Familles, esprit d’entraide et développement.

La voie suisse : la liberté par la qualité…

http://www.youtube.com/watch?v=3KUc1a2JdXA&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=JFArRraHmSU&feature=relmfu

        Sur la qualité

    1 Préambule

    La recherche de 1a qualité commence avec
l’humanité. Dès les temps préhistoriques se
manifeste une recherche consciente, étrangère aux
animaux, guidés leur instinct seulement. Elle est
attestée par les innombrables constructions ou objets,
survivants dans le cortège des civilisations. Mais qu’est-ce que
la qualité, en soi ? Comment se manifeste-t-elle dans
l’histoire, qu’est-elle aujourd’hui en Suisse ? La recherche de la
qualité dans toutes ses dimensions ne serait-elle pas une voie
originale pour notre pays ?

    2 La qualité en général

    Les choses

    Extérieurement à notre esprit, des
objets, des choses, existent en eux-mêmes : des substances ;
telle chose peut être mesurée, soumise au nombre (aspect
quantitatif) ; en outre elle présente un caractère, un
type (aspect qualitatif), pour ne rien dire des aspects de lieu, de
temps, etc.

    L’époque moderne voit triompher l’aspect
quantitatif, et l’impérialisme mathématique
s’étend partout, soutenu par l’informatique. L’argent, le
capital imposent à l’économie une quantification
évidente, au point qu’un homme “vaut” ce qu’il gagne. La bourse:
baromètre quantitatif par excellence, fluctue sans cesse,
alertant les possesseurs de titres.

    L’homme n’a plus qu’une taille quantitative, des
dimensions physiques, biologiques, économiques ; il ignore sa
taille qualitative : son âme, son principe de vie

    C.-F. Ramuz, dans “Taille de l’homme”l, constate ce
règne :

    “… Le drame est que l’univers ne nous apparaisse
plus que comme un monstrueux assemblage de quantités
indifférentes à elles- même et à
nous-mêmes.” (p.659)

    Le marxisme, dont nous constatons l’effondrement,
prétendait justement produire un homme standard, un homme dont
on ne retient et qui ne représente qu’une valeur quantitative :
un homme anti- naturel 2 .

    Mais la qualité continue bel et bien à
exister, liée souplement à la quantité,
transcendant même cette dernière, et c’est le
mérite du présent ouvrage de s’y consacrer : restaurer
donc le primat de la qualité, appuyée correctement sur la
quantité.

    Si l’on essaie de préciser ce qu’est la
qualité, on peut dire : c’est une modalité, une
façon d’ être de 1a substance, considérée en
soi, et éventuel1ement en rapport avec un but, avec ses
capacités opératives. La qualité dépasse la
quantité, parce qu’en effet, on ne saurait la mesurer. On attend
d’un objet de qualité qu’il soit beau, et de plus s’il y a lieu
: utile, en vue d’un bien. La qualité touche ainsi à
1’esthétique et à 1’éthique.

    On peut compter le nombre des caractères d’un
texte, dont on ne saurait mesurer la qualité. Comment mesurer la
beauté de la “Chaconne” ou celle du Parthénon ?

    La beauté

    La notion de beauté peut être un peu
mieux cernée : un objet, matière et forme, est beau par
la splendeur de sa forme, qui domine l’opacité de la
matière 3. La beauté révèle un ordre,
suscite une harmonie, présente des proportions. Elle sensibilise
l’intelligence, éveille en nous la connaissance, et provoque la
contemplation.

    Ainsi la beauté se fonde sur la forme,
capable de séduire nos facultés de connaissance et de
servir de modèle, de cause exemplaire. Elle meut en quelque
sorte l’intelligence et le coeur.

    Le beau a diverses modalités :

    • le beau de la nature

    • le beau des arts proprement dits

    • le beau, fruit des techniques.

    La nature créée présente
diverses choses, c’est un trésor in- épuisable, une
mémoire colossale, et les lis des champs surpassent Salomon
même dans toute sa gloire ; que dire d’un ciel
étoilé, d’une rose entr’ouverte, d’un corps humain ? Tous
puisent à cette source, l’artiste en particulier ; à
partir des réalités belles,

    il conçoit un projet, qui se termine à
l’oeuvre d’art ; il tend somme à achever la beauté de
l’univers dans une oeuvre concrète. Il anoblit la
matière, le marbre par exemple, dont il dégage une
splendeur latente, parmi d’autres, sans autre utilité que
d’éveiller en nous des réflexions, des sentiments
d’admiration.

