www.youtube.com/watch?v=OGQJFB5tQ6g
    Partie III http://www.youtube.com/watch?v=45uxECd-mZ8
    Partie IV http://www.youtube.com/watch?v=fSY1X7O14CU
    Partie V http://youtu.be/9Xirg0MNtS0
    Partie VI http://youtu.be/9zCpk6jEV2w
    Partie VII http://youtu.be/kXZQ6aJhd7A

    @Lyon 05/05/12
    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Q4tNMe25VUQ#!

    ==========ENTRETIENS
    Europe 1/5
    http://www.dailymotion.com/video/x3f4gl_europe-1-5-entretien-avec-etienne-c_news

    Etienne sur la mondialisation
    http://www.dailymotion.com/video/xev5dn_etienne-chouard-sur-la-mondialisati_webcam
    Etienne @Thierry Crouzet, en 3 parties ici: http://www.youtube.com/watch?v=5tIm7-QgHnU (2/3)
    1/2 http://www.dailymotion.com/video/x1dq1d_pour-une-assemblee-constituante-1_news
    2/2 http://www.dailymotion.com/video/x1dq5m_pour-une-assemblee-constituante-2_news
    1/2 http://www.dailymotion.com/video/x1cwvl_assemblee-constituante-citoyenne_news
    2/2 http://www.dailymotion.com/video/x1cx35_assemblee-constituante-citoyenne-2_news

    Etienne @Sylvain Durain Hugo Chavez 28/09/11
    22:18 http://www.youtube.com/watch?v=i2eSQN–LP0
    ET http://www.dailymotion.com/video/xldtzg_etienne-chouard-hugo-chavez-la-sottise-des-antifas_webcam
    http://www.dailymotion.com/video/xq8y8s_etienne-chouard-hugo-chavez_news

    Etienne @ Jean Robin (2:11:00)
    http://www.youtube.com/watch?v=6LB462z-j70
    http://www.youtube.com/watch?v=4iTdft_qiGE
    http://www.youtube.com/watch?v=3w_-h2cJMRI
    http://www.dailymotion.com/video/xl5r5h_etienne-chouard-sommes-nous-en-democratie_news (originale!)

    Etienne @ Yvan Blot
    version courte: https://vimeo.com/38263751
    http://www.dailymotion.com/video/xlz6kr_debat-entre-etienne-chouard-et-yvan-blot-sur-la-democratie-reelle_news

    @Opinews
    17/05
    1/2 http://www.youtube.com/watch?v=RRQ0Gj69lAM
    2/2 http://www.youtube.com/watch?v=4hyyrpwhfKo

    ==========RADIOS
    Etienne @Le libre TS le 02/10/2011
    courte sélection http://www.dailymotion.com/video/xldscb_etienne-chouard-sur-le-lts-le-2-octobre_news
    1/3 http://www.dailymotion.com/video/xlgfds_etienne-chouard-sur-le-libre-teamspeak-1-3_news
    http://www.dailymotion.com/video/xlgg3a_etienne-chouard-sur-le-libre-teamspeak-2-3_news

    Etienne @Radio Courtoisie le 15/11/2011
    http://www.youtube.com/watch?v=d-x-TVs-CbE

    Etienne @Radio Enghien le 14/02/2012
    http://www.youtube.com/watch?v=BPb4J_c6iF0

    Etienne @Ici et maintenant 25/10/2011
    http://rimsave.com/?p=1238

    Etienne @ ici et maintenant 04/05/2012
    1/2
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/M4qxLgANTtBo/info/rim-20120504-etienne-chouard-12/
    http://www.dailymotion.com/video/xqloxq_rim-2012-05-04-etienne-chouard-1-2_news
    2/2
    http://www.dailymotion.com/video/xqlp6w_rim-2012-05-04-etienne-chouard-2-2_news

    ==========MONTAGES ou EXTRAITS non identifiés
    http://www.youtube.com/watch?v=1jyr_FAGFzk
    http://www.youtube.com/watch?v=ZWSXU0mCxT0 Radio? Teamspeak? La fausse démocratie en 10 minutes (11min)
    ET http://www.youtube.com/watch?v=pjTPu8nbUL8 
    inconnu: http://www.youtube.com/watch?v=ksBiv5L_bJk
    best of http://www.youtube.com/watch?v=woBJiqDv1w8
    inconnu: http://www.youtube.com/watch?v=2PcQkf2jzBM
    Montage: http://www.dailymotion.com/video/xq2gvc_etienne-chouard-reprenons-le-pouvoir-aux-lobbys-financiers_webcam
    Radio : http://www.dailymotion.com/video/xddpgs_etienne-chouard-contre-le-traite-de_news

    Le message: REMIX amélioré : http://www.youtube.com/watch?v=6yVF1eyZlUU

    extrait complot 02:23
    https://vimeo.com/26630151
    et http://www.dailymotion.com/video/xol529_etienne-chouard-sur-la-theorie-du-complot_webcam?search_algo=1
    =>et 15:55
    http://www.dailymotion.com/video/xi5ziq_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news
    http://www.dailymotion.com/video/xi5vdd_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news
    http://www.dailymotion.com/video/xi5xnf_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news
    http://www.dailymotion.com/video/xi610h_etienne-chouard-les-gros-malins-de-la-theorie-du-complot_news

    montage best of http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3uu_NdsPoHQ

    vidéos ouvertes à la Traduction
    =>Etienne 10 raisons de sortir de l’UE 1/3
    http://dotsub.com/view/11a0a942-4d00-460e-8232-d9edccc91027
    http://www.dailymotion.com/video/xiegy7_etienne-chouard-sortir-de-l-ue-partie-1-3_news
    2/3
    http://dotsub.com/view/a829af0b-4317-4819-9110-1054146956e3
    http://www.dailymotion.com/video/xieks6_etienne-chouard-sortir-de-l-ue-partie-2-3_news
    3/3
    http://dotsub.com/view/b870fff3-249d-4c20-942f-f0e41662c1ff
    http://www.dailymotion.com/video/xigon8_etienne-chouard-sortir-de-l-ue-3-3_news

    =>Etienne @Sylvain Durain(vol monétaire-constitution) 28/09/2011
    1/2 (15:11) http://dotsub.com/view/61b1428e-9917-44c5-b495-8e830aed445d
    2/2 (15:00) http://dotsub.com/view/1263cff7-2d15-4641-bb59-9ca06aa6b511
    ET EN ENTIER (30:11) http://www.dailymotion.com/video/xldnko_etienne-chouard-le-probleme-du-vol-monetaire-et-de-la-constitution_webcam

    =>Etienne @Sylvain Durain (abus langage novlangue) http://dotsub.com/view/0cfeb7c9-ac0f-4b4d-9e39-5ded6b1cc901
    ET http://www.dailymotion.com/video/xldjw2_etienne-chouard-les-abus-de-langage-et-la-novlangue_webcam

    =>Etienne @SylvainDurain (dette Etat providence)
    http://dotsub.com/view/249de43e-bd8b-4d91-9b87-8c3d465ec395
    ET http://www.dailymotion.com/video/xldqty_etienne-chouard-la-dette-et-la-fin-de-l-etat-providence_webcam

    =>Etienne @ Sylvain Durain (liberté d’expression vraie)
    Dotsub ENG 100%
    http://dotsub.com/view/5e5888a5-87fd-4e70-bbe5-24096a55b1ed
    ET http://www.dailymotion.com/video/xlddzl_etienne-chouard-la-liberte-d-expression-la-vraie-democratie-la-culture_webcam

    Etienne @Lyon Partie I
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/SEv2jtydYoAX/info/etienne-chouard-partie-i-conference-de-lyon-mars-2012/
    http://www.youtube.com/watch?v=eEnATSyXL3g

    Etienne @Marseille3 23/04/11
    DL ITA 90% POR 10%
    http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

    @TEDX
    http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8
    ESP, POR, Suédois en cours
    Dotsub http://dotsub.com/view/af07146a-1713-4989-a66a-a2c835efdd8a
    Amara http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/

    Projets clos

    Etienne @Six-fours 20/02/2011
    Dotsub(FR+ENG+ESP+GER)
    http://dotsub.com/view/078a67f4-655d-410d-8d20-952df2559f8a
    6 min http://www.youtube.com/watch?v=FxzQrPmTClg ou https://www.youtube.com/watch?v=htozNsrMJ6g MODÈLE DU BUZZ-VIRUS 88000 vues et tous les doublons: –http://www.youtube.com/watch?v=mKjLF-4jN8o @
    http://www.youtube.com/watch?v=bZ_HZIoIF8Y @
    http://www.youtube.com/watch?v=vakd5xpyRHg @
    http://www.youtube.com/watch?v=ydAisDLnvpQ @
    http://www.youtube.com/watch?v=xytJpti-y44 pas contacté
    http://www.youtube.com/watch?v=KD4N8epCOlg
    http://www.dailymotion.com/video/xlgdzl_etienne-chouard-l-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_news (originale!!)
    http://www.dailymotion.com/video/xifixa_e-chouard-arnaque-de-l-impot-sur-le-revenu_webcam

    @Marseille1 23/04/11 DL (FR+ENG) http://www.dailymotion.com/video/xihtuk_etienne-chouard-conference-sur-la-creation-monetaire-marseille_news

    @Marseille2 23/04/11
    DL(FR+POR) http://www.dailymotion.com/video/xjduwv_etienne-chouard-sur-l-inflation_news

    @Marseille3 23/04/11
    DL(ENG+GER+ESP) en cours (ITA+PO
    http://www.dailymotion.com/video/xiyzhh_etienne-chouard-conference-le-tirage-au-sort-comme-bombe-politiquement-durable-contre-l-oligarchie_news

    @TEDX http://www.youtube.com/watch?v=oN5tdMSXWV8
    Dotsub (FR, ENG)
    http://dotsub.com/view/af07146a-1713-4989-a66a-a2c835efdd8a
    Amara (Fr, ENG)
    http://www.universalsubtitles.org/fr/videos/GHnNaj21BEVm/info/etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes-tedxrepubliquesquare/

    =======DOUBLONS
    http://www.youtube.com/watch?v=fEwCJEbJ9Pc 10 raisons
    http://www.youtube.com/watch?v=M2ADw7hZiT0 Marseille3
    http://www.youtube.com/watch?v=EV60aqBD6H4 Marseille3
    http://www.youtube.com/watch?v=vkW7GSWxWK0 TedX
    http://www.youtube.com/watch?v=sM0Cafj1oy0 TedX
    https://vimeo.com/40944205 TedX
    http://www.dailymotion.com/video/xq81m2_etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes_news TedX
    http://www.dailymotion.com/video/xq6w7n_etienne-chouard-chercheur-en-cause-des-causes_webcam TedX
    http://www.youtube.com/watch?v=RBRX2zU9KkE 10 raisons de sortir de l’UE
    http://www.youtube.com/watch?v=kCV2OGF7gI4 10 raisons
    http://www.youtube.com/watch?v=RSkuuldARHw 10 raisons
    http://www.dailymotion.com/video/xkkyxc_etienne-chouard-10-raisons-de-sortir-de-l-union-europeenne_news 10 raisons
    http://www.youtube.com/watch?v=LtIok30_bDw Marseille1
    http://www.youtube.com/watch?v=DU-zFA_4Z6s Marseille1
    ==========VIDEOS ETRANGERES
    http://www.youtube.com/watch?v=5hm5j_l8uhU Marseille 3
    http://www.youtube.com/watch?v=bjhFb_-wBI0 Marseille3
    http://www.youtube.com/watch?v=3GHZ6q9161c Marseille3

    http://www.youtube.com/watch?v=X5uvafAhmCM TEDx Russe
    http://www.youtube.com/watch?v=Ol_RdjThyAY partie 2
    http://www.youtube.com/watch?v=5_Bef15mELk Bulgare??

    http://www.youtube.com/watch?v=GeeOIlvbRpQ russe?
    http://www.youtube.com/watch?v=tu8ADrdei4s

    :
    Quel boulot !!!!
    Merci à tous les gentis virus (GV),
    virus démocratiques qui essaient de coller la crève au monstre oligarchique (trop fort pour nous, sans cela)
    en le privant de sa potion magique : le faux >>suffrage universel<< qui a rendu possible (et qui verrouille encore) le capitalisme en donnant 100% des pouvoirs aux plus riches (1%).

    IL N’Y A PAS DE DÉMOCRATIE DIGNE DE CE NOM SANS TIRAGE AU SORT.

    Bien amicalement.

    Étienne.

    Dernière mise à jour de cette page : 18 octobre 2014.

    Merci à tous !!!
    :o)  

    No Democracy without Sortition => the cause of the causes of our powerlessness is that we let the political professionals draw up and modify the Constitution

    Par Étienne, jeudi 1 novembre 2012 à 00:42 – Signes de vie d’une Europe des citoyens
    No Democracy without Sortition :
    the cause of the causes of our powerlessness
    is that we let the political professionals draw up
    and modify the Constitution

    First, here is the text (complete) of the 15 minutes synthesis
    that I had prepared for the TEDx conference (on March 22nd, 2012 in Paris) :
    L’homme qui parle anglais ci-dessus s’appelle Michael. Il habite non loin de chez moi. Il m’aide énormément à m’exprimer en anglais, à l’écrit et à l’oral, ici et ailleurs (et donc à semer nos graines d’idées plus loin, à travers le monde). Je dois lui dire ma profonde reconnaissance. Quand il parle anglais, c’est de la musique. Il est le plus gentil des hommes. Merci Michael.

    Étienne Chouard
    Marseille, France
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

    Lottery workshop at Trinity College of Dublin
    11-12 October 2012
    http://www.tcd.ie/policy-institute/events/Lottery_workshop_Oct12.php

    .

    This workshop, which was about Sortition as a democratic Institution, was based on an initial text by Peter stone, Gil Delannoi and Oliver Dowlen: http://www.tcd.ie/policy-institute/events/Lottery_workshop_Oct12.php
    In order to be able to make an oral commentary on the initial text, I had to prepare the following written document. I hope that you find it useful.
    Thank you for your kind invitation and for your attention.
    Étienne Chouard,
    31 October 2012,
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe
    PS: I don’t know if you wanted this translated but it is something I had already corrected.

    Comments on Peter Stone’s report (Dublin)

    On Part 1
    (benefits of drawing by lots in politics)
    I have, myself, drawn up a list which recaps on the vices of elections and the virtues of sortition (Cf. Annexes). I have found most of these virtues in your report, and I shall therefore not insist on our numerous points of agreement.
    I should nevertheless like to highlight some important, but frequently neglected points:
    1. The equalizing virtue of sortition (the rulers of today are the ruled over of tomorrow) must be defended not only for itself but for its main consequence i.e. rulers (producers of the law) who know that they will soon become ruled over (subject to the laws in question) will naturally and mechanically take decisions that are in accordance with the public interest (because they know that they will be personally impacted), whereas elections, on the contrary, incite elected representatives to draw up laws that are all the more severe and contrary to the public interest since they know that they themselves will be sheltered from them (this always happens when they are the people who draw up the constitution).
    2. This same virtue works the other way around (the ruled over of today will be the rulers of tomorrow) and has another important and pedagogical knock-on effect that is well expressed by de Tocqueville:
    « The jury is above all a political institution.
    […]
    By the jury I mean a certain number of citizens drawn by lot, and invested with a temporary right of judging.
    […]
    The jury, and more especially the jury in civil cases, serves to communicate the spirit of the judges to the minds of all the citizens; and this spirit, with the habits which attend it, is the soundest preparation for a free people.
    It imbues all classes with a respect for the thing judged, and with the notion of right. If these two elements be removed, the love of independence is reduced to a mere destructive passion.
    It teaches men to practice equity, every man learns to judge his neighbor as he would himself be judged.
    […]
    The jury teaches every man not to recoil before the responsibility of his own actions, and impresses him with that manly confidence without which political virtue cannot exist.
    It invests each citizen with a kind of magistracy, it makes them all feel the duties which they are bound to discharge towards society, and the part which they take in the Government. By obliging men to turn their attention to affairs which are not exclusively their own, it rubs off that individual egotism which is the rust of society.
    The jury contributes most powerfully to form the judgment and to increase the natural intelligence of a people, and this is, in my opinion, its greatest advantage. It may be regarded as a gratuitous public school ever open, in which every juror learns to exercise his rights, enters into daily communication with the most learned and enlightened members of the upper classes, and becomes practically acquainted with the laws of his country, which are brought within the reach of his capacity by the efforts of the bar, the advice of the judge, and even by the passions of the parties.
    […]
    I do not know whether the jury is useful to those who are in litigation; but I am certain it is highly beneficial to those who decide the litigation; and I look upon it as one of the most efficacious means for the education of the people which society can employ.
    What I have hitherto said applies to all nations »
    (Source: Tocqueville.)
    3. The second virtue that we should highlight:
    Sortition (just like real democracy) is based on a healthy and constructive MISTRUST of any power: it does NOT assume the virtue of the people who are designated (unlike election), and this powerful feature of REALISM explains the multitude of finicky and permanent CONTROLS that necessarily go with sortition.
    This makes the drawing by lots a much safer procedure for those who are being governed, and by definition, a real (sustainable) guarantee against the abuse of power.
    It should also be noted that this fact makes sortition (with its permanent controls) a much better procedure for assigning positions in large political communities.
    4. If I only had 5 minutes to talk about the political benefits of sortition, I would particularly insist on a very striking (and totally misunderstood) feature, if compared to elections:
    In Athens, during the 200 years of sortition, the RICH people NEVER conducted the affairs (rich people were never numerous enough to take decisions at the Assembly), while, during the 200 years of elections, the rich have ALWAYS been the ones who govern (rich people can easily help their servants to capture the political power by financing their electoral campaigns; and this plutocratic regime was kindly called “capitalism”), as if the election always gave power to the rich.
    Please, note this.
    I believe this systemic delinking (uncoupling) of economic power and political power (by putting political power out of reach of the rich) is the most important effect of the drawing by lots and the inseparable characteristic of a democracy worthy of the name.

    On part 2
    (HOW to integrate drawing by lot in the institutions)
    I see several ways of using sortition in politics, and it is important to distinguish these different uses to avoid confusion, because the arguments differ from one case to another:
    1. Full direct democracy, like the Athenian one: representatives chosen by drawing by lots are weakened, so that representatives remain servants and can never become masters. Sortition is then used by the people to protect their own power at the assembly against their representatives.

    2. Representative government improved by integrating citizens in the exercise of power:
    • In addition to the House of Parties, composed of professional representatives like today, a second Legislative Chamber could be chosen at random: it would be called the “House of Citizens’ => composed of amateurs, it would reflect the nation.
    • All established bodies could be placed under the daily supervision of several Control Chambers, all drawn by lot.
    • A “House of Referendum”, chosen at random, could examine all suggestions, even the individual ones, to choose those to be submitted to (the very essential) popular initiative referendum.
    3. But (by far) the most important use of drawing by lot is that of the Constituent Assembly: indeed, whatever the modality chosen to integrate sortition in our institutions (drawing by lot all officials so that all citizens can be legislators, drawing by lot of one of the two legislative chambers, drawing by lot of the different Control Chambers…), NONE of these reforms, absolutely none, will ever be implemented by an elected Constituent Assembly. EVER!
    Any Constituent Assembly elected among professional politicians will always – by definition and inevitably be poisoned by the most serious conflicts of interest.
    Elected officials will never be able to institute (against themselves) the controls that we all need.
    It is therefore of the utmost importance (and the motivation of my trip here is to come and talk about it), it is completely strategic, to place the drawing by lots of the Constituent Assembly at the forefront of our priorities.
    If not, we are condemned to sterile chatter of a people rendered powerless by a false constitution, because we do not attack the problem at its root, because we gesticulate about consequences without identifying the cause of causes, while politicians continue to establish the finest workings of the plutocracy which guarantees their antisocial privilege.
    Thank you for your kind invitation and for your attention.
    Étienne Chouard

    Annexes
    The election is THE CAUSE which allows merchants to colonize the City
    Many of us complain about the colonization of our imagination by merchants (that is to say, ultimately, by the bankers, that are always becoming the richest merchants): gradually, merchants succeed in making us believe that yarn that “everything that has a price has a value and that everything that has no price has no value” while, on the contrary, all that really matters (love, quietude, happiness, peace, passion, fulfillment, joy, honour …) does not have a price, and what has a price often has little or no real value.
    But the nuclear heart of this colonization of our imagination (and of our institutions) by merchants, is the election because it is the election that allows the rich merchants to help the elected to be elected in order to make the elected DEPENDENT on the rich, INDEBTED so to speak.
    Somehow, ELECTION enables the generalization in the political arena SERVITUDE BY DEBT, developed by the money merchants to force all people to work for them.
    Through the political mechanism of the election, the merchants place their merchant priests throughout the social body in a position to influence public choices to their advantage.
    THE WEAK LINK of this colonization of politics by economics, IS THE ELECTION!
    And this Achilles’ heel of the rich is within the reach of the poor, but only if the poor stop being so proud, thinking stupidly (and denial of all the contrary facts that prove their error) that their collective will (though easily deceived) is better than chance (yet incorruptible) in the designation of political servants of the city.
    It would be easy and judicious to replace election by chance, the usual gamemaster in nature, and —experience proves— always respectful of equilibrium and the survival of all.
    THINGS ARE WELL DONE BY CHANCE, we forget it because of our pretentiousness: chance is a probability that is not subject to our control (itself vulnerable to bullshit, easy to deceive); CHANCE IS INCORRUPTIBLE.
    The ELECTION, IDEALISM supposing TRUST (before abandoning the idea of governing)-vs- SORTITION, REALISM supposing MISTRUST (before organizing to govern)
    It is important to understand a paradox (or a contradiction): contrary to appearances, the election is based on trust, while the sortition is based on mistrust. The election is based on an ideal (in my opinion perfectly inaccessible and masking a fraud) that an elected official would be righteous by the mere fact of being elected and would remain durably due to the same election (also intended to enable a sanction by non-reelection), the people being supposed to be able to choose their masters… which is extravagant, a true myth, completely unrealistic.
    Whereas, on the contrary, the Athenians, very pragmatic, knew themselves well, distrusted each other and built institutions acknowledging the reality of their imperfections and based on distrust, on permanent control of the representatives who were the masters of nobody; institutions relying on the staging of conflicts, on contradictory arguments, during public debates, in which no decision could be taken without all having been forced to listen and publicly refute the arguments of the worst opponents.
    The election is a political abdication, renunciation, a gesture of trust before consenting to obey for several years; it is a political organization that only leaves to people the hopeless right to choose their masters.
    Whereas sortition is at the heart of a political organization which embodies a desire of all men to keep political power and to appoint only servile executors to represent them.
    It must not be forgotten that in a democracy, it is not the people who have been drawn by lot that are in power (they used to be called “magistrates”): it is the Assembly of People in body that exercises full political power. The people drawn by lots only serve to perform the tasks that the Assembly can not perform itself: e.g., the preparation and publication of the agenda, the execution of the decisions of the Assembly, the physical organization of the draw, the accountability, etc.
    7 vices of the election and 11 virtues of sortition, let’s recap:
    7 VICES OF THE ELECTION:
    1. The election leads to lying: first to come to power and secondly to keep it, because candidates can not be elected, and re-elected, unless their image is good: it mechanically leads to lying, about the future and the past.
    2. Election leads to corruption: “sponsored” politicians must inevitably “return the favor” to their sponsors, those who have financed their election campaign: so, corruption is inevitable, by the very existence of the campaign, the cost of which is inaccessible to the candidate alone. The system of election therefore allows, and even imposes, the corruption of politicians (which probably suits some wealthy economic actors).
    Thanks to the principle of ruinous campaigns, our representatives are for sale (and our freedoms along with it).
    3. The election encourages the grouping into leagues and submits political action to clans and especially to their leaders, with its procession of turpitudes linked to the logic of hierarchical organizations and the ultra priority (critical) the quest for power.
    Political parties impose their candidates, which makes our choices artificial. Because of the participation of political groups in electoral competition (unfair competition), the election deprives the most isolated individuals of any chance to participate in government of the City and this fosters the lack of political interest (or even rejection) by the citizens.
    4. The election delegates… and therefore exempts (keep away) citizens from daily political activity and promotes the formation of castes of elected people, political professionals for life, moving away from their constituents to finally no longer represent anyone but themselves, turning the protection promised by the election into a political muzzle.
    5. The election only ensures the legitimacy of elected people without any guarantee of distributive justice in the distribution of charges: an Assembly of officials and doctors can not understand the common good as would an Assembly drawn by lot.
    An elected Assembly is never representative.
    6. Paradoxically, the election stifles resistance against the abuse of power: it reduces our precious freedom of speech to an episodic vote every five years, vote perverted by a fake bipartism offering only false choices. The advice of “useful vote” is a political gag.
    7. The election selects by definition those who seem “the best”, some citizen deemed to be superior to the voters, and thereby forfeits the principle of equality (yet posted everywhere, falsely): by construction, the election designates more leaders who look for power (dominators) instead of representatives who accept power (mediators, listening and serving the citizens).
    The election is deeply aristocratic, not democratic at all. The term “democratic election” is an oxymoron (a blend of contradictory words).
    A major disadvantage of this elite, it is this feeling of power that develops in the elected representatives to the point where they finally take any liberties.
    IN FACT, for 200 years (since the early 19th century), the election has always given political power to the rich and only to them, never to the others: the election of political representatives enables COUPLING political power and economic power, in a lasting manner, gradually creating irresponsible and unaccountable monsters writing the laws for themselves and appropriating the monopoly of public power for private gain.
    11 VIRTUES OF SORTITION:
    1. The procedure of the draw is fair and impartial: it ensures distributive justice (logical consequence of the principle of political equality stated as central goal of democracy).
    2. The draw prevents corruption (it even deters corrupters: it is impossible and unnecessary to cheat, it avoids intrigues): leaving no room for any will, neither for the one nor the other, it gives no chance to cheating or manipulation of of people’s will.
    3. The draw never creates rancour: no vanity to have been chosen, no resentment at not having been chosen: it has virtues to pacify the City, systemically.
    4. All participants, representatives and represented are really made equal.
    5. Chance, reproducing rarely twice the same choice, naturally leads to the rotation of responsibilities and mechanically prevents the formation of a politician class always tending to pride themselves on their condition and always seeking to enjoy privileges.
    The major protective principle is this: the governors are more respectful of the governed when they know with certainty that they will soon return themselves to the ordinary condition of the governed.
    6. The draw is easy, fast and economical.
    7. Chance and large numbers naturally and mechanically, make for a representative sample. Nothing better than the draw to compose an Assembly that looks exactly like the people who want to be represented. No need for quotas, no risk of intrigues.
    8. Knowing that he may be drawn encourages every citizen to learn and to participate in public controversy: it is a pedagogical way of intellectual emancipation.
    9. Having been drawn pushes citizens to forget their personal preoccupations and to be concerned about the common world; their designation and the public eyes placed upon them encourage them to learn and to develop skills through their work, just as it does for politicians: it is a pedagogical way towards citizen responsability, all citizens.
    10. To prefer the drawing by lots is to refuse giving up power of direct suffrage to the Assembly, and it is to attribute the highest importance to effective controls of all representatives: so, the draw accompanied by drastic controls at all levels, is better suited than the election (which assumes that voters are familiar with elected officials and their daily actions) to large entities. (While we usually hear the opposite.)
    11. IN FACT, for 200 years of drawing by lots every day (the fifth and fourth century before JC in Athens), the rich NEVER governed, and the poor always did. (The rich lived very comfortably, do not worry, but they could not just grab without limitation, for want of political control.)
    This is essential: mechanically, inevitably, irresistibly, the draw uncouples political and economic power. This is a very clever way to weaken the powers in order to prevent abuse.
    It is therefore tempting to think that it is the election of politicians who made “capitalism” possible (we should better say “scumism”), and that the draw would deprive the capitalists of their principal tool of domination.
    Étienne Chouard
    Tocqueville, « Democracy in America », 
    Chapter XVI: Causes Mitigating Tyranny in the United States –
    Part II Trial by Jury in the United States Considered as a Political Institution
    Since I have been led by my subject to recur to the administration of justice in the United States, I will not pass over this point without adverting to the institution of the jury.
    Trial by jury may be considered in two separate points of view, as a judicial and as a political institution.
    If it entered into my present purpose to inquire how far trial by jury (more especially in civil cases) contributes to insure the best administration of justice, I admit that its utility might be contested.
    As the jury was first introduced at a time when society was in an uncivilized state, and when courts of justice were merely called upon to decide on the evidence of facts, it is not an easy task to adapt it to the wants of a highly civilized community when the mutual relations of men are multiplied to a surprising extent, and have assumed the enlightened and intellectual character of the age.*
    [*The investigation of trial by jury as a judicial institution, and the appreciation of its effects in the United States, together with the advantages the Americans have derived from it, would suffice to form a book, and a book upon a very useful and curious subject.
    The State of Louisiana would in particular afford the curious phenomenon of a French and English legislation, as well as a French and English population, which are gradually combining with each other. See the “Digeste des Lois de la Louisiane,” in two volumes; and the “Traite sur les Regles des Actions civiles,” printed in French and English at New Orleans in 1830.]
    My present object is to consider the jury as a political institution, and any other course would divert me from my subject.
    Of trial by jury, considered as a judicial institution, I shall here say but very few words. When the English adopted trial by jury they were a semi-barbarous people; they are become, in course of time, one of the most enlightened nations of the earth; and their attachment to this institution seems to have increased with their increasing cultivation. They soon spread beyond their insular boundaries to every corner of the habitable globe; some have formed colonies, others independent states; the mother-country has maintained its monarchical constitution; many of its offspring have founded powerful republics; but wherever the English have been they have boasted of the privilege of trial by jury.* They have established it, or hastened to re-establish it, in all their settlements.
    A judicial institution which obtains the suffrages of a great people for so long a series of ages, which is zealously renewed at every epoch of civilization, in all the climates of the earth and under every form of human government, cannot be contrary to the spirit of justice.**
    [*All the English and American jurists are unanimous upon this head. Mr. Story, judge of the Supreme Court of the United States, speaks, in his “Treatise on the Federal Constitution,” of the advantages of trial by jury in civil cases: – “ The inestimable privilege of a trial by jury in civil cases -a privilege scarcely inferior to that in criminal cases, which is counted by all persons to be essential to political and civil liberty… .” (Story, book iii., chap. viii.)

    **If it were our province to point out the utility of the jury as a judicial institution in this place, much might be said, and the following arguments might be brought forward amongst others: –

    By introducing the jury into the business of the courts you are enabled to diminish the number of judges, which is a very great advantage. When judges are very numerous, death is perpetually thinning the ranks of the judicial functionaries, and laying places vacant for newcomers. The ambition of the magistrates is therefore continually excited, and they are naturally made dependent upon the will of the majority, or the individual who fills up the vacant appointments; the officers of the court then rise like the officers of an army.

    This state of things is entirely contrary to the sound administration of justice, and to the intentions of the legislator. The office of a judge is made inalienable in order that he may remain independent: but of what advantage is it that his independence should be protected if he be tempted to sacrifice it of his own accord? When judges are very numerous many of them must necessarily be incapable of performing their important duties, for a great magistrate is a man of no common powers; and I am inclined to believe that a halfenlightened tribunal is the worst of all instruments for attaining those objects which it is the purpose of courts of justice to accomplish.

    For my own part, I had rather submit the decision of a case to ignorant jurors directed by a skilful judge than to judges a majority of whom are imperfectly acquainted with jurisprudence and with the laws.]

    I turn, however, from this part of the subject. To look upon the jury as a mere judicial institution is to confine our attention to a very narrow view of it; for however great its influence may be upon the decisions of the law courts, that influence is very subordinate to the powerful effects which it produces on the destinies of the community at large.
    The jury is above all a political institution, and it must be regarded in this light in order to be duly appreciated.
    By the jury I mean a certain number of citizens drawn by lot, and invested with a temporary right of judging.
    Trial by jury, as applied to the repression of crime, appears to me to introduce an eminently republican element into the government upon the following grounds:-
    The institution of the jury may be aristocratic or democratic, according to the class of society from which the jurors are selected; but it always preserves its republican character, inasmuch as it places the real direction of society in the hands of the governed, or of a portion of the governed, instead of leaving it under the authority of the Government.
    Force is never more than a transient element of success; and after force comes the notion of right. A government which should only be able to crush its enemies upon a field of battle would very soon be destroyed. The true sanction of political laws is to be found in penal legislation, and if that sanction be wanting the law will sooner or later lose its cogency. He who punishes infractions of the law is therefore the real master of society. Now the institution of the jury raises the people itself, or at least a class of citizens, to the bench of judicial authority. The institution of the jury consequently invests the people, or that class of citizens, with the direction of society.*
    [*An important remark must, however, be made. Trial by jury does unquestionably invest the people with a general control over the actions of citizens, but it does not furnish means of exercising this control in all cases, or with an absolute authority. When an absolute monarch has the right of trying offences by his representatives, the fate of the prisoner is, as it were, decided beforehand. But even if the people were predisposed to convict, the composition and the non-responsibility of the jury would still afford some chances favorable to the protection of innocence.]
    In England the jury is returned from the aristocratic portion of the nation;** the aristocracy makes the laws, applies the laws, and punishes all infractions of the laws; everything is established upon a consistent footing, and England may with truth be said to constitute an aristocratic republic.
    [**This may be true to some extent of special juries, but not of common juries. The author seems not to have been aware that the qualifications of jurors in England vary exceedingly.]
    In the United States the same system is applied to the whole people. Every American citizen is qualified to be an elector, a juror, and is eligible to office.* The system of the jury, as it is understood in America, appears to me to be as direct and as extreme a consequence of the sovereignty of the people as universal suffrage. These institutions are two instruments of equal power, which contribute to the supremacy of the majority.
    All the sovereigns who have chosen to govern by their own authority, and to direct society instead of obeying its directions, have destroyed or enfeebled the institution of the jury. The monarchs of the House of Tudor sent to prison jurors who refused to convict, and Napoleon caused them to be returned by his agents.
    However clear most of these truths may seem to be, they do not command universal assent, and in France, at least, the institution of trial by jury is still very imperfectly understood. If the question arises as to the proper qualification of jurors, it is confined to a discussion of the intelligence and knowledge of the citizens who may be returned, as if the jury was merely a judicial institution. This appears to me to be the least part of the subject. The jury is pre-eminently a political institution; it must be regarded as one form of the sovereignty of the people; when that sovereignty is repudiated, it must be rejected, or it must be adapted to the laws by which that sovereignty is established. The jury is that portion of the nation to which the execution of the laws is entrusted, as the Houses of Parliament constitute that part of the nation which makes the laws; and in order that society may be governed with consistency and uniformity, the list of citizens qualified to serve on juries must increase and diminish with the list of electors. This I hold to be the point of view most worthy of the attention of the legislator, and all that remains is merely accessory.
    I am so entirely convinced that the jury is pre-eminently a political institution that I still consider it in this light when it is applied in civil causes.
    Laws are always unstable unless they are founded upon the manners of a nation; manners are the only durable and resisting power in a people.
    When the jury is reserved for criminal offences, the people only witnesses its occasional action in certain particular cases; the ordinary course of life goes on without its interference, and it is considered as an instrument, but not as the only instrument, of obtaining justice.
    This is true a fortiori when the jury is only applied to certain criminal causes.
    When, on the contrary, the influence of the jury is extended to civil causes, its application is constantly palpable; it affects all the interests of the community; everyone cooperates in its work: it thus penetrates into all the usages of life, it fashions the human mind to its peculiar forms, and is gradually associated with the idea of justice itself.
    The institution of the jury, if confined to criminal causes, is always in danger, but when once it is introduced into civil proceedings it defies the aggressions of time and of man. If it had been as easy to remove the jury from the manners as from the laws of England, it would have perished under Henry VIII, and Elizabeth, and the civil jury did in reality, at that period, save the liberties of the country.
    In whatever manner the jury be applied, it cannot fail to exercise a powerful influence upon the national character; but this influence is prodigiously increased when it is introduced into civil causes.

    The jury, and more especially the jury in civil cases, serves to communicate the spirit of the judges to the minds of all the citizens; and this spirit, with the habits which attend it, is the soundest preparation for a free people.

    It imbues all classes with a respect for the thing judged, and with the notion of right. If these two elements be removed, the love of independence is reduced to a mere destructive passion.

    It teaches men to practice equity, every man learns to judge his neighbor as he would himself be judged; and this is especially true of the jury in civil causes, for, whilst the number of persons who have reason to apprehend a criminal prosecution is small, every one is liable to have a civil action brought against him.

    The jury teaches every man not to recoil before the responsibility of his own actions, and impresses him with that manly confidence without which political virtue cannot exist.

    It invests each citizen with a kind of magistracy, it makes them all feel the duties which they are bound to discharge towards society, and the part which they take in the Government. By obliging men to turn their attention to affairs which are not exclusively their own, it rubs off that individual egotism which is the rust of society.

    The jury contributes most powerfully to form the judgment and to increase the natural intelligence of a people, and this is, in my opinion, its greatest advantage. It may be regarded as a gratuitous public school ever open, in which every juror learns to exercise his rights, enters into daily communication with the most learned and enlightened members of the upper classes, and becomes practically acquainted with the laws of his country, which are brought within the reach of his capacity by the efforts of the bar, the advice of the judge, and even by the passions of the parties. I think that the practical intelligence and political good sense of the Americans are mainly attributable to the long use which they have made of the jury in civil causes.

    I do not know whether the jury is useful to those who are in litigation; but I am certain it is highly beneficial to those who decide the litigation; and I look upon it as one of the most efficacious means for the education of the people which society can employ.

    What I have hitherto said applies to all nations, but the remark I am now about to make is peculiar to the Americans and to democratic peoples.
    I have already observed that in democracies the members of the legal profession and the magistrates constitute the only aristocratic body which can check the irregularities of the people. This aristocracy is invested with no physical power, but it exercises its conservative influence upon the minds of men, and the most abundant source of its authority is the institution of the civil jury.
    In criminal causes, when society is armed against a single individual, the jury is apt to look upon the judge as the passive instrument of social power, and to mistrust his advice. Moreover, criminal causes are entirely founded upon the evidence of facts which common sense can readily appreciate; upon this ground the judge and the jury are equal.
    Such, however, is not the case in civil causes; then the judge appears as a disinterested arbiter between the conflicting passions of the parties. The jurors look up to him with confidence and listen to him with respect, for in this instance their intelligence is completely under the control of his learning.
    It is the judge who sums up the various arguments with which their memory has been wearied out, and who guides them through the devious course of the proceedings; he points their attention to the exact question of fact which they are called upon to solve, and he puts the answer to the question of law into their mouths. His influence upon their verdict is almost unlimited.
    If I am called upon to explain why I am but little moved by the arguments derived from the ignorance of jurors in civil causes.
    I reply, that in these proceedings, whenever the question to be solved is not a mere question of fact, the jury has only the semblance of a judicial body.
    The jury sanctions the decision of the judge, they by the authority of society which they represent, and he by that of reason and of law.*
    In England and in America the judges exercise an influence upon criminal trials which the French judges have never possessed. The reason of this difference may easily be discovered; the English and American magistrates establish their authority in civil causes, and only transfer it afterwards to tribunals of another kind, where that authority was not acquired.
    In some cases (and they are frequently the most important ones) the American judges have the right of deciding causes alone.** Upon these occasions they are accidentally placed in the position which the French judges habitually occupy, but they are invested with far more power than the latter; they are still surrounded by the reminiscence of the jury, and their judgment has almost as much authority as the voice of the community at large, represented by that institution.
    Their influence extends beyond the limits of the courts; in the recreations of private life as well as in the turmoil of public business, abroad and in the legislative assemblies, the American judge is constantly surrounded by men who are accustomed to regard his intelligence as superior to their own, and after having exercised his power in the decision of causes, he continues to influence the habits of thought and the characters of the individuals who took a part in his judgment.
    The jury, then, which seems to restrict the rights of magistracy, does in reality consolidate its power, and in no country are the judges so powerful as there, where the people partakes their privileges.
    It is more especially by means of the jury in civil causes that the American magistrates imbue all classes of society with the spirit of their profession.
    Thus the jury, which is the most energetic means of making the people rule, is also the most efficacious means of teaching it to rule well.
    * * * * *

    No Democracy without Sortition:
    the cause of the causes of our powerlessness
    is that we let the political professionals draw up
    and modify the Constitution
    Hello :o)
    I have come to talk to you about DEMOCRACY, REAL democracy: the one that is INEXISTANT and the one we NEED today.
    In 2005, during a public debate in France, I wrote a ten-page paper about what revolted me in the so-called « constitution » that was being proposed in the referendum, and I sent this document to my close acquaintances and I posted it on my personal website. And then, everything was turned upside down for me. This succinct argument in favour of the NO vote met an expectation and corrected a deficiency. And ordinary people sent this message to their contacts, everywhere in France and even in the world because they translated it into 5 or 6 languages…and thanks to Internet it has become a big event. On returning home from secondary school, after my courses, I opened my mailbox and there, a flood of e-mails began, every minute dozens of e-mails, all evening, all night. And in the following months, I tried to reply to all these people, either people who COUNTED for me or people who were saying BAD THINGS about me; I tried to be « EQUAL to the SITUATION ».
    All the newspapers, radio stations, and television channels came by my house in order to understand this phenomenon, the meter on my website was going like a fan, up to 40,000 visits PER DAY(one hell of a review for a reading panel, I can tell you…), 12, 000 mails in 2 months ! Intense mails, warm mails, demanding ones too… And all of this emotion stretched a BOW within me (and continues to do so today).
    I HAVE BEEN PROFOUNDLY CHANGED BY THE WAY OTHERS SEE ME: the grateful looks and the suspicious ones. My work has been nourished by THE IMPORTANCE THAT I ATTACH TO THE WAY PEOPLE LOOK AT ME. And I discovered recently that men have known for many years that it is important for the public interest : it’s called VERGOGNE it encourages virtue and it gives courage. For the Athenians, it was the foundation of the life of the City. Plato even considered that we should put to death the citizen who was « shameless » extremely dangerous for the City. And I believe that this is an essential concept even today.
    So, after the referendum, I continued and I have been working like a madman for the past six years:
    And here, in a few words, is the reason why I have taken so much trouble:
    1) I am trying to understand the MAIN CAUSE OF SOCIAL INJUSTICE,
    2) I have discovered the genial ideas upon which ATHENIAN DEMOCRACY was founded,
    3) I have given back to certain important words their REAL MEANING,
    4) And I am reflecting about the GOOD INSTITUTIONS that would durably protect us, ALL OF US, against the abuse of power.
    AND I SHARE THAT with all of those who wish that we should PROGRESS TOGETHER in CONSTANT controversy. I am sometimes SLANDERED or RECUPERATED OBVIOUSLY but that’s not so important. In any case, I NEED MY OPPONENTS IN ORDER TO PROGRESS Consequently, I AM DOING MY BEST, I’m moving forward, I AM LOOKING.
    And my method for searching is the Hippocratic method, perhaps the best idea in the world.)
    This doctor used to say: LOOK FOR THE CAUSE OF THE CAUSES!
    In other words, to treat an illness, to solve a problem, it is useless to attack the consequences, of course, but also useless to attack the various causes, given that everything has multiple causes:
    THERE IS ALWAYS A DECISIVE CAUSE (not the only one but the one that determines all of the others). THIS IS THE ONE WE WANT.
    So, of course I share the combat of my resistant friends (I have made a diagram to represent the tree of injustices and specialized areas of combat) but I have observed that the militants ARE ALL FIGHTING AGAINST THE CONSEQUENCES: I have observed that NONE IS CONSIDERING THE ROOT CAUSE. : for me, the question to be asked is « what makes all of these horrors POSSIBLE? (Environmental, economic, social…).
    It is precisely this that we need to understand.
    And I believe that what makes social injustice possible, IS THE POLITICAL POWERLESSNESS OF GOOD, NORMAL PEOPLE: IF THE PEOPLE HAD THE POWER TO RESIST, THEY WOULD DO SO VICTORIOUSLY..
    But then one asks, where does this powerlessness of the people come from? (I am constantly looking for the cause of the cause).
    It has not just fallen out of the sky, our powerlessness: it is PROGRAMMED, in a higher text …
    An ESSENTIAL TEXT about which nobody could give a toss! And it is called the CONSTITUTION.
    (Nobody could give a hoot, except the multinationals and the banks, take good note…)
    It is in the constitution that elected members ARE NOT accountable,
    It is in the constitution that they CANNOT BE dismissed,
    It is in the constitution that we CANNOT freely choose our candidates,
    It is in the constitution that the powers ARE NOT separated,
    It is in the constitution that the people-initiated referendum is NOT provided for,
    It is in the constitution that the money is NOT public,
    Etc. etc.
    But this cause itself (this bad constitution), has a PRIMARY cause: Who wrote this text???
    How is it that everywhere in the world, at all times, ALL the constitutions program the powerlessness of the people? It is certainly not a conspiracy: not everywhere, not always, it’s not possible… No, this universal process has a primary and universal cause:
    (pay attention) The way I see it is, all of the human beings of the world by laziness, by fear or by ignorance, GIVE UP ON WRITING THEIR CONSTITUTION THEMSELVES and EVERYONE ACCEPTS THAT IT IS THE political PROFESSIONALS (members of parliament, judges, ministers, party members …) WHO DRAW UP AND MODIFY THE CONSTITUTION !
    But one must understand WHAT A CONSTITUTION IS, WHAT ITS PURPOSE IS, every citizen should know that:
    We, « the people », need representatives, above us, having the power to produce and apply written law, which pacifies our society, by preventing the arbitrary domination of the strongest.
    From the very beginning, we have known that this power is not only USEFUL but it is also DANGEROUS, ALL TYPES of power tend towards ABUSE, ALWAYS. (Montesquieu), it is like an implacable, physical law and the brilliant tool to PROTECT US from abuses of power, is the CONSTITUTION.
    The Constitution is a text which serves to WEAKEN the powers that be. In order to do its job of protecting, it must WORRY the powers that be. CONSEQUENTLY THEY MUST FEAR IT!
    But if that is the case, IF THE POWERS THAT BE SHOULD FEAR THE CONSTITUTION THEY MUST OBVIOUSLY NOT BE THE ONES TO DRAW IT UP!!!
    And yet it is easy to understand and to predict that the political professionals when drawing up, themselves, the rules supposed to frighten them later, such people are in a situation of CONFLICT of INTEREST, they are at one and the same time judge and jury=> in this specific case, they are UNABLE to be impartial: they are obviously going to program THEIR power and OUR powerlessness.
    And we cannot really blame them: NOBODY is strong enough to commit political hara-kiri, it’s normal, anybody would do the same thing=> IT IS UP TO US, AND US ONLY TO FORBID THEM FROM WRITING, because they will not give it up of their own accord! NEVER: the solution will not come from them but from us.
    Here it is then, the mother of causes (upon which we should UNITE so as to become STRONG): it is not the role of men in power to write the rules of power we must put an end to our resignation on this point.
    Well, the first decisive battle is to give back to IMPORTANT words, their REAL MEANING:
    Today, before anything else, I AM NOT A « CITIZEN » (a citizen is AUTONOMOUS, he votes his own laws), I AM ONLY AN « ELECTOR », that’s to say a political infant, I AM “HETERONOMOUS”: i.e. I am subject to the laws passed by others than myself.
    My “parents” in politics, the elected members, do not want me to emancipate myself from them, they do not want me to grow up and to become autonomous: they refuse to let me vote myself for or against the laws to which I am submitted.
    Let me remind you of the coup d’État of 4 February 2008, during which our so-called « representatives » imposed upon us, via parliamentary vote the anticonstitutional treaty that we had just expressly refused by referendum ! This political rape is extremely serious and yet we have absolutely NO WAY of resisting, even that.
    They say that we are “incompetent”! They treat us like children!
    BUT THAT IS WELL AND TRULY OUR FAULT, perhaps we are children to a certain extent (children believe in « Father Christmas », electors believe in « universal suffrage ») : WE ACCEPT to call « democracy » (demos cratos, the power to the people ) ITS ABSOLUTE OPPOSITE : the so-called modern « democracy » what is it? Well, it’s the only the right to 1) designate our MASTERS, 2) from among people we have NOT CHOSEN, 3) and without having any means of resisting a possible betrayal between two elections. 4) With, as well the RIGHT OF EXPRESSION —BUT WITHOUT ANY CONSTRAINING FORCE.—, 5) and that’s all.
    The real name of this anti-democratic regime is « REPRESENTATIVE GOVERNMENT» (at least allegedly representative)
    In fact, we agree to call « Constitution » a text which is not one.. We need TO KNOW WHAT WE WANT: THE SIMPLE WORD constitution OR THE REAL PROTECTION that it should provide for?
    So; to resist well, we must begin by a STRIKE AGAINST LYING WORDS such as “democracy”, « universal suffrage”, “citizen” et “constitution”, which HAVE BEEN GIVEN THE OPPOSITE MEANING by the POWER THIEVES.
    And this ANTIDEMOCRATIC project was MADE ON PURPOSE FROM THE VERY BEGINNING!
    SIEYÈS (one of the most influential thinkers of the French Revolution), said in 1789:
    « Citizens who designate representatives abandon and must abandon making the laws themselves; they have no particular will to impose. If they dictated their will, France would no longer be that representative State ; it would be a democratic State. The people, I repeat, in a country that is not a democracy , (and France cannot be one), the people can only speak, can only act via their representatives». Abbé SIEYÈS, speech of 7 September 1789.
    Well, I think that that is clear, isn’t it?
    And this other quotation, even more explicit from VOLTAIRE:
    « A well organized society is one in which a small number of people make a greater number of people work, is fed by them and governs them ». Voltaire a democrat? Pull the other one… Oligarch!
    HISTORY has shown us in detail the SHAM and the PERMANENT RIGGING of REPRESENTATIVE GOVERNMENT for over 200 years => I warmly recommend you to watch the videos of Henri Guillemin on the net.
    And those people knew very well what they were doing, they knew very well that what they wanted was « election » not drawing lots:
    ALL OF THE THINKERS OF THE WORLD BEFORE 1789, from Plato-Aristotle to Montesquieu-Rousseau, KNEW and wrote that
    1) ELECTION IS ARISTOCRATIC BY NATURE, THUS OLIGARCHIC and that 2) THE ONLY DEMOCRATIC PROCEDURE IS THE DRAWING OF LOTS, accompanied by THOUSANDS OF CHECKS of the people that the luck of the draw has designated.
    Read these two quotations, 2,000 years apart:
    Aristotle: «Elections are aristocratic and not democratic: they introduce an element of deliberate choice of the selection of the best citizens, the aristoi, instead of government by the people as a whole».
    Montesquieu: «Suffrage via lots is the nature of democracy; suffrage by choice is the nature of aristocracy.»
    OK, this is not a hare-brained idea of old man Chouard… It is a question of DEFINITIONS, to be respected SO THAT WORDS MAY HAVE A MEANING, SO THAT THEY SHOULD KEEP THEIR « TRUE MEANING ». And it is like that THE WHOLE WORLD OVER.
    I should like to refer to history and to facts. : WE HAVE TWO, QUITE LONG, HISTORICAL EXPERIENCES : democracy and thus the drawing of lots, Athens for over 200 years, 2,500 years ago, and representative government and thus the election, for over 200 years too, since 1789 => look at the RESULTS :
    1) I draw your attention, Ladies and Gentlemen to the FACT that, for over 200 years, the drawing of lots ALWAYS gave power to the poorest, « the 99% » (look at the two centuries of democracy in Athens, there are no exceptions).
    2) WHEREAS experience shows us that an ELECTION ALWAYS GIVES POWER TO THE RICHEST 1% (look at the last 200 years, there are no exceptions).
    => So my central question is: «HOW MUCH LONGER ARE THE POOR (the 99%) GOING TO PREFER ELECTION to DRAWING OF LOTS???» (against their most obvious interests).
    Our preference for elections is incomprehensible. There are only MYTHS to explain it: the drawing of lots hasn’t been taught for 200 years at the school called « republican ». (everyday they drum it into us that « elections=democracy, democracy=elections…), which explains the intellectual difficulty we have in taking this procedure on board , the procedure that we need so badly (all over the world) to get out of the mess we are in: it takes TIME TO BE DISINTOXICATED.
    The drawing of lots frightens you? To reassure you, I must warn you against a frequent MISUNDERSTANDING:
    In a democracy, it is not the people who are chosen by lots who decide! Drawing lots serves PRECISELY to WEAKEN THE REPRESENTATIVES (broadly speaking, they are the people who prepare the laws and those who apply it : civil servants, police, judges…) => with the drawing of lots, we weaken these representatives SO THAT THEY REMAIN OUR SERVANTS AND NEVER BECOME OUR MASTERS => DRAWING LOTS IS THE GUARANTEE THAT THE PEOPLE WILL REMAIN SOVEREIGN.
    I haven’t got time to develop this, but don’t dismiss too quickly the drawing of lots in politics: there are LOTS OF EXPERIMENTS ON EARTH WHICH ARE WORKING PERFECTLY: A case in point is BRITISH COLOMBIA (near Vancouver) which had its whole electoral code rewritten (complex and sizeable) by an assembly composed of people who had been designated by the drawing of lots, and the story they told the journalists, these simple citizens alarmed at first but reassured afterwards becoming competent through their work, and finally with tears in their eyes at the moment they submitted their text, proud as can be for having succeeded and obtaining 57% of the referendum. … All of the experiences of citizen juries chosen by drawing lots have revealed an undeniable competence of the ordinary citizen.
    But let’s be careful: to defend this idea of drawing lots (for the Constituent assembly at least, and possibly representatives afterwards), we can only count on ourselves, normal people, at the base, those who DON’T WANT power.
    At this point, I would like to share with you this wonderful thought by Alain (the great philosopher), who used to say:
    « THE MOST VISIBLE CHARACTERISTIC OF THE JUST MAN IS NOT TO WANT AT ALL TO GOVERN OTHERS, BUT TO GOVERN ONLY HIMSELF. THAT DECIDES EVERYTHING. YOU MIGHT AS WELL SAY THAT THE WORST WILL GOVERN ».
    In an electoral regime, which gives power to those who want it, Alain is right; the worst will govern.
    But on the contrary, the drawing of lots can get us out of this trap by proposing power to all of those who don’t want it. (and who are often the best amongst us).
    => We must spread the word, amongst us, amongst « normal » people and we must all become « trainers of trainers » so that we can QUICKLY become billions of « white cells » (or « well-meaning viruses ») disseminating a simple and powerful idea, an idea which aims precisely (with all of our united forces) at the Achilles’ heel of the oligarchy: WE DEMAND THE HONESTY OF THE CONSTITUENT PROCESS BY REPLACING ELECTION BY A DRAWING OF LOTS AND THE FORMING OF THE CONSTITUENT ASSEMBLY BY THIS MEANS
    15 minutes, it’s too short, I haven’t been able to show you the link (essential !) between MONEY and the constitution (indissociable).
    I don’t have time here to say more: you must go and look for the rest on the web and in books WORK. Have a look at le-message.org for example.
    Come and join us on the net: we are currently DEMONSTRATING THAT WE NEED, AND THAT WE ARE CAPABLE, THAT WE WANT TO WRITE OUR OWN CONSTITUTION OURSELVES, OUR SOCIAL CONTRACT.
    This idea that I am building with you, IT WILL WORK FOR EVERY COUNTRY IN THE WORLD
    And if there are REALLY LOTS OF US, it will be sufficient to WANT IT for that to arrive WITHOUT VIOLENCE.
    Thank you.
    Étienne Chouard.

    What a job!
    Étienne.

    Loué sois-tu ! Encyclique “Laudato si ” sur l’écologie

    Loué sois-tu !

    Lettre encyclique “Laudato si ” sur l’écologie.

    du Pape François.

    En direct, TV du Vatican, jeudi, dès 11h00.

    http://www.radiovaticana.va/player/index_fb.asp?language=fr&amp;visualizzazione=VaticanTic&amp;Tic=VA_APGSEJN8

    « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. »

    L’encyclique porte le sous-titre : « la responsabilité pour notre bien commun », et condamne le consumérisme et le capitalisme sauvage, comme origines du réchauffement climatique. Elle évoque aussi la question de l’énergie nucléaire.

    Les mots italiens « Laudato si’ » sont les premiers du « Cantique des créatures », écrit par Saint François d’Assise peu avant sa mort.

    Considéré comme l’un des premiers textes de la littérature italienne, il célèbre Dieu à travers sa création : « frère soleil », « sœur lune », « frère vent », « sœur eau », « frère feu », « notre mère la terre ».

    http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/index.html

    Laudato si’ (24 mai 2015)
    [ AllemandAnglaisArabeEspagnolFrançaisItalienPolonaisPortugais ]

    http://www.amazon.fr/sois-tu-Lettre-encyclique-Laudato-l%C3%A9cologie/dp/2360403400/

    http://desiebenthal.blogspot.ch/2015/06/pape-francois-le-demon-entre-par-la.html

    Commentaires:

    Pollutions. Obsolescence programmée: Les liens avec la création de monnaie ex nihilo, du néant:

    A qui appartient quelque chose qui vient et qui retourne au néant, comme la monnaie actuelle créée à 99,9999 % du néant et qui y retourne chaque fois que l’on rembourse un prêt à intérêt ?

    Aux diables et à leurs serviteurs ? Ils entrent dans notre monde par les poches et les sacs…

    http://desiebenthal.blogspot.ch/2015/06/pape-francois-le-demon-entre-par-la.html

    http://desiebenthal.blogspot.ch/2010/04/les-faits-donnent-raison-m-allais.html

    Résumé

    L’obsolescence programmée est-elle bénéfique pour l’écologie ?

    Les déchets produits

    Décharges provoquées par l’obsolescence programmée

    Une personne produit environ 400 kilos de déchets par an dont la moitié est provoquée par l’obsolescence programmé ce qui donne pour 7 milliards de personnes 10 400 000 000 de tonnes.

    La plupart de ces déchets sont brûlés dans des incinérateurs, ce qui multiplie leur nocivité.

    http://desiebenthal.blogspot.ch/2009/07/film-de-tridel-et-des-camions-della.html

    L’environnement
    et la question de l’argent

    English

    (Article d’Alain Pilote, paru dans Vers Demain d’août-septembre 1994.)

    Seul le Crédit Social mettrait fin au gaspillage des ressources
    tout en permettant l’épanouissement de la personne humaine.

    On entend beaucoup parler, depuis quelques années, d’environnement ou d’écologie, c’est-à-dire du besoin d’empêcher la destruction de la nature par la pollution et un mauvais usage des ressources naturelles. S’il est vrai qu’on ne peut aller indéfiniment contre les lois de la nature quand il est question de développement, certains milieux écologistes vont jusqu’à dire qu’il faut imposer des mesures draconiennes pour protéger l’environnement, et que comme les gouvernements n’ont pas le courage de le faire, ça prendrait une autorité internationale pour imposer de telles décisions, ce qui va tout à fait dans le sens des financiers internationaux et de leur désir d’un gouvernement mondial.

    Ces «écolos» n’hésitent pas à exagérer la gravité des problèmes environnementaux, afin d’imposer davantage de contrôles à la population. On n’a qu’à penser au soi-disant «trou» dans la couche d’ozone, ou la crainte que les ressources de la terre ne soient pas suffisantes pour nourrir toute la population, ce qui oblige l’utilisation de moyens draconiens pour réduire la population mondiale. C’est ce qui fait que l’Organisation des Nations unies recommande l’utilisation la plus répandue possible de l’avortement et des moyens artificiels de contraception.

    Cette position va carrément contre l’enseignement de l’Église catholique, et est fortement combattue par le Pape Jean-Paul II, surtout en cette année de la famille. Il y a assez de nourriture et de ressources sur la terre pour nourrir chaque être humain; si ces biens ne rejoignent pas ceux qui en ont besoin, c’est parce que le système d’argent — le système de distribution — ne fonctionne pas correctement.

    Si on examine le problème de plus près, on voit bien que ce sont les règlements du système financier actuel qui amènent une telle dégradation inutile des ressources de la planète — surtout le règlement qui veut lier la distribution du pouvoir d’achat à l’emploi, entraînant des situation de ce genre: des groupes écologistes voudraient que telle usine soit forcée de cesser de polluer, mais le gouvernement réplique que cela coûterait trop cher à cette compagnie, et qu’elle risquerait de fermer ses portes, et qu’il est préférable de conserver ces précieux emplois, même s’il faut pour cela sacrifier l’environnement.

    On sacrifie le réel — l’environnement — au signe, l’argent. Et que dire de tous les besoins artificiels créés dans le seul but de tenir les gens employés, de tous ces gens qui travaillent dans la paperasse dans des bureaux, et des produits fabriqués pour durer le moins longtemps possible, afin d’en vendre le plus possible? Tout cela entraîne un gaspillage et une destruction non nécessaires du milieu naturel.

    La pollution des âmes

    Le système financier actuel entraîne aussi une pollution encore plus grave: la pollution des âmes, qui met en jeu notre salut éternel. On n’a qu’à penser à l’Etat qui encourage les loteries et le jeu pour ramasser plus d’argent, même si cela peut entraîner la ruine de bien des familles, le commerce de la drogue et du sexe; les gens qui sont mal logés ou mal nourris, faute d’argent, les personnes qui, afin d’obtenir de l’argent et pouvoir vivre, sont obligés d’accepter des emplois qui vont contre leur conscience, contre les Commandements de Dieu; des enfants qui doivent voler, se prostituer, etc. A ce sujet, le Pape Jean-Paul II écrivait dans son encyclique Centesimus annus (n. 38):

    «En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d’accorder l’attention voulue. Alors que l’on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d’extinction, parce qu’on se rend compte que chacune d’elles apporte sa contribution particulière à l’équilibre général de la terre, on s’engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d’une “écologie humaine” authentique.»

    En d’autres mots, si l’homme persiste obstinément à agir contre l’ordre voulu par Dieu — que ce soient les lois de la nature ou les lois morales — cela ne peut que se retourner contre lui. Si une société n’a aucun principe moral, même une armée de policiers ne sera pas suffisante pour ramener l’ordre et le bon sens.

    La famille

    Quelques lignes plus loin dans sa même encyclique, Jean-Paul II décrit les conditions de base de l’environnement «humain» qui permettent un plein épanouissement de la personne humaine:

    «La première structure fondamentale pour une “écologie humaine” est la famille, au sein de laquelle l’homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce qui signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de l’homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l’enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et de se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable.»

    L’homme est destiné à vivre en union avec Dieu pour l’éternité. Et pour accomplir cela, la famille est nécessaire. Ceux qui se soucient de l’environnement doivent donc défendre l’institution qu’est la famille.

    Tous ceux qui souhaitent un meilleur environnement, tant matériel que spirituel, se doivent d’étudier la question de l’argent, afin de savoir ce qui fait défaut dans le système financier actuel. Et ils découvriront que seul le Crédit Social peut mettre fin au gaspillage des ressources, tout en permettant l’épanouissement de la personne humaine.

    Un manque de pouvoir d’achat

    La cause fondamentale de la pollution de l’environnement, du gaspillage des ressources de la terre, c’est le manque chronique de pouvoir d’achat, inhérent au système financier actuel. En d’autres mots, les consommateurs n’ont jamais assez d’argent pour pouvoir acheter les produits qui existent; la population ne peut acheter ce qu’elle a elle-même produit.

    La première cause du manque d’argent, c’est bien sûr le fait que les banques exigent un intérêt sur l’argent qu’elles prêtent. Les lecteurs réguliers de Vers Demain savent déjà que tout l’argent qui existe est créé par les banques, sous forme de dettes. Les banques créent de l’argent nouveau, de l’argent qui n’existait pas avant, chaque fois qu’elles accordent un prêt. Ce prêt doit être remboursé à la banque, mais grossi d’un intérêt. Le banquier exige de lui rembourser de l’argent qu’il n’a pas créé, donc de l’argent qui n’existe pas. Comme il est impossible de rembourser de l’argent qui n’existe pas, il faut emprunter de nouveau, et les dettes s’accumulent. C’est pour cela que tous les pays du monde sont aux prises avec des dettes impayables.

    Un défaut inhérent au système

    Mais même si les banques ne chargeaient aucun intérêt sur l’argent qu’elles prêtent, il existerait toujours un manque de pouvoir d’achat, car jamais l’argent distribué en salaires ne peut acheter toute la production, qui comprend d’autres éléments dans ses prix.

    Les économistes prétendent que la production finance automatiquement la consommation, que les salaires distribués suffisent pour acheter tous les biens mis en vente, mais les faits prouvent le contraire. L’ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas fut le premier à démontrer ce manque chronique de pouvoir d’achat, et à y apporter une solution scientifique, connue sous le nom de «Crédit Social». Douglas explique ainsi ce manque de pouvoir d’achat:

    Le producteur doit inclure dans ses prix tous ses coûts de production s’il désire rester en affaires. Les salaires distribués à ses employés — appelés «paiements A» — ne sont qu’une partie du coût de production du produit. Le producteur a aussi d’autres coûts de production qui ne sont pas distribués en salaires, mais qu’il doit inclure dans ses prix: les paiements pour les matériaux, les taxes, les frais bancaires, l’entretien et le remplacement des machines, etc. Douglas appelle ces paiements faits à d’autres organisations les «paiements B».

    Le prix de vente du produit doit inclure tous les coûts: les salaires (A) et les autres paiements (B). Le prix de vente du produit sera donc A + B. Alors, il est évident que les salaires (A) ne peuvent acheter la somme de tous les coûts (A + B). Il y a donc un manque chronique de pouvoir d’achat dans le système. Et même si on essaie d’augmenter les salaires pour rattraper les prix, la hausse des salaires sera incluse automatiquement dans les prix, et rien ne sera réglé. (C’est comme un chien qui court après sa queue.)

    Pour pouvoir acheter toute la production, il faut donc un revenu supplémentaire en dehors des salaires, au moins égal à B. C’est ce que ferait le dividende du Crédit Social, accordé à chaque mois à chaque citoyen du pays. (Ce dividende serait financé par de l’argent nouveau créé par la nation, et non pas par les taxes des contribuables, car ce serait alors de l’argent provenant des salaires.)

    Certains peuvent répliquer que les entreprises payées par les paiements «B» (celles ayant fourni la matière première, la machinerie, etc.) paient des salaires à leurs propres employés, et qu’une partie des paiements «B» devient ainsi des paiements «A» (salaires). Cela ne change rien à la vérité de ce qui a été dit précédemment: c’est tout simplement un salaire distribué à une autre étape de la production, et ce salaire (A) ne ne distribue pas sans entrer dans un prix, qui ne peut être moindre que A + B; l’écart existe toujours.

    Ce qui maintient le système actuel

    Sans cette autre source de revenu (le dividende), il devrait y avoir théoriquement, dans le système actuel, une montagne de produits invendus. Si les produits se vendent tant bien que mal malgré tout, c’est qu’on a à la place une montagne de dettes! En effet, puisque les gens n’ont pas assez d’argent, les marchands doivent encourager les ventes à crédit pour écouler leur marchandise. Mais cela ne suffit pas pour combler le manque de pouvoir d’achat.

    Alors on insistera sur le besoin de travaux qui distribueront des salaires sans augmenter la quantité de biens consommables mis en vente: les travaux publics (construction ou réparation de ponts ou de routes), la production d’armements de guerre (sous-marins, frégates, avions, etc.). Mais tout cela ne suffit pas non plus.

    Alors chaque pays cherchera à avoir une «balance commerciale favorable», c’est-à-dire exporter, vendre à l’étranger plus de produits qu’on en reçoit, pour obtenir ainsi de l’étranger de l’argent qui servira à combler notre pouvoir d’achat déficient et acheter nos propres produits. Or il est impossible pour tous les pays d’avoir une «balance commerciale favorable»: si certains pays réussissent à exporter plus de produits qu’ils en importent, ça prend nécessairement aussi, en contrepartie, des pays qui reçoivent plus de produits qu’ils en envoient. Mais comme tous les pays veulent vendre à l’étranger plus de produits qu’ils en reçoivent, cela cause entre ces pays des conflits commerciaux, qui peuvent même dégénérer en conflits armés.

    Alors, comme dernière trouvaille, les économistes ont découvert un endroit où envoyer nos produits sans rien risquer de recevoir en retour, un endroit où il n’y a aucun habitant: la lune, l’espace. En effet, on dépensera des milliards pour construire des fusées pour aller sur la lune ou d’autres planètes; tout cet énorme gaspillage de ressources simplement dans le but de générer des salaires qui serviront à acheter la production qui reste invendue dans notre pays. C’est le cas de le dire, les économistes sont vraiment dans la lune!

    Implications environnementales

    De là vous pouvez imaginer tout l’effet que ces politiques économiques insensées ont sur l’environnement. Par exemple, on parle de croissance, de la nécessité pour les pays de produire toujours plus, d’être plus compétitifs. En réalité, un pays devrait être capable d’augmenter, stabiliser ou diminuer sa production selon les besoins de sa population, et dans bien des cas, une diminution de la production pourrait s’avérer le choix le plus approprié.

    En effet, si pendant deux années, on a pu fournir à chaque foyer une machine à laver devant durer 20 ans, il serait tout à fait insensé de continuer de produire encore plus de machines à laver! L’industriel américain Henry Ford aurait dit que le but d’un bon manufacturier d’automobiles devrait être de fabriquer une voiture familiale de qualité qui durerait toute la vie. La construction d’une telle voiture est techniquement possible, mais l’industrie automobile prend une place tellement considérable dans notre économie, que si de telles autos étaient construites, cela créerait un véritable chaos économique: que ferait-on de tous ces travailleurs, comment les tiendrait-on employés, au nom du sacro-saint principe du plein emploi?

    Les paragraphes suivant résument très bien les effets de ces politiques économiques insensées sur l’environnement. Ils sont tirés du supplément spécial sur l’environnement intitulé Green — Where Money is Concerned, publié à l’été de 1991 par la publication anglaise The Social Crediter:

    «Le portrait qui émerge de cette compréhension de l’impact du système financier est celui d’une économie menée largement par les impératifs financiers au lieu de la demande des consommateurs pour des produits tangibles de l’économie, impératifs qui amènent par conséquence de plus en plus de produits non désirés. Les pressions financières tendant à faire de la production un but en elle-même constituent un incitatif puissant pour sur-utiliser et gaspiller les ressources naturelles. Dans le simple but de distribuer des salaires, on doit obligatoirement dépecer les ressources de la terre.

    «Les effets de cette activité économique sur l’environnement sont énormes. Des milliers d’intrusions nuisibles sur la nature sont justifiées sous prétexte qu’elles distribuent des revenus dans les poches des gens. On accepte la production de biens de mauvaise qualité et qui, à dessein, deviennent vite démodés, parce qu’ils garantissent un remplacement rapide des biens, et soutiennent l’activité économique, en tenant le plus de monde employé possible… La production ainsi obtenue est fièrement comptabilisée dans les statistiques gouvernementales, sans se soucier de savoir si cette production dégrade les gens ou les rend fous, ou bien si elle sert réellement à quelque chose et comble vraiment un besoin des consommateurs.

    «Pour décrire la situation d’une manière un peu différente, les exemples de dégradation environnementale sont, dans une grande mesure, des symptômes du problème plus profond d’un manque chronique de pouvoir d’achat parmi les consommateurs.

    «Les écologistes, les “verts”, dénoncent de façon routinière la croissance économique comme étant de la folie. Malheureusement, sans une compréhension précise de ce qui rend une telle croissance inévitable, ils ne peuvent suggérer rien de très concret comme solution de rechange.

    Le faux dieu du plein emploi

    «Le plein emploi, un des concepts les plus idiots jamais conçus, fait évidemment partie intégrante de tout ce gâchis… Le but de l’activité économique est de rendre la vie plus agréable, et non pas le contraire. Beaucoup, sinon la plupart des emplois, sont essentiellement inutiles et dégradants. (…)

    «Pourquoi le silence des écologistes au sujet de la folie de la politique de plein emploi est-il un défaut significatif (de leur discours)? Au moins en partie parce que maintenir les gens employés coûte terriblement cher, et lorsque cela est fait simplement comme un moyen détourné de distribuer des revenus, cela constitue un pur gaspillage. Tout comme plusieurs individus trouvent qu’une grande partie de l’argent qu’ils retirent de leur travail sert simplement à leur permettre de continuer à travailler, ainsi une économie qui cherche à maintenir tous les citoyens au travail finit par appliquer de vastes quantités de ressources dans ce but, sans gains nets de productivité. Des édifices à bureaux doivent être construits et entretenus pour loger ceux qui sont “pleinement employés”; des montagnes de fournitures et d’équipements doivent être fabriqués pour tenir occupés ces employés de bureaux; des systèmes pour les transporter de leur maison à leur lieu de travail, et vice et versa, doivent être installés; une grande quantité de pétrole doit être extraite, raffinée, transportée puis brûlée pour les transporter et chauffer les édifices à bureaux, et ainsi de suite.

    «Des années de lavage de cerveau par les médias sur la nécessité de créer des emplois nous a empêché de voir le fait que la poursuite délibérée du “plein emploi” ne peut que mener à l’inefficacité… Le plein emploi convient à des fonctionnaires bornés, mais pas à des créatures portant le sceau de la divinité. (…)

    «Les écologistes visent à augmenter l’efficacité en encourageant le recyclage et la conservation, mais cela signifie moins d’emplois, donc moins d’argent dans les mains des consommateurs, moins de ventes et plus de fermetures, donc encore moins d’emplois, plus de désespoir, et la volonté de faire n’importe quoi pour avoir de l’argent… même si ça pollue le corps et l’âme.

    Pour corriger le problème

    «En réalité, la seule manière de faire face à ce problème de pollution et de détérioration est d’enlever l’incitatif à l’abus. Le principal moteur de gaspillage économique est l’emphase mise sur la production comme une fin, pour faire face au défaut dans le système de distribution du revenu. Enlever ce défaut du mécanisme de distribution amènerait les gens à cesser de construire des biens de capital que personne ne désire. Cela permettrait une évaluation rationnelle et équilibrée de notre situation environnementale, et offrirait la plus grande gamme possible pour corriger la situation.

    «La première étape vers une régénération économique et environnementale est d’augmenter le revenu des consommateurs. Par “revenu”, nous voulons bien sûr dire “pouvoir d’achat réel” — pas une dette recyclée. Les banques créent des milliards de dollars chaque jour, basés sur les richesses réelles produites par la population, et en conséquence, le pays patauge dans les dettes. On pourrait ordonner à ces mêmes institutions de créer de l’argent sans dette et, pour équilibrer les prix et le pouvoir d’achat, distribuer cet argent sous forme de dividendes payables à tous les citoyens.

    «En d’autres mots, d’une manière responsable et scientifique, rendons-nous riche financièrement, autant que nous le sommes physiquement, en richesses réelles. En fait, ce serait idiot d’être moins riche. (…)

    «Contre le souhait de pratiquement tout personne consciente, notre belle planète est ravagée et polluée de façon intensive et, dans une manœuvre pour nous tromper, des gens affamés de pouvoir se servent de ces problèmes environnementaux pour servir leurs propres fins politiques. Lorsque nous remontons jusqu’à la source des causes de la situation actuelle, nous découvrons un système financier défectueux. Nous n’avons pas besoin de détruire le système d’argent — agir ainsi serait en effet une grave erreur — mais il est d’une importance cruciale que nous réformions ce système, afin qu’il devienne le serviteur, et non le maître, de nos aspirations.»

    C’est tout notre environnement qui serait changé si le système financier était adapté aux besoins de la population. On n’aurait pas besoin d’usines immenses ni de gens quittant la campagne pour les villes à la recherche d’un emploi. On pourrait revenir à une production à l’échelle humaine.

    Tous ceux qui se soucient de l’environnement, et par conséquent de l’avenir de l’humanité sur terre, tous ceux qui désirent «sauver la planète», devraient donc étudier et propager la philosophie du Crédit Social, le seul système qui mettrait l’argent au service de la personne humaine, tout en mettant fin au gaspillage des ressources naturelles.

    Mots-clés: suite…

    Usine de fabrication Particulier Entreprise

    Problèmes après l’expiration de la garantie

    Dégradation durant le transport

    Renvoi à la décharge

    Déchets déversés dans l’eau

    Chaque année 20 milliards de tonnes de déchets sont déversés dans les océans soit 634 000 kilos de déchets par seconde

    Quelque explications

    Malgré un marché français saturé, la consommation des produits électriques et électroniques est en plein essor, ce qui n’est possible que grâce à la participation consciente ou inconsciente des différents acteurs .

    Fabricants

    Appareils moins robustes : les équipements sont surtout conçus pour ne pas tomber en panne pendant la garantie (2 ans)

    Pièces détachées coûteuses et de moins en moins disponibles

    Produits indémontables

    saviez vous que les batteries de l’ Iphone sont directement moulées dans le plastique ? Sa durée de vie est donc celle de ses batteries, soit de 2 à 4 ans maxi !

    Sophistication croissante des appareils

    Incompatibilités rapides (cas des PC / consoles vidéos par rapport aux logiciels

    Distributeurs

    Confrontés au dilemme économique entre réparation et revente d’un équipement neuf, la tendance va plutôt vers la revente plutôt que faire pression sur les fabricants (pièces détachées disponibles, et accessibles, etc). Clients

    Effet de mode : des appareils autrefois sobres et indémodables sont aujourd’hui « customisés » pour améliorer le design d’intérieur ; les réfrigérateurs couleur aluminium sont aujourd’hui à la mode, mais une fois cette mode passée, le particulier risquera de se lasser de son objet et de l’abandonner.

    Bibliographie http://www.donnees-environnement.com/chiffres-dechets.php

    Déchets marins

    Décharge provoquée par l’obsolescence programmée

    http://www2.ademe.fr/servlet/KBaseShow?sort=-1&amp;cid=96&amp;m=3&amp;catid=12549

    L’obsolescence programmée ou planifiée est le processus par lequel un bien devient obsolète pour un utilisateur donné, parce que l’objet en question n’est plus à la mode ou qu’il n’est plus utilisable. En clair, certains produits sont prévus pour ne plus fonctionner ou être passés de mode après un certain temps d’utilisation afin de forcer le consommateur à les remplacer. Cette technique est particulièrement utilisée par les constructeurs d’appareils électroniques (ordinateurs, téléphones, consoles, etc.) et électroménagers.

    http://www.consoglobe.com/obsolescence-programmee-appareils-cg

    Définition.

    Sa signification ? Une stratégie planifiée dès la conception du produit qui consiste à diminuer sa durée de vie ou d’attractivité, en créant en permanence chez le consommateur le besoin de le remplacer par un nouveau… Effrayant. La réponse a la question de savoir si l’obsolescence programmé est il bénéfique pour l’écologie ma réponse est non . En vu des décharges en Afrique et déjà que plusieurs milliards de tonnes de déchet sont produit par ans , je trouve qu’on devrait éviter au maximum de produire des déchets inutilement.

    Dans ce texte je vais exposé des faits qui vont parler des effet de l’obsolescence sur l’écologie

    Définition : la suite sur le lien ci-dessous…

    http://prezi.com/tzixifk9usxs/untitled-prezi/

    La création monétaire, œuvre du diable

    Posté le septembre 26th, 2012

    Remerciements

    Cet article n’aurait pas été écrit sans le témoignage de Gaël Giraud, de retour de Francfort et nous signalant la présence des extraits du Faust II de Goethe sur les murs de la Bundesbank. Pour autant j’assume l’entière responsabilité de ce qui suit.

    Jens Weidmann, président de la Bundesbank s’est opposé à la récente opération OMT[1] de Mario Draghi,président de la BCE. Dans un de ses discours[2], il cite le Faust II de Goethe, génie littéraire allemand né… à Francfort, siège de la BCE et de la BUBA. Et rappelle cette scène : l’Empereur est à court d’argent. Il se lasse des propositions mesurées qui lui sont faites et proclame : « J’en ai assez de ces éternels « Mais » et « Si » ; Je manque d’argent, alors qu’on en crée donc ! » Et le Diable, Mephisto, d’abonder dans le sens du Souverain : « Je crée ce que vous voulez, et j’en fais même bien plus. » L’histoire finit évidemment mal….

    Cette allusion pourrait passer pour une simple preuve de culture littéraire, si le Faust II n’était en fait présent sur les murs de la Banque Centrale Allemande ! Impossible de rentrer dans ce temple moderne sans penser à Faust. Nous sommes là au cœur du dogmatisme. En fait en pleine religion. Il est en effet bien connu, et enseigné dans tous les livres d’économie[3], que les banques secondaires créent de l’argent par un simple jeu d’écritures. Les « prêts » font les « dépôts », dit-on en résumé. Si la banque me prête 1000 euros, elle les inscrit ex nihilo sur mon compte bancaire, inscrit en contrepartie à son actif la créance qu’elle a sur moi. Créance éteinte et monnaie détruite quand je rembourse ma dette. Tout cela, si l’on en croit Goethe et avec lui Jens Weidmann, serait diabolique ?

    La monnaie est-elle satanique si elle est publique …
    angélique si elle est privée ?

    ou le contraire ???

    On pourrait presque le penser pour plusieurs raisons qui mettent en cause la création monétaire publique :

    -les Allemands ont connu l’hyperinflation en 1923 avec la crise de Weimar et les brouettes de billets

    -la puissance du troisième Reich a reposé en partie sur le financement des grands travaux par la création monétaire : les « bons de travaux » ont permis au gouvernement allemand dès 1933 de payer des commandes et de remettre au travail 6 millions de chômeurs[4].

    -après la deuxième guerre mondiale l’Allemagne a connu un nouvel épisode inflationniste et n’a trouvé la stabilité monétaire que grâce au dispositif institutionnel actuel.

    -plus généralement l’histoire abonde d’épisodes hyperinflationnistes (des assignats révolutionnaires en France au Zimbabwé au début de ce siècle en passant par la Yougoslavie en 1993 et le Brésil dans les années 60 puis 80) qui accréditent cette thèse.

    Mais peut-on penser que la création monétaire privée serait, elle, à l’abri de Méphisto ?

    Comment ne pas voir que la gigantesque crise financière actuelle est due fondamentalement au fait que les banques ont pu créer de la monnaie pour alimenter la machine à subprimes et plus généralement toutes les opérations spéculatives ? Elles ont même mis au point la « titrisation » pour sortir de leurs bilans ces prêts et retrouver des droits à création monétaire, en contournant ainsi les dispositifs de régulation, qui visent à limiter ce pouvoir exorbitant.

    Plus profondément la démesure faustienne est clairement au cœur du capitalisme financier : si dans les siècles passés la « dématérialisation » de la monnaie n’avait pas été inventée, la croissance économique eût été impossible. Comment des flux croissants de marchandise pourraient aujourd’hui être échangés avec des pièces métalliques en quantité limitée ? La disproportion entre la quantité d’échanges et l’or a obligé Nixon à déclarer le dollar inconvertible en or, en 1971. cela n’a été possible parce que l’idée que la monnaie pouvait n’être qu’une simple convention s’est progressivement imposée. En Europe aujourd’hui les pièces de monnaie ne représentent qu’une masse de 25 milliards d’euros pour une masse monétaire de 4500 Milliards. Les 10 000 tonnes d’or dans les caisses du SEBC ne valent que… 400 Milliards (au prix astronomique actuel du métal précieux) soit moins de 10 % de la valeur de la monnaie en circulation.