    Le bien, l’utile

    Le bien est lié à l’utile ; dans les
oeuvres artisanales et techniques, qui nous intéressent
particulièrement ici, la beauté~ se joint à
l’utile, et prescrit alors la simplicité de la forme soumise
à la rigueur, au dépouillement même, au service
d’un but précis. L’objet fabriqué vise l’utilité,
normalement en direction d’un bien ; il est parfait, quand il est
conforme à sa fin, au but visé : beauté,
utilité, fécondité.

    3- L’objet façonné

    Ici donc le beau est recherché, en
dépendance d’une causal finale, d’un but. La matière est
aussi haussée vers le beau dans un but pratique, pour les
nécessités de l’homme.

    On essaie de retrouver dans l’objet
façonné la splendeur d~; la création. La coque
d’un navire imite la forme de tel poisson; l’avion se profile sur tel
oiseau, non sans différences. La montre s’aligne sur la
précision astronomique du passage du soleil au méridien
ou sur d’autres éléments du même type. Le plus
souvent, l’objet naturel se présente dans une gangue dont il
faut se dégager : il y a loin du minerai de fer à la
poutrelle d’un édifice. La création est un trésor
de choses visibles, ou enfouies, à extraire, tout en respectant
les données. Il s’agit en bref de dégager les
qualités des choses offertes tout en en respectant leur source,
pour le bien des personnes impliquées.

    La faiblesse humaine et l’esprit de lucre incitent
trop sou- vent à tricher sur la qualité ; un objet de
belle apparence, encensé même par la publicité,
révèle un contenu douteux.

    A travers toute l’histoire, le constructeur se sert
d’une matière, qu’il extrait, purifie, façonne, pour
lui donner une forme belle, adaptée au but ; il vise la
perfection de la matière dans la perfection d’une forme, en vue
d’une utilité réelle, pour le bien de l’homme. Bien sur,
la qualité-forme est enserrée dans un corset de
contraintes quantitatives, en ensemble de normes, de dimensions, poids,
rentabilité, etc. L’objet façonné porte finalement
le caractère, la marque, le poinçon du fabricant.
L’apparence répond alors au contenu : l’objet est
véridique, il ne trompe pas : il est efficace, sa finition
traduit un effort neuf sur un problème ancien ou nouveau. Sa
perfection quantitative est encore signe de qualité.

    4 La qualité dans l’artisanat et la
qualité de la vie

    L’artisanat

    Les objets façonnés sortent des mains
d’un ou de plusieurs hommes, et la qualité naît de
l’effort individuel, personnel, bien qu’englobé dans un effort
collectif le plus souvent, dans le cadre familial par exemple. Cela
constitue l’artisanat, qui a été et reste une source de
qualité, proche de la réalité concrète.

    “Il y a dans tout travail manuel une question de
qualité, et la qualité est esprit.” observe C.F. Ramuz,
ayant participé lui même à un métier4.
“Est-ce de ce temps-là que date la grande admiration que j’ai
pour les hommes de métier, pour les hommes d’un métier
?…. On distingue que c’est du contact corporel à des choses
matérielles, et de l’action qu’on exerce sur elles en vue de
leur utilisation, que naissent les seules constatations valables
(con-stare, se tenir avec) qu’un rapport s’établit entre ce que
vous êtes et les choses qui sont, qu’une vue commune sur le monde
à la fois et sur vous-même vous est donnée. Vous ne
pouvez pas vous duper et les choses ne sont pas dupes : vous êtes
une réalité devant une réalité”.

    Nombreux sont les métiers à
évoquer, des centaines, faisant partie de l’histoire de la
civilisation5, dès les temps préhistoriques. C’est
grâce à de lointains artisans que l’homme a
survécu, fabriquant armes et outils indispensables, avec des
matériaux de plus en plus efficaces, terre, bois, os, bronze,
fer… De leur qualité dépendait la vie ou la mort de
peuplades entières.

    Encore aujourd’hui, des exploitations artisanales
constituent le noyau d’un grand nombre de petites et moyennes
entreprises (en Suisse) ; elles offrent le gros des emplois dans bien
des régions.