    Bref Méphisto nous a inspiré les moyens d’une croissance sans limite. Goethe n’a pas été si mal inspiré en associant à la création monétaire l’image de l’incarnation de la démesure. Lucifer, autre nom de Satan, représente celui qui veut s’élever au-dessus de se condition d’homme et refuse de se soumettre à Dieu. C’est l’image de la transgression, du dépassement des limites.

    Pour autant, le dogme moderne se limite à considérer que seule la « planche à billets » (monnaie créée par la Banque Centrale) est inflationniste. Il oublie de préciser que la création monétaire (de monnaie scripturale) par les banques privées est à l’origine de l’inflation des actifs et des bulles financières. Dès lors quand Mario Draghi lance son OMT il subit les attaques de Jens Weidmann, qui ne les adresse pas à tous les banquiers de la planète.

    Comment sortir de cette sorcellerie ?

    Tout d’abord, comme on le sait, le prince des Ténèbres a peur de la lumière. La priorité est donc d’éclairer les mécanismes de création monétaire. La prolifération sur internet des thèses conspirationnistes, complotistes voire antisémites à ce sujet n’est que le symptôme d’un manque de culture généralisé. Si la création monétaire est mal comprise c’est parce qu’elle est le résultat de mécanismes comptables qui sont difficilement compréhensibles, sans culture comptable minimale. Dès lors l’illusionnisme et son corollaire l’illusion peuvent prospérer. Et les banquiers peuvent passer a minima pour des magiciens, au pire pour des suppôts de Satan.

    Le président de la Société Générale, Frédéric Oudéa ne vient-il pas de déclarer à la commission des affaires économiques : « Nous ne pouvons créer de l’argent. Il nous faut le collecter à travers les dépôts des particuliers et des entreprises ainsi que par des émissions sur les marchés. » Pour paraphraser une célèbre phrase d’Arnaud Lagardère, est-ce une preuve d’incompétence ou la défense cynique de ses intérêts et de ceux de la communauté financière ? Une interprétation plus charitable serait qu’il a oublié ses cours d’économie et ne comprend pas les mécanismes macrofinanciers, qui ne sont en rien de sa responsabilité.

    La pédagogie en matière monétaire est donc indispensable, mais elle ne suffira pas à l’évidence pour résoudre l’actuelle crise mondiale, ce qui nécessitera de tourner la page du modèle actuel. Le statu-quo n’est manifestement pas une option.

    Vu de Sirius, il va falloir choisir entre quatre options :

    Première solution, partagée par tous ceux qui ne voient que diablerie dans la création monétaire, l’interdire tout net, aux banques privées, publiques et centrales.

    C’est la dépression assurée. L’immense majorité de l’argent en circulation étant temporaire (elle est détruite quand les prêts sont remboursés), s’il n’était pas recréé ex nihilo il se mettrait à manquer dans toute l’économie. C’est ce qui se passe pendant les grands krashs économiques.

    Deuxième solution, qui ne voit diablerie que dans la création monétaire publique, la confier intégralement aux banques privées. C’est la voie promue par des ultralibéraux comme David Friedmann[5]. Qui semblent oublier les dérives et excès de la monnaie privée qui ont connu leur apogée en 2008.

    Troisième solution, symétrique de la précédente, la confier intégralement au secteur public. C’est le 100% money plaidé par Irving Fisher au moment de la crise de 1929 et le (seul) prix Nobel français Maurice Allais qui n’hésite pas à traiter les banquiers de faux-monnayeurs. Solution radicale, pas facile à mettre en œuvre aujourd’hui, au vu du pouvoir de la communauté bancaire.

    Quatrième solution, plus pragmatique. Redonner le pouvoir de création monétaire à la puissance publique, pour des opérations d’investissement d’avenir bien identifiées. Ce qui permettrait de relancer la machine économique, de limiter le risque d’inflation et de dérive financière et d’orienter l’économie vers l’avenir. A mes yeux, la priorité serait de flécher cette création monétaire vers la transition énergétique et écologique.

    ———————————————————————————————–

    [1] Outright monetary transaction, opération lancée le 6 septembre et annonçant le rachat illimité des dettes souveraines européennes, sous conditions. Nous ne discuterons pas ici de l’intérêt ni des limites de cette opération. Notons juste qu’elle repose clairement sur de la création monétaire par la BCE.

    [2] http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20120920trib000720444/la-bundesbank-sort-l-arme-de-la-critique-litteraire-face-a-la-bce.html

    [3] Voir par exemple La monnaie et ses mécanismes, Dominique Plihon , La découverte ; voir aussi le site de Chomage et Monnaiehttp://www.chomage-et-monnaie.org

    [4] Voir notre livre la Monnaie dévoilée, Gabriel Galand et Alain Grandjean, L’harmattan, 1997, mais aussi l’article de Jacques Mazier et Dominique Plihon exposé à la journée création monétaire des économistes atterrés :

    [5] Voir David Friedman, Vers une société sans État, chapitre 46, Édition des Belles Lettres, 1992

    L’encyclique Laudato si (Loué sois-Tu), qui paraît ce 18 juin 2015, est à la fois la première encyclique du pape François (Lumen fidei, publiée quelques mois après son élection, ayant été rédigée “en duo” avec Benoît XVI) et la première de toute l’histoire de l’Église consacrée (uniquement) à l’écologie (Benoît XVI, pour ne citer que lui, ayant abordé ce thème dans Caritas in Veritate).

    C’est dire si ce texte est important et si l’écologie compte pour le Pape actuel. Elle est même fondatrice de son pontificat, lui qui adéclaré à la presse, trois jours après son élection, à propos du choix de son nom, “François est pour moi l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, l’homme qui aime et préserve la création ; en ce moment nous avons aussi avec la création une relation qui n’est pas très bonne, non ?”.
    Le Texte complet:

    LETTRE ENCYCLIQUE
    LAUDATO SI’DU SAINT-PÈRE
    FRANÇOISSUR LA SAUVEGARDE DE LA
    MAISON COMMUNE

    1. « Laudato si’, mi’ Signore », – « Loué sois-tu, mon Seigneur », chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe ».[1]

    2. Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui « gémit en travail d’enfantement » (Bm 8, 22). Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure.

    Rien de ce monde ne nous est indifférent

    3. Il y a plus de cinquante ans, quand le monde vacillait au bord d’une crise nucléaire, le Pape saint Jean XXIII a écrit une Encyclique dans laquelle il ne se contentait pas de rejeter une guerre, mais a voulu transmettre une proposition de paix. Il a adressé son message Pacem in terris « aux fidèles de l’univers » tout entier, mais il ajoutait « ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté ». À présent, face à la détérioration globale de l’environnement, je voudrais m’adresser à chaque personne qui habite cette planète. Dans mon Exhortation Evangelii gaudium, j’ai écrit aux membres de l’Église en vue d’engager un processus de réforme missionnaire encore en cours. Dans la présente Encyclique, je me propose spécialement d’entrer en dialogue avec tous au sujet de notre maison commune.

    4. Huit ans après Pacem in terris, en 1971, le bienheureux Pape Paul VI s’est référé à la problématique écologique, en la présentant comme une crise qui est « une conséquence…dramatique » de l’activité sans contrôle de l’être humain : « Par une exploitation inconsidérée de la nature [l’être humain] risque de la détruire et d’être à son tour la victime de cette dégradation ».[2] Il a parlé également à la FAO de la possibilité de « l’effet des retombées de la civilisation industrielle, [qui risquait] de conduire à une véritable catastrophe écologique », en soulignant « l’urgence et la nécessité d’un changement presque radical dans le comportement de l’humanité », parce que « les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse, si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme ».[3]

    5. Saint Jean-Paul II s’est occupé de ce thème avec un intérêt toujours grandissant. Dans sa première Encyclique, il a prévenu que l’être humain semble « ne percevoir d’autres significations de son milieu naturel que celles de servir à un usage et à une consommation dans l’immédiat ».[4] Par la suite, il a appelé à une conversion écologique globale.[5] Mais en même temps, il a fait remarquer qu’on s’engage trop peu dans « la sauvegarde des conditions morales d’une “écologie humaine” authentique».[6] La destruction de l’environnement humain est très grave, parce que non seulement Dieu a confié le monde à l’être humain, mais encore la vie de celui-ci est un don qui doit être protégé de diverses formes de dégradation. Toute volonté de protéger et d’améliorer le monde suppose de profonds changements dans « les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd’hui les sociétés ».[7] Le développement humain authentique a un caractère moral et suppose le plein respect de la personne humaine, mais il doit aussi prêter attention au monde naturel et « tenir compte de la nature de chaque être et de ses liens mutuels dans un système ordonné ».[8] Par conséquent, la capacité propre à l’être humain de transformer la réalité doit se développer sur la base du don des choses fait par Dieu à l’origine.[9]

    6. Mon prédécesseur Benoît XVI a renouvelé l’invitation à « éliminer les causes structurelles des dysfonctionnements de l’économie mondiale et à corriger les modèles de croissance qui semblent incapables de garantir le respect de l’environnement».[10] Il a rappelé qu’on ne peut pas analyser le monde seulement en isolant l’un de ses aspects, parce que « le livre de la nature est unique et indivisible » et inclut, entre autres, l’environnement, la vie, la sexualité, la famille et les relations sociales. Par conséquent, « la dégradation de l’environnement est étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine».[11] Le Pape Benoît nous a proposé de reconnaître que l’environnement naturel est parsemé de blessures causées par notre comportement irresponsable. L’environnement social a lui aussi ses blessures. Mais toutes, au fond, sont dues au même mal, c’est-à-dire à l’idée qu’il n’existe pas de vérités indiscutables qui guident nos vies, et donc que la liberté humaine n’a pas de limites. On oublie que « l’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature».[12]Avec une paternelle préoccupation, il nous a invités à réaliser que la création subit des préjudices, là « où nous-mêmes sommes les dernières instances, où le tout est simplement notre propriété que nous consommons uniquement pour nous-mêmes. Et le gaspillage des ressources de la Création commence là où nous ne reconnaissons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons plus que nous-mêmes ».[13]

    Unis par une même préoccupation

    7. Ces apports des Papes recueillent la réflexion d’innombrables scientifiques, philosophes, théologiens et organisations sociales qui ont enrichi la pensée de l’Église sur ces questions. Mais nous ne pouvons pas ignorer qu’outre l’Église catholique, d’autres Églises et Communautés chrétiennes – comme aussi d’autres religions – ont nourri une grande préoccupation et une précieuse réflexion sur ces thèmes qui nous préoccupent tous. Pour prendre un seul exemple remarquable, je voudrais recueillir brièvement en partie l’apport du cher Patriarche Œcuménique Bartholomée, avec qui nous partageons l’espérance de la pleine communion ecclésiale.

    8. Le Patriarche Bartholomée s’est référé particulièrement à la nécessité de se repentir, chacun, de ses propres façons de porter préjudice à la planète, parce que « dans la mesure où tous nous causons de petits préjudices écologiques », nous sommes appelés à reconnaître « notre contribution – petite ou grande – à la défiguration et à la destruction de la création ».[14] Sur ce point, il s’est exprimé à plusieurs reprises d’une manière ferme et stimulante, nous invitant à reconnaître les péchés contre la création : « Que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes portent préjudice à leurs semblables par des maladies en contaminant les eaux, le sol, l’air et l’environnement par des substances polluantes, tout cela, ce sont des péchés » ;[15] car « un crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ».[16]

    9. En même temps, Bartholomée a attiré l’attention sur les racines éthiques et spirituelles des problèmes environnementaux qui demandent que nous trouvions des solutions non seulement grâce à la technique mais encore à travers un changement de la part de l’être humain, parce qu’autrement nous affronterions uniquement les symptômes. Il nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui « signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer. C’est une manière d’aimer, de passer progressivement de ce que je veux à ce dont le monde de Dieu a besoin. C’est la libération de la peur, de l’avidité, de la dépendance ».[17] Nous chrétiens, en outre, nous sommes appelés à « accepter le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain à une échelle globale. C’est notre humble conviction que le divin et l’humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l’infime grain de poussière de notre planète ».[18]

    Saint François d’Assise

    10. Je ne veux pas poursuivre cette Encyclique sans recourir à un beau modèle capable de nous motiver. J’ai pris son nom comme guide et inspiration au moment de mon élection en tant qu’Évêque de Rome. Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. Il a manifesté une attention particulière envers la création de Dieu ainsi qu’envers les pauvres et les abandonnés. Il aimait et était aimé pour sa joie, pour son généreux engagement et pour son cœur universel. C’était un mystique et un pèlerin qui vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même. En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure.

    11. Son témoignage nous montre aussi qu’une écologie intégrale requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie, et nous orientent vers l’essence de l’humain. Tout comme cela arrive quand nous tombons amoureux d’une personne, chaque fois qu’il regardait le soleil, la lune ou les animaux même les plus petits, sa réaction était de chanter, en incorporant dans sa louange les autres créatures. Il entrait en communication avec toute la création, et il prêchait même aux fleurs « en les invitant à louer le Seigneur, comme si elles étaient dotées de raison ».[19] Sa réaction était bien plus qu’une valorisation intellectuelle ou qu’un calcul économique, parce que pour lui, n’importe quelle créature était une sœur, unie à lui par des liens d’affection. Voilà pourquoi il se sentait appelé à protéger tout ce qui existe. Son disciple saint Bonaventure rapportait que, « considérant que toutes les choses ont une origine commune, il se sentait rempli d’une tendresse encore plus grande et il appelait les créatures, aussi petites soient-elles, du nom de frère ou de sœur ».[20] Cette conviction ne peut être considérée avec mépris comme un romantisme irrationnel, car elle a des conséquences sur les opinions qui déterminent notre comportement. Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. La pauvreté et l’austérité de saint François n’étaient pas un ascétisme purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d’usage et de domination.

    D’autre part, saint François, fidèle à l’Écriture, nous propose de reconnaître la nature comme un splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté : « La grandeur et la beauté des créatures font contempler, par analogie, leur Auteur » (Sg 13, 5), et « ce que Dieu a d’invisible depuis la création du monde, se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité » (Bm 1, 20). C’est pourquoi il demandait qu’au couvent on laisse toujours une partie du jardin sans la cultiver, pour qu’y croissent les herbes sauvages, de sorte que ceux qui les admirent puissent élever leur pensée vers Dieu, auteur de tant de beauté.[21] Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange.

    Mon appel

    13. Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. Je souhaite saluer, encourager et remercier tous ceux qui, dans les secteurs les plus variés de l’activité humaine, travaillent pour assurer la sauvegarde de la maison que nous partageons. Ceux qui luttent avec vigueur pour affronter les conséquences dramatiques de la dégradation de l’environnement sur la vie des plus pauvres dans le monde, méritent une gratitude spéciale. Les jeunes nous réclament un changement. Ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus.

    14. J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. Le mouvement écologique mondial a déjà parcouru un long chemin, digne d’appréciation, et il a généré de nombreuses associations citoyennes qui ont aidé à la prise de conscience. Malheureusement, beaucoup d’efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise environnementale échouent souvent, non seulement à cause de l’opposition des puissants, mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres. Les attitudes qui obstruent les chemins de solutions, même parmi les croyants, vont de la négation du problème jusqu’à l’indifférence, la résignation facile, ou la confiance aveugle dans les solutions techniques. Il nous faut une nouvelle solidarité universelle. Comme l’ont affirmé les Évêques d’Afrique du Sud, « les talents et l’implication de tous sont nécessaires pour réparer les dommages causés par les abus humains à l’encontre de la création de Dieu ».[22] Tous, nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités.

    15. J’espère que cette Lettre encyclique, qui s’ajoute au Magistère social de l’Église, nous aidera à reconnaître la grandeur, l’urgence et la beauté du défi qui se présente à nous. En premier lieu, je présenterai un bref aperçu des différents aspects de la crise écologique actuelle, en vue de prendre en considération les meilleurs résultats de la recherche scientifique disponible aujourd’hui, d’en faire voir la profondeur et de donner une base concrète au parcours éthique et spirituel qui suit. À partir de cet aperçu, je reprendrai certaines raisons qui se dégagent de la tradition judéo-chrétienne, afin de donner plus de cohérence à notre engagement en faveur de l’environnement. Ensuite, j’essaierai d’arriver aux racines de la situation actuelle, pour que nous ne considérions pas seulement les symptômes, mais aussi les causes les plus profondes. Nous pourrons ainsi proposer une écologie qui, dans ses différentes dimensions, incorpore la place spécifique de l’être humain dans ce monde et ses relations avec la réalité qui l’entoure. À la lumière de cette réflexion, je voudrais avancer quelques grandes lignes de dialogue et d’action qui concernent aussi bien chacun de nous que la politique internationale. Enfin, puisque je suis convaincu que tout changement a besoin de motivations et d’un chemin éducatif, je proposerai quelques lignes de maturation humaine inspirées par le trésor de l’expérience spirituelle chrétienne.

    16. Bien que chaque chapitre possède sa propre thématique et une méthodologie spécifique, il reprend à son tour, à partir d’une nouvelle optique, des questions importantes abordées dans les chapitres antérieurs. C’est le cas spécialement de certains axes qui traversent toute l’Encyclique. Par exemple : l’intime relation entre les pauvres et la fragilité de la planète ; la conviction que tout est lié dans le monde ; la critique du nouveau paradigme et des formes de pouvoir qui dérivent de la technologie ; l’invitation à chercher d’autres façons de comprendre l’économie et le progrès ; la valeur propre de chaque créature ; le sens humain de l’écologie ; la nécessité de débats sincères et honnêtes ; la grave responsabilité de la politique internationale et locale ; la culture du déchet et la proposition d’un nouveau style de vie. Ces thèmes ne sont jamais clos, ni ne sont laissés de côté, mais ils sont constamment repris et enrichis.

    PREMIER CHAPITRE

    CE QUI SE PASSE DANS
    NOTRE MAISON

    17. Les réflexions théologiques ou philosophiques sur la situation de l’humanité et du monde, peuvent paraître un message répétitif et abstrait, si elles ne se présentent pas de nouveau à partir d’une confrontation avec le contexte actuel, en ce qu’il a d’inédit pour l’histoire de l’humanité. Voilà pourquoi avant de voir comment la foi apporte de nouvelles motivations et de nouvelles exigences face au monde dont nous faisons partie, je propose de nous arrêter brièvement pour considérer ce qui se passe dans notre maison commune.

    18. L’accélération continuelle des changements de l’humanité et de la planète s’associe aujourd’hui à l’intensification des rythmes de vie et de travail, dans ce que certains appellent “rapidación”. Bien que le changement fasse partie de la dynamique des systèmes complexes, la rapidité que les actions humaines lui imposent aujourd’hui contraste avec la lenteur naturelle de l’évolution biologique. À cela, s’ajoute le fait que les objectifs de ce changement rapide et constant ne sont pas nécessairement orientés vers le bien commun, ni vers le développement humain, durable et intégral. Le changement est quelque chose de désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer le monde et la qualité de vie d’une grande partie de l’humanité.

    19. Après un temps de confiance irrationnelle dans le progrès et dans la capacité humaine, une partie de la société est en train d’entrer dans une phase de plus grande prise de conscience. On observe une sensibilité croissante concernant aussi bien l’environnement que la protection de la nature, tout comme une sincère et douloureuse préoccupation grandit pour ce qui arrive à notre planète. Faisons un tour, certainement incomplet, de ces questions qui aujourd’hui suscitent notre inquiétude, et que nous ne pouvons plus mettre sous le tapis. L’objectif n’est pas de recueillir des informations ni de satisfaire notre curiosité, mais de prendre une douloureuse conscience, d’oser transformer en souffrance personnelle ce qui se passe dans le monde, et ainsi de reconnaître la contribution que chacun peut apporter.

    I. POLLUTION ET CHANGEMENT CLIMATIQUE

    Pollution, ordure et culture du déchet

    20. Il existe des formes de pollution qui affectent quotidiennement les personnes. L’exposition aux polluants atmosphériques produit une large gamme d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres, en provoquant des millions de morts prématurées. Ces personnes tombent malades, par exemple, à cause de l’inhalation de niveaux élevés de fumées provenant de la combustion qu’elles utilisent pour faire la cuisine ou pour se chauffer. À cela, s’ajoute la pollution qui affecte tout le monde, due aux moyens de transport, aux fumées de l’industrie, aux dépôts de substances qui contribuent à l’acidification du sol et de l’eau, aux fertilisants, insecticides, fongicides, désherbants et agro-chimiques toxiques en général. La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre.

    21. Il faut considérer également la pollution produite par les déchets, y compris les ordures dangereuses présentes dans différents milieux. Des centaines de millions de tonnes de déchets sont produites chaque année, dont beaucoup ne sont pas biodégradables : des déchets domestiques et commerciaux, des déchets de démolition, des déchets cliniques, électroniques et industriels, des déchets hautement toxiques et radioactifs. La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir. À plusieurs endroits de la planète, les personnes âgées ont la nostalgie des paysages d’autrefois, qui aujourd’hui se voient inondés d’ordures. Aussi bien les déchets industriels que les produits chimiques utilisés dans les villes et dans l’agriculture peuvent provoquer un effet de bio-accumulation dans les organismes des populations voisines, ce qui arrive même quand le taux de présence d’un élément toxique en un lieu est bas. Bien des fois, on prend des mesures seulement quand des effets irréversibles pour la santé des personnes se sont déjà produits.

    Ces problèmes sont intimement liés à la culture du déchet, qui affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordures. Réalisons, par exemple, que la majeure partie du papier qui est produit, est gaspillée et n’est pas recyclée. Il nous coûte de reconnaître que le fonctionnement des écosystèmes naturels est exemplaire : les plantes synthétisent des substances qui alimentent les herbivores ; ceux-ci à leur tour alimentent les carnivores, qui fournissent d’importantes quantités de déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nouvelle génération de végétaux. Par contre, le système industriel n’a pas développé, en fin de cycle de production et de consommation, la capacité d’absorber et de réutiliser déchets et ordures. On n’est pas encore arrivé à adopter un modèle circulaire de production qui assure des ressources pour tous comme pour les générations futures, et qui suppose de limiter au maximum l’utilisation des ressources non renouvelables, d’en modérer la consommation, de maximiser l’efficacité de leur exploitation, de les réutiliser et de les recycler. Aborder cette question serait une façon de contrecarrer la culture du déchet qui finit par affecter la planète entière, mais nous remarquons que les progrès dans ce sens sont encore très insuffisants.

    Le climat comme bien commun

    23. Le climat est un bien commun, de tous et pour tous. Au niveau global, c’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine. Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique. Au cours des dernières décennies, ce réchauffement a été accompagné de l’élévation constante du niveau de la mer, et il est en outre difficile de ne pas le mettre en relation avec l’augmentation d’événements météorologiques extrêmes, indépendamment du fait qu’on ne peut pas attribuer une cause scientifiquement déterminable à chaque phénomène particulier. L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. Il y a, certes, d’autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire), mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine. En se concentrant dans l’atmosphère, ils empêchent la chaleur des rayons solaires réfléchis par la terre de se perdre dans l’espace. Cela est renforcé en particulier par le modèle de développement reposant sur l’utilisation intensive de combustibles fossiles, qui constitue le cœur du système énergétique mondial. Le fait de changer de plus en plus les utilisations du sol, principalement la déforestation pour l’agriculture, a aussi des impacts.

    24. À son tour, le réchauffement a des effets sur le cycle du carbone. Il crée un cercle vicieux qui aggrave encore plus la situation, affectera la disponibilité de ressources indispensables telles que l’eau potable, l’énergie ainsi que la production agricole des zones les plus chaudes, et provoquera l’extinction d’une partie de la biodiversité de la planète. La fonte des glaces polaires et de celles des plaines d’altitude menace d’une libération à haut risque de méthane ; et la décomposition de la matière organique congelée pourrait accentuer encore plus l’émanation de dioxyde de carbone. De même, la disparition de forêts tropicales aggrave la situation, puisqu’elles contribuent à tempérer le changement climatique. La pollution produite par le dioxyde de carbone augmente l’acidité des océans et compromet la chaîne alimentaire marine. Si la tendance actuelle continuait, ce siècle pourrait être témoin de changements climatiques inédits et d’une destruction sans précédent des écosystèmes, avec de graves conséquences pour nous tous. L’élévation du niveau de la mer, par exemple, peut créer des situations d’une extrême gravité si on tient compte du fait que le quart de la population mondiale vit au bord de la mer ou très proche, et que la plupart des mégapoles sont situées en zones côtières.

    25. Le changement climatique est un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques, distributives ainsi que politiques, et constitue l’un des principaux défis actuels pour l’humanité. Les pires conséquences retomberont probablement au cours des prochaines décennies sur les pays en développement. Beaucoup de pauvres vivent dans des endroits particulièrement affectés par des phénomènes liés au réchauffement, et leurs moyens de subsistance dépendent fortement des réserves naturelles et des services de l’écosystème, comme l’agriculture, la pêche et les ressources forestières. Ils n’ont pas d’autres activités financières ni d’autres ressources qui leur permettent de s’adapter aux impacts climatiques, ni de faire face à des situations catastrophiques, et ils ont peu d’accès aux services sociaux et à la protection. Par exemple, les changements du climat provoquent des migrations d’animaux et de végétaux qui ne peuvent pas toujours s’adapter, et cela affecte à leur tour les moyens de production des plus pauvres, qui se voient aussi obligés d’émigrer avec une grande incertitude pour leur avenir et pour l’avenir de leurs enfants. L’augmentation du nombre de migrants fuyant la misère, accrue par la dégradation environnementale, est tragique ; ces migrants ne sont pas reconnus comme réfugiés par les conventions internationales et ils portent le poids de leurs vies à la dérive, sans aucune protection légale. Malheureusement, il y a une indifférence générale face à ces tragédies qui se produisent en ce moment dans diverses parties du monde. Le manque de réactions face à ces drames de nos frères et sœurs est un signe de la perte de ce sens de responsabilité à l’égard de nos semblables, sur lequel se fonde toute société civile.

    26. Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d’empirer si nous maintenons les modèles actuels de production et de consommation. Voilà pourquoi il devient urgent et impérieux de développer des politiques pour que, les prochaines années, l’émission du dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants soit réduite de façon drastique, par exemple en remplaçant l’utilisation de combustibles fossiles et en accroissant des sources d’énergie renouvelable. Dans le monde, il y a un niveau d’accès réduit à des énergies propres et renouvelables. Il est encore nécessaire de développer des technologies adéquates d’accumulation. Cependant, dans certains pays, des progrès qui commencent à être significatifs ont été réalisés, bien qu’ils soient loin d’atteindre un niveau suffisant. Il y a eu aussi quelques investissements dans les moyens de production et de transport qui consomment moins d’énergie et requièrent moins de matière première, comme dans le domaine de la construction ou de la réfection d’édifices pour en améliorer l’efficacité énergétique. Mais ces bonnes pratiques sont loin de se généraliser.

    II. LA QUESTION DE L’EAU

    27. D’autres indicateurs de la situation actuelle concernent l’épuisement des ressources naturelles. Nous sommes bien conscients de l’impossibilité de maintenir le niveau actuel de consommation des pays les plus développés et des secteurs les plus riches des sociétés, où l’habitude de dépenser et de jeter atteint des niveaux inédits. Déjà les limites maximales d’exploitation de la planète ont été dépassées, sans que nous ayons résolu le problème de la pauvreté.

    L’eau potable et pure représente une question de première importance, parce qu’elle est indispensable pour la vie humaine comme pour soutenir les écosystèmes terrestres et aquatiques. Les sources d’eau douce approvisionnent des secteurs sanitaires, agricoles et de la pêche ainsi qu’industriels. La provision d’eau est restée relativement constante pendant longtemps, mais en beaucoup d’endroits la demande dépasse l’offre durable, avec de graves conséquences à court et à long terme. De grandes villes qui ont besoin d’une importante quantité d’eau en réserve, souffrent de périodes de diminution de cette ressource, qui n’est pas toujours gérée de façon équitable et impartiale aux moments critiques. Le manque d’eau courante s’enregistre spécialement en Afrique, où de grands secteurs de la population n’ont pas accès à une eau potable sûre, ou bien souffrent de sécheresses qui rendent difficile la production d’aliments. Dans certains pays, il y a des régions qui disposent de l’eau en abondance et en même temps d’autres qui souffrent de grave pénurie.

    29. Un problème particulièrement sérieux est celui de la qualité de l’eau disponible pour les pauvres, ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours. Les maladies liées à l’eau sont fréquentes chez les pauvres, y compris les maladies causées par les micro-organismes et par des substances chimiques. La diarrhée et le choléra, qui sont liés aux services hygiéniques et à l’approvisionnement en eau impropre à la consommation, sont un facteur significatif de souffrance et de mortalité infantile. Les eaux souterraines en beaucoup d’endroits sont menacées par la pollution que provoquent certaines activités extractives, agricoles et industrielles, surtout dans les pays où il n’y a pas de régulation ni de contrôles suffisants. Ne pensons pas seulement aux décharges des usines. Les détergents et les produits chimiques qu’utilise la population dans beaucoup d’endroits du monde continuent de se déverser dans des rivières, dans des lacs et dans des mers.

    30. Tandis que la qualité de l’eau disponible se détériore constamment, il y a une tendance croissante, à certains endroits, à privatiser cette ressource limitée, transformée en marchandise sujette aux lois du marché. En réalité, l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable. Cette dette se règle en partie par des apports économiques conséquents pour fournir l’eau potable et l’hygiène aux plus pauvres. Mais on observe le gaspillage d’eau, non seulement dans les pays développés, mais aussi dans les pays les moins développés qui possèdent de grandes réserves. Cela montre que le problème de l’eau est en partie une question éducative et culturelle, parce que la conscience de la gravité de ces conduites, dans un contexte de grande injustice, manque.

    31. Une grande pénurie d’eau provoquera l’augmentation du coût des aliments comme celle du coût de différents produits qui dépendent de son utilisation. Certaines études ont alerté sur la possibilité de souffrir d’une pénurie aiguë d’eau dans quelques décennies, si on n’agit pas en urgence. Les impacts sur l’environnement pourraient affecter des milliers de millions de personnes, et il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle.[23]

    III. LA PERTE DE BIODIVERSITÉ

    32. Les ressources de la terre sont aussi objet de déprédation à cause de la conception de l’économie ainsi que de l’activité commerciale et productive fondées sur l’immédiateté. La disparition de forêts et d’autres végétations implique en même temps la disparition d’espèces qui pourraient être à l’avenir des ressources extrêmement importantes, non seulement pour l’alimentation, mais aussi pour la guérison de maladies et pour de multiples services. Les diverses espèces contiennent des gènes qui peuvent être des ressources-clefs pour subvenir, à l’avenir, à certaines nécessités humaines ou pour réguler certains problèmes de l’environnement.

    33. Mais il ne suffit pas de penser aux différentes espèces seulement comme à d’éventuelles “ressources” exploitables, en oubliant qu’elles ont une valeur en elles-mêmes. Chaque année, disparaissent des milliers d’espèces végétales et animales que nous ne pourrons plus connaître, que nos enfants ne pourront pas voir, perdues pour toujours.

    L’immense majorité disparaît pour des raisons qui tiennent à une action humaine. À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit.

    34. Probablement, cela nous inquiète d’avoir connaissance de l’extinction d’un mammifère ou d’un oiseau, à cause de leur visibilité plus grande. Mais, pour le bon fonctionnement des écosystèmes, les champignons, les algues, les vers, les insectes, les reptiles et l’innombrable variété de micro-organismes sont aussi nécessaires. Certaines espèces peu nombreuses, qui sont d’habitude imperceptibles, jouent un rôle fondamental pour établir l’équilibre d’un lieu. Certes, l’être humain doit intervenir quand un géo-système entre dans un état critique ; mais aujourd’hui le niveau d’intervention humaine, dans une réalité si complexe comme la nature, est tel que les constants désastres provoqués par l’être humain appellent une nouvelle intervention de sa part, si bien que l’activité humaine devient omniprésente, avec tous les risques que cela implique. Il se crée en général un cercle vicieux où l’intervention de l’être humain pour résoudre une difficulté, bien des fois, aggrave encore plus la situation. Par exemple, beaucoup d’oiseaux et d’insectes qui disparaissent à cause des agro-toxiques créés par la technologie, sont utiles à cette même agriculture et leur disparition devra être substituée par une autre intervention technologique qui produira probablement d’autres effets nocifs. Les efforts des scientifiques et des techniciens, qui essaient d’apporter des solutions aux problèmes créés par l’être humain, sont louables et parfois admirables. Mais en regardant le monde, nous remarquons que ce niveau d’intervention humaine, fréquemment au service des finances et du consumérisme, fait que la terre où nous vivons devient en réalité moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise, tandis qu’en même temps le développement de la technologie et des offres de consommation continue de progresser sans limite. Il semble ainsi que nous prétendions substituer à une beauté, irremplaçable et irrécupérable, une autre créée par nous.

    35. Quand on analyse l’impact environnemental d’une entreprise, on en considère ordinairement les effets sur le sol, sur l’eau et sur l’air, mais on n’inclut pas toujours une étude soignée de son impact sur la biodiversité, comme si la disparition de certaines espèces ou de groupes d’animaux ou de végétaux était quelque chose de peu d’importance. Les routes, les nouvelles cultures, les grillages, les barrages et d’autres constructions prennent progressivement possession des habitats, et parfois les fragmentent de telle manière que les populations d’animaux ne peuvent plus migrer ni se déplacer librement, si bien que certaines espèces sont menacées d’extinction. Il existe des alternatives qui peuvent au moins atténuer l’impact de ces ouvrages, comme la création de corridors biologiques, mais on observe cette attention et cette prévention en peu de pays. Quand on exploite commercialement certaines espèces, on n’étudie pas toujours leur forme de croissance pour éviter leur diminution excessive, avec le déséquilibre de l’écosystème qui en résulterait.

    36. La sauvegarde des écosystèmes suppose un regard qui aille au-delà de l’immédiat, car lorsqu’on cherche seulement un rendement économique rapide et facile, leur préservation n’intéresse réellement personne. Mais le coût des dommages occasionnés par la négligence égoïste est beaucoup plus élevé que le bénéfice économique qui peut en être obtenu. Dans le cas de la disparition ou de graves dommages à certaines espèces, nous parlons de valeurs qui excèdent tout calcul. C’est pourquoi nous pouvons être des témoins muets de bien graves injustices, quand certains prétendent obtenir d’importants bénéfices en faisant payer au reste de l’humanité, présente et future, les coûts très élevés de la dégradation de l’environnement.

    37. Quelques pays ont progressé dans la préservation efficace de certains lieux et de certaines zones – sur terre et dans les océans – où l’on interdit toute intervention humaine qui pourrait en modifier la physionomie ou en altérer la constitution originelle. Dans la préservation de la biodiversité, les spécialistes insistent sur la nécessité d’accorder une attention spéciale aux zones les plus riches en variétés d’espèces, aux espèces endémiques rares ou ayant un faible degré de protection effective. Certains endroits requièrent une protection particulière à cause de leur énorme importance pour l’écosystème mondial, ou parce qu’ils constituent d’importantes réserves d’eau et assurent ainsi d’autres formes de vie.

    38. Mentionnons, par exemple, ces poumons de la planète pleins de biodiversité que sont l’Amazonie et le bassin du fleuve Congo, ou bien les grandes surfaces aquifères et les glaciers. On n’ignore pas l’importance de ces lieux pour toute la planète et pour l’avenir de l’humanité. Les écosystèmes des forêts tropicales ont une biodiversité d’une énorme complexité, presqu’impossible à répertorier intégralement, mais quand ces forêts sont brûlées ou rasées pour développer des cultures, d’innombrables espèces disparaissent en peu d’années, quand elles ne se transforment pas en déserts arides. Cependant, un équilibre délicat s’impose, quand on parle de ces endroits, parce qu’on ne peut pas non plus ignorer les énormes intérêts économiques internationaux qui, sous prétexte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainetés nationales. De fait, il existe « des propositions d’internationalisation de l’Amazonie, qui servent uniquement des intérêts économiques des corporations transnationales ».[24] Elle est louable la tâche des organismes internationaux et des organisations de la société civile qui sensibilisent les populations et coopèrent de façon critique, en utilisant aussi des mécanismes de pression légitimes, pour que chaque gouvernement accomplisse son propre et intransférable devoir de préserver l’environnement ainsi que les ressources naturelles de son pays, sans se vendre à des intérêts illégitimes locaux ou internationaux.

    39. Le remplacement de la flore sauvage par des aires reboisées, qui généralement sont des mono‑cultures, ne fait pas ordinairement l’objet d’une analyse adéquate. En effet, ce remplacement peut affecter gravement une biodiversité qui n’est pas hébergée par les nouvelles espèces qu’on implante. Les zones humides, qui sont transformées en terrain de culture, perdent aussi l’énorme biodiversité qu’elles accueillaient. Dans certaines zones côtières, la disparition des écosystèmes constitués par les mangroves est préoccupante.

    40. Les océans non seulement constituent la majeure partie de l’eau de la planète, mais aussi la majeure partie de la grande variété des êtres vivants, dont beaucoup nous sont encore inconnus et sont menacés par diverses causes. D’autre part, la vie dans les fleuves, les lacs, les mers et les océans, qui alimente une grande partie de la population mondiale, se voit affectée par l’extraction désordonnée des ressources de pêche, provoquant des diminutions drastiques de certaines espèces. Des formes sélectives de pêche, qui gaspillent une grande partie des espèces capturées, continuent encore de se développer. Les organismes marins que nous ne prenons pas en considération sont spécialement menacés, comme certaines formes de plancton qui constituent une composante très importante dans la chaîne alimentaire marine, et dont dépendent, en définitive, les espèces servant à notre subsistance.

    41. En pénétrant dans les mers tropicales et subtropicales, nous trouvons les barrières de corail, qui équivalent aux grandes forêts de la terre, parce qu’elles hébergent approximativement un million d’espèces, incluant des poissons, des crabes, des mollusques, des éponges, des algues, et autres. Déjà, beaucoup de barrières de corail dans le monde sont aujourd’hui stériles ou déclinent continuellement : « Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs ? ».[25] Ce phénomène est dû en grande partie à la pollution qui atteint la mer, résultat de la déforestation, des monocultures agricoles, des déchets industriels et des méthodes destructives de pêche, spécialement celles qui utilisent le cyanure et la dynamite. Il s’aggrave à cause de l’élévation de la température des océans. Tout cela nous aide à réaliser comment n’importe quelle action sur la nature peut avoir des conséquences que nous ne soupçonnons pas à première vue, et que certaines formes d’exploitation de ressources se font au prix d’une dégradation qui finalement atteint même le fond des océans.

    42. Il est nécessaire d’investir beaucoup plus dans la recherche pour mieux comprendre le comportement des écosystèmes et analyser adéquatement les divers paramètres de l’impact de toute modification importante de l’environnement. En effet, toutes les créatures sont liées, chacune doit être valorisée avec affection et admiration, et tous en tant qu’êtres, nous avons besoin les uns des autres. Chaque territoire a une responsabilité dans la sauvegarde de cette famille et devrait donc faire un inventaire détaillé des espèces qu’il héberge, afin de développer des programmes et des stratégies de protection, en préservant avec un soin particulier les espèces en voie d’extinction.

    IV. DÉTÉRIORATION DE LA QUALITÉ
    DE LA VIE HUMAINE ET DÉGRADATION SOCIALE

    43. Si nous tenons compte du fait que l’être humain est aussi une créature de ce monde, qui a le droit de vivre et d’être heureux, et qui de plus a une dignité éminente, nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération les effets de la dégradation de l’environnement, du modèle actuel de développement et de la culture du déchet, sur la vie des personnes.

    44. Aujourd’hui nous observons, par exemple, la croissance démesurée et désordonnée de beaucoup de villes qui sont devenues insalubres pour y vivre, non seulement du fait de la pollution causée par les émissions toxiques, mais aussi à cause du chaos urbain, des problèmes de transport, et de la pollution visuelle ainsi que sonore. Beaucoup de villes sont de grandes structures inefficaces qui consomment énergie et eau en excès. Certains quartiers, bien que récemment construits, sont congestionnés et désordonnés, sans espaces verts suffisants. Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature.

    45. À certains endroits, en campagne comme en ville, la privatisation des espaces a rendu difficile l’accès des citoyens à des zones particulièrement belles. À d’autres endroits, on crée des urbanisations “ écologiques ” seulement au service de quelques-uns, en évitant que les autres entrent pour perturber une tranquillité artificielle. Une ville belle et pleine d’espaces verts bien protégés se trouve ordinairement dans certaines zones “ sûres ”, mais beaucoup moins dans des zones peu visibles, où vivent les marginalisés de la société.

    46. Parmi les composantes sociales du changement global figurent les effets de certaines innovations technologiques sur le travail, l’exclusion sociale, l’inégalité dans la disponibilité et la consommation d’énergie et d’autres services, la fragmentation sociale, l’augmentation de la violence et l’émergence de nouvelles formes d’agressivité sociale, le narcotrafic et la consommation croissante de drogues chez les plus jeunes, la perte d’identité. Ce sont des signes, parmi d’autres, qui montrent que la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie. Certains de ces signes sont en même temps des symptômes d’une vraie dégradation sociale, d’une rupture silencieuse des liens d’intégration et de communion sociale.