    Dans toutes les civilisations, il y a eu des corps
de métiers. Les artistes chinois, indiens, musulmans, byzantins
et d’autres, ont réalisé des merveilles de
qualité. Le niveau d’une civilisation se remarque à la
qualité de ses réalisations artistiques, architecturales,
artisanales 4

    Au Moyen-Age

    A ce point de vue, le Moyen-Age, spécialement
aux XIIe et XIIIe siècles, présente un niveau digne
d’attention. Des moines maintinrent et propagèrent les
techniques d’art de Rome, de la Grèce et de l’Orient. Un minimum
de sécurité étant revenu, l’agriculture posant la
base, l’artisanat éclôt et exprime la joie de vivre, par
l’embellissement continu de la vie. Le moine Hartker, passant 15 ans
dans une cellule, illumina de peintures et d’ornements ce qu’on appelle
l’Antiphonaire de Saint-Gall ; citons encore “Las cantigas del Rey
Sabio” (1280) avec 1226 miniatures. Les textes étaient des chefs
d’oeuvres de calligraphie et d’art pictural. Les vitraux à cette
époque attestent la recherche de la qualité de la
lumière dans les églises. Et dire que nous ne connaissons
la sculpture médiévale que dans un état de
désolation dû à divers fanatismes. A coté
des figures vivantes de la foi médiévale, les dieux
puissants du fronton du Parthénon nous semblent froids et morts.6

    Les cathédrales

    Mais les cathédrales témoignent
insurpassablement semble-t-il de la qualité des productions
médiévales, qu’on ne saurait développer ici.
Relevons la voûte en croisée d’ogive, cet
élément caractéristique. La cathédrale
montant par étapes, en dix, vingt ou cent ans, défiant la
gravité pour glorifier Dieu : quelle continuité dans
l’effort de qualité, la splendeur de la forme étant
à la mesure du but poursuivi ! Finalement le peuple pouvait lire
partout en images, toute l’histoire sainte et la perfection allait se
cacher même en des endroits normalement inaccessibles à la
vue. La qualité exige en effet le soin de l’ensemble comme celui
des choses les plus petites, dans les détails.

    Si la vue pouvait se régaler, l’ouïe le
pouvait aussi, la musique y était aussi essentielle que
l’édifice sacré lui-même. Le chant se
répandit d’Orient en Occident, et le plain-chant fit son
apparition, avec la notation due à Guido d’Arezzo (vers 1040)
qui engendra notre notation actuelle, pourvue de lignes. Progrès
s’il en fut, avec la durée des notes encore. La porte
était ouverte à la musique polyphonique, et à la
composition musicale moderne. Auparavant, les chants devaient
être appris par coeur ; désormais, notés comme on
vient de l’évoquer, ils pouvaient être émis, sans
recours indispensable à la mémoire. La qualité des
compositions s’en trouva accrue, dans la musique d’église comme
dans la musique populaire. Toute cette musique, chantée ou
produite par des instruments : cloches, cymbales, tambourin, lyre,
cithare, harpe, . luth, guitare, vielle, pipeau, flûte, hautbois,
cornemuse, trompette, cor, orgue. La qualité musicale
agrémente celle de la vie.

    L’embellissement de la vie

    La scène médiévale est avant
tout un tableau d’hommes et de femmes au travail, attachés
à l’embellissement de leur ouvrage, de leur corps, de leurs
demeures, travaillant le bois : tables, chaises, bancs, coffres,
éléments d’escaliers, lambris, icônes, retable,
stalles, avec une variété incroyable, souvent pleine
d’humour, la sculpture sur bois faisant son apparition. Le fer,
travaillé, permet de “griller” fenêtres, portes, cours ;
le bronze, le cuivre, engendraient divers objets : vases, chaudrons,
coffrets, etc. Métaux et pierres précieuses
interviennent, on s’en doute, ainsi que l’ivoire, céramique,
verrerie. Les ouvrages féminins rivalisent avec les
précédents : haute couture, décoration des
intérieurs, broderie, tapisserie, tissus délicats
finement ouvragés.

    Tous ces objets résultent d’efforts dans le
cadre familial, ou dans le cadre des métiers, qu’il convient ici
de mentionner plus en détail. La qualité des objets
façonnés reflète la qualité de la vie, et
l’organisation des métiers, très stricte au XIIIe
siècle, traduit la qualité recherchée de la vie
sociale. Les propriétés, privilèges,
étaient toujours liés à une charge sociale dans un
climat de loyauté (qualité du produit) de justice (juste
prix, juste salaire), de charité (entr’aide mutuelle,
sécurité sociale. jusqu’à l’assurance-maladie).

    Les communautés de métiers

    On a souvent appelé ces corps de
métiers, d’artisans, des corporations, mais cette
dénomination est récente et date du XVIIIe siècle
; c’était à l’époque des communautés de
métiers où l’on entrait par serment, issues
elles-mêmes de confréries.

    Les apprentis bénéficiaient d’une
formation réglementée, pris en charge à ce point
de vue, moyennant contrat, nourris et logés par le maître
souvent : durée variable suivant le métier, de quatre
à sept ans, parfois plus. Après diverses épreuves,
l’apprenti devenait compagnon, ou valet, travaillant chez un
maître. Le repos le dimanche était prescrit, et le travail
de nuit interdit. Il y avait des juges (jurés) chargés de
punir les manquements aux règles commerciales et sociales, de
punir aussi les malfaçons et tromperies sur la qualité ;
ils faisaient respecter les règlements corporatifs touchant la
fabrication et l’apprentissage, réglant l’emploi des fonds
d’assistance mutuelle. Ils soulageaient ainsi l’État, selon le principe
de subsidiarité bien compris. Inspecteurs de la fabrication,
protecteurs des apprentis et des valets, ils assuraient le respect des
lois sur la concurrence.

    Les corporations de métiers assuraient la
qualité irréprochable des produits fabriqués
grâce à des contrôles multiples, protégeant
producteurs et consommateurs. Cet esprit de protectionnisme entravait
souvent le progrès technique, mais le souci de la qualité
de la production et de la vie des personnes impliquées peut
rester un modèle pour les entreprises actuelles.

    En Suisse et en Europe

    Pour la situation en Suisse et en Europe, on peut
consulter divers livres 8. A Bâle dès 1226, à
Soleure en 1253, à Winterthur en 1264, à Berne en 1268,
les corporations se fondent et se développent. A Zurich
dès 1336, Rodolphe Brun en crée, qui peu à peu
dirigent et administrent la cité. On vit même au temps des
VIII cantons les corporations former et entraîner des soldats
proportionnellement à leur puissance. Les archives des “Zunfte”
sont pleines d’enseignements tant pour l’organisation interne du
métier que pour le rôle et la responsabilité des
organes de direction vis-à-vis des pouvoirs publics.

    Par ailleurs florissaient les corporations de
marchands. pro- motrices du flux des produits dans toute l’Europe.
Leurs prestations sociales : assurer les pertes, ravitailler,
construire des routes et des entrepôts, des rues, creuser des
ports, fixer les prix, surveiller la qualité. Toute une
oligarchie régnait sur le commerce et sur la production, allant
même jusqu’à s’occuper des hôpitaux et des
funérailles.

    L’esprit industriel existait bel et bien en ces
siècles ; ainsi à Gand, on dénombrait 4’000
tisserands et 1’200 foulons, pour 50’000 habitants. Mais qu’est-ce que
l’industrie par rapport à l’artisanat ? Celui-ci fonctionne dans
des ateliers de dimensions restreintes. L’ampleur des moyens et du but
exige le regroupement de personnes nombreuses en un lieu
spécifique : vastes ateliers, usines, dotés de machines,
et l’instauration du salariat. On passe de l’atelier artisanal
doté d’outils essentiellement à l’entreprise
structurée munie surtout de machines, dans laquelle le
problème de la qualité se pose différemment.

    Les relations entre les communautés de
métiers et l’État évoluèrent. Sous Henri IV, la
représentation professionnelle a sa place dans les conseils du
Roi 9. Le Conseil supérieur du commerce est une commission
consultative éphémère. Louis XIV crée un
conseil général du commerce en 1710 “uniquement attentif
à connaître et à procurer tout ce qui pourrait
être plus avantageux au commerce et aux manufactures du royaume”.

    L’histoire montre que les communautés de
métiers ont joué un rôle important de corps
intermédiaires entre l’individu et l’État, et leurs
défauts n’auraient pas dû provoquer leur suppression. On
sait que la Révolution française d’une part, et le
machinisme d’autre part, les ont détruites : le monopole des
corporations d’abord (mars 1791), et les corporations elles-mêmes
(juin 1791). La qualité elle-même des produits s’en trouva
menacée, et les entreprises cessèrent en
elles-mêmes de garantir la qualité de la vie du monde
ouvrier : la cupidité patronale suscita une jungle
économique. La disparition des corporations amena la
prolétarisation, et le marxisme, dont on aurait pu faire
l’économie. Le principe de la collaboration et de la confiance
entre employeurs et employés peut être accepté
aujourd’hui, au sein d’organismes capables d’assurer la vie même
du métier et son développement, dans le souci de la
qualité.