    47. À cela s’ajoutent les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d’une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d’aimer avec générosité. Les grands sages du passé, dans ce contexte, auraient couru le risque de voir s’éteindre leur sagesse au milieu du bruit de l’information qui devient divertissement. Cela exige de nous un effort pour que ces moyens de communication se traduisent par un nouveau développement culturel de l’humanité, et non par une détérioration de sa richesse la plus profonde. La vraie sagesse, fruit de la réflexion, du dialogue et de la rencontre généreuse entre les personnes, ne s’obtient pas par une pure accumulation de données qui finissent par saturer et obnubiler, comme une espèce de pollution mentale. En même temps, les relations réelles avec les autres tendent à être substituées, avec tous les défis que cela implique, par un type de communication transitant par Internet. Cela permet de sélectionner ou d’éliminer les relations selon notre libre arbitre, et il naît ainsi un nouveau type d’émotions artificielles, qui ont plus à voir avec des dispositifs et des écrans qu’avec les personnes et la nature. Les moyens actuels nous permettent de communiquer et de partager des connaissances et des sentiments. Cependant, ils nous empêchent aussi parfois d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre et avec la complexité de son expérience personnelle. C’est pourquoi nous ne devrions pas nous étonner qu’avec l’offre écrasante de ces produits se développe une profonde et mélancolique insatisfaction dans les relations interpersonnelles, ou un isolement dommageable.

    V. INÉGALITÉ PLANÉTAIRE

    48. L’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble, et nous ne pourrons pas affronter adéquatement la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale. De fait, la détérioration de l’environnement et celle de la société affectent d’une manière spéciale les plus faibles de la planète : « Tant l’expérience commune de la vie ordinaire que l’investigation scientifique démontrent que ce sont les pauvres qui souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales ».[26] Par exemple, l’épuisement des réserves de poissons nuit spécialement à ceux qui vivent de la pêche artisanale et n’ont pas les moyens de la remplacer ; la pollution de l’eau touche particulièrement les plus pauvres qui n’ont pas la possibilité d’acheter de l’eau en bouteille, et l’élévation du niveau de la mer affecte principalement les populations côtières appauvries qui n’ont pas où se déplacer. L’impact des dérèglements actuels se manifeste aussi à travers la mort prématurée de beaucoup de pauvres, dans les conflits générés par manque de ressources et à travers beaucoup d’autres problèmes qui n’ont pas assez d’espace dans les agendas du monde.[27]

    49. Je voudrais faire remarquer que souvent on n’a pas une conscience claire des problèmes qui affectent particulièrement les exclus. Ils sont la majeure partie de la planète, des milliers de millions de personnes. Aujourd’hui, ils sont présents dans les débats politiques et économiques internationaux, mais il semble souvent que leurs problèmes se posent comme un appendice, comme une question qui s’ajoute presque par obligation ou de manière marginale, quand on ne les considère pas comme un pur dommage collatéral. De fait, au moment de l’action concrète, ils sont relégués fréquemment à la dernière place. Cela est dû en partie au fait que beaucoup de professionnels, de leaders d’opinion, de moyens de communication et de centres de pouvoir sont situés loin d’eux, dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus. Ceux-là vivent et réfléchissent à partir de la commodité d’un niveau de développement et à partir d’une qualité de vie qui ne sont pas à la portée de la majorité de la population mondiale. Ce manque de contact physique et de rencontre, parfois favorisé par la désintégration de nos villes, aide à tranquilliser la conscience et à occulter une partie de la réalité par des analyses biaisées. Ceci cohabite parfois avec un discours “ vert ”. Mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu’une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres.

    50. Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “ santé reproductive ”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ».[28] Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. En outre, nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre ».[29] De toute façon, il est certain qu’il faut prêter attention au déséquilibre de la distribution de la population sur le territoire, tant au niveau national qu’au niveau global, parce que l’augmentation de la consommation conduirait à des situations régionales complexes, à cause des combinaisons de problèmes liés à la pollution environnementale, au transport, au traitement des déchets, à la perte de ressources et à la qualité de vie, entre autres.

    51. L’inégalité n’affecte pas seulement les individus, mais aussi des pays entiers, et oblige à penser à une éthique des relations internationales. Il y a, en effet, une vraie “ dette écologique ”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l’utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays. Les exportations de diverses matières premières pour satisfaire les marchés du Nord industrialisé ont causé des dommages locaux, comme la pollution par le mercure dans l’exploitation de l’or ou par le dioxyde de souffre dans l’exploitation du cuivre. Il faut spécialement tenir compte de l’utilisation de l’espace environnemental de toute la planète, quand il s’agit de stocker les déchets gazeux qui se sont accumulés durant deux siècles et ont généré une situation qui affecte actuellement tous les pays du monde. Le réchauffement causé par l’énorme consommation de certains pays riches a des répercussions sur les régions les plus pauvres de la terre, spécialement en Afrique, où l’augmentation de la température jointe à la sécheresse fait des ravages au détriment du rendement des cultures. À cela, s’ajoutent les dégâts causés par l’exportation vers les pays en développement des déchets solides ainsi que de liquides toxiques, et par l’activité polluante d’entreprises qui s’autorisent dans les pays moins développés ce qu’elles ne peuvent dans les pays qui leur apportent le capital : « Nous constatons que souvent les entreprises qui agissent ainsi sont des multinationales, qui font ici ce qu’on ne leur permet pas dans des pays développés ou du dénommé premier monde. Généralement, en cessant leurs activités et en se retirant, elles laissent de grands passifs humains et environnementaux tels que le chômage, des populations sans vie, l’épuisement de certaines réserves naturelles, la déforestation, l’appauvrissement de l’agriculture et de l’élevage local, des cratères, des coteaux triturés, des fleuves contaminés et quelques œuvres sociales qu’on ne peut plus maintenir ».[30]

    52. La dette extérieure des pays pauvres s’est transformée en un instrument de contrôle, mais il n’en est pas de même avec la dette écologique. De diverses manières, les peuples en développement, où se trouvent les plus importantes réserves de la biosphère, continuent d’alimenter le développement des pays les plus riches au prix de leur présent et de leur avenir. La terre des pauvres du Sud est riche et peu polluée, mais l’accès à la propriété des biens et aux ressources pour satisfaire les besoins vitaux leur est interdit par un système de relations commerciales et de propriété structurellement pervers. Il faut que les pays développés contribuent à solder cette dette, en limitant de manière significative la consommation de l’énergie non renouvelable et en apportant des ressources aux pays qui ont le plus de besoins, pour soutenir des politiques et des programmes de développement durable. Les régions et les pays les plus pauvres ont moins de possibilités pour adopter de nouveaux modèles en vue de réduire l’impact des activités de l’homme sur l’environnement, parce qu’ils n’ont pas la formation pour développer les processus nécessaires, et ils ne peuvent pas en assumer les coûts. C’est pourquoi il faut maintenir claire la conscience que, dans le changement climatique, il y a des responsabilités diversifiées et, comme l’ont exprimé les Évêques des États-Unis, on doit se concentrer « spécialement sur les besoins des pauvres, des faibles et des vulnérables, dans un débat souvent dominé par les intérêts les plus puissants ».[31] Nous avons besoin de renforcer la conscience que nous sommes une seule famille humaine. Il n’y a pas de frontières ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler, et pour cela même il n’y a pas non plus de place pour la globalisation de l’indifférence.

    VI. LA FAIBLESSE DES RÉACTIONS

    53. Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre, qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant de nous une autre direction. Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles. Mais nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude. Le problème est que nous n’avons pas encore la culture nécessaire pour faire face à cette crise ; et il faut construire des leaderships qui tracent des chemins, en cherchant à répondre aux besoins des générations actuelles comme en incluant tout le monde, sans nuire aux générations futures. Il devient indispensable de créer un système normatif qui implique des limites infranchissables et assure la protection des écosystèmes, avant que les nouvelles formes de pouvoir dérivées du paradigme techno-économique ne finissent par raser non seulement la politique mais aussi la liberté et la justice.

    54. La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante. La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. Il y a trop d’intérêts particuliers, et très facilement l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets. En ce sens, leDocument d’Aparecida réclame que « dans les interventions sur les ressources naturelles ne prédominent pas les intérêts des groupes économiques qui ravagent déraisonnablement les sources de la vie ».[32] L’alliance entre l’économie et la technologie finit par laisser de côté ce qui ne fait pas partie de leurs intérêts immédiats. Ainsi, on peut seulement s’attendre à quelques déclarations superficielles, quelques actions philanthropiques isolées, voire des efforts pour montrer une sensibilité envers l’environnement, quand, en réalité, toute tentative des organisations sociales pour modifier les choses sera vue comme une gêne provoquée par des utopistes romantiques ou comme un obstacle à contourner.

    55. Peu à peu certains pays peuvent enregistrer des progrès importants, le développement de contrôles plus efficaces et une lutte plus sincère contre la corruption. Il y a plus de sensibilité écologique de la part des populations, bien que cela ne suffise pas pour modifier les habitudes nuisibles de consommation, qui ne semblent pas céder mais s’amplifient et se développent. C’est ce qui arrive, pour donner seulement un exemple simple, avec l’augmentation croissante de l’utilisation et de l’intensité des climatiseurs. Les marchés, en cherchant un gain immédiat, stimulent encore plus la demande. Si quelqu’un observait de l’extérieur la société planétaire, il s’étonnerait face à un tel comportement qui semble parfois suicidaire.

    56. Pendant ce temps, les pouvoirs économiques continuent de justifier le système mondial actuel, où priment une spéculation et une recherche du revenu financier qui tendent à ignorer tout contexte, de même que les effets sur la dignité humaine et sur l’environnement. Ainsi, il devient manifeste que la dégradation de l’environnement comme la dégradation humaine et éthique sont intimement liées. Beaucoup diront qu’ils n’ont pas conscience de réaliser des actions immorales, parce que la distraction constante nous ôte le courage de nous rendre compte de la réalité d’un monde limité et fini. Voilà pourquoi aujourd’hui « tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue ».[33]

    57. Il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles. La guerre produit toujours de graves dommages à l’environnement comme à la richesse culturelle des populations, et les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires ainsi qu’aux armes biologiques. En effet, « malgré l’interdiction par des accords internationaux de la guerre chimique, bactériologique et biologique, en réalité la recherche continue dans les laboratoires pour développer de nouvelles armes offensives capables d’altérer les équilibres naturels ».[34] Une plus grande attention est requise de la part de la politique pour prévenir et pour s’attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais c’est le pouvoir lié aux secteurs financiers qui résiste le plus à cet effort, et les projets politiques n’ont pas habituellement de largeur de vue. Pourquoi veut-on préserver aujourd’hui un pouvoir qui laissera dans l’histoire le souvenir de son incapacité à intervenir quand il était urgent et nécessaire de le faire ?

    58. Dans certains pays, il y a des exemples positifs de réussites dans les améliorations de l’environnement tels que l’assainissement de certaines rivières polluées durant de nombreuses décennies, ou la récupération de forêts autochtones, ou l’embellissement de paysages grâce à des œuvres d’assainissement environnemental, ou des projets de construction de bâtiments de grande valeur esthétique, ou encore, par exemple, grâce à des progrès dans la production d’énergie non polluante, dans les améliorations du transport public. Ces actions ne résolvent pas les problèmes globaux, mais elles confirment que l’être humain est encore capable d’intervenir positivement. Comme il a été créé pour aimer, du milieu de ses limites, jaillissent inévitablement des gestes de générosité, de solidarité et d’attention.

    59. En même temps, une écologie superficielle ou apparente se développe, qui consolide un certain assoupissement et une joyeuse irresponsabilité. Comme cela arrive ordinairement aux époques de crises profondes, qui requièrent des décisions courageuses, nous sommes tentés de penser que ce qui est en train de se passer n’est pas certain. Si nous regardons les choses en surface, au-delà de quelques signes visibles de pollution et de dégradation, il semble qu’elles ne soient pas si graves et que la planète pourrait subsister longtemps dans les conditions actuelles. Ce comportement évasif nous permet de continuer à maintenir nos styles de vie, de production et de consommation. C’est la manière dont l’être humain s’arrange pour alimenter tous les vices autodestructifs : en essayant de ne pas les voir, en luttant pour ne pas les reconnaître, en retardant les décisions importantes, en agissant comme si de rien n’était.

    VII. DIVERSITÉ D’OPINIONS

    60. Finalement, reconnaissons que diverses visions et lignes de pensée se sont développées à propos de la situation et des solutions possibles. À l’extrême, d’un côté, certains soutiennent à tout prix le mythe du progrès et affirment que les problèmes écologiques seront résolus simplement grâce à de nouvelles applications techniques, sans considérations éthiques ni changements de fond. De l’autre côté, d’autres pensent que, à travers n’importe laquelle de ses interventions, l’être humain ne peut être qu’une menace et nuire à l’écosystème mondial, raison pour laquelle il conviendrait de réduire sa présence sur la planète et d’empêcher toute espèce d’intervention de sa part. Entre ces deux extrêmes, la réflexion devrait identifier de possibles scénarios futurs, parce qu’il n’y a pas une seule issue. Cela donnerait lieu à divers apports qui pourraient entrer dans un dialogue en vue de réponses intégrales.

    61. Sur beaucoup de questions concrètes, en principe, l’Église n’a pas de raison de proposer une parole définitive et elle comprend qu’elle doit écouter puis promouvoir le débat honnête entre scientifiques, en respectant la diversité d’opinions. Mais il suffit de regarder la réalité avec sincérité pour constater qu’il y a une grande détérioration de notre maison commune. L’espérance nous invite à reconnaître qu’il y a toujours une voie de sortie, que nous pouvons toujours repréciser le cap, que nous pouvons toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes. Cependant, des symptômes d’un point de rupture semblent s’observer, à cause de la rapidité des changements et de la dégradation, qui se manifestent tant dans des catastrophes naturelles régionales que dans des crises sociales ou même financières, étant donné que les problèmes du monde ne peuvent pas être analysés ni s’expliquer de façon isolée. Certaines régions sont déjà particulièrement en danger et, indépendamment de toute prévision catastrophiste, il est certain que l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue, parce que nous avons cessé de penser aux fins de l’action humaine : « Si le regard parcourt les régions de notre planète, il s’aperçoit immédiatement que l’humanité a déçu l’attente divine ».[35]

    DEUXIEME CHAPITRE

    L’EVANGILE DE LA CREATION

    62. Pourquoi inclure dans ce texte, adressé à toutes les personnes de bonne volonté, un chapitre qui fait référence à des convictions de foi ? Je n’ignore pas que, dans les domaines de la politique et de la pensée, certains rejettent avec force l’idée d’un Créateur, ou bien la considèrent comme sans importance au point de reléguer dans le domaine de l’irrationnel la richesse que les religions peuvent offrir pour une écologie intégrale et pour un développement plénier de l’humanité. D’autres fois on considère qu’elles sont une sous-culture qui doit seulement être tolérée. Cependant, la science et la religion, qui proposent des approches différentes de la réalité, peuvent entrer dans un dialogue intense et fécond pour toutes deux.

    I. LA LUMIÈRE QU’OFFRE LA FOI

    63. Si nous prenons en compte la complexité de la crise écologique et ses multiples causes, nous devrons reconnaître que les solutions ne peuvent pas venir d’une manière unique d’interpréter et de transformer la réalité. Il est nécessaire d’avoir aussi recours aux diverses richesses culturelles des peuples, à l’art et à la poésie, à la vie intérieure et à la spiritualité. Si nous cherchons vraiment à construire une écologie qui nous permette de restaurer tout ce que nous avons détruit, alors aucune branche des sciences et aucune forme de sagesse ne peut être laissée de côté, la sagesse religieuse non plus, avec son langage propre. De plus, l’Église catholique est ouverte au dialogue avec la pensée philosophique, et cela lui permet de produire diverses synthèses entre foi et raison. En ce qui concerne les questions sociales, cela peut se constater dans le développement de la doctrine sociale de l’Église, qui est appelée à s’enrichir toujours davantage à partir des nouveaux défis.

    64. Par ailleurs, même si cette Encyclique s’ouvre au dialogue avec tous pour chercher ensemble des chemins de libération, je veux montrer dès le départ comment les convictions de la foi offrent aux chrétiens, et aussi à d’autres croyants, de grandes motivations pour la protection de la nature et des frères et sœurs les plus fragiles. Si le seul fait d’être humain pousse les personnes à prendre soin de l’environnement dont elles font partie, « les chrétiens, notamment, savent que leurs devoirs à l’intérieur de la création et leurs devoirs à l’égard de la nature et du Créateur font partie intégrante de leur foi ».[36] Donc, c’est un bien pour l’humanité et pour le monde que nous, les croyants, nous reconnaissions mieux les engagements écologiques qui jaillissent de nos convictions.

    II. LA SAGESSE DES RÉCITS BIBLIQUES

    65. Sans répéter ici l’entière théologie de la création, nous nous demandons ce que disent les grands récits bibliques sur la création et sur la relation entre l’être humain et le monde. Dans le premier récit de l’œuvre de la création, dans le livre de la Genèse, le plan de Dieu inclut la création de l’humanité. Après la création de l’être humain, il est dit que « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon » (Gn 1, 31). La Bible enseigne que chaque être humain est créé par amour, à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf.Gn 1, 26). Cette affirmation nous montre la très grande dignité de toute personne humaine, qui « n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Elle est capable de se connaître, de se posséder, et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes ».[37] Saint Jean-Paul II a rappelé que l’amour très particulier que le Créateur a pour chaque être humain lui confère une dignité infinie.[38] Ceux qui s’engagent dans la défense de la dignité des personnes peuvent trouver dans la foi chrétienne les arguments les plus profonds pour cet engagement. Quelle merveilleuse certitude de savoir que la vie de toute personne ne se perd pas dans un chaos désespérant, dans un monde gouverné par le pur hasard ou par des cycles qui se répètent de manière absurde ! Le Créateur peut dire à chacun de nous : « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu » (Jr 1, 5). Nous avons été conçus dans le cœur de Dieu, et donc, « chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire ».[39]

    66. Les récits de la création dans le livre de la Genèse contiennent, dans leur langage symbolique et narratif, de profonds enseignements sur l’existence humaine et sur sa réalité historique. Ces récits suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. Selon la Bible, les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créateur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en refusant de nous reconnaître comme des créatures limitées. Ce fait a dénaturé aussi la mission de « soumettre » la terre (cf. Gn 1, 28), de « la cultiver et la garder» (Gn 2, 15). Comme résultat, la relation, harmonieuse à l’origine entre l’être humain et la nature, est devenue conflictuelle (cf. Gn 3, 17-19). Pour cette raison, il est significatif que l’harmonie que vivait saint François d’Assise avec toutes les créatures ait été interprétée comme une guérison de cette rupture. Saint Bonaventure disait que par la réconciliation universelle avec toutes les créatures, d’une certaine manière, François retournait à l’état d’innocence.[40] Loin de ce modèle, le péché aujourd’hui se manifeste, avec toute sa force de destruction, dans les guerres, sous diverses formes de violence et de maltraitance, dans l’abandon des plus fragiles, dans les agressions contre la nature.

    67. Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. Cela permet de répondre à une accusation lancée contre la pensée judéo-chrétienne : il a été dit que, à partir du récit de la Genèse qui invite à “dominer” la terre (cf. Gn 1, 28), on favoriserait l’exploitation sauvage de la nature en présentant une image de l’être humain comme dominateur et destructeur. Ce n’est pas une interprétation correcte de la Bible, comme la comprend l’Église. S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Écritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à “cultiver et garder” le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). Alors que “cultiver” signifie labourer, défricher ou travailler, “garder” signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature. Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures ; car, en définitive, « au Seigneur la terre » (Ps24, 1), à lui appartiennent « la terre et tout ce qui s’y trouve » (Dt 10, 14). Pour cette raison, Dieu dénie toute prétention de propriété absolue : « La terre ne sera pas vendue avec perte de tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes » (Lv 25, 23).

    68. Cette responsabilité vis-à-vis d’une terre qui est à Dieu implique que l’être humain, doué d’intelligence, respecte les lois de la nature et les délicats équilibres entre les êtres de ce monde, parce que « lui commanda, eux furent créés, il les posa pour toujours et à jamais sous une loi qui jamais ne passera » (Ps 148, 5b-6). C’est pourquoi la législation biblique s’attarde à proposer à l’être humain diverses normes, non seulement en relation avec ses semblables, mais aussi en relation avec les autres êtres vivants : « Si tu vois tomber en chemin l’âne ou le bœuf de ton frère, tu ne te déroberas pas […] Si tu rencontres en chemin un nid avec des oisillons ou des œufs, sur un arbre ou par terre, et que la mère soit posée sur les oisillons ou les œufs, tu ne prendras pas la mère sur les petits » (Dt 22, 4.6). Dans cette perspective, le repos du septième jour n’est pas proposé seulement à l’être humain, mais aussi « afin que se reposent ton âne et ton bœuf » (Ex 23, 12). Nous nous apercevons ainsi que la Bible ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures.

    69. En même temps que nous pouvons faire un usage responsable des choses, nous sommes appelés à reconnaître que les autres êtres vivants ont une valeur propre devant Dieu et, « par leur simple existence ils le bénissent et lui rendent gloire »[41], puisque « le Seigneur se réjouit en ses œuvres » (Ps 104, 31). Précisément en raison de sa dignité unique et par le fait d’être doué d’intelligence, l’être humain est appelé à respecter la création avec ses lois internes, car « le Seigneur, par la sagesse, a fondé la terre » (Pr 3, 19). Aujourd’hui l’Église ne dit pas seulement que les autres créatures sont complètement subordonnées au bien de l’homme, comme si elles n’avaient aucune valeur en elles-mêmes et que nous pouvions en disposer à volonté. Pour cette raison, les Évêques d’Allemagne ont enseigné au sujet des autres créatures qu’« on pourrait parler de la priorité de l’être sur le fait d’être utile »[42]. Le Catéchisme remet en cause, de manière très directe et insistante, ce qui serait un anthropocentrisme déviant : « Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres […] Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses ».[43]

    70. Dans le récit concernant Caïn et Abel, nous voyons que la jalousie a conduit Caïn à commettre l’injustice extrême contre son frère. Ce qui a provoqué à son tour une rupture de la relation entre Caïn et Dieu, et entre Caïn et la terre dont il a été exilé. Ce passage est résumé dans la conversation dramatique entre Dieu et Caïn. Dieu demande : « Où est ton frère Abel ? ». Caïn répond qu’il ne sait pas et Dieu insiste : « Qu’as-tu fait ? Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol ! Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile » (Gn 4, 9-11). La négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de protection, détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre. Quand toutes ces relations sont négligées, quand la justice n’habite plus la terre, la Bible nous dit que toute la vie est en danger. C’est ce que nous enseigne le récit sur Noé, quand Dieu menace d’exterminer l’humanité en raison de son incapacité constante à vivre à la hauteur des exigences de justice et de paix : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé, car la terre est pleine de violence à cause des hommes » (Gn 6, 13). Dans ces récits si anciens, emprunts de profond symbolisme, une conviction actuelle était déjà présente : tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres.

    71. Même si « la méchanceté de l’homme était grande sur la terre » (Gn 6, 5) et que Dieu « se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre » (Gn 6, 6), il a cependant décidé d’ouvrir un chemin de salut à travers Noé qui était resté intègre et juste. Ainsi, il a donné à l’humanité la possibilité d’un nouveau commencement. Il suffit d’un être humain bon pour qu’il y ait de l’espérance ! La tradition biblique établit clairement que cette réhabilitation implique la redécouverte et le respect des rythmes inscrits dans la nature par la main du Créateur. Cela se voit, par exemple, dans la loi sur le Sabbat. Le septième jour, Dieu se reposa de toutes ses œuvres. Il ordonna à Israël que chaque septième jour soit un jour de repos, un Sabbat (cf. Gn 2, 2-3 ; Ex 16, 23 ; 20, 10). Par ailleurs, une année sabbatique fut également instituée pour Israël et sa terre, tous les sept ans (cf. Lv 25, 1-4), pendant laquelle un repos complet était accordé à la terre ; on ne semait pas, on moissonnait seulement ce qui était indispensable pour subsister et offrir l’hospitalité (cf. Lv 25, 4-6). Enfin, passées sept semaines d’années, c’est-à-dire quarante-neuf ans, le Jubilé était célébré, année de pardon universel et d’« affranchissement de tous les habitants » (Lv 25, 10). Le développement de cette législation a cherché à assurer l’équilibre et l’équité dans les relations de l’être humain avec ses semblables et avec la terre où il vivait et travaillait. Mais en même temps c’était une reconnaissance que le don de la terre, avec ses fruits, appartient à tout le peuple. Ceux qui cultivaient et gardaient le territoire devaient en partager les fruits, spécialement avec les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers : « Lorsque vous récolterez la moisson de votre pays, vous ne moissonnerez pas jusqu’à l’extrême bout du champ. Tu ne glaneras pas ta moisson, tu ne grappilleras pas ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ton verger. Tu les abandonneras au pauvre et à l’étranger » (Lv 19, 9-10).

    72. Les Psaumes invitent souvent l’être humain à louer le Dieu créateur : « qui affermit la terre sur les eaux, car éternel est son amour ! » (Ps 136, 6). Mais ils invitent aussi les autres créatures à le louer : « Louez-le Soleil et Lune, louez-le, tous les astres de lumière ; louez-le, cieux des cieux, et les eaux par-dessus les cieux ! Qu’ils louent le nom du Seigneur : lui commanda et ils furent créés » (Ps 148, 3-5). Nous existons non seulement par le pouvoir de Dieu, mais aussi face à lui et près de lui. C’est pourquoi nous l’adorons.

    73. Les écrits des prophètes invitent à retrouver la force dans les moments difficiles en contemplant le Dieu tout-puissant qui a créé l’univers. Le pouvoir infini de Dieu ne nous porte pas à fuir sa tendresse paternelle, parce qu’en lui affection et vigueur se conjuguent. De fait, toute saine spiritualité implique en même temps d’accueillir l’amour de Dieu, et d’adorer avec confiance le Seigneur pour sa puissance infinie. Dans la Bible, le Dieu qui libère et sauve est le même qui a créé l’univers, et ces deux modes divins d’agir sont intimement et inséparablement liés : « Ah Seigneur, voici que tu as fait le ciel et la terre par ta grande puissance et ton bras étendu. À toi, rien n’est impossible ! […] Tu fis sortir ton peuple Israël du pays d’Égypte par signes et prodiges » (Jr 32, 17.21). « Le Seigneur est un Dieu éternel, créateur des extrémités de la terre. Il ne se fatigue ni ne se lasse, insondable est son intelligence. Il donne la force à celui qui est fatigué, à celui qui est sans vigueur il prodigue le réconfort » (Is 40, 28b-29).

    74. L’expérience de la captivité à Babylone a engendré une crise spirituelle qui a favorisé un approfondissement de la foi en Dieu, explicitant sa toute-puissance créatrice, pour exhorter le peuple à retrouver l’espérance dans sa situation malheureuse. Des siècles plus tard, en un autre moment d’épreuves et de persécution, quand l’Empire romain cherchait à imposer une domination absolue, les fidèles retrouvaient consolation et espérance en grandissant dans la confiance au Dieu tout-puissant, et ils chantaient : « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations » (Ap15, 3). S’il a pu créer l’univers à partir de rien, il peut aussi intervenir dans ce monde et vaincre toute forme de mal. Par conséquent l’injustice n’est pas invincible.

    75. Nous ne pouvons pas avoir une spiritualité qui oublie le Dieu tout-puissant et créateur. Autrement, nous finirions par adorer d’autres pouvoirs du monde, ou bien nous nous prendrions la place du Seigneur au point de prétendre piétiner la réalité créée par lui, sans connaître de limite. La meilleure manière de mettre l’être humain à sa place, et de mettre fin à ses prétentions d’être un dominateur absolu de la terre, c’est de proposer la figure d’un Père créateur et unique maître du monde, parce qu’autrement l’être humain aura toujours tendance à vouloir imposer à la réalité ses propres lois et intérêts.

    III. LE MYSTÈRE DE L’UNIVERS

    76. Pour la tradition judéo-chrétienne, dire “création”, c’est signifier plus que “nature”, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle.

    77. « Par la parole du Seigneur les cieux ont été faits » (Ps 33, 6). Il nous est ainsi indiqué que le monde est issu d’une décision, non du chaos ou du hasard, ce qui le rehausse encore plus. Dans la parole créatrice il y a un choix libre exprimé. L’univers n’a pas surgi comme le résultat d’une toute puissance arbitraire, d’une démonstration de force ni d’un désir d’auto-affirmation. La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création : « Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de dégout pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé » (Sg 11, 24). Par conséquent, chaque créature est l’objet de la tendresse du Père, qui lui donne une place dans le monde. Même la vie éphémère de l’être le plus insignifiant est l’objet de son amour, et, en ces peu de secondes de son existence, il l’entoure de son affection. Saint Basile le Grand disait que le Créateur est aussi « la bonté sans mesure »,[44] et Dante Alighieri parlait de l’« amour qui meut le soleil et les étoiles ».[45] Voilà pourquoi à partir des œuvres créées, on s’élève « vers sa miséricorde pleine d’amour ».[46]

    78. En même temps, la pensée judéo-chrétienne a démystifié la nature. Sans cesser de l’admirer pour sa splendeur et son immensité, elle ne lui a plus attribué de caractère divin. De cette manière, notre engagement envers elle est davantage mis en exergue. Un retour à la nature ne peut se faire au prix de la liberté et de la responsabilité de l’être humain, qui fait partie du monde avec le devoir de cultiver ses propres capacités pour le protéger et en développer les potentialités. Si nous reconnaissons la valeur et la fragilité de la nature, et en même temps les capacités que le Créateur nous a octroyées, cela nous permet d’en finir aujourd’hui avec le mythe moderne du progrès matériel sans limite. Un monde fragile, avec un être humain à qui Dieu en confie le soin, interpelle notre intelligence pour reconnaître comment nous devrions orienter, cultiver et limiter notre pouvoir.

    79. Dans cet univers, constitué de systèmes ouverts qui entrent en communication les uns avec les autres, nous pouvons découvrir d’innombrables formes de relations et de participations. Cela conduit à penser également à l’ensemble comme étant ouvert à la transcendance de Dieu, dans laquelle il se développe. La foi nous permet d’interpréter le sens et la beauté mystérieuse de ce qui arrive. La liberté humaine peut offrir son apport intelligent à une évolution positive, mais elle peut aussi être à l’origine de nouveaux maux, de nouvelles causes de souffrance et de vrais reculs. Cela donne lieu à la passionnante et dramatique histoire humaine, capable de se convertir en un déploiement de libération, de croissance, de salut et d’amour, ou en un chemin de décadence et de destruction mutuelle. Voilà pourquoi l’action de l’Église ne tente pas seulement de rappeler le devoir de prendre soin de la nature, mais en même temps « elle doit aussi surtout protéger l’homme de sa propre destruction ».[47]

    80. Cependant Dieu, qui veut agir avec nous et compte sur notre coopération, est aussi capable de tirer quelque chose de bon du mal que nous commettons, parce que « l’Esprit Saint possède une imagination infinie, propre à l’Esprit divin, qui sait prévoir et résoudre les problèmes des affaires humaines, même les plus complexes et les plus impénétrables ».[48] Il a voulu se limiter lui-même de quelque manière, en créant un monde qui a besoin de développement, où beaucoup de choses que nous considérons mauvaises, dangereuses ou sources de souffrances, font en réalité partie des douleurs de l’enfantement qui nous stimulent à collaborer avec le Créateur.[49] Il est présent au plus intime de toute chose, sans conditionner l’autonomie de sa créature, et cela aussi donne lieu à l’autonomie légitime des réalités terrestres.[50] Cette présence divine, qui assure la permanence et le développement de tout être, « est la continuation de l’action créatrice ».[51] L’Esprit de Dieu a rempli l’univers de potentialités qui permettent que, du sein même des choses, quelque chose de nouveau peut surgir : « La nature n’est rien d’autre que la connaissance d’un certain art, concrètement l’art divin inscrit dans les choses, et par lequel les choses elles-mêmes se meuvent vers une fin déterminée. Comme si l’artisan constructeur de navires pouvait accorder au bois de pouvoir se modifier de lui-même pour prendre la forme de navire ».[52]

    81. Bien que l’être humain suppose aussi des processus évolutifs, il implique une nouveauté qui n’est pas complètement explicable par l’évolution d’autres systèmes ouverts. Chacun de nous a, en soi, une identité personnelle, capable d’entrer en dialogue avec les autres et avec Dieu lui-même. La capacité de réflexion, l’argumentation, la créativité, l’interprétation, l’élaboration artistique, et d’autres capacités inédites, montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique. La nouveauté qualitative qui implique le surgissement d’un être personnel dans l’univers matériel suppose une action directe de Dieu, un appel particulier à la vie et à la relation d’un Tu avec un autre tu. À partir des récits bibliques, nous considérons l’être humain comme un sujet, qui ne peut jamais être réduit à la catégorie d’objet.

    82. Mais il serait aussi erroné de penser que les autres êtres vivants doivent être considérés comme de purs objets, soumis à la domination humaine arbitraire. Quand on propose une vision de la nature uniquement comme objet de profit et d’intérêt, cela a aussi de sérieuses conséquences sur la société. La vision qui consolide l’arbitraire du plus fort a favorisé d’immenses inégalités, injustices et violences pour la plus grande partie de l’humanité, parce que les ressources finissent par appartenir au premier qui arrive ou qui a plus de pouvoir : le gagnant emporte tout. L’idéal d’harmonie, de justice, de fraternité et de paix que propose Jésus est aux antipodes d’un pareil modèle, et il l’exprimait ainsi avec respect aux pouvoirs de son époque : « Les chefs des nations dominent sur elles en maîtres, et les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur» (Mt 20, 25-26).

    83. L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle.[53] Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur.

    IV. LE MESSAGE DE CHAQUE CRÉATURE
    DANS L’HARMONIE DE TOUTE LA CRÉATION

    84. Quand nous insistons pour dire que l’être humain est image de Dieu, cela ne doit pas nous porter à oublier que chaque créature a une fonction et qu’aucune n’est superflue. Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu. L’histoire de l’amitié de chacun avec Dieu se déroule toujours dans un espace géographique qui se transforme en un signe éminemment personnel, et chacun de nous a en mémoire des lieux dont le souvenir lui fait beaucoup de bien. Celui qui a grandi dans les montagnes, ou qui, enfant, s’asseyait pour boire l’eau au ruisseau, ou qui jouait sur une place de son quartier, quand il retourne sur ces lieux se sent appelé à retrouver sa propre identité.

    85. Dieu a écrit un beau livre « dont les lettres sont représentées par la multitude des créatures présentes dans l’univers ».[54] Les Évêques du Canada ont souligné à juste titre qu’aucune créature ne reste en dehors de cette manifestation de Dieu : « Des vues panoramiques les plus larges à la forme de vie la plus infime, la nature est une source constante d’émerveillement et de crainte. Elle est, en outre, une révélation continue du divin ».[55] Les Évêques du Japon, pour leur part, ont rappelé une chose très suggestive : « Entendre chaque créature chanter l’hymne de son existence, c’est vivre joyeusement dans l’amour de Dieu et dans l’espérance ».[56] Cette contemplation de la création nous permet de découvrir à travers chaque chose un enseignement que Dieu veut nous transmettre, parce que « pour le croyant contempler la création c’est aussi écouter un message, entendre une voix paradoxale et silencieuse ».[57] Nous pouvons affirmer qu’« à côté de la révélation proprement dite, qui est contenue dans les Saintes Écritures, il y a donc une manifestation divine dans le soleil qui resplendit comme dans la nuit qui tombe ».[58] En faisant attention à cette manifestation, l’être humain apprend à se reconnaître lui-même dans la relation avec les autres créatures : « Je m’exprime en exprimant le monde ; j’explore ma propre sacralité en déchiffrant celle du monde ».[59]

    86. L’ensemble de l’univers, avec ses relations multiples, révèle mieux l’inépuisable richesse de Dieu. Saint Thomas d’Aquin faisait remarquer avec sagesse que la multiplicité et la variété proviennent « de l’intention du premier agent », qui a voulu que « ce qui manque à chaque chose pour représenter la bonté divine soit suppléé par les autres »,[60] parce qu’« une seule créature ne saurait suffire à […] représenter comme il convient »[61] sa bonté. C’est pourquoi nous avons besoin de saisir la variété des choses dans leurs relations multiples.[62] Par conséquent, on comprend mieux l’importance et le sens de n’importe quelle créature si on la contemple dans l’ensemble du projet de Dieu. Le Catéchisme l’enseigne ainsi : « L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau : le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au service les unes des autres ».[63]

    87. Quand nous prenons conscience du reflet de Dieu qui se trouve dans tout ce qui existe, le cœur expérimente le désir d’adorer le Seigneur pour toutes ses créatures, et avec elles, comme cela est exprimé dans la belle hymne de saint François d’Assise :

    « Loué sois-tu, mon Seigneur,

    avec toutes tes créatures,

    spécialement messire frère soleil,

    qui est le jour, et par lui tu nous illumines.

    Et il est beau et rayonnant avec grande splendeur,

    de toi, Très Haut, il porte le signe.

    Loué sois-tu, mon Seigneur,

    pour sœur lune et les étoiles,

    dans le ciel tu les as formées

    claires, précieuses et belles.

    Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère vent,

    et pour l’air et le nuage et le ciel serein

    et tous les temps,

    par lesquels à tes créatures tu donnes soutien.

    Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur eau,

    qui est très utile et humble,

    et précieuse et chaste.

    Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère feu,

    par lequel tu illumines la nuit,

    et il est beau et joyeux, et robuste et fort ».[64]

    88. Les Évêques du Brésil ont souligné que toute la nature, en plus de manifester Dieu, est un lieu de sa présence. En toute créature habite son Esprit vivifiant qui nous appelle à une relation avec lui.[65] La découverte de cette présence stimule en nous le développement des « vertus écologiques ».[66] Mais en disant cela, n’oublions pas qu’il y a aussi une distance infinie entre la nature et le Créateur, et que les choses de ce monde ne possèdent pas la plénitude de Dieu. Autrement, nous ne ferions pas de bien aux créatures, parce que nous ne reconnaîtrions pas leur vraie et propre place, et nous finirions par exiger d’elles indûment ce que, en leur petitesse, elles ne peuvent pas nous donner.

    V. UNE COMMUNION UNIVERSELLE

    89. Les créatures de ce monde ne peuvent pas être considérées comme un bien sans propriétaire : « Tout est à toi, Maître, ami de la vie » (Sg 11, 26). D’où la conviction que, créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble. Je veux rappeler que « Dieu nous a unis si étroitement au monde qui nous entoure, que la désertification du sol est comme une maladie pour chacun et nous pouvons nous lamenter sur l’extinction d’une espèce comme si elle était une mutilation ».[67]

    90. Cela ne signifie pas que tous les êtres vivants sont égaux ni ne retire à l’être humain sa valeur particulière, qui entraîne en même temps une terrible responsabilité. Cela ne suppose pas non plus une divinisation de la terre qui nous priverait de l’appel à collaborer avec elle et à protéger sa fragilité. Ces conceptions finiraient par créer de nouveaux déséquilibres pour échapper à la réalité qui nous interpelle.[68] Parfois on observe une obsession pour nier toute prééminence à la personne humaine, et il se mène une lutte en faveur d’autres espèces que nous n’engageons pas pour défendre l’égale dignité entre les êtres humains. Il est vrai que nous devons nous préoccuper que d’autres êtres vivants ne soient pas traités de manière irresponsable. Mais les énormes inégalités qui existent entre nous devraient nous exaspérer particulièrement, parce que nous continuons à tolérer que les uns se considèrent plus dignes que les autres. Nous ne nous rendons plus compte que certains croupissent dans une misère dégradante, sans réelle possibilité d’en sortir, alors que d’autres ne savent même pas quoi faire de ce qu’ils possèdent, font étalage avec vanité d’une soi-disant supériorité, et laissent derrière eux un niveau de gaspillage qu’il serait impossible de généraliser sans anéantir la planète. Nous continuons à admettre en pratique que les uns se sentent plus humains que les autres, comme s’ils étaient nés avec de plus grands droits.

    91. Le sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel si en même temps il n’y a pas dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains. L’incohérence est évidente de la part de celui qui lutte contre le trafic d’animaux en voie d’extinction mais qui reste complètement indifférent face à la traite des personnes, se désintéresse des pauvres, ou s’emploie à détruire un autre être humain qui lui déplaît. Ceci met en péril le sens de la lutte pour l’environnement. Ce n’est pas un hasard si dans l’hymne à la création où saint François loue Dieu pour ses créatures, il ajoute ceci : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ». Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société.

    92. D’autre part, quand le cœur est authentiquement ouvert à une communion universelle, rien ni personne n’est exclu de cette fraternité. Par conséquent, il est vrai aussi que l’indifférence ou la cruauté envers les autres créatures de ce monde finissent toujours par s’étendre, d’une manière ou d’une autre, au traitement que nous réservons aux autres êtres humains. Le cœur est unique, et la même misère qui nous porte à maltraiter un animal ne tarde pas à se manifester dans la relation avec les autres personnes. Toute cruauté sur une quelconque créature « est contraire à la dignité humaine».[69] Nous ne pouvons pas considérer que nous aimons beaucoup si nous excluons de nos intérêts une partie de la réalité : « Paix, justice et sauvegarde de la création sont trois thèmes absolument liés, qui ne pourront pas être mis à part pour être traités séparément sous peine de tomber de nouveau dans le réductionnisme ».[70] Tout est lié, et, comme êtres humains, nous sommes tous unis comme des frères et des sœurs dans un merveilleux pèlerinage, entrelacés par l’amour que Dieu porte à chacune de ses créatures et qui nous unit aussi, avec une tendre affection, à frère soleil, à sœur lune, à sœur rivière et à mère terre.

    VI. LA DESTINATION COMMUNE DES BIENS

    93. Aujourd’hui croyants et non croyants, nous sommes d’accord sur le fait que la terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous. Pour les croyants cela devient une question de fidélité au Créateur, puisque Dieu a créé le monde pour tous. Par conséquent, toute approche écologique doit incorporer une perspective sociale qui prenne en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés. Le principe de subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens et, par conséquent, le droit universel à leur usage, est une “règle d’or” du comportement social, et « le premier principe de tout l’ordre éthico-social ».[71] La tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée, et elle a souligné la fonction sociale de toute forme de propriété privée. Saint Jean-Paul II a rappelé avec beaucoup de force cette doctrine en affirmant que « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne ».[72] Ce sont des paroles denses et fortes. Il a souligné qu’« un type de développement qui ne respecterait pas et n’encouragerait pas les droits humains, personnels et sociaux, économiques et politiques, y compris les droits des nations et des peuples, ne serait pas non plus digne de l’homme ».[73] Avec une grande clarté, il a expliqué que « l’Église défend, certes, le droit à la propriété privée, mais elle enseigne avec non moins de clarté que sur toute propriété pèse toujours une hypothèque sociale, pour que les biens servent à la destination générale que Dieu leur a donnée ».[74] Par conséquent, il a rappelé qu’« il n’est […] pas permis, parce que cela n’est pas conforme au dessein de Dieu, de gérer ce don d’une manière telle que tous ces bienfaits profitent seulement à quelques uns ».[75] Cela remet sérieusement en cause les habitudes injustes d’une partie de l’humanité.[76]

    94. Le riche et le pauvre ont une égale dignité parce que « le Seigneur les a faits tous les deux » (Pr 22, 2), « petits et grands, c’est lui qui les a faits » (Sg 6, 7), et « il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Mt 5, 45). Cela a des conséquences pratiques, comme celles qu’ont énoncées les Évêques du Paraguay : « Tout paysan a le droit naturel de posséder un lot de terre raisonnable, où il puisse établir sa demeure, travailler pour la subsistance de sa famille et avoir la sécurité de l’existence. Ce droit doit être garanti pour que son exercice ne soit pas illusoire mais réel. Cela signifie que, en plus du titre de propriété, le paysan doit compter sur les moyens d’éducation technique, sur des crédits, des assurances et la commercialisation ».[77]

    95. L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité, sous la responsabilité de tous. Celui qui s’approprie quelque chose, c’est seulement pour l’administrer pour le bien de tous. Si nous ne le faisons pas, nous chargeons notre conscience du poids de nier l’existence des autres. Pour cette raison, les Évêques de Nouvelle Zélande se sont demandés ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie quand « vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres, et aux futures générations, ce dont elles ont besoin pour survivre ».[78]

    VII. LE REGARD DE JÉSUS

    96. Jésus reprend la foi biblique au Dieu créateur et met en relief un fait fondamental : Dieu est Père (cf. Mt 11, 25). Dans les dialogues avec ses disciples, Jésus les invitait à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures, et leur rappelait, avec une émouvante tendresse, comment chacune d’elles est importante aux yeux de celui-ci : « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu » (Lc 12, 6). « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit» (Mt 6, 26).

    97. Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction. Quand il parcourait chaque coin de sa terre, il s’arrêtait pour contempler la beauté semée par son Père, et il invitait ses disciples à reconnaître dans les choses un message divin : « Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35). « Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre » (Mt 13, 31-32).

    98. Jésus vivait en pleine harmonie avec la création, et les autres s’en émerveillaient : « Quel est donc celui-ci pour que même la mer et les vents lui obéissent ? » (Mt 8, 27). Il n’apparaissait pas comme un ascète séparé du monde ou un ennemi des choses agréables de la vie. Il disait, se référant à lui-même : « Vient le Fils de l’homme, mangeant et buvant, et l’on dit : voilà un glouton et un ivrogne» (Mt 11, 19). Il était loin des philosophies qui dépréciaient le corps, la matière et les choses de ce monde. Cependant, ces dualismes malsains en sont arrivés à avoir une influence importante chez certains penseurs chrétiens au long de l’histoire, et ont défiguré l’Évangile. Jésus travaillait de ses mains, au contact direct quotidien avec la matière créée par Dieu pour lui donner forme avec son habileté d’artisan. Il est frappant que la plus grande partie de sa vie ait été consacrée à cette tâche, dans une existence simple qui ne suscitait aucune admiration. « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ?» (Mc 6, 3). Il a sanctifié de cette manière le travail et lui a conféré une valeur particulière pour notre maturation. Saint Jean-Paul II enseignait qu’« en supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la Rédemption ».[79]

    99. Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16).[80] Le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1-18) montre l’activité créatrice du Christ comme Parole divine (Logos). Mais ce prologue surprend en affirmant que cette Parole « s’est faite chair » (Jn 1, 14). Une Personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’Incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie.

    100. Le Nouveau Testament ne nous parle pas seulement de Jésus terrestre et de sa relation si concrète et aimable avec le monde. Il le montre aussi comme ressuscité et glorieux, présent dans toute la création par sa Seigneurie universelle : « Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 19-20). Cela nous projette à la fin des temps, quand le Fils remettra toutes choses au Père et que « Dieu sera tout en tous » (1Co 15, 28). De cette manière, les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplés de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse.

    TROISIEME CHAPITRE

    LA RACINE HUMAINE
    DE LA CRISE ECOLOGIQUE

    101. Il ne sert à rien de décrire les symptômes de la crise écologique, si nous n’en reconnaissons pas la racine humaine. Il y a une manière de comprendre la vie et l’activité humaine qui a dévié et qui contredit la réalité jusqu’à lui nuire. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous arrêter pour y penser ? Dans cette réflexion, je propose que nous nous concentrions sur le paradigme technocratique dominant ainsi que sur la place de l’être humain et de son action dans le monde.

    I. LA TECHNOLOGIE : CRÉATIVITÉ ET POUVOIR

    102. L’humanité est entrée dans une ère nouvelle où le pouvoir technologique nous met à la croisée des chemins. Nous sommes les héritiers de deux siècles d’énormes vagues de changement : la machine à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe, l’électricité, l’automobile, l’avion, les industries chimiques, la médecine moderne, l’informatique, et, plus récemment, la révolution digitale, la robotique, les biotechnologies et les nanotechnologies. Il est juste de se réjouir face à ces progrès, et de s’enthousiasmer devant les grandes possibilités que nous ouvrent ces constantes nouveautés, parce que « la science et la technologie sont un produit merveilleux de la créativité humaine, ce don de Dieu ».[81] La modification de la nature à des fins utiles est une caractéristique de l’humanité depuis ses débuts, et ainsi la technique « exprime la tendance de l’esprit humain au dépassement progressif de certains conditionnements matériels ».[82] La technologie a porté remède à d’innombrables maux qui nuisaient à l’être humain et le limitaient. Nous ne pouvons pas ne pas valoriser ni apprécier le progrès technique, surtout dans la médecine, l’ingénierie et les communications. Et comment ne pas reconnaître tous les efforts de beaucoup de scientifiques et de techniciens qui ont apporté des alternatives pour un développement durable ?

    103. La techno-science, bien orientée, non seulement peut produire des choses réellement précieuses pour améliorer la qualité de vie de l’être humain, depuis les objets usuels pour la maison jusqu’aux grands moyens de transports, ponts, édifices, lieux publics, mais encore est capable de produire du beau et de “projeter” dans le domaine de la beauté l’être humain immergé dans le monde matériel. Peut-on nier la beauté d’un avion, ou de certains gratte-ciels ? Il y a de belles œuvres picturales et musicales réalisées grâce à l’utilisation de nouveaux instruments techniques. Ainsi, dans la recherche de la beauté de la part de celui qui produit la technique, et en celui qui contemple cette beauté, se réalise un saut vers une certaine plénitude proprement humaine.

    104. Mais nous ne pouvons pas ignorer que l’énergie nucléaire, la biotechnologie, l’informatique, la connaissance de notre propre ADN et d’autres capacités que nous avons acquises, nous donnent un terrible pouvoir. Mieux, elles donnent à ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir économique d’en faire usage, une emprise impressionnante sur l’ensemble de l’humanité et sur le monde entier. Jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien, surtout si l’on considère la manière dont elle est en train de l’utiliser. Il suffit de se souvenir des bombes atomiques lancées en plein XXème siècle, comme du grand déploiement technologique étalé par le nazisme, par le communisme et par d’autres régimes totalitaires au service de l’extermination de millions de personnes, sans oublier, qu’aujourd’hui, la guerre possède des instruments toujours plus mortifères. En quelles mains se trouve et pourrait se trouver tant de pouvoir ? Il est terriblement risqué qu’il réside en une petite partie de l’humanité.

    105. On a tendance à croire « que tout accroissement de puissance est en soi ‘progrès’, un degré plus haut de sécurité, d’utilité, de bien-être, de force vitale, de plénitude des valeurs »,[83] comme si la réalité, le bien et la vérité surgissaient spontanément du pouvoir technologique et économique lui-même. Le fait est que « l’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir »,[84] parce que l’immense progrès technologique n’a pas été accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience. Chaque époque tend à développer peu d’auto-conscience de ses propres limites. C’est pourquoi, il est possible qu’aujourd’hui l’humanité ne se rende pas compte de la gravité des défis qui se présentent, et « que la possibilité devienne sans cesse plus grande pour l’homme de mal utiliser sa puissance » quand « existent non pas des normes de liberté, mais de prétendues nécessités : l’utilité et la sécurité ».[85] L’être humain n’est pas pleinement autonome. Sa liberté est affectée quand elle se livre aux forces aveugles de l’inconscient, des nécessités immédiates, de l’égoïsme, de la violence. En ce sens, l’homme est nu, exposé à son propre pouvoir toujours grandissant, sans avoir les éléments pour le contrôler. Il peut disposer de mécanismes superficiels, mais nous pouvons affirmer qu’il lui manque aujourd’hui une éthique solide, une culture et une spiritualité qui le limitent réellement et le contiennent dans une abnégation lucide.

    II. LA GLOBALISATION
    DU PARADIGME TECHNOCRATIQUE

    106. Le problème fondamental est autre, encore plus profond : la manière dont l’humanité a, de fait, assumé la technologie et son développement avec un paradigme homogène et unidimensionnel. Une conception du sujet y est mise en relief qui, progressivement, dans le processus logique et rationnel, embrasse et ainsi possède l’objet qui se trouve à l’extérieur. Ce sujet se déploie dans l’élaboration de la méthode scientifique avec son expérimentation, qui est déjà explicitement une technique de possession, de domination et de transformation. C’est comme si le sujet se trouvait devant quelque chose d’informe, totalement disponible pour sa manipulation. L’intervention humaine sur la nature s’est toujours vérifiée, mais longtemps elle a eu comme caractéristique d’accompagner, de se plier aux possibilités qu’offrent les choses elles-mêmes. Il s’agissait de recevoir ce que la réalité naturelle permet de soi, comme en tendant la main. Maintenant, en revanche, ce qui intéresse c’est d’extraire tout ce qui est possible des choses par l’imposition de la main de l’être humain, qui tend à ignorer ou à oublier la réalité même de ce qu’il a devant lui. Voilà pourquoi l’être humain et les choses ont cessé de se tendre amicalement la main pour entrer en opposition. De là, on en vient facilement à l’idée d’une croissance infinie ou illimitée, qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la “ presser ” jusqu’aux limites et même au-delà des limites. C’est le faux présupposé « qu’il existe une quantité illimitée d’énergie et de ressources à utiliser, que leur régénération est possible dans l’immédiat et que les effets négatifs des manipulations de l’ordre naturel peuvent être facilement absorbés ».[86]

    107. On peut dire, par conséquent, qu’à l’origine de beaucoup de difficultés du monde actuel, il y a avant tout la tendance, pas toujours consciente, à faire de la méthodologie et des objectifs de la techno-science un paradigme de compréhension qui conditionne la vie des personnes et le fonctionnement de la société. Les effets de l’application de ce moule à toute la réalité, humaine et sociale, se constatent dans la dégradation de l’environnement, mais cela est seulement un signe du réductionnisme qui affecte la vie humaine et la société dans toutes leurs dimensions. Il faut reconnaître que les objets produits par la technique ne sont pas neutres, parce qu’ils créent un cadre qui finit par conditionner les styles de vie, et orientent les possibilités sociales dans la ligne des intérêts de groupes de pouvoir déterminés. Certains choix qui paraissent purement instrumentaux sont, en réalité, des choix sur le type de vie sociale que l’on veut développer.

    108. Il n’est pas permis de penser qu’il est possible de défendre un autre paradigme culturel, et de se servir de la technique comme d’un pur instrument, parce qu’aujourd’hui le paradigme technocratique est devenu tellement dominant qu’il est très difficile de faire abstraction de ses ressources, et il est encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique. C’est devenu une contre-culture de choisir un style de vie avec des objectifs qui peuvent être, au moins en partie, indépendants de la technique, de ses coûts, comme de son pouvoir de globalisation et de massification. De fait, la technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer, et l’homme qui possède la technique « sait que, en dernière analyse, ce qui est en jeu dans la technique, ce n’est ni l’utilité, ni le bien-être, mais la domination : une domination au sens le plus extrême de ce terme ».[87] Et c’est pourquoi « il cherche à saisir les éléments de la nature comme ceux de l’existence humaine ».[88] La capacité de décision, la liberté la plus authentique et l’espace pour une créativité alternative des individus, sont réduits.

    109. Le paradigme technocratique tend aussi à exercer son emprise sur l’économie et la politique. L’économie assume tout le développement technologique en fonction du profit, sans prêter attention à d’éventuelles conséquences négatives pour l’être humain. Les finances étouffent l’économie réelle. Les leçons de la crise financière mondiale n’ont pas été retenues, et on prend en compte les leçons de la détérioration de l’environnement avec beaucoup de lenteur. Dans certains cercles on soutient que l’économie actuelle et la technologie résoudront tous les problèmes environnementaux. De même on affirme, en langage peu académique, que les problèmes de la faim et de la misère dans le monde auront une solution simplement grâce à la croissance du marché. Ce n’est pas une question de validité de théories économiques, que peut-être personne aujourd’hui n’ose défendre, mais de leur installation de fait dans le développement de l’économie. Ceux qui n’affirment pas cela en paroles le soutiennent dans les faits quand une juste dimension de la production, une meilleure répartition des richesses, une sauvegarde responsable de l’environnement et les droits des générations futures ne semblent pas les préoccuper. Par leurs comportements, ils indiquent que l’objectif de maximiser les bénéfices est suffisant. Mais le marché ne garantit pas en soi le développement humain intégral ni l’inclusion sociale.[89] En attendant, nous avons un « surdéveloppement, où consommation et gaspillage vont de pair, ce qui contraste de façon inacceptable avec des situations permanentes de misère déshumanisante » ;[90] et les institutions économiques ainsi que les programmes sociaux qui permettraient aux plus pauvres d’accéder régulièrement aux ressources de base ne se mettent pas en place assez rapidement. On n’a pas encore fini de prendre en compte les racines les plus profondes des dérèglements actuels qui sont en rapport avec l’orientation, les fins, le sens et le contexte social de la croissance technologique et économique.

    110. La spécialisation de la technologie elle‑même implique une grande difficulté pour regarder l’ensemble. La fragmentation des savoirs sert dans la réalisation d’applications concrètes, mais elle amène en général à perdre le sens de la totalité, des relations qui existent entre les choses, d’un horizon large qui devient sans importance. Cela même empêche de trouver des chemins adéquats pour résoudre les problèmes les plus complexes du monde actuel, surtout ceux de l’environnement et des pauvres, qui ne peuvent pas être abordés d’un seul regard ou selon un seul type d’intérêts. Une science qui prétendrait offrir des solutions aux grandes questions devrait nécessairement prendre en compte tout ce qu’a produit la connaissance dans les autres domaines du savoir, y compris la philosophie et l’éthique sociale. Mais c’est une habitude difficile à prendre aujourd’hui. C’est pourquoi de véritables horizons éthiques de référence ne peuvent pas non plus être reconnus. La vie est en train d’être abandonnée aux circonstances conditionnées par la technique, comprise comme le principal moyen d’interpréter l’existence. Dans la réalité concrète qui nous interpelle, divers symptômes apparaissent qui montrent cette erreur, comme la dégradation de l’environnement, l’angoisse, la perte du sens de la vie et de la cohabitation. On voit ainsi, une fois de plus, que « la réalité est supérieure à l’idée ».[91]

    111. La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique. Autrement, même les meilleures initiatives écologiques peuvent finir par s’enfermer dans la même logique globalisée. Chercher seulement un remède technique à chaque problème environnemental qui surgit, c’est isoler des choses qui sont entrelacées dans la réalité, et c’est se cacher les vraies et plus profondes questions du système mondial.

    112. Cependant, il est possible d’élargir de nouveau le regard, et la liberté humaine est capable de limiter la technique, de l’orienter, comme de la mettre au service d’un autre type de progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral. La libération par rapport au paradigme technocratique régnant a lieu, de fait, en certaines occasions, par exemple, quand des communautés de petits producteurs optent pour des systèmes de production moins polluants, en soutenant un mode de vie, de bonheur et de cohabitation non consumériste ; ou bien quand la technique est orientée prioritaire- ment pour résoudre les problèmes concrets des autres, avec la passion de les aider à vivre avec plus de dignité et moins de souffrances ; de même quand l’intention créatrice du beau et sa contemplation arrivent à dépasser le pouvoir objectivant en une sorte de salut qui se réalise dans le beau et dans la personne qui le contemple. L’authentique humanité, qui invite à une nouvelle synthèse, semble habiter au milieu de la civilisation technologique presque de manière imperceptible, comme le brouillard qui filtre sous une porte close. Serait-ce une promesse permanente, malgré tout, jaillissant comme une résistance obstinée de ce qui est authentique ?

    113. D’autre part, les gens ne semblent plus croire en un avenir heureux, ils ne mettent pas aveuglément leur confiance dans un lendemain meilleur à partir des conditions actuelles du monde et des capacités techniques. Ils prennent conscience que les avancées de la science et de la technique ne sont pas équivalentes aux avancées de l’humanité et de l’histoire, et ils perçoivent que les chemins fondamentaux sont autres pour un avenir heureux. Cependant, ils ne s’imaginent pas pour autant renoncer aux possibilités qu’offre la technologie. L’humanité s’est profondément transformée, et l’accumulation des nouveautés continuelles consacre une fugacité qui nous mène dans une seule direction, à la surface des choses. Il devient difficile de nous arrêter pour retrouver la profondeur de la vie. S’il est vrai que l’architecture reflète l’esprit d’une époque, les mégastructures et les maisons en séries expriment l’esprit de la technique globalisée, où la nouveauté permanente des produits s’unit à un pesant ennui. Ne nous résignons pas à cela, et ne renonçons pas à nous interroger sur les fins et sur le sens de toute chose. Autrement, nous légitimerions la situation actuelle et nous aurions besoin de toujours plus de succédanés pour supporter le vide.

    114. Ce qui arrive en ce moment nous met devant l’urgence d’avancer dans une révolution culturelle courageuse. La science et la technologie ne sont pas neutres, mais peuvent impliquer, du début à la fin d’un processus, diverses intentions et possibilités, et elles peuvent se configurer de différentes manières. Personne ne prétend vouloir retourner à l’époque des cavernes, cependant il est indispensable de ralentir la marche pour regarder la réalité d’une autre manière, recueillir les avancées positives et durables, et en même temps récupérer les valeurs et les grandes finalités qui ont été détruites par une frénésie mégalomane.

    III. CRISE ET CONSÉQUENCES
    DE L’ANTHROPOCENTRISME MODERNE

    115. L’anthropocentrisme moderne, paradoxalement, a fini par mettre la raison technique au-dessus de la réalité, parce que l’être humain « n’a plus le sentiment ni que la nature soit une norme valable, ni qu’elle lui offre un refuge vivant. Il la voit sans suppositions préalables, objectivement, sous la forme d’un espace et d’une matière pour une œuvre où l’on jette tout, peu importe ce qui en résultera ».[92] De cette manière, la valeur que possède le monde en lui-même s’affaiblit. Mais si l’être humain ne redécouvre pas sa véritable place, il ne se comprend pas bien lui-même et finit par contredire sa propre réalité : « Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l’homme, qui doit en faire usage dans le respect de l’intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l’homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté».[93]

    116. Dans la modernité, il y a eu une grande démesure anthropocentrique qui, sous d’autres formes, continue aujourd’hui à nuire à toute référence commune et à toute tentative pour renforcer les liens sociaux. C’est pourquoi, le moment est venu de prêter de nouveau attention à la réalité avec les limites qu’elle impose, et qui offrent à leur tour la possibilité d’un développement humain et social plus sain et plus fécond. Une présentation inadéquate de l’anthropologie chrétienne a pu conduire à soutenir une conception erronée de la relation entre l’être humain et le monde. Un rêve prométhéen de domination sur le monde s’est souvent transmis, qui a donné l’impression que la sauvegarde de la nature est pour les faibles. La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme “seigneur” de l’univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable.[94]

    117. Le manque de préoccupation pour mesurer les préjudices causés à la nature et l’impact environnemental des décisions est seulement le reflet le plus visible d’un désintérêt pour reconnaître le message que la nature porte inscrit dans ses structures mêmes. Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant une situation de handicap – pour prendre seulement quelques exemples – on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même. Tout est lié. Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule, parce qu’« au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature ».[95]

    118. Cette situation nous conduit à une schizophrénie permanente, qui va de l’exaltation technocratique qui ne reconnaît pas aux autres êtres une valeur propre, à la réaction qui nie toute valeur particulière à l’être humain. Mais on ne peut pas faire abstraction de l’humanité. Il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau. Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate. Quand la personne humaine est considérée seulement comme un être parmi d’autres, qui procéderait des jeux du hasard ou d’un déterminisme physique, « la conscience de sa responsabilité risque de s’atténuer dans les esprits ».[96] Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un “bio-centrisme”, parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui, non seulement ne résoudrait pas les problèmes mais en ajouterait d’autres. On ne peut pas exiger de l’être humain un engagement respectueux envers le monde si on ne reconnaît pas et ne valorise pas en même temps ses capacités particulières de connaissance, de volonté, de liberté et de responsabilité.

    119. La critique de l’anthropocentrisme dévié ne devrait pas non plus faire passer au second plan la valeur des relations entre les personnes. Si la crise écologique est l’éclosion ou une manifestation extérieure de la crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité, nous ne pouvons pas prétendre soigner notre relation à la nature et à l’environnement sans assainir toutes les relations fondamentales de l’être humain. Quand la pensée chrétienne revendique une valeur particulière pour l’être humain supérieure à celle des autres créatures, cela donne lieu à une valorisation de chaque personne humaine, et entraîne la reconnaissance de l’autre. L’ouverture à un “ tu ” capable de connaître, d’aimer, et de dialoguer continue d’être la grande noblesse de la personne humaine. C’est pourquoi, pour une relation convenable avec le monde créé, il n’est pas nécessaire d’affaiblir la dimension sociale de l’être humain ni sa dimension transcendante, son ouverture au “ Tu ” divin. En effet, on ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu. Ce serait un individualisme romantique, déguisé en beauté écologique, et un enfermement asphyxiant dans l’immanence.

    120. Puisque tout est lié, la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement. Un chemin éducatif pour accueillir les personnes faibles de notre entourage, qui parfois dérangent et sont inopportunes, ne semble pas praticable si l’on ne protège pas l’embryon humain, même si sa venue cause de la gêne et des difficultés : « Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale se dessèchent ».[97]

    121. Le développement d’une nouvelle synthèse qui dépasse les fausses dialectiques des derniers siècles reste en suspens. Le christianisme lui-même, en se maintenant fidèle à son identité et au trésor de vérité qu’il a reçu de Jésus-Christ, se repense toujours et se réexprime dans le dialogue avec les nouvelles situations historiques, laissant apparaître ainsi son éternelle nouveauté.[98]

    Le relativisme pratique

    122. Un anthropocentrisme dévié donne lieu à un style de vie dévié. Dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, j’ai fait référence au relativisme pratique qui caractérise notre époque, et qui est « encore plus dangereux que le relativisme doctrinal».[99]Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif. Par conséquent, il n’est pas étonnant que, avec l’omniprésence du paradigme technocratique et le culte du pouvoir humain sans limites, se développe chez les personnes ce relativisme dans lequel tout ce qui ne sert pas aux intérêts personnels immédiats est privé d’importance. Il y a en cela une logique qui permet de comprendre comment certaines attitudes, qui provoquent en même temps la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement.

    123. La culture du relativisme est la même pathologie qui pousse une personne à exploiter son prochain et à le traiter comme un pur objet, l’obligeant aux travaux forcés, ou en faisant de lui un esclave à cause d’une dette. C’est la même logique qui pousse à l’exploitation sexuelle des enfants ou à l’abandon des personnes âgées qui ne servent pas des intérêts personnels. C’est aussi la logique intérieure de celui qui dit : ‛Laissons les forces invisibles du marché réguler l’économie, parce que ses impacts sur la société et sur la nature sont des dommages inévitables’. S’il n’existe pas de vérités objectives ni de principes solides hors de la réalisation de projets personnels et de la satisfaction de nécessités immédiates, quelles limites peuvent alors avoir la traite des êtres humains, la criminalité organisée, le narcotrafic, le commerce de diamants ensanglantés et de peaux d’animaux en voie d’extinction ? N’est-ce pas la même logique relativiste qui justifie l’achat d’organes des pauvres dans le but de les vendre ou de les utiliser pour l’expérimentation, ou le rejet d’enfants parce qu’ils ne répondent pas au désir de leurs parents ? C’est la même logique du “utilise et jette”, qui engendre tant de résidus, seulement à cause du désir désordonné de consommer plus qu’il n’est réellement nécessaire. Par conséquent, nous ne pouvons pas penser que les projets politiques et la force de la loi seront suffisants pour que soient évités les comportements qui affectent l’environnement, car, lorsque la culture se corrompt et qu’on ne reconnaît plus aucune vérité objective ni de principes universellement valables, les lois sont comprises uniquement comme des impositions arbitraires et comme des obstacles à contourner.

    La nécessité de préserver le travail

    124. Dans n’importe quelle approche d’une écologie intégrale qui n’exclue pas l’être humain, il est indispensable d’incorporer la valeur du travail, développée avec grande sagesse par saint Jean-Paul II dans son Encyclique Laborem exercens. Rappelons que, selon le récit biblique de la création, Dieu a placé l’être humain dans le jardin à peine créé (cf. Gn 2, 15) non seulement pour préserver ce qui existe (protéger) mais aussi pour le travailler de manière à ce qu’il porte du fruit (labourer). Ainsi, les ouvriers et les artisans « assurent une création éternelle » (Si 38, 34). En réalité, l’intervention humaine qui vise le développement prudent du créé est la forme la plus adéquate d’en prendre soin, parce qu’elle implique de se considérer comme instrument de Dieu pour aider à faire apparaître les potentialités qu’il a lui-même mises dans les choses : « Le Seigneur a créé les plantes médicinales, l’homme avisé ne les méprise pas » (Si 38, 4).

    125. Si nous essayons de considérer quelles sont les relations adéquates de l’être humain avec le monde qui l’entoure, la nécessité d’une conception correcte du travail émerge, car si nous parlons de la relation de l’être humain avec les choses, la question du sens et de la finalité de l’action humaine sur la réalité apparaît. Nous ne parlons pas seulement du travail manuel ou du travail de la terre, mais de toute activité qui implique quelque transformation de ce qui existe, depuis l’élaboration d’une étude sociale jusqu’au projet de développement technologique. N’importe quelle forme de travail suppose une conception d’une relation que l’être humain peut ou doit établir avec son semblable. La spiritualité chrétienne, avec l’admiration contemplative des créatures que nous trouvons chez saint François d’Assise, a développé aussi une riche et saine compréhension du travail, comme nous pouvons le voir, par exemple, dans la vie du bienheureux Charles de Foucauld et de ses disciples.

    126. Recueillons aussi quelque chose de la longue tradition du monachisme. Au commencement, il favorisait, d’une certaine manière, la fuite du monde, essayant d’échapper à la décadence urbaine. Voilà pourquoi les moines cherchaient le désert, convaincus que c’était le lieu propice pour reconnaître la présence de Dieu. Plus tard, saint Benoît de Nurcie a proposé que ses moines vivent en communauté, alliant la prière et la lecture au travail manuel (“Ora et labora’’). Cette introduction du travail manuel, imprégné de sens spirituel, était révolutionnaire. On a appris à chercher la maturation et la sanctification dans la compénétration du recueillement et du travail. Cette manière de vivre le travail nous rend plus attentifs et plus respectueux de l’environnement, elle imprègne de saine sobriété notre relation au monde.

    127. Nous disons que « l’homme est l’auteur, le centre et le but de toute la vie économico-sociale».[100] Malgré cela, quand la capacité de contempler et de respecter est détériorée chez l’être humain, les conditions sont créées pour que le sens du travail soit défiguré.[101] Il faut toujours se rappeler que l’être humain est « capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral, et de son épanouissement spirituel».[102] Le travail devrait être le lieu de ce développement personnel multiple où plusieurs dimensions de la vie sont en jeu : la créativité, la projection vers l’avenir, le développement des capacités, la mise en pratique de valeurs, la communication avec les autres, une attitude d’adoration. C’est pourquoi, dans la réalité sociale mondiale actuelle, au-delà des intérêts limités des entreprises et d’une rationalité économique discutable, il est nécessaire que « l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail…pour tous».[103]

    128. Nous sommes appelés au travail dès notre création. On ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car ainsi l’humanité se dégraderait elle-même. Le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences. Le grand objectif devrait toujours être de leur permettre d’avoir une vie digne par le travail. Mais l’orientation de l’économie a favorisé une sorte d’avancée technologique pour réduire les coûts de production par la diminution des postes de travail qui sont remplacés par des machines. C’est une illustration de plus de la façon dont l’action de l’être humain peut se retourner contre lui-même. La diminution des postes de travail « a aussi un impact négatif sur le plan économique à travers l’érosion progressive du “capital social”, c’est-à-dire de cet ensemble de relations de confiance, de fiabilité, de respect des règles indispensables à toute coexistence civile ».[104] En définitive, « les coûts humains sont toujours aussi des coûts économiques, et les dysfonctionnements économiques entraînent toujours des coûts humains ».[105]Cesser d’investir dans les personnes pour obtenir plus de profit immédiat est une très mauvaise affaire pour la société.

    129. Pour qu’il continue d’être possible de donner du travail, il est impérieux de promouvoir une économie qui favorise la diversité productive et la créativité entrepreneuriale. Par exemple, il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petites dimensions qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l’eau, et en produisant peu de déchets, que ce soit sur de petites parcelles agricoles, vergers, ou grâce à la chasse, à la cueillette et la pêche artisanale, entre autres. Les économies d’échelle, spécialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs à vendre leurs terres ou à abandonner leurs cultures traditionnelles. Les tentatives de certains pour développer d’autres formes de production plus diversifiées, finissent par être vaines en raison des difficultés pour entrer sur les marchés régionaux et globaux, ou parce que l’infrastructure de vente et de transport est au service des grandes entreprises. Les autorités ont le droit et la responsabilité de prendre des mesures de soutien clair et ferme aux petits producteurs et à la variété de la production. Pour qu’il y ait une liberté économique dont tous puissent effectivement bénéficier, il peut parfois être nécessaire de mettre des limites à ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier. Une liberté économique seulement déclamée, tandis que les conditions réelles empêchent beaucoup de pouvoir y accéder concrètement et que l’accès au travail se détériore, devient un discours contradictoire qui déshonore la politique. L’activité d’entreprise, qui est une vocation noble orientée à produire de la richesse et à améliorer le monde pour tous, peut être une manière très féconde de promouvoir la région où elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la création de postes de travail est une partie incontournable de son service du bien commun.

    L’innovation biologique à partir de la recherche

    130. Dans la vision philosophique et théologique de la création que j’ai cherché à proposer, il reste clair que la personne humaine, avec la particularité de sa raison et de sa science, n’est pas un facteur extérieur qui doit être totalement exclu. Cependant, même si l’être humain peut intervenir sur le monde végétal et animal et en faire usage quand c’est nécessaire pour sa vie, le Catéchismeenseigne que les expérimentations sur les animaux sont légitimes seulement « si elles restent dans des limites raisonnables et contribuent à soigner ou sauver des vies humaines ».[106] Il rappelle avec fermeté que le pouvoir de l’homme a des limites et qu’« il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies ».[107] Toute utilisation ou expérimentation « exige un respect religieux de l’intégrité de la création ».[108]

    131. Je veux recueillir ici la position équilibrée de saint Jean-Paul II, mettant en évidence les bienfaits des progrès scientifiques et technologiques, qui « manifestent la noblesse de la vocation de l’homme à participer de manière responsable à l’action créatrice de Dieu dans le monde ». Mais en même temps il rappelait qu’« aucune intervention dans un domaine de l’écosystème ne peut se dispenser de prendre en considération ses conséquences dans d’autres domaines ».[109] Il soulignait que l’Église valorise l’apport de « l’étude et des applications de la biologie moléculaire, complétée par d’autres disciplines, comme la génétique et son application technologique dans l’agriculture et dans l’industrie »[110], même s’il affirme aussi que cela ne doit pas donner lieu à une « manipulation génétique menée sans discernement »[111] qui ignore les effets négatifs de ces interventions. Il n’est pas possible de freiner la créativité humaine. Si on ne peut interdire à un artiste de déployer sa capacité créatrice, on ne peut pas non plus inhiber ceux qui ont des dons spéciaux pour le développement scientifique et technologique, dont les capacités ont été données par Dieu pour le service des autres. En même temps, on ne peut pas cesser de préciser toujours davantage les objectifs, les effets, le contexte et les limites éthiques de cette activité humaine qui est une forme de pouvoir comportant de hauts risques.

    132. C’est dans ce cadre que devrait se situer toute réflexion autour de l’intervention humaine sur les végétaux et les animaux qui implique aujourd’hui des mutations génétiques générées par la biotechnologie, dans le but d’exploiter les possibilités présentes dans la réalité matérielle. Le respect de la foi envers la raison demande de prêter attention à ce que la science biologique elle-même, développée de manière indépendante par rapport aux intérêts économiques, peut enseigner sur les structures biologiques ainsi que sur leurs possibilités et leurs mutations. Quoiqu’il en soit, l’intervention légitime est celle qui agit sur la nature « pour l’aider à s’épanouir dans sa ligne, celle de la création, celle voulue par Dieu ».[112]

    133. Il est difficile d’émettre un jugement général sur les développements de transgéniques (OMG), végétaux ou animaux, à des fins médicales ou agro-pastorales, puisqu’ils peuvent être très divers entre eux et nécessiter des considérations différentes. D’autre part, les risques ne sont pas toujours dus à la technique en soi, mais à son application inadaptée ou excessive. En réalité, les mutations génétiques ont été, et sont très souvent, produites par la nature elle-même. Même celles provoquées par l’intervention humaine ne sont pas un phénomène moderne. La domestication des animaux, le croisement des espèces et autres pratiques anciennes et universellement acceptées peuvent entrer dans ces considérations. Il faut rappeler que le début des développements scientifiques de céréales transgéniques a été l’observation d’une bactérie qui produit naturellement et spontanément une modification du génome d’un végétal. Mais dans la nature, ces processus ont un rythme lent qui n’est pas comparable à la rapidité qu’imposent les progrès technologiques actuels, même quand ces avancées font suite à un développement scientifique de plusieurs siècles.

    134. Même en l’absence de preuves irréfutables du préjudice que pourraient causer les céréales transgéniques aux êtres humains, et même si, dans certaines régions, leur utilisation est à l’origine d’une croissance économique qui a aidé à résoudre des problèmes, il y a des difficultés importantes qui ne doivent pas être relativisées. En de nombreux endroits, suite à l’introduction de ces cultures, on constate une concentration des terres productives entre les mains d’un petit nombre, due à « la disparition progressive des petits producteurs, qui, en conséquence de la perte de terres exploitables, se sont vus obligés de se retirer de la production directe».[113] Les plus fragiles deviennent des travailleurs précaires, et beaucoup d’employés ruraux finissent par migrer dans de misérables implantations urbaines. L’extension de la surface de ces cultures détruit le réseau complexe des écosystèmes, diminue la diversité productive, et compromet le présent ainsi que l’avenir des économies régionales. Dans plusieurs pays, on perçoit une tendance au développement des oligopoles dans la production de grains et d’autres produits nécessaires à leur culture, et la dépendance s’aggrave encore avec la production de grains stériles qui finirait par obliger les paysans à en acheter aux entreprises productrices.

    135. Sans doute, une attention constante, qui porte à considérer tous les aspects éthiques concernés, est nécessaire. Pour cela, il faut garantir une discussion scientifique et sociale qui soit responsable et large, capable de prendre en compte toute l’information disponible et d’appeler les choses par leur nom. Parfois, on ne met pas à disposition toute l’information, qui est sélectionnée selon les intérêts particuliers, qu’ils soient politiques, économiques ou idéologiques. De ce fait, il devient difficile d’avoir un jugement équilibré et prudent sur les diverses questions, en prenant en compte tous les paramètres pertinents. Il est nécessaire d’avoir des espaces de discussion où tous ceux qui, de quelque manière, pourraient être directement ou indirectement concernés (agriculteurs, consommateurs, autorités, scientifiques, producteurs de semences, populations voisines des champs traités, et autres) puissent exposer leurs problématiques ou accéder à l’information complète et fiable pour prendre des décisions en faveur du bien commun présent et futur. Il s’agit d’une question d’environnement complexe dont le traitement exige un regard intégral sous tous ses aspects, et cela requiert au moins un plus grand effort pour financer les diverses lignes de recherche, autonomes et interdisciplinaires, en mesure d’apporter une lumière nouvelle.

    136. D’autre part, il est préoccupant que certains mouvements écologistes qui défendent l’intégrité de l’environnement et exigent avec raison certaines limites à la recherche scientifique, n’appliquent pas parfois ces mêmes principes à la vie humaine. En général, on justifie le dépassement de toutes les limites quand on fait des expérimentations sur les embryons humains vivants. On oublie que la valeur inaliénable de l’être humain va bien au-delà de son degré de développement. Du reste, quand la technique ignore les grands principes éthiques, elle finit par considérer comme légitime n’importe quelle pratique. Comme nous l’avons vu dans ce chapitre, la technique séparée de l’éthique sera difficilement capable d’autolimiter son propre pouvoir.

    QUATRIEME CHAPITRE

    UNE ECOLOGIE INTEGRALE

    137. Étant donné que tout est intimement lié, et que les problèmes actuels requièrent un regard qui tienne compte de tous les aspects de la crise mondiale, je propose à présent que nous nous arrêtions pour penser aux diverses composantes d’une écologie intégrale, qui a clairement des dimensions humaines et sociales.

    I. L’ÉCOLOGIE ENVIRONNEMENTALE, ÉCONOMIQUE
    ET SOCIALE

    138. L’écologie étudie les relations entre les organismes vivants et l’environnement où ceux-ci se développent. Cela demande de s’asseoir pour penser et pour discuter avec honnêteté des conditions de vie et de survie d’une société, pour remettre en question les modèles de développement, de production et de consommation. Il n’est pas superflu d’insister sur le fait que tout est lié. Le temps et l’espace ne sont pas indépendants l’un de l’autre, et même les atomes ou les particules sous-atomiques ne peuvent être considérés séparément. Tout comme les différentes composantes de la planète – physiques, chimiques et biologiques – sont reliées entre elles, de même les espèces vivantes constituent un réseau que nous n’avons pas encore fini d’identifier et de comprendre. Une bonne partie de notre information génétique est partagée par beaucoup d’êtres vivants. Voilà pourquoi les connaissances fragmentaires et isolées peuvent devenir une forme d’ignorance si elles refusent de s’intégrer dans une plus ample vision de la réalité.

    139. Quand on parle d’“environnement”, on désigne en particulier une relation, celle qui existe entre la nature et la société qui l’habite. Cela nous empêche de concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie. Nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchevêtrés avec elle. Les raisons pour lesquelles un endroit est pollué exigent une analyse du fonctionnement de la société, de son économie, de son comportement, de ses manières de comprendre la réalité. Étant donné l’ampleur des changements, il n’est plus possible de trouver une réponse spécifique et indépendante à chaque partie du problème. Il est fondamental de chercher des solutions intégrales qui prennent en compte les interactions des systèmes naturels entre eux et avec les systèmes sociaux. Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature.

    140. À cause de la quantité et de la variété des éléments à prendre en compte, il devient indispensable, au moment de déterminer l’impact d’une initiative concrète sur l’environnement, de donner aux chercheurs un rôle prépondérant et de faciliter leur interaction, dans une grande liberté académique. Ces recherches constantes devraient permettre de reconnaître aussi comment les différentes créatures sont liées et constituent ces unités plus grandes qu’aujourd’hui nous nommons “écosystèmes”. Nous ne les prenons pas en compte seulement pour déterminer quelle est leur utilisation rationnelle, mais en raison de leur valeur intrinsèque indépendante de cette utilisation. Tout comme chaque organisme est bon et admirable, en soi, parce qu’il est une créature de Dieu, il en est de même de l’ensemble harmonieux d’organismes dans un espace déterminé, fonctionnant comme un système. Bien que nous n’en ayons pas conscience, nous dépendons de cet ensemble pour notre propre existence. Il faut rappeler que les écosystèmes interviennent dans la capture du dioxyde de carbone, dans la purification de l’eau, dans le contrôle des maladies et des épidémies, dans la formation du sol, dans la décomposition des déchets, et dans beaucoup d’autres services que nous oublions ou ignorons. Beaucoup de personnes, remarquant cela, recommencent à prendre conscience du fait que nous vivons et agissons à partir d’une réalité qui nous a été offerte au préalable, qui est antérieure à nos capacités et à notre existence. Voilà pourquoi, quand on parle d’une “utilisation durable”, il faut toujours y inclure la capacité de régénération de chaque écosystème dans ses divers domaines et aspects.