    5 La qualité dans les entreprises

    L’entreprise

    Entreprendre, au sens économique, c’est
commencer ou continuer à produire des objets dont la vente
assure la vie des producteurs en vue du bien des utilisateurs.
L’entreprise est la communauté des personnes engagées
dans le processus de production et de diffusion des produits ; au
départ, un homme, ou une petite équipe travaille
d’arrache-pied, d’une façon artisanale même; ce sont les
promoteurs véritables de l’entreprise, qui ne peut percer que si
la qualité du produit en soi est excellente, et répond
aux besoins de suffisamment de personnes. L’esprit d’initiative est ici
capital.

    L’entreprise produit des objets d’abord pour vivre
et se développer : “Primum vivere” et la recherche d’un profit
correct se justifie. Elle entend “sortir” des objets de qualité,
beaux, utiles pour le bien, durables en principe, rentables, fiables,
parfaits même ; on les désire sobres, emprunts de rigueur,
de dépouillement, soumis à des normes
sévères au plan quantitatif et opérationnel.
Précision, micro-précision même, et
sécurité sont requises, avec un rapport
qualité/prix convenable.

    Doivent régner : le respect des fournisseurs
de la matière première, le respect des personnes de
l’entreprise, et celui des utilisateurs. De plus, on sous-entend le
respect de l’environnement au sens local, au sens national et au sens
du globe. Tout ceci constitue des exigences de qualité :
qualité du travail, du fonctionnement. Si l’on vise la
qualité totale, comme dans les logiciels et matériels
informatiques, ou dans la technique aéronautique et spatiale, on
inclut le respect de la vie, la diminution des risques, la
tolérance des pannes.

    Qualité de l’entreprise

    Si 1’entreprise se signa1e par des produits de
qua1ité, e11e- même doit être une entreprise de
qua1ité, note perceptible dès une première prise
de contact, par quelques détails.

    L’esprit de qualité devrait primer l’esprit
de concurrence, englober les conseils aux clients, viser certes le
court terme, pour assurer la vie immédiate de l’entreprise, mais
viser aussi le long terme, pour l’harmonie de la vie dans
l’environnement. Elle “sort”des objets de caractère, portant sa
marque même, perceptible dans le “logo” déjà, et
dans la qualité de la publicité. De nombreuses
entreprises en Suisse misent en fait sur une telle qualité.

    Je ne méconnais pas les signes de divergence
avec cet idéal. Le capitalisme sauvage a engendré la
misère prolétarienne, le marxisme frappant alors sur la
plaie pour l’envenimer. L’esprit de cupidité contredit la
qualité, car si la matière sort anoblie de l’atelier,
fournisseurs et employés en sortent avilis : la cupidité
mutile la communauté, et la publicité
débridée l’altère.

    Les cadres

    Mais l’entreprise ne peut fonctionner sans chefs,
sans cadres, chacun étant investi d’une autorité. Certes,
l’organigramme de fonctionnement décrit les canaux de
transmission des ordres ; mais tel chef est beaucoup plus qu’une case
dans un tableau ou l’occupant d’une pièce particulière :
c’est une personne, en relation avec d’autres.

    Qu’est-ce qui la caractérise ? On la suppose
douée des connaissances techniques nécessaires, et apte
à s’en servir ; connaissances sans cesse mises à jour,
à l’affût de perfectionnements. Mais plus encore, apte
à commander. Qu’est-ce à dire ? Comment le chef doit-il
être perçu par les subordonnés notamment ? On doit
normalement lui supposer des qualités humaines, mais lesquelles
? Jovialité, amabilité, convivialité, sens de
l’amitié, etc. Mais l’essentiel n’est pas encore dit. Il doit
avoir de l’autorité ; on ne peut donner des ordres sans
normalement être doué d’autorité ; celle qui
provient de la seule fonction ne suffit pas.

    La perfection, la qualité de l’entreprise
postule donc des chefs, des cadres doués d’autorité10. Ce
mot vient du latin auctoritas, et auteur : auctor, vient du verbe
augeo, augere : faire croître. Un chef est une personne chez
laquelle on perçoit tout de suite la capacité
d’accroître la vie, le fonctionnement d’un bureau, d’un atelier,
une source de fécondité. Le fondateur de l’entreprise
avait ou a par excellence cette disposition, et elle doit revivre
à sa manière, dans les cadres, à tous les
échelons. Même chaque employé, par son application
par exemple, peut détenir une autorité de fait dans son
travail, à sa place.