    141. Par ailleurs, la croissance économique tend à produire des automatismes et à homogénéiser, en vue de simplifier les procédures et de réduire les coûts. C’est pourquoi une écologie économique est nécessaire, capable d’obliger à considérer la réalité de manière plus ample. En effet, « la protection de l’environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément».[114] Mais en même temps, devient actuelle la nécessité impérieuse de l’humanisme qui, en soi, fait appel aux différents savoirs, y compris à la science économique, pour un regard plus intégral et plus intégrant. Aujourd’hui l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains, familiaux, de travail, urbains, et de la relation de chaque personne avec elle-même qui génère une façon déterminée d’entrer en rapport avec les autres et avec l’environnement. Il y a une interaction entre les écosystèmes et entre les divers mondes de référence sociale, et ainsi, une fois de plus, il s’avère que « le tout est supérieur à la partie ».[115]

    142. Si tout est lié, l’état des institutions d’une société a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine : « Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dommages à l’environnement ».[116] Dans ce sens, l’écologie sociale est nécessairement institutionnelle et atteint progressivement les différentes dimensions qui vont du groupe social primaire, la famille, en passant par la communauté locale et la Nation, jusqu’à la vie internationale. À l’intérieur de chacun des niveaux sociaux et entre eux, se développent les institutions qui régulent les relations humaines. Tout ce qui leur porte préjudice a des effets nocifs, comme la perte de la liberté, l’injustice et la violence. Divers pays s’alignent sur un niveau institutionnel précaire, au prix de la souffrance des populations et au bénéfice de ceux qui tirent profit de cet état des choses. Tant dans l’administration de l’État que dans les diverses expressions de la société civile, ou dans les relations entre citoyens, on constate très souvent des conduites éloignées des lois. Celles-ci peuvent être correctement écrites, mais restent ordinairement lettre morte. Peut-on alors espérer que la législation et les normes relatives à l’environnement soient réellement efficaces ? Nous savons, par exemple, que des pays dotés d’une législation claire pour la protection des forêts continuent d’être des témoins muets de la violation fréquente de ces lois. En outre, ce qui se passe dans une région exerce, directement ou indirectement, des influences sur les autres régions. Ainsi, par exemple, la consommation de narcotiques dans les sociétés opulentes provoque une demande constante ou croissante de ces produits provenant de régions appauvries, où les conduites se corrompent, des vies sont détruites et où l’environnement finit par se dégrader.

    II. L’ÉCOLOGIE CULTURELLE

    143. Il y a, avec le patrimoine naturel, un patrimoine historique, artistique et culturel, également menacé. Il fait partie de l’identité commune d’un lieu et il est une base pour construire une ville habitable. Il ne s’agit pas de détruire, ni de créer de nouvelles villes soi-disant plus écologiques, où il ne fait pas toujours bon vivre. Il faut prendre en compte l’histoire, la culture et l’architecture d’un lieu, en maintenant son identité originale. Voilà pourquoi l’écologie suppose aussi la préservation des richesses culturelles de l’humanité au sens le plus large du terme. D’une manière plus directe, elle exige qu’on fasse attention aux cultures locales, lorsqu’on analyse les questions en rapport avec l’environnement, en faisant dialoguer le langage scientifique et technique avec le langage populaire. C’est la culture, non seulement dans le sens des monuments du passé mais surtout dans son sens vivant, dynamique et participatif, qui ne peut pas être exclue lorsqu’on repense la relation de l’être humain avec l’environnement.

    144. La vision consumériste de l’être humain, encouragée par les engrenages de l’économie globalisée actuelle, tend à homogénéiser les cultures et à affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité. C’est pourquoi prétendre résoudre toutes les difficultés à travers des réglementations uniformes ou des interventions techniques, conduit à négliger la complexité des problématiques locales qui requièrent l’intervention active des citoyens. Les nouveaux processus en cours ne peuvent pas toujours être incorporés dans des schémas établis de l’extérieur, mais ils doivent partir de la culture locale elle-même. Comme la vie et le monde sont dynamiques, la préservation du monde doit être flexible et dynamique. Les solutions purement techniques courent le risque de s’occuper des symptômes qui ne répondent pas aux problématiques les plus profondes. Il faut y inclure la perspective des droits des peuples et des cultures, et comprendre ainsi que le développement d’un groupe social suppose un processus historique dans un contexte culturel, et requiert de la part des acteurs sociaux locaux un engagement constant en première ligne, à partir de leur propre culture. Même la notion de qualité de vie ne peut être imposée, mais elle doit se concevoir à l’intérieur du monde des symboles et des habitudes propres à chaque groupe humain.

    145. Beaucoup de formes hautement concentrées d’exploitation et de dégradation de l’environnement peuvent non seulement épuiser les ressources de subsistance locales, mais épuiser aussi les capacités sociales qui ont permis un mode de vie ayant donné, pendant longtemps, une identité culturelle ainsi qu’un sens de l’existence et de la cohabitation. La disparition d’une culture peut être aussi grave ou plus grave que la disparition d’une espèce animale ou végétale. L’imposition d’un style de vie hégémonique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l’altération des écosystèmes.

    146. Dans ce sens, il est indispensable d’accorder une attention spéciale aux communautés aborigènes et à leurs traditions culturelles. Elles ne constituent pas une simple minorité parmi d’autres, mais elles doivent devenir les principaux interlocuteurs, surtout lorsqu’on développe les grands projets qui affectent leurs espaces. En effet, la terre n’est pas pour ces communautés un bien économique, mais un don de Dieu et des ancêtres qui y reposent, un espace sacré avec lequel elles ont besoin d’interagir pour soutenir leur identité et leurs valeurs. Quand elles restent sur leurs territoires, ce sont précisément elles qui les préservent le mieux. Cependant, en diverses parties du monde, elles font l’objet de pressions pour abandonner leurs terres afin de les laisser libres pour des projets d’extraction ainsi que pour des projets agricoles et de la pêche, qui ne prêtent pas attention à la dégradation de la nature et de la culture.

    III. L’ÉCOLOGIE DE LA VIE QUOTIDIENNE

    147. Pour parler d’un authentique développement il faut s’assurer qu’une amélioration intégrale dans la qualité de vie humaine se réalise ; et cela implique d’analyser l’espace où vivent les personnes. Le cadre qui nous entoure influe sur notre manière de voir la vie, de sentir et d’agir. En même temps, dans notre chambre, dans notre maison, sur notre lieu de travail et dans notre quartier, nous utilisons l’environnement pour exprimer notre identité. Nous nous efforçons de nous adapter au milieu, et quand un environnement est désordonné, chaotique ou chargé de pollution visuelle et auditive, l’excès de stimulations nous met au défi d’essayer de construire une identité intégrée et heureuse.

    148. La créativité et la générosité sont admirables de la part de personnes comme de groupes qui sont capables de transcender les limites de l’environnement, en modifiant les effets négatifs des conditionnements et en apprenant à orienter leur vie au milieu du désordre et de la précarité. Par exemple, dans certains endroits où les façades des édifices sont très abîmées, il y a des personnes qui, avec beaucoup de dignité, prennent soin de l’intérieur de leurs logements, ou bien qui se sentent à l’aise en raison de la cordialité et de l’amitié des gens. La vie sociale positive et bénéfique des habitants répand une lumière sur un environnement apparemment défavorable. Parfois, l’écologie humaine, que les pauvres peuvent développer au milieu de tant de limitations, est louable. La sensation d’asphyxie, produite par l’entassement dans des résidences et dans des espaces à haute densité de population, est contrebalancée si des relations humaines d’un voisinage convivial sont développées, si des communautés sont créées, si les limites de l’environnement sont compensées dans chaque personne qui se sent incluse dans un réseau de communion et d’appartenance. De cette façon, n’importe quel endroit cesse d’être un enfer et devient le cadre d’une vie digne.

    149. Il est aussi clair que l’extrême pénurie que l’on vit dans certains milieux qui manquent d’harmonie, d’espace et de possibilités d’intégration, facilite l’apparition de comportements inhumains et la manipulation des personnes par des organisations criminelles. Pour les habitants des quartiers très pauvres, le passage quotidien de l’entassement à l’anonymat social, qui se vit dans les grandes villes, peut provoquer une sensation de déracinement qui favorise les conduites antisociales et la violence. Cependant, je veux insister sur le fait que l’amour est plus fort. Dans ces conditions, beaucoup de personnes sont capables de tisser des liens d’appartenance et de cohabitation, qui transforment l’entassement en expérience communautaire où les murs du moi sont rompus et les barrières de l’égoïsme dépassées. C’est cette expérience de salut communautaire qui ordinairement suscite de la créativité pour améliorer un édifice ou un quartier.[117]

    150. Étant donné la corrélation entre l’espace et la conduite humaine, ceux qui conçoivent des édifices, des quartiers, des espaces publics et des villes, ont besoin de l’apport de diverses disciplines qui permettent de comprendre les processus, le symbolisme et les comportements des personnes. La recherche de la beauté de la conception ne suffit pas, parce qu’il est plus précieux encore de servir un autre type de beauté : la qualité de vie des personnes, leur adaptation à l’environnement, la rencontre et l’aide mutuelle. Voilà aussi pourquoi il est si important que les perspectives des citoyens complètent toujours l’analyse de la planification urbaine.

    151. Il faut prendre soin des lieux publics, du cadre visuel et des signalisations urbaines qui accroissent notre sens d’appartenance, notre sensation d’enracinement, notre sentiment d’“être à la maison”, dans la ville qui nous héberge et nous unit. Il est important que les différentes parties d’une ville soient bien intégrées et que les habitants puissent avoir une vision d’ensemble, au lieu de s’enfermer dans un quartier en se privant de vivre la ville tout entière comme un espace vraiment partagé avec les autres. Toute intervention dans le paysage urbain ou rural devrait considérer que les différents éléments d’un lieu forment un tout perçu par les habitants comme un cadre cohérent avec sa richesse de sens. Ainsi les autres cessent d’être des étrangers, et peuvent se sentir comme faisant partie d’un “nous” que nous construisons ensemble. Pour la même raison, tant dans l’environnement urbain que dans l’environnement rural, il convient de préserver certains lieux où sont évitées les interventions humaines qui les modifient constamment.

    152. Le manque de logements est grave dans de nombreuses parties du monde, tant dans les zones rurales que dans les grandes villes, parce que souvent les budgets étatiques couvrent seulement une petite partie de la demande. Non seulement les pauvres, mais aussi une grande partie de la société rencontrent de sérieuses difficultés pour accéder à son propre logement. La possession d’un logement est très étroitement liée à la dignité des personnes et au développement des familles. C’est une question centrale de l’écologie humaine. Si déjà des agglomérations chaotiques de maisons précaires se sont développées dans un lieu, il s’agit surtout d’urbaniser ces quartiers, non d’éradiquer et d’expulser. Quand les pauvres vivent dans des banlieues polluées ou dans des agglomérations dangereuses, « si l’on doit procéder à leur déménagement […], pour ne pas ajouter la souffrance à la souffrance, il est nécessaire de fournir une information adéquate et préalable, d’offrir des alternatives de logements dignes et d’impliquer directement les intéressés ».[118] En même temps, la créativité devrait amener à intégrer les quartiers précaires dans une ville accueillante : « Comme elles sont belles les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Comme elles sont belles les villes qui, même dans leur architecture, sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! ».[119]

    153. La qualité de vie dans les villes est étroitement liée au transport, qui est souvent une cause de grandes souffrances pour les habitants. Dans les villes, circulent beaucoup d’automobiles utilisées seulement par une ou deux personnes, raison pour laquelle la circulation devient difficile, le niveau de pollution élevé, d’énormes quantités d’énergie non renouvelable sont consommées et la construction d’autoroutes supplémentaires se révèle nécessaire ainsi que des lieux de stationnement qui nuisent au tissu urbain. Beaucoup de spécialistes sont unanimes sur la nécessité d’accorder la priorité au transport public. Mais certaines mesures nécessaires seront à grand-peine acceptées pacifiquement par la société sans des améliorations substantielles de ce transport, qui, dans beaucoup de villes, est synonyme de traitement indigne infligé aux personnes à cause de l’entassement, de désagréments ou de la faible fréquence des services et de l’insécurité.

    154. La reconnaissance de la dignité particulière de l’être humain contraste bien des fois avec la vie chaotique que les personnes doivent mener dans nos villes. Mais cela ne devrait pas détourner l’attention de l’état d’abandon et d’oubli dont souffrent aussi certains habitants des zones rurales, où les services essentiels n’arrivent pas, et où se trouvent des travailleurs réduits à des situations d’esclavage, sans droits ni perspectives d’une vie plus digne.

    155. L’écologie humaine implique aussi quelque chose de très profond : la relation de la vie de l’être humain avec la loi morale inscrite dans sa propre nature, relation nécessaire pour pouvoir créer un environnement plus digne. Benoît XVI affirmait qu’il existe une “écologie de l’homme” parce que « l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté ».[120] Dans ce sens, il faut reconnaître que notre propre corps nous met en relation directe avec l’environnement et avec les autres êtres vivants. L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. De cette manière, il est possible d’accepter joyeusement le don spécifique de l’autre, homme ou femme, œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir réciproquement. Par conséquent, l’attitude qui prétend « effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter »[121], n’est pas saine.

    IV. LE PRINCIPE DU BIEN COMMUN

    156. L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. C’est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».[122]

    157. Le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral. Le bien commun exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société. Finalement, le bien commun requiert la paix sociale, c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive, dont la violation génère toujours la violence. Toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun.

    158. Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre, mais, comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium,[123] elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun.

    V. LA JUSTICE ENTRE GÉNÉRATIONS

    159. La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent pas être exclus. On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. Quand nous pensons à la situation dans laquelle nous laissons la planète aux générations futures, nous entrons dans une autre logique, celle du don gratuit que nous recevons et que nous communiquons. Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. Nous ne parlons pas d’une attitude optionnelle, mais d’une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront. Les Évêques du Portugal ont exhorté à assumer ce devoir de justice : « L’environnement se situe dans la logique de la réception. C’est un prêt que chaque génération reçoit et doit transmettre à la génération suivante».[124] Une écologie intégrale possède cette vision ample.

    160. Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? C’est pourquoi, il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre.

    161. Les prévisions catastrophistes ne peuvent plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saletés aux prochaines générations. Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions. L’atténuation des effets de l’actuel déséquilibre dépend de ce que nous ferons dans l’immédiat, surtout si nous pensons à la responsabilité que ceux qui devront supporter les pires conséquences nous attribueront.

    162. La difficulté de prendre au sérieux ce défi est en rapport avec une détérioration éthique et culturelle, qui accompagne la détérioration écologique. L’homme et la femme du monde post-moderne courent le risque permanent de devenir profondément individualistes, et beaucoup de problèmes sociaux sont liés à la vision égoïste actuelle axée sur l’immédiateté, aux crises des liens familiaux et sociaux, aux difficultés de la reconnaissance de l’autre. Bien des fois, il y a une consommation des parents, immédiate et excessive, qui affecte leurs enfants de plus en plus de difficultés pour acquérir une maison et pour fonder une famille. En outre, notre incapacité à penser sérieusement aux générations futures est liée à notre incapacité à élargir notre conception des intérêts actuels et à penser à ceux qui demeurent exclus du développement. Ne pensons pas seulement aux pauvres de l’avenir, souvenons-nous déjà des pauvres d’aujourd’hui, qui ont peu d’années de vie sur cette terre et ne peuvent pas continuer d’attendre. C’est pourquoi, « au-delà d’une loyale solidarité intergénérationnelle, l’urgente nécessité morale d’une solidarité intra-générationnelle renouvelée doit être réaffirmée ».[125]

    CINQUIEME CHAPITRE

    QUELQUES LIGNES D’ORIENTATION
    ET D’ACTION

    163. J’ai cherché à analyser la situation actuelle de l’humanité, tant dans les fissures qui s’observent sur la planète que nous habitons, que dans les causes plus profondément humaines de la dégradation de l’environnement. Bien que cette observation de la réalité nous montre déjà en soi la nécessité d’un changement de direction, et nous suggère certaines actions, essayons à présent de tracer les grandes lignes de dialogue à même de nous aider à sortir de la spirale d’autodestruction dans laquelle nous nous enfonçons.

    I. LE DIALOGUE SUR L’ENVIRONNEMENT
    DANS LA POLITIQUE INTERNATIONALE

    164. Depuis la moitié du siècle dernier, après avoir surmonté beaucoup de difficultés, on a eu de plus en plus tendance à concevoir la planète comme une patrie, et l’humanité comme un peuple qui habite une maison commune. Que le monde soit interdépendant ne signifie pas seulement comprendre que les conséquences préjudiciables des modes de vie, de production et de consommation affectent tout le monde, mais surtout faire en sorte que les solutions soient proposées dans une perspective globale, et pas seulement pour défendre les intérêts de certains pays. L’interdépendance nous oblige à penser à un monde unique, à un projet commun. Mais la même intelligence que l’on déploie pour un impressionnant développement technologique, ne parvient pas à trouver des formes efficaces de gestion internationale pour résoudre les graves difficultés environnementales et sociales. Pour affronter les problèmes de fond qui ne peuvent pas être résolus par les actions de pays isolés, un consensus mondial devient indispensable, qui conduirait, par exemple, à programmer une agriculture durable et diversifiée, à développer des formes d’énergies renouvelables et peu polluantes, à promouvoir un meilleur rendement énergétique, une gestion plus adéquate des ressources forestières et marines, à assurer l’accès à l’eau potable pour tous.

    165. Nous savons que la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants – surtout le charbon, mais aussi le pétrole et, dans une moindre mesure, le gaz – a besoin d’être remplacée, progressivement et sans retard. Tant qu’il n’y aura pas un développement conséquent des énergies renouvelables, développement qui devrait être déjà en cours, il est légitime de choisir le moindre mal et de recourir à des solutions transitoires. Cependant, on ne parvient pas, dans la communauté internationale, à des accords suffisants sur la responsabilité de ceux qui doivent supporter les coûts de la transition énergétique. Ces dernières décennies, les questions d’environnement ont généré un large débat public qui a fait grandir dans la société civile des espaces pour de nombreux engagements et un généreux dévouement. La politique et l’entreprise réagissent avec lenteur, loin d’être à la hauteur des défis mondiaux. En ce sens, alors que l’humanité de l’époque post-industrielle sera peut-être considérée comme l’une des plus irresponsables de l’histoire, il faut espérer que l’humanité du début du XXIème siècle pourra rester dans les mémoires pour avoir assumé avec générosité ses graves responsabilités.

    166. Le mouvement écologique mondial a déjà fait un long parcours, enrichi par les efforts de nombreuses organisations de la société civile. Il n’est pas possible ici de les mentionner toutes, ni de retracer l’histoire de leurs apports. Mais grâce à un fort engagement, les questions environnementales ont été de plus en plus présentes dans l’agenda public et sont devenues une invitation constante à penser à long terme. Cependant, les Sommets mondiaux de ces dernières années sur l’environnement n’ont pas répondu aux attentes parce que, par manque de décision politique, ils ne sont pas parvenus à des accords généraux, vraiment significatifs et efficaces, sur l’environnement.

    167. Il convient de mettre l’accent sur le Sommet planète Terre, réuni en 1992 à Rio de Janeiro. Il y a été proclamé que « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable».[126] Reprenant des éléments de la Déclaration de Stockholm (1972), il a consacré la coopération internationale pour préserver l’écosystème de la terre entière, l’obligation pour celui qui pollue d’en assumer économiquement la charge, le devoir d’évaluer l’impact sur l’environnement de toute entreprise ou projet. Il a proposé comme objectif de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour inverser la tendance au réchauffement global. Il a également élaboré un agenda avec un programme d’action et un accord sur la diversité biologique, il a déclaré des principes en matière de forêts. Même si ce Sommet a vraiment été innovateur et prophétique pour son époque, les accords n’ont été que peu mis en œuvre parce qu’aucun mécanisme adéquat de contrôle, de révision périodique et de sanction en cas de manquement, n’avait été établi. Les principes énoncés demandent encore des moyens, efficaces et souples, de mise en œuvre pratique.

    168. Parmi les expériences positives, on peut mentionner, par exemple, la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et leur élimination, avec un système de déclaration, de standards et de contrôles ; on peut citer également la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, qui inclut des missions de vérification de son respect effectif. Grâce à la Convention de Vienne pour la protection de la couche d’ozone, et sa mise en œuvre à travers le Protocole de Montréal et ses amendements, le problème de l’amincissement de cette couche semble être entré dans une phase de solution.

    169. Pour ce qui est de la protection de la diversité biologique et en ce qui concerne la désertification, les avancées ont été beaucoup moins significatives. S’agissant du changement climatique, les avancées sont hélas très médiocres. La réduction des gaz à effet de serre exige honnêteté, courage et responsabilité, surtout de la part des pays les plus puissants et les plus polluants. La Conférence des Nations Unies sur le développement durable, dénommée Rio+20 (Rio de Janeiro 2012), a émis un long et inefficace Document final. Les négociations internationales ne peuvent pas avancer de manière significative en raison de la position des pays qui mettent leurs intérêts nationaux au dessus du bien commun général. Ceux qui souffriront des conséquences que nous tentons de dissimuler rappelleront ce manque de conscience et de responsabilité. Alors que se préparait cette Encyclique, le débat a atteint une intensité particulière. Nous, les croyants, nous ne pouvons pas cesser de demander à Dieu qu’il y ait des avancées positives dans les discussions actuelles, de manière à ce que les générations futures ne souffrent pas des conséquences d’ajournements imprudents.

    170. Certaines des stratégies de basse émission de gaz polluants cherchent l’internationalisation des coûts environnementaux, avec le risque d’imposer aux pays de moindres ressources de lourds engagements de réduction des émissions, comparables à ceux des pays les plus industrialisés. L’imposition de ces mesures porte préjudice aux pays qui ont le plus besoin de développement. Une nouvelle injustice est ainsi ajoutée sous couvert de protection de l’environnement. Comme toujours, le fil est rompu à son point le plus faible. Étant donné que les effets du changement climatique se feront sentir pendant longtemps, même si des mesures strictes sont prises maintenant, certains pays aux maigres ressources auront besoin d’aide pour s’adapter aux effets qui déjà se produisent et qui affectent leurs économies. Il reste vrai qu’il y a des responsabilités communes mais différenciées, simplement parce que, comme l’ont relevé les Évêques de Bolivie, « les pays qui ont bénéficié d’un degré élevé d’industrialisation, au prix d’une énorme émission de gaz à effet de serre, ont une plus grande responsabilité dans l’apport de la solution aux problèmes qu’ils ont causés ».[127]

    171. La stratégie d’achat et de vente de “crédits de carbone” peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation, et cela ne servirait pas à réduire l’émission globale des gaz polluants. Ce système semble être une solution rapide et facile, sous l’apparence d’un certain engagement pour l’environnement, mais qui n’implique, en aucune manière, de changement radical à la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un expédient qui permet de soutenir la sur-consommation de certains pays et secteurs.

    172. Les pays pauvres doivent avoir comme priorité l’éradication de la misère et le développement social de leurs habitants ; bien qu’ils doivent analyser le niveau de consommation scandaleux de certains secteurs privilégiés de leur population et contrôler la corruption. Il est vrai aussi qu’ils doivent développer des formes moins polluantes de production d’énergie, mais pour cela ils doivent pouvoir compter sur l’aide des pays qui ont connu une forte croissance au prix de la pollution actuelle de la planète. L’exploitation directe de l’abondante énergie solaire demande que des mécanismes et des subsides soient établis, de sorte que les pays en développement puissent accéder au transfert de technologies, à l’assistance technique, et aux ressources financières, mais toujours en faisant attention aux conditions concrètes, puisque « on n’évalue pas toujours de manière adéquate la compatibilité des infrastructures avec le contexte pour lequel elles ont été conçues ».[128] Les coûts seraient faibles si on les comparait aux risques du changement climatique. De toute manière, c’est avant tout une décision éthique, fondée sur la solidarité entre tous les peuples.

    173. Étant donnée la fragilité des instances locales, des accords internationaux sont urgents, qui soient respectés pour intervenir de manière efficace. Les relations entre les États doivent sauvegarder la souveraineté de chacun, mais aussi établir des chemins consensuels pour éviter des catastrophes locales qui finiraient par toucher tout le monde. Il manque de cadres régulateurs généraux qui imposent des obligations, et qui empêchent des agissements intolérables, comme le fait que certains pays puissants transfèrent dans d’autres pays des déchets et des industries hautement polluants.

    174. Mentionnons aussi le système de gestion des océans. En effet, même s’il y a eu plusieurs conventions internationales et régionales, l’éparpillement et l’absence de mécanismes sévères de réglementation, de contrôle et de sanction finissent par miner tous les efforts. Le problème croissant des déchets marins et de la protection des zones marines au-delà des frontières nationales continue de représenter un défi particulier. En définitive, il faut un accord sur les régimes de gestion, pour toute la gamme de ce qu’on appelle les “biens communs globaux”.

    175. La même logique qui entrave la prise de décisions drastiques pour inverser la tendance au réchauffement global, ne permet pas non plus d’atteindre l’objectif d’éradiquer la pauvreté. Il faut une réaction globale plus responsable, qui implique en même temps la lutte pour la réduction de la pollution et le développement des pays et des régions pauvres. Le XXIème siècle, alors qu’il maintient un système de gouvernement propre aux époques passées, est le théâtre d’un affaiblissement du pouvoir des États nationaux, surtout parce que la dimension économique et financière, de caractère transnational, tend à prédominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d’institutions internationales devient indispensable, qui doivent être plus fortes et efficacement organisées, avec des autorités désignées équitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dotées de pouvoir pour sanctionner. Comme l’a affirmé Benoît XVI dans la ligne déjà développée par la doctrine sociale de l’Eglise : « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, [saint] Jean XXIII».[129] Dans cette perspective, la diplomatie acquiert une importance inédite, en vue de promouvoir des stratégies internationales anticipant les problèmes plus graves qui finissent par affecter chacun.

    II. LE DIALOGUE EN VUE DE NOUVELLES POLITIQUES
    NATIONALES ET LOCALES

    176. Non seulement il y a des gagnants et des perdants entre les pays, mais aussi entre les pays pauvres, où diverses responsabilités doivent être identifiées. Pour cela, les questions concernant l’environnement et le développement économique ne peuvent plus se poser seulement à partir des différences entre pays, mais demandent qu’on prête attention aux politiques nationales et locales.

    177. Face à la possibilité d’une utilisation irresponsable des capacités humaines, planifier, coordonner, veiller, et sanctionner sont des fonctions impératives de chaque État. Comment la société prépare-t-elle et protège-t-elle son avenir dans un contexte de constantes innovations technologiques ? Le droit, qui établit les règles des comportements acceptables à la lumière du bien commun, est un facteur qui fonctionne comme un modérateur important. Les limites qu’une société saine, mature et souveraine doit imposer sont liées à la prévision, à la précaution, aux régulations adéquates, à la vigilance dans l’application des normes, à la lutte contre la corruption, aux actions de contrôle opérationnel sur les effets émergents non désirés des processus productifs, et à l’intervention opportune face aux risques incertains ou potentiels. Il y a une jurisprudence croissante visant à diminuer les effets polluants des activités des entreprises. Mais le cadre politique et institutionnel n’est pas là seulement pour éviter les mauvaises pratiques, mais aussi pour encourager les bonnes pratiques, pour stimuler la créativité qui cherche de nouvelles voies, pour faciliter les initiatives personnelles et collectives.

    178. Le drame de l’”immédiateté” politique, soutenue aussi par des populations consuméristes, conduit à la nécessité de produire de la croissance à court terme. Répondant à des intérêts électoraux, les gouvernements ne prennent pas facilement le risque de mécontenter la population avec des mesures qui peuvent affecter le niveau de consommation ou mettre en péril des investissements étrangers. La myopie de la logique du pouvoir ralentit l’intégration de l’agenda environnemental aux vues larges, dans l’agenda public des gouvernements. On oublie ainsi que « le temps est supérieur à l’espace»,[130] que nous sommes toujours plus féconds quand nous nous préoccupons plus d’élaborer des processus que de nous emparer des espaces de pouvoir. La grandeur politique se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme. Il est très difficile pour le pouvoir politique d’assumer ce devoir dans un projet de Nation.

    179. En certains lieux, se développent des coopératives pour l’exploitation d’énergies renouvelables, qui permettent l’auto suffisance locale, et même la vente des excédents. Ce simple exemple montre que l’instance locale peut faire la différence alors que l’ordre mondial existant se révèle incapable de prendre ses responsabilités. En effet, on peut à ce niveau susciter une plus grande responsabilité, un fort sentiment communautaire, une capacité spéciale de protection et une créativité plus généreuse, un amour profond pour sa terre ; là aussi, on pense à ce qu’on laisse aux enfants et aux petits-enfants. Ces valeurs ont un enracinement notable dans les populations aborigènes. Étant donné que le droit se montre parfois insuffisant en raison de la corruption, il faut que la décision politique soit incitée par la pression de la population. La société, à travers des organismes non gouvernementaux et des associations intermédiaires, doit obliger les gouvernements à développer des normes, des procédures et des contrôles plus rigoureux. Si les citoyens ne contrôlent pas le pouvoir politique – national, régional et municipal – un contrôle des dommages sur l’environnement n’est pas possible non plus. D’autre part, les législations des municipalités peuvent être plus efficaces s’il y a des accords entre populations voisines pour soutenir les mêmes politiques environnementales.

    180. On ne peut pas penser à des recettes uniformes, parce que chaque pays ou région a des problèmes et des limites spécifiques. Il est aussi vrai que le réalisme politique peut exiger des mesures et des technologies de transition, à condition qu’elles soient toujours accompagnées par le projet et par l’acceptation d’engagements progressifs contraignants. Mais, tant au niveau national que local il reste beaucoup à faire, comme, par exemple, promouvoir des formes d’économies d’énergie. Ceci implique de favoriser des modes de production industrielle ayant une efficacité énergétique maximale et utilisant moins de matière première, retirant du marché les produits peu efficaces du point de vue énergétique, ou plus polluants. On peut aussi mentionner une bonne gestion des transports, ou des formes de construction ou de réfection d’édifices qui réduisent leur consommation énergétique et leur niveau de pollution. D’autre part, l’action politique locale peut s’orienter vers la modification de la consommation, le développement d’une économie des déchets et du recyclage, la protection des espèces et la programmation d’une agriculture diversifiée avec la rotation des cultures. Il est possible d’encourager l’amélioration agricole de régions pauvres par les investissements dans des infrastructures rurales, dans l’organisation du marché local ou national, dans des systèmes d’irrigation, dans le développement de techniques agricoles durables. On peut faciliter des formes de coopération ou d’organisation communautaire qui défendent les intérêts des petits producteurs et préservent les écosystèmes locaux de la déprédation. Il y a tant de choses que l’on peut faire !

    181. La continuité est indispensable parce que les politiques relatives au changement climatique et à la sauvegarde de l’environnement ne peuvent pas changer chaque fois que change un gouvernement. Les résultats demandent beaucoup de temps et supposent des coûts immédiats, avec des effets qui ne seront pas visibles au cours du mandat du gouvernement concerné. C’est pourquoi sans la pression de la population et des institutions, il y aura toujours de la résistance à intervenir, plus encore quand il y aura des urgences à affronter. Qu’un homme politique assume ces responsabilités avec les coûts que cela implique, ne répond pas à la logique d’efficacité et d’immédiateté de l’économie ni à celle de la politique actuelle ; mais s’il ose le faire, cela le conduira à reconnaître la dignité que Dieu lui a donnée comme homme, et il laissera dans l’histoire un témoignage de généreuse responsabilité. Il faut accorder une place prépondérante à une saine politique, capable de réformer les institutions, de les coordonner et de les doter de meilleures pratiques qui permettent de vaincre les pressions et les inerties vicieuses. Cependant, il faut ajouter que les meilleurs mécanismes finissent par succomber quand manquent les grandes finalités, les valeurs, une compréhension humaniste et riche de sens qui donnent à chaque société une orientation noble et généreuse.

    III. DIALOGUE ET TRANSPARENCE
    DANS LES PROCESSUS DE PRISE DE DÉCISIONS

    182. La prévision de l’impact sur l’environnement des initiatives et des projets requiert des processus politiques transparents et soumis au dialogue, alors que la corruption, qui cache le véritable impact environnemental d’un projet en échange de faveurs, conduit habituellement à des accords fallacieux au sujet desquels on évite information et large débat.

    183. Une étude de l’impact sur l’environnement ne devrait pas être postérieure à l’élaboration d’un projet de production ou d’une quelconque politique, plan ou programme à réaliser. Il faut qu’elle soit insérée dès le début, et élaborée de manière interdisciplinaire, transparente et indépendante de toute pression économique ou politique. Elle doit être en lien avec l’analyse des conditions de travail et l’analyse des effets possibles, entre autres, sur la santé physique et mentale des personnes, sur l’économie locale, sur la sécurité. Les résultats économiques pourront être ainsi déduits de manière plus réaliste, prenant en compte les scénarios possibles et prévoyant éventuellement la nécessité d’un plus grand investissement pour affronter les effets indésirables qui peuvent être corrigés. Il est toujours nécessaire d’arriver à un consensus entre les différents acteurs sociaux, qui peuvent offrir des points de vue, des solutions et des alternatives différents. Mais à la table de discussion, les habitants locaux doivent avoir une place privilégiée, eux qui se demandent ce qu’ils veulent pour eux et pour leurs enfants, et qui peuvent considérer les objectifs qui transcendent l’intérêt économique immédiat. Il faut cesser de penser en terme d’“interventions” sur l’environnement, pour élaborer des politiques conçues et discutées par toutes les parties intéressées. La participation requiert que tous soient convenablement informés sur les divers aspects ainsi que sur les différents risques et possibilités ; elle ne se limite pas à la décision initiale d’un projet, mais concerne aussi les actions de suivi et de surveillance constante. La sincérité et la vérité sont nécessaires dans les discussions scientifiques et politiques, qui ne doivent pas se limiter à considérer ce qui est permis ou non par la législation.

    184. Quand d’éventuels risques pour l’environnement, qui affectent le bien commun, présent et futur, apparaissent, cette situation exige que « les décisions soient fondées sur une confrontation entre les risques et les bénéfices envisageables pour tout choix alternatif possible ».[131] Cela vaut surtout si un projet peut entraîner un accroissement de l’utilisation des ressources naturelles, des émissions ou des rejets, de la production de déchets, ou une modification significative du paysage, de l’habitat des espèces protégées, ou d’un espace public. Certains projets qui ne sont pas suffisamment analysés peuvent affecter profondément la qualité de vie dans un milieu pour des raisons très diverses, comme une pollution acoustique non prévue, la réduction du champ visuel, la perte de valeurs culturelles, les effets de l’utilisation de l’énergie nucléaire. La culture consumériste, qui donne priorité au court terme et à l’intérêt privé, peut encourager des procédures trop rapides ou permettre la dissimulation d’information.

    185. Dans toute discussion autour d’une initiative, une série de questions devrait se poser en vue de discerner si elle offrira ou non un véritable développement intégral : Pour quoi ? Par quoi ? Où ? Quand ? De quelle manière ? Pour qui ? Quels sont les risques ? À quel coût ? Qui paiera les coûts et comment le fera-t-il ? Dans ce discernement, certaines questions doivent avoir la priorité. Par exemple, nous savons que l’eau est une ressource limitée et indispensable, et y avoir accès est un droit fondamental qui conditionne l’exercice des autres droits humains. Ceci est indubitable et conditionne toute analyse de l’impact environnemental d’une région.

    186. Dans la Déclaration de Rio de 1992, il est affirmé : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives »[132] qui empêcheraient la dégradation de l’environnement. Ce principe de précaution permet la protection des plus faibles, qui disposent de peu de moyens pour se défendre et pour apporter des preuves irréfutables. Si l’information objective conduit à prévoir un dommage grave et irréversible, bien qu’il n’y ait pas de preuve indiscutable, tout projet devra être arrêté ou modifié. Ainsi, on inverse la charge de la preuve, puisque dans ce cas il faut apporter une démonstration objective et indiscutable que l’activité proposée ne va pas générer de graves dommages à l’environnement ou à ceux qui y habitent.

    187. Cela n’entraîne pas qu’il faille s’opposer à toute innovation technologique qui permette d’améliorer la qualité de vie d’une population. Mais, dans tous les cas, il doit toujours être bien établi que la rentabilité ne peut pas être l’unique élément à prendre en compte et que, au moment où apparaissent de nouveaux critères de jugement à partir de l’évolution de l’information, il devrait y avoir une nouvelle évaluation avec la participation de toutes les parties intéressées. Le résultat de la discussion pourrait être la décision de ne pas avancer dans un projet, mais pourrait être aussi sa modification ou l’élaboration de propositions alternatives.

    188. Dans certaines discussions sur des questions liées à l’environnement, il est difficile de parvenir à un consensus. Encore une fois je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun.

    IV. POLITIQUE ET ÉCONOMIE EN DIALOGUE
    POUR LA PLÉNITUDE HUMAINE

    189. La politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine. Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de nouvelles crises après une longue, couteuse et apparente guérison. La crise financière de 2007-2008 était une occasion pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques, et pour une nouvelle régulation de l’activité financière spéculative et de la richesse fictive. Mais il n’y a pas eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde. La production n’est pas toujours rationnelle, et souvent elle est liée à des variables économiques qui fixent pour les produits une valeur qui ne correspond pas à leur valeur réelle. Cela conduit souvent à la surproduction de certaines marchandises, avec un impact inutile sur l’environnement qui, en même temps, porte préjudice à de nombreuses économies régionales.[133] La bulle financière est aussi, en général, une bulle productive. En définitive, n’est pas affrontée avec énergie la question de l’économie réelle, qui permet par exemple que la production se diversifie et s’améliore, que les entreprises fonctionnent bien, que les petites et moyennes entreprises se développent et créent des emplois.

    190. Dans ce contexte, il faut toujours se rappeler que « la protection de l’environnement ne peut pas être assurée uniquement en fonction du calcul financier des coûts et des bénéfices. L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate ».[134] Une fois de plus, il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus. Est-il réaliste d’espérer que celui qui a l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser aux effets environnementaux qu’il laissera aux prochaines générations ? Dans le schéma du gain il n’y a pas de place pour penser aux rythmes de la nature, à ses périodes de dégradation et de régénération, ni à la complexité des écosystèmes qui peuvent être gravement altérés par l’intervention humaine. De plus, quand on parle de biodiversité, on la conçoit au mieux comme une réserve de ressources économiques qui pourrait être exploitée, mais on ne prend pas en compte sérieusement, entre autres, la valeur réelle des choses, leur signification pour les personnes et les cultures, les intérêts et les nécessités des pauvres.

    191. Quand on pose ces questions, certains réagissent en accusant les autres de prétendre arrêter irrationnellement le progrès et le développement humain. Mais nous devons nous convaincre que ralentir un rythme déterminé de production et de consommation peut donner lieu à d’autres formes de progrès et de développement. Les efforts pour une exploitation durable des ressources naturelles ne sont pas une dépense inutile, mais un investissement qui pourra générer d’autres bénéfices économiques à moyen terme. Si nous ne souffrons pas d’étroitesse de vue, nous pouvons découvrir que la diversification d’une production plus innovante, et ce avec un moindre impact sur l’environnement, peut être très rentable. Il s’agit d’ouvrir le chemin à différentes opportunités qui n’impliquent pas d’arrêter la créativité de l’homme et son rêve de progrès, mais d’orienter cette énergie vers des voies nouvelles.

    192. Par exemple, un chemin de développement productif plus créatif et mieux orienté pourrait corriger le fait qu’il y a un investissement technologique excessif pour la consommation et faible pour résoudre les problèmes en suspens de l’humanité ; il pourrait générer des formes intelligentes et rentables de réutilisation, d’utilisation multifonctionnelle et de recyclage ; il pourrait encore améliorer l’efficacité énergétique des villes. La diversification de la production ouvre d’immenses possibilités à l’intelligence humaine pour créer et innover, en même temps qu’elle protège l’environnement et crée plus d’emplois. Ce serait une créativité capable de faire fleurir de nouveau la noblesse de l’être humain, parce qu’il est plus digne d’utiliser l’intelligence, avec audace et responsabilité, pour trouver des formes de développement durable et équitable, dans le cadre d’une conception plus large de ce qu’est la qualité de vie. Inversement, il est moins digne, il est superficiel et moins créatif de continuer à créer des formes de pillage de la nature seulement pour offrir de nouvelles possibilités de consommation et de gain immédiat.

    193. De toute manière, si dans certains cas le développement durable entraînera de nouvelles formes de croissance, dans d’autres cas, face à l’accroissement vorace et irresponsable produit durant de nombreuses décennies, il faudra penser aussi à marquer une pause en mettant certaines limites raisonnables, voire à retourner en arrière avant qu’il ne soit trop tard. Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. Benoît XVI affirmait qu’« il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d’énergie et améliorant les conditions de son utilisation ».[135]

    194. Pour que surgissent de nouveaux modèles de progrès nous devons « convertir le modèle de développement global»,[136] ce qui implique de réfléchir de manière responsable « sur le sens de l’économie et de ses objectifs, pour en corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres ».[137] Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement. Il s’agit simplement de redéfinir le progrès. Un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ne peut pas être considéré comme un progrès. D’autre part, la qualité réelle de vie des personnes diminue souvent – à cause de la détérioration de l’environnement, de la mauvaise qualité des produits alimentaires eux-mêmes ou de l’épuisement de certaines ressources – dans un contexte de croissance économique. Dans ce cadre, le discours de la croissance durable devient souvent un moyen de distraction et de justification qui enferme les valeurs du discours écologique dans la logique des finances et de la technocratie ; la responsabilité sociale et environnementale des entreprises se réduit d’ordinaire à une série d’actions de marketing et d’image.

    195. Le principe de la maximalisation du gain, qui tend à s’isoler de toute autre considération, est une distorsion conceptuelle de l’économie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la santé de l’environnement ; si l’exploitation d’une forêt fait augmenter la production, personne ne mesure dans ce calcul la perte qu’implique la désertification du territoire, le dommage causé à la biodiversité ou l’augmentation de la pollution. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des coûts. Seul pourrait être considéré comme éthique un comportement dans lequel « les coûts économiques et sociaux dérivant de l’usage des ressources naturelles communes soient établis de façon transparente et soient entièrement supportés par ceux qui en jouissent et non par les autres populations ou par les générations futures ».[138] La rationalité instrumentale, qui fait seulement une analyse statique de la réalité en fonction des nécessités du moment, est présente aussi bien quand c’est le marché qui assigne les ressources, que lorsqu’un État planificateur le fait.

    196. Qu’en est-il de la politique ? Rappelons le principe de subsidiarité qui donne la liberté au développement des capacités présentes à tous les niveaux, mais qui exige en même temps plus de responsabilité pour le bien commun de la part de celui qui détient plus de pouvoir. Il est vrai qu’aujourd’hui certains secteurs économiques exercent davantage de pouvoir que les États eux-mêmes. Mais on ne peut pas justifier une économie sans politique, qui serait incapable de promouvoir une autre logique qui régisse les divers aspects de la crise actuelle. La logique qui ne permet pas d’envisager une préoccupation sincère pour l’environnement est la même qui empêche de nourrir le souci d’intégrer les plus fragiles, parce que « dans le modèle actuel de ‘succès’ et de ‘droit privé’, il ne semble pas que cela ait un sens de s’investir pour que ceux qui restent en arrière, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie ».[139]

    197. Nous avons besoin d’une politique aux vues larges, qui suive une approche globale en intégrant dans un dialogue interdisciplinaire les divers aspects de la crise. Souvent la politique elle-même est responsable de son propre discrédit, à cause de la corruption et du manque de bonnes politiques publiques. Si l’État ne joue pas son rôle dans une

    région, certains groupes économiques peuvent apparaître comme des bienfaiteurs et s’approprier le pouvoir réel, se sentant autorisés à ne pas respecter certaines normes, jusqu’à donner lieu à diverses formes de criminalité organisée, de traite de personnes, de narcotrafic, et de violence, très difficiles à éradiquer. Si la politique n’est pas capable de rompre une logique perverse, et de plus reste enfermée dans des discours appauvris, nous continuerons à ne pas faire face aux grands problèmes de l’humanité. Une stratégie de changement réel exige de repenser la totalité des processus, puisqu’il ne suffit pas d’inclure des considérations écologiques superficielles pendant qu’on ne remet pas en cause la logique sous-jacente à la culture actuelle. Une saine politique devrait être capable d’assumer ces défis.

    198. La politique et l’économie ont tendance à s’accuser mutuellement en ce qui concerne la pauvreté et la dégradation de l’environnement. Mais il faut espérer qu’elles reconnaîtront leurs propres erreurs et trouveront des formes d’interaction orientées vers le bien commun. Pendant que les uns sont obnubilés uniquement par le profit économique et que d’autres ont pour seule obsession la conservation ou l’accroissement de leur pouvoir, ce que nous avons ce sont des guerres, ou bien des accords fallacieux où préserver l’environnement et protéger les plus faibles est ce qui intéresse le moins les deux parties. Là aussi vaut le principe : « l’unité est supérieure au conflit ».[140]

    V. LES RELIGIONS DANS LE DIALOGUE
    AVEC LES SCIENCES

    199. On ne peut pas soutenir que les sciences empiriques expliquent complètement la vie, la structure de toutes les créatures et la réalité dans son ensemble. Cela serait outrepasser de façon indue leurs frontières méthodologiques limitées. Si on réfléchit dans ce cadre fermé, la sensibilité esthétique, la poésie, et même la capacité de la raison à percevoir le sens et la finalité des choses disparaissent.[141] Je veux rappeler que « les textes religieux classiques peuvent offrir une signification pour toutes les époques, et ont une force de motivation qui ouvre toujours de nouveaux horizons […] Est-il raisonnable et intelligent de les reléguer dans l’obscurité, seulement du fait qu’ils proviennent d’un contexte de croyance religieuse ? ».[142] En réalité, il est naïf de penser que les principes éthiques puissent se présenter de manière purement abstraite, détachés de tout contexte, et le fait qu’ils apparaissent dans un langage religieux ne les prive pas de toute valeur dans le débat public. Les principes éthiques que la raison est capable de percevoir peuvent réapparaître toujours de manière différente et être exprimés dans des langages divers, y compris religieux.

    200. D’autre part, toute solution technique que les sciences prétendent apporter sera incapable de résoudre les graves problèmes du monde si l’humanité perd le cap, si l’on oublie les grandes motivations qui rendent possibles la cohabitation, le sacrifice, la bonté. De toute façon, il faudra inviter les croyants à être cohérents avec leur propre foi et à ne pas la contredire par leurs actions ; il faudra leur demander de s’ouvrir de nouveau à la grâce de Dieu et de puiser au plus profond de leurs propres convictions sur l’amour, la justice et la paix. Si une mauvaise compréhension de nos propres principes nous a parfois conduits à justifier le mauvais traitement de la nature, la domination despotique de l’être humain sur la création, ou les guerres, l’injustice et la violence, nous, les croyants, nous pouvons reconnaître que nous avons alors été infidèles au trésor de sagesse que nous devions garder. Souvent les limites culturelles des diverses époques ont conditionné cette conscience de leur propre héritage éthique et spirituel, mais c’est précisément le retour à leurs sources qui permet aux religions de mieux répondre aux nécessités actuelles.

    201. La majorité des habitants de la planète se déclare croyante, et cela devrait inciter les religions à entrer dans un dialogue en vue de la sauvegarde de la nature, de la défense des pauvres, de la construction de réseaux de respect et de fraternité. Un dialogue entre les sciences elles-mêmes est aussi nécessaire parce que chacune a l’habitude de s’enfermer dans les limites de son propre langage, et la spécialisation a tendance à devenir isolement et absolutisation du savoir de chacun. Cela empêche d’affronter convenablement les problèmes de l’environnement. Un dialogue ouvert et respectueux devient aussi nécessaire entre les différents mouvements écologistes, où les luttes idéologiques ne manquent pas. La gravité de la crise écologique exige que tous nous pensions au bien commun et avancions sur un chemin de dialogue qui demande patience, ascèse et générosité, nous souvenant toujours que « la réalité est supérieure à l’idée ».[143]

    SIXIEME CHAPITRE

    EDUCATION
    ET SPIRITUALITE ECOLOGIQUES

    202. Beaucoup de choses doivent être réorientées, mais avant tout l’humanité a besoin de changer. La conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous, est nécessaire. Cette conscience fondamentale permettrait le développement de nouvelles convictions, attitudes et formes de vie. Ainsi un grand défi culturel, spirituel et éducatif, qui supposera de longs processus de régénération, est mis en évidence.

    I. MISER SUR UN AUTRE STYLE DE VIE

    203. Étant donné que le marché tend à créer un mécanisme consumériste compulsif pour placer ses produits, les personnes finissent par être submergées, dans une spirale d’achats et de dépenses inutiles. Le consumérisme obsessif est le reflet subjectif du paradigme techno-économique. Il arrive ce que Romano Guardini signalait déjà : l’être humain « accepte les choses usuelles et les formes de la vie telles qu’elles lui sont imposées par les plans rationnels et les produits normalisés de la machine et, dans l’ensemble, il le fait avec l’impression que tout cela est raisonnable et juste ».[144] Ce paradigme fait croire à tous qu’ils sont libres, tant qu’ils ont une soi-disant liberté pour consommer, alors que ceux qui ont en réalité la liberté, ce sont ceux qui constituent la minorité en possession du pouvoir économique et financier. Dans cette équivoque, l’humanité postmoderne n’a pas trouvé une nouvelle conception d’elle-même qui puisse l’orienter, et ce manque d’identité est vécu avec angoisse. Nous possédons trop de moyens pour des fins limitées et rachitiques.

    204. La situation actuelle du monde « engendre un sentiment de précarité et d’insécurité qui, à son tour, nourrit des formes d’égoïsme collectif ».[145] Quand les personnes deviennent autoréférentielles et s’isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracité. En effet, plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer. Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu’une personne accepte que la réalité lui fixe des limites. À cet horizon, un vrai bien commun n’existe pas non plus. Si c’est ce genre de sujet qui tend à prédominer dans une société, les normes seront seulement respectées dans la mesure où elles ne contredisent pas des besoins personnels. C’est pourquoi nous ne pensons pas seulement à l’éventualité de terribles phénomènes climatiques ou à de grands désastres naturels, mais aussi aux catastrophes dérivant de crises sociales, parce que l’obsession d’un style de vie consumériste ne pourra que provoquer violence et destruction réciproque, surtout quand seul un petit nombre peut se le permettre.

    205. Cependant, tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté. Il n’y a pas de systèmes qui annulent complètement l’ouverture au bien, à la vérité et à la beauté, ni la capacité de réaction que Dieu continue d’encourager du plus profond des cœurs humains. Je demande à chaque personne de ce monde de ne pas oublier sa dignité que nul n’a le droit de lui enlever.

    206. Un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique et social. C’est ce qui arrive quand les mouvements de consommateurs obtiennent qu’on n’achète plus certains produits, et deviennent ainsi efficaces pour modifier le comportement des entreprises, en les forçant à considérer l’impact environnemental et les modèles de production. C’est un fait, quand les habitudes de la société affectent le gain des entreprises, celles-ci se trouvent contraintes à produire autrement. Cela nous rappelle la responsabilité sociale des consommateurs : « Acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral ».[146] C’est pourquoi, aujourd’hui « le thème de la dégradation environnementale met en cause les comportements de chacun de nous ».[147]

    207. La Charte de la Terre nous invitait tous à tourner le dos à une étape d’autodestruction et à prendre un nouveau départ, mais nous n’avons pas encore développé une conscience universelle qui le rende possible. Voilà pourquoi j’ose proposer de nouveau ce beau défi : “Comme jamais auparavant dans l’histoire, notre destin commun nous invite à chercher un nouveau commencement […] Faisons en sorte que notre époque soit reconnue dans l’histoire comme celle de l’éveil d’une nouvelle forme d’hommage à la vie, d’une ferme résolution d’atteindre la durabilité, de l’accélération de la lutte pour la justice et la paix et de l’heureuse célébration de la vie”.[148]

    208. Il est toujours possible de développer à nouveau la capacité de sortir de soi vers l’autre. Sans elle, on ne reconnaît pas la valeur propre des autres créatures, on ne se préoccupe pas de protéger quelque chose pour les autres, on n’a pas la capacité de se fixer des limites pour éviter la souffrance ou la détérioration de ce qui nous entoure. L’attitude fondamentale de se transcender, en rompant avec l’isolement de la conscience et l’autoréférentialité, est la racine qui permet toute attention aux autres et à l’environnement, et qui fait naître la réaction morale de prendre en compte l’impact que chaque action et chaque décision personnelle provoquent hors de soi-même. Quand nous sommes capables de dépasser l’individualisme, un autre style de vie peut réellement se développer et un changement important devient possible dans la société.

    II. ÉDUCATION POUR L’ALLIANCE
    ENTRE L’HUMANITÉ ET L’ENVIRONNEMENT

    209. La conscience de la gravité de la crise culturelle et écologique doit se traduire par de nouvelles habitudes. Beaucoup savent que le progrès actuel, tout comme la simple accumulation d’objets ou de plaisirs, ne suffit pas à donner un sens ni de la joie au cœur humain, mais ils ne se sentent pas capables de renoncer à ce que le marché leur offre. Dans les pays qui devraient réaliser les plus grands changements d’habitudes de consommation, les jeunes ont une nouvelle sensibilité écologique et un esprit généreux, et certains d’entre eux luttent admirablement pour la défense de l’environnement ; mais ils ont grandi dans un contexte de très grande consommation et de bien-être qui rend difficile le développement d’autres habitudes. C’est pourquoi nous sommes devant un défi éducatif.

    210. L’éducation environnementale a progressivement élargi le champ de ses objectifs. Si au commencement elle était très axée sur l’information scientifique ainsi que sur la sensibilisation et la prévention de risques environnementaux, à présent cette éducation tend à inclure une critique des “mythes” de la modernité (individualisme, progrès indéfini, concurrence, consumérisme, marché sans règles), fondés sur la raison instrumentale ; elle tend également à s’étendre aux différents niveaux de l’équilibre écologique : au niveau interne avec soi-même, au niveau solidaire avec les autres, au niveau naturel avec tous les êtres vivants, au niveau spirituel avec Dieu. L’éducation environnementale devrait nous disposer à faire ce saut vers le Mystère, à partir duquel une éthique écologique acquiert son sens le plus profond. Par ailleurs, des éducateurs sont capables de repenser les itinéraires pédagogiques d’une éthique écologique, de manière à faire grandir effectivement dans la solidarité, dans la responsabilité et dans la protection fondée sur la compassion.

    211. Cependant, cette éducation ayant pour vocation de créer une “citoyenneté écologique” se limite parfois à informer, et ne réussit pas à développer des habitudes. L’existence de lois et de normes n’est pas suffisante à long terme pour limiter les mauvais comportements, même si un contrôle effectif existe. Pour que la norme juridique produise des effets importants et durables, il est nécessaire que la plupart des membres de la société l’aient acceptée grâce à des motivations appropriées, et réagissent à partir d’un changement personnel. C’est seulement en cultivant de solides vertus que le don de soi dans un engagement écologique est possible. Si une personne a l’habitude de se couvrir un peu au lieu d’allumer le chauffage, alors que sa situation économique lui permettrait de consommer et de dépenser plus, cela suppose qu’elle a intégré des convictions et des sentiments favorables à la préservation de l’environnement. Accomplir le devoir de sauvegarder la création par de petites actions quotidiennes est très noble, et il est merveilleux que l’éducation soit capable de les susciter jusqu’à en faire un style de vie. L’éducation à la responsabilité environnementale peut encourager divers comportements qui ont une incidence directe et importante sur la préservation de l’environnement tels que : éviter l’usage de matière plastique et de papier, réduire la consommation d’eau, trier les déchets, cuisiner seulement ce que l’on pourra raisonnablement manger, traiter avec attention les autres êtres vivants, utiliser les transports publics ou partager le même véhicule entre plusieurs personnes, planter des arbres, éteindre les lumières inutiles. Tout cela fait partie d’une créativité généreuse et digne, qui révèle le meilleur de l’être humain. Le fait de réutiliser quelque chose au lieu de le jeter rapidement, parce qu’on est animé par de profondes motivations, peut être un acte d’amour exprimant notre dignité.

    212. Il ne faut pas penser que ces efforts ne vont pas changer le monde. Ces actions répandent dans la société un bien qui produit toujours des fruits au-delà de ce que l’on peut constater, parce qu’elles suscitent sur cette terre un bien qui tend à se répandre toujours, parfois de façon invisible. En outre, le développement de ces comportements nous redonne le sentiment de notre propre dignité, il nous porte à une plus grande profondeur de vie, il nous permet de faire l’expérience du fait qu’il vaut la peine de passer en ce monde.

    213. Les milieux éducatifs sont divers : l’école, la famille, les moyens de communication, la catéchèse et autres. Une bonne éducation scolaire, dès le plus jeune âge, sème des graines qui peuvent produire des effets tout au long d’une vie. Mais je veux souligner l’importance centrale de la famille, parce qu’« elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d’une croissance humaine authentique. Contre ce qu’on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie ».[149] Dans la famille, on cultive les premiers réflexes d’amour et de préservation de la vie, comme par exemple l’utilisation correcte des choses, l’ordre et la propreté, le respect pour l’écosystème local et la protection de tous les êtres créés. La famille est le lieu de la formation intégrale, où se déroulent les différents aspects, intimement reliés entre eux, de la maturation personnelle. Dans la famille, on apprend à demander une permission avec respect, à dire “merci” comme expression d’une juste évaluation des choses qu’on reçoit, à dominer l’agressivité ou la voracité, et à demander pardon quand on cause un dommage. Ces petits gestes de sincère courtoisie aident à construire une culture de la vie partagée et du respect pour ce qui nous entoure.

    214. Un effort de sensibilisation de la population incombe à la politique et aux diverses associations. À l’Église également. Toutes les communautés chrétiennes ont un rôle important à jouer dans cette éducation. J’espère aussi que dans nos séminaires et maisons religieuses de formation, on éduque à une austérité responsable, à la contemplation reconnaissante du monde, à la protection de la fragilité des pauvres et de l’environnement. Étant donné l’importance de ce qui est en jeu, de même que des institutions dotées de pouvoir sont nécessaires pour sanctionner les attaques à l’environnement, nous avons aussi besoin de nous contrôler et de nous éduquer les uns les autres.

    215. Dans ce contexte, « il ne faut pas négliger la relation qui existe entre une formation esthétique appropriée et la préservation de l’environnement».[150] Prêter attention à la beauté, et l’aimer, nous aide à sortir du pragmatisme utilitariste. Quand quelqu’un n’apprend pas à s’arrêter pour observer et pour évaluer ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout devienne pour lui objet d’usage et d’abus sans scrupule. En même temps, si l’on veut obtenir des changements profonds, il faut garder présent à l’esprit que les paradigmes de la pensée influent réellement sur les comportements.

    L’éducation sera inefficace, et ses efforts seront vains, si elle n’essaie pas aussi de répandre un nouveau paradigme concernant l’être humain, la vie, la société et la relation avec la nature. Autrement, le paradigme consumériste, transmis par les moyens de communication sociale et les engrenages efficaces du marché, continuera de progresser.

    III. LA CONVERSION ÉCOLOGIQUE

    216. La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, offre une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. Je veux proposer aux chrétiens quelques lignes d’une spiritualité écologique qui trouvent leur origine dans des convictions de notre foi, car ce que nous enseigne l’Évangile a des conséquences sur notre façon de penser, de sentir et de vivre. Il ne s’agit pas de parler tant d’idées, mais surtout de motivations qui naissent de la spiritualité pour alimenter la passion de la préservation du monde. Il ne sera pas possible, en effet, de s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines, sans une mystique qui nous anime, sans « les mobiles intérieurs qui poussent, motivent, encouragent et donnent sens à l’action personnelle et communautaire».[151] Nous devons reconnaître que, nous les chrétiens, nous n’avons pas toujours recueilli et développé les richesses que Dieu a données à l’Église, où la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; la spiritualité se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure.

    217. S’il est vrai que « les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands »,[152] la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. Mais nous devons aussi reconnaître que certains chrétiens, engagés et qui prient, ont l’habitude de se moquer des préoccupations pour l’environnement, avec l’excuse du réalisme et du pragmatisme. D’autres sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. Ils ont donc besoin d’une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse ; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne.

    218. Pour proposer une relation saine avec la création comme dimension de la conversion intégrale de la personne, souvenons-nous du modèle de saint François d’Assise. Cela implique aussi de reconnaître ses propres erreurs, péchés, vices ou négligences, et de se repentir de tout cœur, de changer intérieurement. Les Évêques australiens ont su

    exprimer la conversion en termes de réconciliation avec la création : « Pour réaliser cette réconciliation, nous devons examiner nos vies et reconnaître de quelle façon nous offensons la création de Dieu par nos actions et notre incapacité d’agir. Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement du cœur ».[153]

    219. Cependant, il ne suffit pas que chacun s’amende pour dénouer une situation aussi complexe que celle qu’affronte le monde actuel. Les individus isolés peuvent perdre leur capacité, ainsi que leur liberté pour surmonter la logique de la raison instrumentale, et finir par être à la merci d’un consumérisme sans éthique et sans dimension sociale ni environnementale. On répond aux problèmes sociaux par des réseaux communautaires, non par la simple somme de biens individuels : « Les exigences de cette œuvre seront si immenses que les possibilités de l’initiative individuelle et la coopération d’hommes formés selon les principes individualistes ne pourront y répondre. Seule une autre attitude provoquera l’union des forces et l’unité de réalisation nécessaires ».[154] La conversion écologique requise pour créer un dynamisme de changement durable est aussi une conversion communautaire.

    220. Cette conversion suppose diverses attitudes qui se conjuguent pour promouvoir une protection généreuse et pleine de tendresse. En premier lieu, elle implique gratitude et gratuité, c’est-à-dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît : « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite […] et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 3-4). Cette conversion implique aussi la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures, de former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle. Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres. En outre, en faisant croître les capacités spécifiques que Dieu lui a données, la conversion écologique conduit le croyant à développer sa créativité et son enthousiasme, pour affronter les drames du monde en s’offrant à Dieu « comme un sacrifice vivant, saint et agréable » (Bm 12, 1). Il ne comprend pas sa supériorité comme motif de gloire personnelle ou de domination irresponsable, mais comme une capacité différente, lui imposant à son tour une grave responsabilité qui naît de sa foi.

    221. Diverses convictions de notre foi développées au début de cette Encyclique, aident à enrichir le sens de cette conversion, comme la conscience que chaque créature reflète quelque chose de Dieu et a un message à nous enseigner ; ou encore l’assurance que le Christ a assumé en lui-même ce monde matériel et qu’à présent,

    ressuscité, il habite au fond de chaque être, en l’entourant de son affection comme en le pénétrant de sa lumière ; et aussi la conviction que Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer. Quand on lit dans l’Évangile que Jésus parle des oiseaux, et dit qu’ « aucun d’eux n’est oublié au regard de Dieu » (Lc 12, 6) : pourra-t-on encore les maltraiter ou leur faire du mal ? J’invite tous les chrétiens à expliciter cette dimension de leur conversion, en permettant que la force et la lumière de la grâce reçue s’étendent aussi à leur relation avec les autres créatures ainsi qu’avec le monde qui les entoure, et suscitent cette fraternité sublime avec toute la création, que saint François d’Assise a vécue d’une manière si lumineuse.

    IV. JOIE ET PAIX

    222. La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. Il est important d’assimiler un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que “moins est plus”. En effet, l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. En revanche, le fait d’être sereinement présent à chaque réalité, aussi petite soit-elle, nous ouvre beaucoup plus de possibilités de compréhension et d’épanouissement personnel. La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs.

    223. La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés. On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie.

    224. La sobriété et l’humilité n’ont pas bénéficié d’un regard positif au cours du siècle dernier. Mais quand l’exercice d’une vertu s’affaiblit d’une manière généralisée dans la vie personnelle et sociale, cela finit par provoquer des déséquilibres multiples, y compris des déséquilibres environnementaux. C’est pourquoi, il ne suffit plus de parler seulement de l’intégrité des écosystèmes. Il faut oser parler de l’intégrité de la vie humaine, de la nécessité d’encourager et de conjuguer toutes les grandes valeurs. La disparition de l’humilité chez un être humain, enthousiasmé malheureusement par la possibilité de tout dominer sans aucune limite, ne peut que finir par porter préjudice à la société et à l’environnement. Il n’est pas facile de développer cette saine humilité ni une sobriété heureuse si nous nous rendons autonomes, si nous excluons Dieu de notre vie et que notre moi prend sa place, si nous croyons que c’est notre propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais.

    225. Par ailleurs, aucune personne ne peut mûrir dans une sobriété heureuse, sans être en paix avec elle-même. La juste compréhension de la spiritualité consiste en partie à amplifier ce que nous entendons par paix, qui est beaucoup plus que l’absence de guerre. La paix intérieure des personnes tient, dans une large mesure, de la préservation de l’écologie et du bien commun, parce que, authentiquement vécue, elle se révèle dans un style de vie équilibré joint à une capacité d’admiration qui mène à la profondeur de la vie. La nature est pleine de mots d’amour, mais comment pourrons‑nous les écouter au milieu du bruit constant, de la distraction permanente et anxieuse, ou du culte de l’apparence ? Beaucoup de personnes font l’expérience d’un profond déséquilibre qui les pousse à faire les choses à toute vitesse pour se sentir occupées, dans une hâte constante qui, à son tour, les amène à renverser tout ce qu’il y a autour d’eux. Cela a un impact sur la manière dont on traite l’environnement. Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence « ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée».[155]

    226. Nous parlons d’une attitude du cœur, qui vit tout avec une attention sereine, qui sait être pleinement présent à quelqu’un sans penser à ce qui vient après, qui se livre à tout moment comme un don divin qui doit être pleinement vécu. Jésus nous enseignait cette attitude quand il nous invitait à regarder les lys des champs et les oiseaux du ciel, ou quand en présence d’un homme inquiet « il fixa sur lui son regard et l’aima » (Mc 10, 21). Il était pleinement présent à chaque être humain et à chaque créature, et il nous a ainsi montré un chemin pour surmonter l’anxiété maladive qui nous rend superficiels, agressifs et consommateurs effrénés.

    227. S’arrêter pour rendre grâce à Dieu avant et après les repas est une expression de cette attitude. Je propose aux croyants de renouer avec cette belle habitude et de la vivre en profondeur. Ce moment de la bénédiction, bien qu’il soit très bref, nous rappelle notre dépendance de Dieu pour la vie, il fortifie notre sentiment de gratitude pour les dons de la création, reconnaît ceux qui par leur travail fournissent ces biens, et renforce la solidarité avec ceux qui sont le plus dans le besoin.

    V. AMOUR CIVIL ET POLITIQUE

    228. La préservation de la nature fait partie d’un style de vie qui implique une capacité de cohabitation et de communion. Jésus nous a rappelé que nous avons Dieu comme Père commun, ce qui fait de nous des frères. L’amour fraternel ne peut être que gratuit, il ne peut jamais être une rétribution pour ce qu’un autre réalise ni une avance pour ce que nous espérons qu’il fera. C’est pourquoi, il est possible d’aimer les ennemis. Cette même gratuité nous amène à aimer et à accepter le vent, le soleil ou les nuages, bien qu’ils ne se soumettent pas à notre contrôle. Voilà pourquoi nous pouvons parler d’une fraternité universelle.

    229. Il faut reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde, que cela vaut la peine d’être bons et honnêtes. Depuis trop longtemps déjà, nous sommes dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. L’heure est arrivée de réaliser que cette joyeuse superficialité nous a peu servi. Cette destruction de tout fondement de la vie sociale finit par nous opposer les uns aux autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts ; elle provoque l’émergence de nouvelles formes de violence et de cruauté, et empêche le développement d’une vraie culture de protection de l’environnement.

    230. L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. En attendant, le monde de la consommation exacerbée est en même temps le monde du mauvais traitement de la vie sous toutes ses formes.

    231. L’amour, fait de petits gestes d’attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les « macro-relations: rapports sociaux, économiques, politiques».[156] C’est pourquoi, l’Église a proposé au monde l’idéal d’une « civilisation de l’amour ».[157] L’amour social est la clef d’un développement authentique : « Pour rendre la société plus humaine, plus digne de la personne, il faut revaloriser l’amour dans la vie sociale — au niveau politique, économique, culturel —, en en faisant la norme constante et suprême de l’action ».[158] Dans ce cadre, joint à l’importance des petits gestes quotidiens, l’amour social nous pousse à penser aux grandes stratégies à même d’arrêter efficacement la dégradation de l’environnement et d’encourager une culture de protection qui imprègne toute la société. Celui qui reconnaît l’appel de Dieu à agir de concert avec les autres dans ces dynamiques sociales doit se rappeler que cela fait partie de sa spiritualité, que c’est un exercice de la charité, et que, de cette façon, il mûrit et il se sanctifie.

    232. Tout le monde n’est pas appelé à travailler directement en politique ; mais au sein de la société germe une variété innombrable d’associations qui interviennent en faveur du bien commun en préservant l’environnement naturel et urbain. Par exemple, elles s’occupent d’un lieu public (un édifice, une fontaine, un monument abandonné, un paysage, une place) pour protéger, pour assainir, pour améliorer ou pour embellir quelque chose qui appartient à tous. Autour d’elles, se développent ou se reforment des liens, et un nouveau tissu social local surgit. Une communauté se libère ainsi de l’indifférence consumériste. Cela implique la culture d’une identité commune, d’une histoire qui se conserve et se transmet. De cette façon, le monde et la qualité de vie des plus pauvres sont préservés, grâce à un sens solidaire qui est en même temps la conscience d’habiter une maison commune que Dieu nous a prêtée. Ces actions communautaires, quand elles expriment un amour qui se livre, peuvent devenir des expériences spirituelles intenses.

    VI. LES SIGNES SACRAMENTAUX
    ET LE REPOS POUR CÉLÉBRER

    233. L’univers se déploie en Dieu, qui le remplit tout entier. Il y a donc une mystique dans une feuille, dans un chemin, dans la rosée, dans le visage du pauvre. L’idéal n’est pas seulement de passer de l’extérieur à l’intérieur pour découvrir l’action de Dieu dans l’âme, mais aussi d’arriver à le trouver en toute chose[159], comme l’enseignait saint Bonaventure : « La contemplation est d’autant plus éminente que l’homme sent en lui-même l’effet de la grâce divine et qu’il sait trouver Dieu dans les créatures extérieures ».[160]

    234. Saint Jean de la Croix enseignait que ce qu’il y a de bon dans les choses et dans les expériences du monde « se rencontre[nt] en Dieu éminemment et à l’infini, ou pour mieux dire, chacune de ces excellences est Dieu même, comme toutes ces excellences réunies sont Dieu même »[161]. Non parce que les choses limitées du monde seraient réellement divines, mais parce que le mystique fait l’expérience de la connexion intime qui existe entre Dieu et tous les êtres, et ainsi « il sent que Dieu est toutes les choses »[162]. S’il admire la grandeur d’une montagne, il ne peut pas la séparer de Dieu, et il perçoit que cette admiration intérieure qu’il vit doit reposer dans le Seigneur : « Les montagnes sont élevées ; elles sont fertiles, spacieuses, belles, gracieuses, fleuries et embaumées. Mon Bien-Aimé est pour moi ces montagnes. Les vallons solitaires sont paisibles, agréables, frais et ombragés. L’eau pure y coule en abondance. Ils charment et recréent les sens par leur végétation variée et par les chants mélodieux des oiseaux qui les habitent. Ils procurent la fraîcheur et le repos par la solitude et le silence qui y règnent. Mon Bien-Aimé est pour moi ces valons ».[163]

    235. Les Sacrements sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle. À travers le culte, nous sommes invités à embrasser le monde à un niveau différent. L’eau, l’huile, le feu et les couleurs sont assumés avec toute leur force symbolique et s’incorporent à la louange. La main qui bénit est instrument de l’amour de Dieu et reflet de la proximité de Jésus-Christ qui est venu nous accompagner sur le chemin de la vie. L’eau qui se répand sur le corps de l’enfant baptisé est signe de vie nouvelle. Nous ne nous évadons pas du monde, et nous ne nions pas la nature quand nous voulons rencontrer Dieu. Cela peut se percevoir particulièrement dans la spiritualité chrétienne orientale : « La beauté, qui est l’un des termes privilégiés en Orient pour exprimer la divine harmonie et le modèle de l’humanité transfigurée, se révèle partout : dans les formes du sanctuaire, dans les sons, dans les couleurs, dans les lumières, dans les parfums».[164] Selon l’expérience chrétienne, toutes les créatures de l’univers matériel trouvent leur vrai sens dans le Verbe incarné, parce que le Fils de Dieu a intégré dans sa personne une partie de l’univers matériel, où il a introduit un germe de transformation définitive : « Le christianisme ne refuse pas la matière, la corporéité, qui est au contraire pleinement valorisée dans l’acte liturgique, dans lequel le corps humain montre sa nature intime de temple de l’Esprit et parvient à s’unir au Seigneur Jésus, lui aussi fait corps pour le salut du monde ».[165]

    236. Dans l’Eucharistie, la création trouve sa plus grande élévation. La grâce, qui tend à se manifester d’une manière sensible, atteint une expression extraordinaire quand Dieu fait homme, se fait nourriture pour sa créature. Le Seigneur, au sommet du mystère de l’Incarnation, a voulu rejoindre notre intimité à travers un fragment de matière. Non d’en haut, mais de l’intérieur, pour que nous puissions le rencontrer dans notre propre monde. Dans l’Eucharistie la plénitude est déjà réalisée ; c’est le centre vital de l’univers, le foyer débordant d’amour et de vie inépuisables. Uni au Fils incarné, présent dans l’Eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu. En effet, l’Eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique : « Oui, cosmique! Car, même lorsqu’elle est célébrée sur un petit autel d’une église de campagne, l’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde ».[166] L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création. Le monde qui est issu des mains de Dieu, retourne à lui dans une joyeuse et pleine adoration : dans le Pain eucharistique, « la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même ».[167] C’est pourquoi, l’Eucharistie est aussi source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, et elle nous invite à être gardiens de toute la création.

    237. Le dimanche, la participation à l’Eucharistie a une importance spéciale. Ce jour, comme le sabbat juif, est offert comme le jour de la purification des relations de l’être humain avec Dieu, avec lui-même, avec les autres et avec le monde. Le dimanche est le jour de la résurrection, le “premier jour” de la nouvelle création, dont les prémices sont l’humanité ressuscitée du Seigneur, gage de la transfiguration finale de toute la réalité créée. En outre, ce jour annonce « le repos éternel de l’homme en Dieu »[168]. De cette façon, la spiritualité chrétienne intègre la valeur du loisir et de la fête. L’être humain tend à réduire le repos contemplatif au domaine de l’improductif ou de l’inutile, en oubliant qu’ainsi il retire à l’œuvre qu’il réalise le plus important : son sens. Nous sommes appelés à inclure dans notre agir une dimension réceptive et gratuite, qui est différente d’une simple inactivité. Il s’agit d’une autre manière d’agir qui fait partie de notre essence. Ainsi, l’action humaine est préservée non seulement de l’activisme vide, mais aussi de la passion vorace et de l’isolement de la conscience qui amène à poursuivre uniquement le bénéfice personnel. La loi du repos hebdomadaire imposait de chômer le septième jour « afin que se reposent ton bœuf et ton âne et que reprennent souffle le fils de ta servante ainsi que l’étranger » (Ex 23, 12). En effet, le repos est un élargissement du regard qui permet de reconnaître à nouveau les droits des autres. Ainsi, le jour du repos, dont l’Eucharistie est le centre, répand sa lumière sur la semaine tout entière et il nous pousse à intérioriser la protection de la nature et des pauvres.

    VII. LA TRINITÉ ET LA RELATION ENTRE LES CRÉATURES

    238. Le Père est l’ultime source de tout, fondement aimant et communicatif de tout ce qui existe. Le Fils, qui le reflète, et par qui tout a été créé, s’est uni à cette terre quand il a été formé dans le sein de Marie. L’Esprit, lien infini d’amour, est intimement présent au cœur de l’univers en l’animant et en suscitant de nouveaux chemins. Le monde a été créé par les trois Personnes comme un unique principe divin, mais chacune d’elles réalise cette œuvre commune selon ses propriétés personnelles. C’est pourquoi « lorsque […] nous contemplons avec admiration l’univers dans sa grandeur et sa beauté, nous devons louer la Trinité tout entière ».[169]

    239. Pour les chrétiens, croire en un Dieu qui est un et communion trinitaire, incite à penser que toute la réalité contient en son sein une marque proprement trinitaire. Saint Bonaventure en est arrivé à affirmer que, avant le péché, l’être humain pouvait découvrir comment chaque créature « atteste que Dieu est trine ». Le reflet de la Trinité pouvait se reconnaître dans la nature « quand ce livre n’était pas obscur pour l’homme et que le regard de l’homme n’avait pas été troublé ».[170] Le saint franciscain nous enseigneque toute créature porte en soi une structure proprement trinitaire, si réelle qu’elle pourrait être spontanément contemplée si le regard de l’être humain n’était pas limité, obscur et fragile. Il nous indique ainsi le défi d’essayer de lire la réalité avec une clé trinitaire.

    240. Les Personnes divines sont des relations subsistantes, et le monde, créé selon le modèle divin, est un tissu de relations. Les créatures tendent vers Dieu, et c’est le propre de tout être vivant de tendre à son tour vers autre chose, de telle manière qu’au sein de l’univers nous pouvons trouver d’innombrables relations constantes qui s’entrelacent secrètement[171]. Cela nous invite non seulement à admirer les connexions multiples qui existent entre les créatures, mais encore à découvrir une clé de notre propre épanouissement. En effet, plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité.

    VIII. LA REINE DE TOUTE LA CRÉATION

    241. Marie, la Mère qui a pris soin de Jésus, prend soin désormais de ce monde blessé, avec affection et douleur maternelles. Comme, le cœur transpercé, elle a pleuré la mort de Jésus, maintenant elle compatit à la souffrance des pauvres crucifiés et des créatures de ce monde saccagées par le pouvoir humain. Totalement transfigurée, elle vit avec Jésus, et toutes les créatures chantent sa beauté. Elle est la Femme « enveloppée de soleil, la lune est sous ses pieds, et douze étoiles couronnent sa tête » (Ap12, 1). Élevée au ciel, elle est Mère et Reine de toute la création. Dans son corps glorifié, avec le Christ ressuscité, une partie de la création a atteint toute la plénitude de sa propre beauté. Non seulement elle garde dans son cœur toute la vie de Jésus qu’elle conservait fidèlement (cf. Lc 2, 51.51), mais elle comprend aussi maintenant le sens de toutes choses. C’est pourquoi, nous pouvons lui demander de nous aider à regarder ce monde avec des yeux plus avisés.

    242. A côté d’elle, dans la Sainte Famille de Nazareth, se détache la figure de saint Joseph. Il a pris soin de Marie et de Jésus ; il les a défendus par son travail et par sa généreuse présence, et il les a libérés de la violence des injustes en les conduisant en Égypte. Dans l’Évangile, il apparaît comme un homme juste, travailleur, fort. Mais de sa figure, émane aussi une grande tendresse, qui n’est pas le propre des faibles, mais le propre de ceux qui sont vraiment forts, attentifs à la réalité pour aimer et pour servir humblement. Voilà pourquoi il a été déclaré protecteur de l’Église universelle. Il peut aussi nous enseigner à protéger, il peut nous motiver à travailler avec générosité et tendresse pour prendre soin de ce monde que Dieu nous a confié.

    IX. AU-DELÀ DU SOLEIL

    243. A la fin, nous nous trouverons face à face avec la beauté infinie de Dieu (cf. 1 Co 13, 12) et nous pourrons lire, avec une heureuse admiration, le mystère de l’univers qui participera avec nous à la plénitude sans fin. Oui, nous voyageons vers le sabbat de l’éternité, vers la nouvelle Jérusalem, vers la maison commune du ciel. Jésus nous dit : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap21, 5). La vie éternelle sera un émerveillement partagé, où chaque créature, transformée d’une manière lumineuse, occupera sa place et aura quelque chose à apporter aux pauvres définitivement libérés.

    244. Entre-temps, nous nous unissons pour prendre en charge cette maison qui nous a été confiée, en sachant que tout ce qui est bon en elle sera assumé dans la fête céleste. Ensemble, avec toutes les créatures, nous marchons sur cette terre en cherchant Dieu, parce que « si le monde a un principe et a été créé, il cherche celui qui l’a créé, il cherche celui qui lui a donné un commencement, celui qui est son Créateur ».[172] Marchons en chantant ! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance.

    245. Dieu qui nous appelle à un engagement généreux, et à tout donner, nous offre les forces ainsi que la lumière dont nous avons besoin pour aller de l’avant. Au cœur de ce monde, le Seigneur de la vie qui nous aime tant, continue d’être présent. Il ne nous abandonne pas, il ne nous laisse pas seuls, parce qu’il s’est définitivement uni à notre terre, et son amour nous porte toujours à trouver de nouveaux chemins. Loué soit-il.

    * * *

    246. Après cette longue réflexion, à la fois joyeuse et dramatique, je propose deux prières : l’une que nous pourrons partager, nous tous qui croyons en un Dieu Créateur Tout-Puissant ; et l’autre pour que nous, chrétiens, nous sachions assumer les engagements que nous propose l’Évangile de Jésus, en faveur de la création.

    Prière pour notre terre

    Dieu Tout-Puissant

    qui es présent dans tout l’univers

    et dans la plus petite de tes créatures,

    Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe,

    répands sur nous la force de ton amour pour que

    nous protégions la vie et la beauté.

    Inonde-nous de paix, pour que nous vivions

    comme frères et sœurs

    sans causer de dommages à personne.

    Ô Dieu des pauvres,

    aide-nous à secourir les abandonnés

    et les oubliés de cette terre

    qui valent tant à tes yeux.

    Guéris nos vies,

    pour que nous soyons des protecteurs du monde

    et non des prédateurs,

    pour que nous semions la beauté

    et non la pollution ni la destruction.

    Touche les cœurs

    de ceux qui cherchent seulement des profits

    aux dépens de la terre et des pauvres.

    Apprends-nous à découvrir

    la valeur de chaque chose,

    à contempler, émerveillés,

    à reconnaître que nous sommes profondément unis

    à toutes les créatures

    sur notre chemin vers ta lumière infinie.

    Merci parce que tu es avec nous tous les jours.

    Soutiens-nous, nous t’en prions,

    dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix.

    Prière chrétienne avec la création

    Nous te louons, Père, avec toutes tes créatures,

    qui sont sorties de ta main puissante.