    La qualité du commandement, comment se
manifeste-t-elle ? Commander, c’est faire faire, en donnant des ordres
directs ou im- plicites ; il s’agit d’expliciter l’ordre des choses tel
que les circonstances le nécessitent, et de provoquer
l’adhésion à cet ordre, de façon que telle
étape de réalisation s’accomplisse. Le cadre pourvoit
alors au bien commun de l’entreprise par ses capacités
intellectuelles et techniques, jointes au “poids” de son
caractère, à la force de sa personnalité.

    Expliciter en chaque occasion la relation au but,
manifester la volonté d’être juste, donner des ordres
clairs, des règlements clairs, empreints de certitudes, en
personnalisant les relations “connaissant la couleur des yeux de chaque
collaborateur”, en favorisant l’initiative et la responsabilité,
en contrôlant fermement la qualité du travail
demandé, telles sont les notes que l’on doit exiger d’un cadre.

    Et comme la qualité de la vie personnelle et
familiale d’un cadre influe sur la qualité de son travail, on
perçoit une voie à suivre si possible.

    Qualité industrielle

    Cela dit, les entreprises fournissent deux sortes de
produits : les pièces uniques ou à très peu
d’exemplaires, par exemple telle turbine faite pour tel contexte
hydro-électrique, tel assemblage diesel-électrique pour
tel problème de traction, et les pièces de séries
durables : les montres courantes notamment, pour ne rien dire des
pièces de série jetables : stylos par exemple.

    La qualité marque évidemment les
pièces uniques, et un peu moins les séries. Les
premières font revivre l’artisanat, mais au niveau de
l’industrie, tandis que les secondes ont le style plus
spécifiquement industriel, couvrant rapidement le globe : de
leurs exemplaires,, puis des déchets inévitables, quand
ce n’est pas en polluant.

    Les Japonais fournissent un exemple admirable de
réussite dans la qualité : qualité des voitures,
des ordinateurs, imprimantes, appareils optiques, etc.

    “…Parce que les Japonais forment un peuple
puissamment laborieux, anime d’une volonté tenace de
progresser… capable pour réussir de fournir un travail
infatigable, dans une discipline courageuse, avec une frugalité
rarement égalée aujourd’hui en Occident”. L’ouvrier
japonais ”appartient” un peu à son entreprise comme l’ouvrier
du Moyen-Age à sa corporation.

    La qualité du travail résume tout. Le
capital engagé dans l’entreprise donne un moyen d’ordre
strictement quantitatif ; aucune qualité n’existe dans un
capital. Seule l’opportunité de son placement demande du
discernement et l’émergence de qualités. Par contre, le
travail rendu possible par le capital, lui, ne peut être
dissocié de la qualité. Bien sûr, la durée,
le nombre d’heures, le salaire, sont d’ordre quantitatif et Marx a
réduit le travail à une somme de gestes utiles à
la société, mais l’esprit du travail se situe nettement
ailleurs. Le travail est le fait de personnes engagées dans une
communauté, organisme vivant qui transcende les moyens
matériels et financiers pourtant indispensables. Il ne faut pas
que la vie même des membres de cette communauté soit
compromise par un retrait brusque d’un capital. Ce dernier ne
devrait-il pas être inviscéré en quelque sorte dans
l’entreprise ?

    Qualité globale

    On doit se souvenir que les personnes
impliquées dans le cir- cuit productif ont une dimension
physique, des besoins matériels d’ordre familial aussi, et la
qualité de leur vie demande une conception de l’entreprise qui
tienne compte de toutes les dimensions de l’homme : économique,
culturelle, spirituelle également. N’a-t-on pas observé
que les populations où l’on pratique le Décalogue vivent
mieux en moyenne à tous points de vue, que celles où
sévissent l’irrespect du dimanche, de la famille, de la
fidélité, de la vie (des tout petits), de la
propriété, de la vérité ? C’est le
Décalogue qui assure la qualité de la vie personnelle et
sociale des membres d’une entreprise en particulier, et de l’entreprise
elle-même.

    Observons qu’aujourd’hui les communautés de
métiers, ou professionnelles, existent et agissent. Mais leur
rôle n’est pas lié organiquement à celui de l’État
; ce dernier tend à remplacer l’atelier par l’école ;
à la formation par le réel se substitue l’exercice d’une
pensée distante du réel.