    Elles sont tiennes, et sont remplies de ta présence

    comme de ta tendresse.

    Loué sois-tu.

    Fils de Dieu, Jésus,

    toutes choses ont été créées par toi.

    Tu t’es formé dans le sein maternel de Marie,

    tu as fait partie de cette terre,

    et tu as regardé ce monde avec des yeux humains.

    Aujourd’hui tu es vivant en chaque créature

    avec ta gloire de ressuscité.

    Loué sois-tu.

    Esprit-Saint, qui par ta lumière

    orientes ce monde vers l’amour du Père

    et accompagnes le gémissement de la création,

    tu vis aussi dans nos cœurs

    pour nous inciter au bien.

    Loué sois-tu.

    Ô Dieu, Un et Trine,

    communauté sublime d’amour infini,

    apprends-nous à te contempler

    dans la beauté de l’univers,

    où tout nous parle de toi.

    Éveille notre louange et notre gratitude

    pour chaque être que tu as créé.

    Donne-nous la grâce

    de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe.

    Dieu d’amour, montre-nous

    notre place dans ce monde

    comme instruments de ton affection

    pour tous les êtres de cette terre,

    parce qu’aucun n’est oublié de toi.

    Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent

    pour qu’ils se gardent du péché de l’indifférence,

    aiment le bien commun, promeuvent les faibles,

    et prennent soin de ce monde que nous habitons.

    Les pauvres et la terre implorent :

    Seigneur, saisis-nous

    par ta puissance et ta lumière

    pour protéger toute vie,

    pour préparer un avenir meilleur,

    pour que vienne

    ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté.

    Loué sois-tu.

    Amen.

    Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 24 mai 2015, solennité de Pentecôte, en la troisième année de mon Pontificat.

    Franciscus

    [1] François d’assise, Cantique des créatures. SC 285, p. 343-345.

    [2] Lett. apost. Octogesima adveniens (14 mai 1971), n. 21 : AAS 63 (1971), 416-417.

    [3] Discours à l’occasion du 25ème anniversaire de la FAO (16 novembre 1970), n. 4 : AAS 62 (1970), 833.

    [4] Lett. enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 15 : AAS 71 (1979), 287.

    [5] Cf. Catéchèse (17 janvier 2001), n. 4 : Insegnamenti 24/1 (2001), 179 ; L´Osservatore Romano, éd. française (par la suite ORf) (23 janvier 2001), n. 4, p. 12.

    [6] Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 38 : AAS 83 (1991), 841.

    [7] Ibid., n. 58 : p. 863.

    [8] Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 34 : AAS 80 (1988), 559.

    [9] Cf. Id., Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 37 : AAS 83 (1991), 840.

    [10] Discours au Corps Diplomatique accrédité près le Saint-Siège, (8 janvier 2007) : AAS 99 (2007), n. 73.

    [11] Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 51 : AAS 101 (2009), 687.

    [12] Discours au Deutscher Bundestag, Berlin (22 septembre 2011) : AAS 103 (2011), 664.

    [13] Discours au clergé du Diocèse de Bolzano-Bressanone (6 août 2008) : AAS 100 (2008), 634.

    [14] Message pour la Journée de prière pour la sauvegarde de la création (1er septembre 2012).

    [15] Discours à Santa Barbara, California (8 novembre 1997) ; cf. John Chryssavgis, On Earth as in Heaven: Ecological Vision and Iniciatives of Ecumenical Patriarch Bartholomew, Bronx, New York

    2012.

    [16] Ibid.

    [17] Conférence au Monastère d’Utstein, Norvège (23 juin 2003).

    [18] Discours au I er Sommet de Halki : «Global Responsibility and Ecological Sustainability: Closing Remarks», Istanbul (20 juin 2012).

    [19] Thomas de Celano, Vita prima de saint François, XXIX, 81 : FF 460.

    [20] Legenda Maior, VIII, 6 : FF 1145.

    [21] Cf. Thomas de Celano, Vita Secunda de saint François, CXXIV, 165 : FF 750.

    [22] Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud, Pastoral Statement on the Environmental Crisis (5 septembre 1999).

    [23] Cf. Salut au personnel de la FAO (20 novembre 2014) : AAS 106 (2014), 985.

    [24] Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), n. 86.

    [25] Conférence des évêques catholiques des Philippines, Lettre pastorale What is Happening to our Beautiful Land? (29 janvier 1988).

    [26] Conférence épiscopale bolivienne, Lettre pastorale sur l’environnement et le développement humain en Bolivie El universo, don de Dios para la vida (2012), 17.

    [27] Cf. Conférence épiscopale allemande : Commission pour les affaires sociales, Der Klimawandel: Brennpunkt globaler, intergenerationeller und ökologischer Gerechtigkeit (septembre 2006), 28-30.

    [28] Conseil Pontifical «Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 483.

    [29] Catéchèse (5 juin 2013) : Insegnamenti 1/1 (2013), 280 ; ORf (5 juin 2013), n. 23, p. 3.

    [30] Évêques de la région de Patagonie-Comahue (Argentine), Mensaje de Navidad (décembre 2009), 2.

    [31] Conférence des évêques catholiques des États-Unis d’Amérique, Global Climate Change: A Plea for Dialogue, Prudence and the Common Good (15 juin 2001).

    [32] Vème Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida (29 juin 2007), 471.

    [33] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 56 : AAS 105 (2013), 1043.

    [34] Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 12 : AAS 82 (1990), 154.

    [35] Id., Catéchèse (17 janvier 2001), 3 : Insegnamenti 24/1 (2001) ; ORf (23 janvier 2001) n. 4, p. 12.

    [36] JEAN-PAUL II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 15 : AAS 82 (1990), 156.

    [37] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 357.

    [38] Cf. Angelus à Osnabrück (Allemagne) avec des personnes vivant des situations de handicap (16 novembre 1980) : Insegnamenti 3/2 (1980), 1232 ; ORf (18 novembre 1980), n. 47, p. 3.

    [39] Benoît XVI, Homélie de la messe inaugurale du ministère pétrinien (24 avril 2005) : AAS 97 (2005), 711.

    [40] Cf. Legenda Maior, VIII, 1 : FF 1134.

    [41] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2416.

    [42] Conférence épiscopale allemande, Zukunft der Schöpfung – Zukunft der Menschheit. Erklärung der Deutschen Bischofskonferen.Z .Zu Fragen der Umwelt und der Energieversorgung (1980), II, 2.

    [43] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 339.

    [44] Hom. in Hexaemeron, 1, 2, 10 : PG 29, 9.

    [45] La Divine Comédie. Paradis, Chant XXXIII, 145.

    [46] Benoît XVI, Catéchèse (9 novembre 2005) : Insegnamenti 1 (2005) , 768.

    [47] Id., Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 51 : AAS 101 (2009), 687.

    [48] Jean-PauL II, Catéchèse (24 avril 1991), 6 : Insegnamenti 14/1 (1991), 856.

    [49] Le Catéchisme explique que Dieu a voulu créer un monde en route vers sa perfection ultime, et que ceci implique la présence de l’imperfection et du mal physique : cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 310.

    [50] Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 36.

    [51] Thomas d’Aquin, Somme théologique I, q. 104, art. 1, ad 4.

    [52] Id., In octo libros Physicorum Aristotelis expositio, lib II, lectio 14.

    [53] L’apport de P. Teilhard de Chardin se situe dans cette perspective ; cf. Paul VI, Discours dans un établissement de chimie pharmaceutique (24 février 1966) : Insegnamenti 4 (1966), 992-993 ; Jean-Paul II, Lettre au Révérend P. George V. Coyne (1erjuin 1988) : Insegnamenti 11/2 (1988), 1715 ; Benoît XVI, Homélie pour la célébration des Vêpres à Aoste (24 juillet 2009) :Insegnamenti 5/2 (2009), 60.

    [54] JEAN-PAUL II, Catéchèse (30 janvier 2002), n. 6 : Insegnamenti 25/1 (2002), 140.

    [55] Conférence des évêques catholiques du Canada : Commission des affaires sociales, Lettre pastorale sur l’Imfiératif écologique chrétien (4 octobre 2003), 1.

    [56] Conférence des évêques du Japon, Reverence for Life. A Message for the Twenty-First Century (janvier 2001), n. 89.

    [57] Jean-Paul II, Catéchèse (26 janvier 2000), n. 5 : Insegnamenti 23/1 (2000), 123.

    [58] Id., Catéchèse (2 août 2000), n. 3 : Insegnamenti 23/2 (2000), 112.

    [59] Paul Ricœur, Philosophie de la volonté : Finitude et culpabilité, Paris 2009, p. 216.

    [60] Somme Théologique I, q. 47, art. 1.

    [61] Ibid.

    [62] Cf. Ibid., art. 2, ad. 1 ; art 3.

    [63] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 340.

    [64] Cantique des créatures, SC 285, p. 343.

    [65] Cf. Conférence nationale des évêques du Brésil, A Igreja e a questáo ecológica, 1992, 53-54.

    [66] Ibid., 61.

    [67] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 215 : AAS 105 (2013), 1109.

    [68] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 14 : AAS 101 (2009), 650.

    [69] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2418.

    [70] Conférence de l’Épiscopat de la République Dominicaine, Carta pastoral sobre la relación del hombre con la naturaleza, (21 janvier 1987).

    [71] Jean-Paul II, Lett. enc. Laborem exercens (14 septembre 1981), n. 19 : AAS 73 (1981), 626.

    [72] Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 31 : AAS 83 (1991), 831.

    [73] Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 33 : AAS 80 (1988), 557.

    [74] Discours aux indigènes et paysans du Mexique, Cuilapán (29 janvier 1979), n. 6 : AAS 71 (1979), 209.

    [75] Homélie de la messe pour les agriculteurs à Recife, Brésil (7 juillet 1980), n. 4 : AAS 72 (1980), 926.

    [76] Cf. Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 8 : AAS 82 (1990), 152.

    [77] Conférence épiscopale paraguayenne, Lettre pastorale El campesino paraguayo y la tierra (12 juin 1983), n. 2, 4, d.

    [78] Conférence épiscopale de Nouvelle Zélande, Statement on Environmental Issues, Wellington (1er septembre 2006).

    [79] Lett. enc. Laborem exercens (14 sep. 1981), n. 27 : AAS 73 (1981), 645.

    [80] Pour cette raison saint Justin a pu parlé de « semences du Verbe » dans le monde : cf. II Apologia 8, 1-2 ; 13, 3-6 : PG 6, 457-458 ; 467.

    [81] Jean-Paul II, Discours aux représentants des hommes de la science, de la culture et des hautes études à l’Université des Nations-Unies, Hiroshima (25 février 1981), n. 3 : AAS 73 (1981), 422.

    [82] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 69 : AAS 101 (2009), 702.

    [83] Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit, Würzburg 91965, p. 87 (édition française : La fin des temps modernes, Paris 1952, p. 92, par la suite éd. fr.).

    [84] Ibid., (éd. fr. : p. 92).

    [85] Ibid., p. 87-88 (éd. fr. : p. 93).

    [86] Conseil Pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 462.

    [87] Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit, p. 63-64 (éd. fr. : IA fin des temps modernes, p. 68).

    [88] Ibid., (éd. fr. : p. 68).

    [89] Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 35 : AAS 101 (2009), 671.

    [90] Ibid., n. 22 : p. 657.

    [91] Exhort. apost. Evangelii gauúum (24 novembre 2013), n. 231 : AAS 105 (2013), 1114.

    [92] Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit, p. 63 (éd. fr. : La fin des temps modernes, p. 68).

    [93] Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 38 : AAS 83 (1991), 841.

    [94] Cf. Déclaration Love for creation. An Asian Response to the Ecological Crisis, Colloque organisé par la Fédération des Conférences Épiscopales d’Asie, Tagaytay (31 janvier – 5 février 1993), 3.3.2.

    [95] Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 37 : AAS 83 (1991), 840.

    [96] Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2010, n. 2 : AAS 102 (2010), 41.

    [97] Id., Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 28 : AAS 101 (2009), 663.

    [98] Cf. Vincent de Lerins, Commonitorium primumm, chap. 23 : PL 50, 668 : « Ut annis scilicet consolidetur, dilatetur tempore, sublimetur aetate ».

    [99] N. 80 : AAS 105 (2013), 1053.

    [100] Conc. Œcuménique VAT. II, Const. past. Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 63.

    [101] Cf. JEAN-PAuL II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 37 : AAS 83 (1991), 840.

    [102] Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 34 : AAS 59 (1967), 274.

    [103] BENoÎT XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 32 : AAS 101 (2009), 666.

    [104] Ibid.

    [105] Ibid.

    [106] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2417.

    [107] Ibid., n. 2418.

    [108] Ibid., n. 2415.

    [109] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 6 : AAS 82 (1990), 150.

    [110] Discours à l’Académie Pontificale des Sciences (3 octobre 1981), n. 3 : Insegnamenti 4/2 (1981), 333.

    [111] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 7 : AAS 82 (1990), 151.

    [112] Jean-Paul II, Discours à la 35ème Assemblée Générale de l’Association Médicale Mondiale (29 octobre 1983), n. 6 : AAS 76 (1984), 394.

    [113] Conférence épiscopale d’Argentine : Commission de Pastorale sociale, Una tierra para todos (juin 2005), 19.

    [114] Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (14 juin 1992), Principe 4.

    [115] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 237 : AAS 105 (2013), 1116.

    [116] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 51 : AAS 101 (2009), 687.

    [117] Certains auteurs ont montré les valeurs qui souvent se vivent, par exemple dans les “villas”, bidonvilles ou favelas de l’Amérique Latine : cf. JuAN CARLoS SCANNoNE, La irrupción del pobre y la logica de la gratuidad, dans : JuAN CARLoS SCANNoNE y MARCELo PERiNE (edd.), Irrupción del pobre y quehacer filosófico. Hacia una nueva racionalidad, Buenos Aires 1993, p. 225-230.

    [118] Conseil Pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, n. 482.

    [119] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 210 : AAS 105 (2013), 1107.

    [120] Discours au Deutscher Bundestag, Berlin (22 septembre 2011) : AAS 103 (2011), 668.

    [121] Catéchèse (15 avril 2015) : ORf (16 avril 2015), n. 16, p. 2.

    [122] Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et Spes, sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 26.

    [123] Cf. n. 186-201 : AAS 105 (2013), 1098-1105.

    [124] Conférence épiscopale portugaise, Lettre pastorale Responsabilidade solidária pelo bem comum (15 septembre 2003), 20.

    [125] Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2010, n. 8 : AAS 102 (2010), 45.

    [126] Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement (14 juin 1992), Principe 1.

    [127] Conférence des évêques de Bolivie, Lettre pastorale sur l’environnement et le développement humain en Bolivie El universo, don de Dios para la vida (2012), 86.

    [128] Conseil Pontifical « Justice et Paix », Energia, justicia y paz, n. IV, 1, Cité du Vatican (2013), p. 57.

    [129] Benoît XVI, Lett. Enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 67 : AAS 101 (2009), 700.

    [130] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 222 : AAS 105 (2013), 1111.

    [131] Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 469.

    [132] Déclaration de Rio sur l’environnement et le âveloppement (14 juin 1992), Principe 15.

    [133] Cf. Conférence de l’Épiscopat mexicain : Coommission de la Pastorale sociale, Jesucristo, vida y esperanza de los indígenas y campesinos (14 janvier 2008).

    [134] CConseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 470.

    [135] Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2010, n. 9 : AAS 102 (2010), 46.

    [136] Ibid.

    [137] Ibid., n. 5 : p. 43.

    [138] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 50 : AAS 101 (2009), 686.

    [139] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 209 : AAS 105 (2013), 1107.

    [140] Ibid., n. 228 : p. 1113.

    [141] Cf. Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 34 : AAS 105 (2013), 577 : « La lumière de la foi, dans la mesure où elle est unie à la vérité de l’amour, n’est pas étrangère au monde matériel, car l’amour se vit toujours corps et âme ; la lumière de la foi est une lumière incarnée, qui procède de la vie lumineuse de Jésus. Elle éclaire aussi la matière, se fie à son ordre, reconnaît qu’en elle s’ouvre un chemin d’harmonie et de compréhension toujours plus large. Le regard de la science tire ainsi profit de la foi : cela invite le chercheur à rester ouvert à la réalité, dans toute sa richesse inépuisable. La foi réveille le sens critique dans la mesure où elle empêche la recherche de se complaire dans ses formules et l’aide à comprendre que la nature est toujours plus grande. En invitant à l’émerveillement devant le mystère du créé, la foi élargit les horizons de la raison pour mieux éclairer le monde qui s’ouvre à la recherche scientifique ».

    [142] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 256 : AAS 105 (2013), 1123.

    [143] Ibid., n. 231: p. 1114.

    [144] Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit, Würzburg 91965, p. 66-67 (éd. fr. : La fin des temps modernes, Paris 1952, p. 71-72).

    [145] Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 1 : AAS 82 (1990), 147.

    [146] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 66 : AAS 101 (2009), 699.

    [147] Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2010, n. 11 : AAS 102 (2010), 48.

    [148] La Charte de la Terre, La Haye (29 juin 2000).

    [149] Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 39 : AAS 83 (1991), 842.

    [150] Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1990, n. 14 : AAS 82 (1990), 155.

    [151] Exhort. apost. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 261 : AAS 105 (2013), 1124.

    [152] Benoît XVI, Homélie pour l’inauguration solennelle du ministère pétrinien (24 avril 2005) : AAS 97 (2005), 710.

    [153] Conférence des évêques catholiques d’Australie, A New Earth – The Environmental Challenge, Canberra (2002).

    [154] Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit, p. 72 (éd. fr. : p. 77).

    [155] Exhort. apost. Evangelii gauúum (24 novembre 2013), n. 71 : AAS 105 (2013), 1050.

    [156] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 2 : AAS 101 (2009), 642.

    [157] Paul VI, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1977 : AAS 68 (1976), 709.

    [158] Conseil Pontifical « JustiCe et Paix », Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise, n. 582.

    [159] Un maître spirituel, Alî al-Khawwâç, à partir de sa propre expérience, soulignait aussi la nécessité de ne pas trop séparer les créatures du monde de l’expérience intérieure de Dieu. Il affirmait : « Il ne faut donc pas blâmer de parti pris les gens de chercher l’extase dans la musique et la poésie. Il y a un “secret” subtil dans chacun des mouvements et des sons de ce monde. Les initiés arrivent à saisir ce que disent le vent qui souffle, les arbres qui se penchent, l’eau qui coule, les mouches qui bourdonnent, les portes qui grincent, le chant des oiseaux, le pincement des cordes, les sifflement de la flûte, le soupir des malades, le gémissement de l’affligé…. », EvA DE viTRAyMEyERoviTCH [éd.], Anthologie du soufisme, Paris 1978, p. 200.

    [160] In II Sent., 23, 2, 3.

    [161] Cantique spirituel, XIV-XV, 5 (Œuvres complètes, Paris 1990, p. 409-410).

    [162] Ibid.

    [163] Ibíd., XIV, 6-7 (p. 410).

    [164] Jean-Paul II, Lett. apost. Orientale lumen (2 mai 1995), n. 11 : AAS 87 (1995), 757.

    [165] Ibid.

    [166] Lett. enc. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 8 : AAS 95 (2003), 438.

    [167] Benoît XVI, Homélie à l’occasion de la Messe du Corpus Domini (15 juin 2006) : AAS 98 (2006), 513.

    [168] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2175.

    [169] Jean-Paul II, Catéchèse (2 août 2000), n. 4 : Insegnamenti 23/2 (2000), 112.

    [170] Quaest. disp. de Myst. Trinitatis, 1, 2, concl.

    [171] Cf. Thomas D’Aquin, Summa Theologiae I, q. 11, art. 3 ; q. 21, art. 1, ad 3 ; q. 47, art. 3.

    [172] Basilio Magno, Hom. in Hexaemeron, 1, 2, 6: PG 29, 8.

    http://w2.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_fr.pdf

    SUISSE. Votes truqués, des preuves…


    Les scanners sont faillibles, exemple, la 4ème croix n’est pas comptée par le scanner… Tous les réseaux informatiques communaux sont hackables…


    Le système des votes par correspondance avec enveloppes translucides et scannables sans ouvrir les enveloppes avant le jour du dépouillement est fait pour faciliter les fraudes dans toute la Suisse…

    Erreurs de comptage dans plusieurs communes

    Selon «20 Minuten», une erreur de comptage a eu lieu notamment dans la commune de Kaltbrunn (SG). Le nombre de «oui» et de «non» y auraient été inversé…


    Le lien renvoie sur une autre nouvelle…. bizarre….

    Le texte écrit parle de plus de 500 voix fausses… dans une seule commune… Le vrai écart est donc proche de seulement 1’000 voix sur TOUTE LA SUISSE. 


    La nouvelle de l’écart est en fait manipulée, la vérité est la moitié de la différence plus une voix, donc un peu plus de 1’000 voix seulement (sic)… çà change en permanence… Ce sera peut-être quelques centaines ou même dizaines, ou même dans l’autre sens… On parle d’urnes “oubliées”…


    La majorité absolue est composée de la moitié des voix plus une.

    ON DEVRAIT RECOMPTER A LA MAIN ( ET PAS AVEC DES BALANCES OU DES MACHINES OPTIQUES…) DANS LES GRANDES VILLES ET LES VOTES éLECTRONIQUES…

    Une seule ville qui triche change le résultat de toute la Suisse… Lausanne triche, Genève triche, les votes électroniques sont trichés…

    Est-ce démocratique ?


    Recours possible pour tous les suisses et dans toute la Suisse.

    Dans le cadre d’une votation fédérale, on peut envisager qu’un citoyen puisse, à certaines conditions ( vu que le résultat d’ensemble peur dépendre de fraudes dans un autre canton ), se plaigne par la voie du recours prévu à l’art. 82 let. c LTF d’irrégularités entachant le scrutin dans d’autres cantons (cf. arrêt 1C_253/2009 du 1er octobre 2009). En l’occurrence on demande des enquêtes sur les conditions de vote notamment dans les EMS et les poubelles notamment bâloises, injonctions sur le matériel à utiliser dont des enveloppes transparentes dans de nombreux cantons, interdiction du vote électronique et des votes par correspondance vu les doutes… 
     Selon l’art. 95 let. a LTF, le recours peut être formé pour violation du droit fédéral – y compris les droits constitutionnels – ainsi que pour violation de dispositions cantonales sur le droit de vote des citoyens et sur les élections et votations populaires (art. 95 let. c et d LTF). Saisi d’un recours pour violation des droits politiques, le Tribunal fédéral revoit librement l’interprétation et l’application du droit fédéral (soit en particulier les principes découlant directement de l’art. 34 Cst. et les dispositions de la LDP) et du droit constitutionnel cantonal, ainsi que des dispositions de rang inférieur qui sont étroitement liées au droit de vote ou en précisent le contenu et l’étendue (ATF 129 I 185 consid. 2 p. 190). Aux termes de l’art. 106 al. 2 LTF, le Tribunal fédéral n’examine la violation de droits fondamentaux que si ce grief a été invoqué et motivé par le recourant. L’acte de recours doit donc, à peine d’irrecevabilité, contenir un exposé succinct des droits constitutionnels ou des principes juridiques violés et préciser en quoi consiste la violation. Lorsqu’il est saisi d’un recours, le Tribunal fédéral n’a donc pas à vérifier de lui-même si l’arrêt entrepris est en tous points conforme au droit et à l’équité. Il n’examine que les griefs d’ordre constitutionnel invoqués et suffisamment motivés dans l’acte de recours. Le recourant ne saurait se contenter d’invoquer le principe “jura novit curia”, ni de soulever de vagues griefs ou de renvoyer aux actes cantonaux (ATF 134 I 20consid. 5.2 p. 30 s.; 133 II 249 consid. 1.4 p. 254; 133 III 393 consid. 6 p. 397 et la jurisprudence citée).
    Le Tribunal fédéral conduit par ailleurs son raisonnement juridique sur la base des faits établis par l’autorité précédente (cf. art. 105 al. 1 LTF). Il peut néanmoins rectifier ou compléter les faits constatés de façon manifestement inexacte (soit arbitraire; ATF 133 III 393 consid. 7.1 p. 398) ou en violation du droit au sens de l’art. 95 LTF (cf. art. 105 al. 2 LTF). Le recourant peut soulever de tels vices relatifs à la constatation des faits si leur correction est susceptible d’influer sur le sort de la cause (cf. art. 97 al. 2 LTF); toutefois, il est également tenu de se conformer aux exigences de motivation prévues à l’art. 106 al. 2 LTF, soit d’exposer d’une manière circonstanciée ses griefs (cf. ATF 133 II 249 consid. 1.4.3 p. 254 ss).

    Si vous avez le moindre doute, résistez et faites un recours par écrit au Tribunal Fédéral Suisse
    et recommandé immédiatement.

    Tribunal Fédéral Suisse

    avenue du Tribunal-Fédéral 29
    1005 Lausanne



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    Comme souvent, des erreurs de comptage sont apparues au lendemain des votations de dimanche.

    Une faute?
    Signalez-la-nous!
    La plus importante – une différence de 1000 voix – a été constatée à Rapperswil-Jona (SG) pour un scrutin cantonal. La votation cantonale en Valais a aussi fait l’objet d’une inversion. Dans les deux cas, les erreurs n’ont pas eu d’influence sur l’issue du vote.

    Et si le nombre de voix d’écart passait de 3696 à 3435? Selon «20 Minuten», une erreur de comptage a eu lieu dans la commune de Kaltbrunn (SG). Le nombre de «oui» et de «non» y auraient été inversés. Une information que confirme la chancellerie cantonale. Les résultats officiels devraient donc être corrigés.

    En Valais, les résultats des deux questions posées ont été en partie intervertis. L’administration cantonale a recompté l’ensemble des résultats, a indiqué lundi dans un communiqué le Service des affaires intérieures et communales (SAIC).
    Les données envoyées par les communes et introduites dans le système informatique indiquaient dimanche que 50,1% des votants ont accepté la composition et le mode d«élection du Grand Conseil et 51,7% ont accepté les nouvelles modalités d«organisation des autorités cantonales. Après vérifications, il apparaît que 50,2% des votants ont refusé le premier objet et 52,1% ont accepté le second.
    Le résultat final n’est cependant pas modifié, dès lors que les deux objets ont de toute façon été rejetés en vertu d’un règlement spécifique au Valais selon lequel, lors d’une modification de la constitution, les bulletins blancs sont pris en compte. Or ces derniers ont atteint près de 8% des bulletins rentrés, contre 3% en moyenne habituellement.
    1000 bulletins oubliés
    Une erreur s’est aussi produite dimanche lors du comptage des voix à Rapperswil-Jona (SG): 1000 bulletins en faveur d’une initiative cantonale de la gauche ont été oubliés. Le résultat final ne change pas: l’initiative «L’avenir grâce à un impôt sur la fortune juste» a été rejetée par 73% des votants. Une panne s’est aussi produite à Witterswil (SO).
    La cause de cette erreur n’est pas connue, a indiqué lundi le maire Erich Zoller. Lundi matin, le secrétaire du PS st-gallois s’est étonné sur Facebook de voir que l’initiative avait obtenu un bien moins bon résultat à Rapperswil-Jona que dans toutes les autres communes du canton.
    Le document avec les résultats officiels démontre que le bureau de vote a reçu 8289 cartes de vote, mais seulement 6621 bulletins de vote ont été comptés pour l’initiative de la gauche. Cela aurait signifié que 1668 votants ne se seraient pas exprimés sur l’initiative.
    Boîtes «oui» et «non»
    En fait, 1000 bulletins de vote en faveur de l’initiative n’ont pas été pris en compte. A Rapperswil-Jona (26’000 habitants), les bulletins sont comptés manuellement, puis ils sont placés par paquet de 500 dans des boîtes «oui» et «non».
    A la demande du canton, un recomptage a été fait lundi matin. A la surprise des contrôleurs, il y avait quatre paquets de 500 bulletins «oui» dans la boîte au lieu des deux comptés dimanche.
    Le résultat officiel a été corrigé. L’initiative de la gauche (PS, Verts et syndicats) exigeant l’annulation des allégements fiscaux accordés ces dernières années aux fortunes de plus d’un million de francs a été finalement rejetée par 90’060 voix contre 34’591.
    Erreur aussi à Witterswil (SO)
    Une erreur s’est également produite à Witterswil (SO), cette fois au niveau de la votation fédérale sur le diagnostic préimplantatoire: les «oui» et les «non» ont été confondus. La commune n’a pas refusé l’objet, mais l’a bien approuvé par 391 voix contre 133.
    Ce résultat ne change rien pour le canton de Soleure, qui a accepté l’objet par 39’285 voix contre 31’889, a annoncé la Chancellerie d’Etat lundi.
    La LRTV a été acceptée avec 3696 voix de différence, ( FAUX à DOUBLE TITRE, VOIR LES LIENS TOUT EN BAS ) d’après les chiffres provisoires de l’administration, soit 0,16% des bulletins de vote. Mais un résultat très serré n’implique pas automatiquement de nouveau décompte. Une telle décision n’est prise que si des indices crédibles montrent que des irrégularités ont été commises.

    Et si le nombre de voix d’écart passait de 3696 à 3435? Selon «20 Minuten», une erreur de comptage a eu lieu dans la commune de Kaltbrunn (SG). Le nombre de «oui» et de «non» y auraient été inversés. Une information que confirme la chancellerie cantonale. Les résultats officiels devraient donc être corrigés.

    Le parlement s’en est tenu à cette disposition l’année dernière, lors de la révision de la loi sur les droits politiques, contre l’avis du Tribunal fédéral. Après le vote sur le passeport biométrique, en 2009, ce dernier avait demandé un recomptage automatique en cas de vote «très serré».
    ( FAUX à DOUBLE TITRE, VOIR LES LIENS TOUT EN BAS )
    Mais la différence entre le nombre de «oui» et de «non» (5680 voix) ayant été qualifiée de «mince» et non de «très serrée», le TF n’avait pas exigé un nouveau décompte.
    ( FAUX à DOUBLE TITRE, VOIR LES LIENS TOUT EN BAS )
    L’acceptation du passeport biométrique à 50,1% avait néanmoins déclenché une avalanche de contestations. Instances de recours, les cantons avaient reçu 460 plaintes à propos de ce vote. Elles sont toutefois demeurées sans suite. ( FAUX à DOUBLE TITRE, VOIR LES LIENS TOUT EN BAS )
    L’USAM renonce
    Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) qui a mené campagne contre la LRTV, a confirmé lundi que l’organisation faîtière des petites et moyennes entreprises ne ferait pas recours. «Nous acceptons ce résultat», a-t-il écrit dans un courrier à l’ats.
    Pour Natalie Rickli, conseillère nationale (UDC/ZH) opposée à la LRTV, un recours n’est pas d’actualité. Reste qu’un tel recours pourrait être déposé par une autre partie. Théoriquement, toute personne privée peut contester l’issue du vote auprès des autorités de son canton.
    Celles-ci doivent publier les résultats dans les 13 jours qui suivent le scrutin. «Le recours doit être déposé par lettre recommandée dans les trois jours qui suivent la découverte du motif du recours, mais au plus tard le troisième jour après la publication des résultats dans la feuille officielle du canton», selon la loi sur les droits politiques.
    Pas d’irrégularités
    D’après un sondage mené par l’ats auprès des cantons, aucun recours n’a été déposé lundi contre le résultat de la votation. Les chancelleries consultées n’ont pas fait état d’irrégularités en relation avec le scrutin. ( FAUX à DOUBLE TITRE, VOIR LES LIENS TOUT EN BAS )
    De même, le Tribunal fédéral, auprès duquel une plainte peut également être déposée, n’a reçu lundi aucun recours se rapportant à la votation sur la LRTV, a précisé à l’ats son chargé des médias Peter Josi.
    Loi sur les droits politiques
    Dans la dernière version de la loi sur les droits politiques, votée en 2014 et qui doit entrer en vigueur le 1er novembre, une nouvelle disposition apporte des précisions sur le recomptage des voix: même après une votation à l’issue «très serrée», il ne sera pas procédé à un autre décompte.
    Les députés ont décidé qu’un recomptage n’aurait lieu que si des irrégularités susceptibles d’influencer le scrutin au niveau fédéral se sont vraisemblablement produites.
    En 2002, suite au rejet de l’initiative sur l’asile à 50,1%, les autorités fédérales avaient demandé aux cantons de recompter les bulletins. Des doutes avaient été émis sur l’usage de balances et de machines de comptage par certains cantons.
    Les recomptages à la main n’avaient débouché que sur des variations minimes. Les décomptes des machines s’étaient avérés exacts, les quelques écarts constatés ayant été causés par des erreurs de tri.

    Fraudes démocratiques même en Suisse, exemple de la LRTV

    Le minute par minute
    Mise à jour hier à 19:03
    La LRTV acceptée à quelques milliers de voix, le suivi en direct
    votation très serrée, la révision de la loi sur la radio et la télévision (LRTV) a finalement été acceptée dimanche par moins de 4’000 voix d’avance.
    En ce qui concerne la problématique générale du risque
    d’irrégularités lors des votations et des élections, le Conseil fédéral
    a déclaré le 13 mai 2009 qu’il était prêt à accepter le postulat
    Rennwald 09.3174 (Votations et élections. Attention à la
    fraude) et à établir un rapport sur la question.( en suspens…).
    Ce rapport présentera les différentes formes de participation au
    scrutin (par les urnes, par correspondance, par voie électronique)
    selon le risque de fraude. Il s’agit d’examiner la question de la
    sécurité en amont du scrutin par voie électronique, par les urnes ou
    par voie postale, de vérifier si les citoyens subissent des pressions
    et d’examiner l’effet de pressions éventuelles sur le bon
    fonctionnement de la démocratie. L’objectif global de ce rapport
    est devoir comment garantir le fonctionnement sans faille de notre
    démocratie
    Le système est fait pour faciliter les fraudes dans toute la Suisse…
    Bâle-Ville (56,6%/52,1%) par exemple était le seul canton alémanique se rangeant dans le camp du double non. On connaît la facilité de ce canton à tricher les votes par correspondance, des Suisses de l’étranger ou votes par électronique ( impossible d’en savoir le nombre, en tout cas à Genève.
    A Bâle, il n’y même pas besoin de savoir la date de naissance des votants selon le juge fédéral Martin Schubarth.
    Les affaires Lumengo ( seulement 10 jours amende et il reste en place…, Letellier au Conseil fédéral etc… ). de Porrentruy au Jura, tricheries massives constatées juridiquement, fraudes électroniques et par correspondance à Genève etc….
    Un député radical bâlois a avoué avoir falsifié des bulletins de vote, un autre candidat au Grand Conseil se trouve dans le collimateur du ministère public. Le Démocrate suisse Eric Weber aurait offert à une femme d’acheter son matériel de vote. Une information de la «Basler Zeitung» est à l’origine de l’enquête, avait indiqué le ministère public.
    Le @CantonduJura s’est trompé dans ses résultats. La Chancellerie féd corrige: c’est +3696 et non +2759 voix pour la #LRTV #CHvote @RTSinfo
    — Pietro Bugnon (@PietroBugnon) June 14, 2015
    La nouvelle est en fait fausse, la vérité est la moitié de la différence plus une voix, donc 1849 voix (sic). Autres fraudes nombreuses ci-dessous.


    Fraudes électorales. Secret du vote ? Une blague qui dure.

    Il n’y a plus de secret de vote, dans aucun greffe d’aucune commune vaudoise.
    Il suffit d’un spot ikea sous une couverture opaque et de plaquer l’enveloppe jaune contre la vitre du spot.
    Fraudes électorales. Quel secret de vote ? Une mauvaise blague qui perdure.

    Le système de vote par correspondance a été fait pour tricher, il n’ y a plus de secret de vote possible, ces enveloppes à la lumière sous spot à 20 watts dans chaque greffe municipal sont une insulte à l’intelligence et à la prudence.

    On peut trop facilement pendant des semaines remplacer les enveloppes par d’autres sans même les ouvrir… et ainsi modifier la volonté du Souverain.

    Le Canton imprime quelque 40’000 enveloppes et bulletins supplémentaires plus 15 % de maculature ( 101’000 ). Que deviennent-ils avant, pendant et après le vote ?

    Nous avons prouvé que des tricheries électorales ont été organisées déjà en 2003 …et très probablement bien avant ( pour nous faire passer en-dessous des 5 % et nous faire payer mesquinement la facture, M. P. C. a fini à l’asile et a du démissionner…).

    Le vote par correspondance, qui coûte une fortune, est une farce et une mascarade, c’est si facile de tricher.
    Ils ont détruits tous les bulletins de vote, alors qu’il y avait recours pour tricherie, parce qu’ils savaient que nous pouvions prouver leurs tricheries.

    Vous avez dit ” fraude électorale massive ” ?

    Affaires des votes arrangés à Bâle, de l’UDC, de l’ONU, de la révision de la constitution en 1999, de la vente d’or de la BNS, de la LAMAL à 16 voix glaronnaises de l’étranger….
    Tricheries démocratiques par transparence…RFID…

    M. Mühl a fait un faux témoignage par écrit dans notre précédente procédure en affirmant que ces enveloppes jaunes ne sont pas transparentes, ce qui est un mensonge avéré et prouvé et un pur mépris de la réalité que chacun peut vérifier chez soi.
    ( voir les photographies ci-dessus )
    Ces enveloppes jaunes sont à disposition pendant plusieurs jours dans les bureaux de chaque greffe. Vu les plus de 40’000 imprimées en plus, plus 15% de maculature…soit 101’000 enveloppes jaunes et bulletins de trop ( en tout cas facturé aux contribuables à chaque votation depuis plus de 10 ans… quel gaspillage écologique et économique…) il y a assez de matériel en réserve pour changer simplement les enveloppes par d’autres plus “justes”…..
    Le Conseil d’État vaudois rejette deux recours déposés après l’approbation des passeports biométriques le 17 mai en votation. Le non tient, après leurs tricheries à l’échelle suisse, surtout sur les milliers de votes électroniques truqués par les polices fédérales secrètes et illégales Tigris et Tiago, à seulement 2’753 voix, soit la moitié de l’écart plus une voix…Cette décision est grotesque. Il n’y a plus dans le canton de Vaud de secret de vote. En effet, vu la transparence des enveloppes jaunes sous simple spot lumineux à 20 watts et 12 volts (sic, merci Ikea ), transparence jamais corrigée depuis des années malgré les promesses des autorités et notamment du Chancelier, le rapprochement nominatif est possible dans chaque greffe municipal pendant des semaines avec nos bulletins gris signés.
    Nous avions alors déjà fait recours et ils ont détruit tous les bulletins de vote pourtant sous séquestre ( une preuve, ils avaient peur que nous ayons ainsi les preuves de notamment leurs empreintes digitales ), alors qu’il y avait péril en la demeure pour tricherie par tri sous spots lumineux, parce qu’ils savaient que nous pouvions prouver leurs tricheries. C’est un aveu honteux pour notre démocratie. Nous aurions pu le prouver par les empreintes digitales des tricheurs sur les bulletins détruits illégalement.

    Matériel suffisant pour voir à travers les enveloppes suisses de vote par correspondance.
    Lampe expressivo à moins de SFR 8.-, ampoule comprise
    Ampoule halogène G4 12V 20W, sic 12 volts et vingt watts…


    ou une simple lampe torche par exemple LED
    Il suffit de presser l’enveloppe contre la vitre de la lampe et de voir par la transparence ainsi obtenue…la croix du non près du carré noir permettant de mieux viser les votes ou le nom du candidat.

    Près de 101’000 (sic, cent un mille, quel gâchis ) enveloppes prêtes et imprimées par Edipresse pour bourrer les urnes, seulement dans le canton de Vaud (resic ) !

    En Suisse, aucun canton n’a accepté de recompter quelques votes, même par sondages, malgré près de 500 recours de citoyens inquiets dans tous les cantons…

    En Iran, ils ont accepté de recompter près de 10 % des votes, au choix des opposants…

    Recours final au tribunal fédéral
    Le nom des partis et des candidats est très visible par transparence sous halogène à 20 Watts
    Un vrai sceau et à côté, un sceau trafiqué sans les inscriptions officielles.

    http://desiebenthal.blogspot.com/2009/06/tricheries-democratiques-par.html

    Réactions mitigées en cours :

    Extraits du Conseil fédéral…

    La libéralisation du vote par correspondance en 1994 remonte à

    deux motions adoptées à l’unanimité (motions des députés Eva

    Segmüller, conseil national – BO 1987 N 993 s.; BO 1988 E 6 – et

    René Rhinow, conseil des Etats – BO 1988 E 940 s.; BO 1990 N

    284). Ces motions constituaient une solution pour pallier le taux

    croissant d’abstention aux scrutins.
    En ce qui concerne la problématique générale du risque

    d’irrégularités lors des votations et des élections, le Conseil fédéral

    a déclaré le 13 mai 2009 qu’il était prêt à accepter le postulat

    Rennwald 09.3174 (Votations et élections. Attention à la

    fraude) et à établir un rapport sur la question.( en suspens…).
    Ce rapport présentera les différentes formes de participation au

    scrutin (par les urnes, par correspondance, par voie électronique)

    selon le risque de fraude. Il s’agit d’examiner la question de la

    sécurité en amont du scrutin par voie électronique, par les urnes ou

    par voie postale, de vérifier si les citoyens subissent des pressions

    et d’examiner l’effet de pressions éventuelles sur le bon

    fonctionnement de la démocratie. L’objectif global de ce rapport

    est devoir comment garantir le fonctionnement sans faille de notre

    démocratie.

    Le système est fait pour faciliter les fraudes dans toute la Suisse…

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    3 nov. 2013 – Il y a 3 jours – Rappel de fraudes démocratiques à Lausanne. François deSiebenthal 14, chemin des Roches 1010 Lausanne LSI Préfecture …

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