    Le 700e anniversaire de la
Confédération nous a donné l’occasion de
réfléchir et pour certains sous couleur d’utopie,
d’infliger à notre pays une sorte de flagellation. Il fait bon
vivre en Suisse, à voir le flux des demandeurs d’asile ; or
ceux- ci se trompent. Selon Dürrenmatt, ils se jettent dans une
prison, paraît-il. Notre industrie des machines fonctionne-t-elle
à l’admiration de nombreux constructeurs étrangers ?
Quelle erreur ; un Tinguely ne se gausse-t-il pas de notre technique en
la ridiculisant, avec ses mécaniques en folie. Certes, dans un
temps an- cien, les rois, même excellents, avaient des bouffons
pour leur rappeler leur humaine condition. Notre année 1991 a vu
une cohorte de pitres noircir la réputation de notre pays,
lançant des flèches savamment empoisonnées.

    Démolir un pays à coups de sarcasmes,
inciter les autorités à rester passives dans les
dérèglements, c’est facile. Mais c’est très
exactement scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Quand la
délinquance augmente, quand le vol, le vandalisme menacent
partout, les cambriolages, les actes crapuleux, alors on commence
à avoir peur de sortir, les enfants, les femmes et les personnes
âgées tremblent. Nous commenc,ons seulement à
percevoir les prodromes d’une telle possibilité..(C.F.Ramuz
observe : “Les civilisations demandent des centaines d’années
à se faire, et se défont en quelques instants” 12).

    Fort heureusement, nombre de
cérémonies ont rehaussé le ton et bien fait voir
que le fond de la population ne marchait pas dans de tels errements.
Cependant, la prudence oblige a la plus grande circonspection.

    Que faire pour redresser la situation, et donner au
pays un~ raison de vivre ? La recherche du confort pour tous, c’est
très bien ; vive le “bien-être social”13. Mais c’est un
leurre. Tout cela nous serait donné par surcroît si nous
cherchions des buts élevés ; certains lecteurs m’auront
compris.

    Selon C.-F. Ramuz encore, dans “Besoin de grandeur”,
l’homme n’existe véritablement qu’aussi longtemps qu’il tend
à s’augmenter. On peut en dire autant d’un pays;mais qu’est-ce
que s’augmenter ? C’est notre passivité qui fait notre petitesse
; comment s’augmenter, à l’échelle du pays ? Le
problème de la qualité suggère une voie.

    La nature en Suisse est difficile, et exige, comme
l’a dit Robert de Traz, une conquête de l’homme sur l’homme :
surmonter les divisions imposées par les barrières
géographiques, linguistiques, religieuses, quelle prouesse !
Conquérir le dernier alpage tout là-haut, pour vivre, et
soigner avec amour la campagne, la ville, le village, quelle preuve de
qualité. Ce besoin de perfection, de solidité, se
répercute sur le travail agricole. artisanal, industriel, et
engendre la qualité du paysage, à l’image d’une
bijouterie. Mais l’étroitesse géographique n’est pas
fermeture, car les fleuves d’Europe naissent presque tous sur notre
territoire, aspirant les esprits vers le large. C’est en cultivant la
qualité encore que la Suisse pourra grandir, indéfiniment
même, au plan intérieur, donnant une raison de vivre aux
malheureux qui en manquent. Cultiver le sol en le respectant, fabriquer
en qualité, en poussant la qualité partout :

    • dans les objets façonnés,

    • dans les relations humaines au sein des entreprise

    • dans l’estime de l’utilisateur des objets
livrés, au niveau de la publicité déjà,

    • dans l’estime des fournisseurs de matières
premières, et des sous-traitants.

    La recherche de la qualité dans toutes ses
dimensions, tel peut être la voie suisse : la liberté par
la qualité.

    Jean de Siebenthal

   

   

    l C.-F. Ramuz. Oeuvres complètes, t. IV sd
Lausanne, Ed. Rencor Lausanne 1964.

    2 C.-F. Ramuz : Taille de l’homme, p. 696.

    3 M.-D. Philippe, OP : L’activité artistique,
t. II – Beauchesne 1970.

    4 C.F. Ramuz : Découverte du monde. Oeuvres
complètes. T. V, p. 89.

    5 Nathalie Robattel : Au temps des métiers,
Ed. Ovaphil SA, Lausa

    6 Will Durant : Histoire de la civilisation, t. XI,
XII, XIII

    7 Principe selon lequel la société est
formée d’organismes, de intermédiaires entre l’individu
et l’Etat, chacun d’eux étant autonome que possible, compte-tenu
de sa situation dans l’ensemble.

    8 Anne-Marie Dubler : Gewerbe und Zunft in Stadt und
Landschaft I Luzern/Stuttgart 1970, et : Luzerner Witschaftsgeschichte
im Bild, 197S.

    Henri Charlier : La création de la France.
Dominique Martin Paris 1982.

    Will Durant : Histoire de la civilisation.

    9 Julien Lescaze : Corporation et Etat. Ed. Victor
Attinger, Neuchât Paris 1935.

    10 Louis Salleron : Autorité et commandement
dans l’entrepri Entreprise moderne d’~dition. Paris 1973.

    11Robert Guillain : Japon troisi~me grand – Seuil,
Paris 1969

    12 C.F. Ramuz, Oeuvres complètes, t.V. p.559.

    13 Selon Fénelon. “la patrie d’un cochon est
là où il y a du gland

    

Madagascar, images

http://desiebenthal.blogspot.ch/2012/06/congo-experiences.html
Comme
chaque année, la prochaine semaine d’étude 2012 aura lieu à Rougemont
au Canada en 4 langues du 22 au 31 août suivie du congrès international les 1-2-3
septembre, avec un pèlerinage facultatif offert le 4 septembre. Donc il faut prévoir un
voyage au moins du 21 août au 5 septembre. Repas, pèlerinages ( St Joseph, N-D du Cap et St Anne) et couchers gratuits
pour tous nos invités des pays hors du Canada. Autre période de
formation en mars-avril chaque année.
Invitation to join us, every year, two periods, either March or August-September.

The next week of study in 2012 will be held in Rougemont, Canada in four languages ​​from August 22 up to the 31 followed by the Congress in September 1-2-3, with a pilgrimage on September 4.

So there must be at least one trip from August 21 to September 5.

Free meals, free pilgrimages ( St Joseph, N-D du Cap et St Anne )and free rooms for all our guests from countries outside of Canada.

http://desiebenthal.blogspot.com/2011/05/pour-un-capital-social-local-le.html

http://pavie.ch/articles.php?lng=fr&pg=711

http://www.union-ch.com/file/Speeches_and_workshops_of_the_03_04_.pdf

https://docs.google.com/document/d/1MRXDMGi4zbTYwFiKI8qpqFeAg3ayEkLaufWq4OrlQ0o/edit?hl=fr&authkey=CLrT-IwK

Comment créer et partager les surplus:
https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=1Kxlo32UKwGx0fVhNYmkul1mr0oKs6RyIIdzKOUAlcWVv6n83Z-Cnr8lc-EHs&hl=fr

Avec mes meilleurs voeux notamment pour une bonne santé

Une
bonne idée reçue. A l’origine de tout message,  il y a un homme ou une
femme, qui a pris le temps et la peine de nous écrire. Il nous est très
agréable de lui confirmer l’avoir bien reçu. Autrefois, cela se faisait
par une poignée de main ou un sourire de remerciement.

François de Siebenthal
Economiste MBA HEC Lausanne et lic. és sc. iur.
14, ch. des Roches
CH 1010 Lausanne
Suisse, Switzerland

Jean-Paul II a notamment comparé le rapport sexuel chaste entre les époux chrétiens à l’adoration eucharistique.

Admiration.
http://www.union-ch.com/file/portrait.wmv
http://desiebenthal.blogspot.com/2011/05/le-rapport-sexuel-est-comparable.html

Krach ? Solutions…

Local Exchange Systems in 6 languages
www.easyswap.org
http://pavie.ch/?lng=en
http://michaeljournal.org
http://desiebenthal.blogspot.com/
00 41 21 616 88 88
021 616 88 88  FAX: 616 88 81
http://m-c-s.ch et  www.pavie.ch
http://ktotv.com/
Please, subscribe to be kept informed.
Un abonnement nous encourage.  Pour la Suisse, 5 numéros par année de 16
pages par parution: le prix modique de l’abonnement est de 16 Sfr.- par
année (envois prioritaires)
Nous vous prions de nous envoyer votre adresse postale pour l’abonnement au journal.
http://www.michaeljournal.org/abonnement.htm
merci.
www.familiaplus.com

à faire circuler largement, merci, le monde est déjà meilleur grâce à ce simple geste de solidarité.

Traduction »
Aller à la barre d’outils