Le Conseil pontifical Justice et Paix demande la réforme des institutions internationales

Le Salon Beige , le 24 octobre 2011  



Ce matin, s’est tenue une conférence de présentation de la Note du Conseil pontifical Justice et Paix, intitulée « Pour une réforme du système financier international dans la perspective d’une autorité publique de compétence universelle« . Le Cardinal Turkson a évoqué la sixième réunion des chefs de gouvernement du G20 les 3 et 4 novembre à Cannes sur les questions relatives à l’économie et à la finance mondiale. Mgr. Toso a expliqué que la Note

« souhaite proposer une réflexion sur les chemins possibles à envisager, dans la lignée du magistère socialle plus récent des pontifes, pour atteindre les politiques et les institutions financières et monétaires efficaces et représentatives au niveau mondial et orientées en vue d’un développement authentiquement humain de toutes les personnes et les peuples« .

En abordant la question de la crise actuelle du système monétaire et financier,l’Eglise ne souhaite pas rentrer dans des questions techniques, mais s’exprime sur un plan éthique et religieux. Elle signale ainsi comme causes de la crise, non seulement celles qui ont un caractère éthique, mais plus précisément, celles de type idéologique

« qui, alors qu’elles réduisent le bien commun à des dimensions économiques, financières et techniques en absolu, mettent en danger l’avenir des institutions démocratiques elles-mêmes« .

Le Conseil pontifical propose de réformer les institutions internationalesactuelles qui

« doivent être l’expression d’un accord libre et partagé entre les peuples, plus représentatives, plus participantes, plus légitimes… Elles doivent être ‘super partes’, au service du bien de tous, en mesure d’être un guide efficace et, en même temps, de permettre à chaque pays d’exprimer et de poursuivre le bien commun, selon le principe de subsidiarité, dans le cadre du bien commun mondial. C’est seulement ainsi que les institutions internationales réussiront à favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficaces, ainsi que de marchés libres et stables, disciplinés par un cadre juridique adéquat, adapté au développement durable et au progrès social de tous. »

Pour que tout cela soit possible, il est nécessaire de « retrouver le primat du spirituel et de l’éthique et, avec eux, celui de la politique, responsable du bien commun« .

Extraits :
« il faut réaffirmer que le processus de mondialisation avec ses aspects positifs est à la base du développement important de l’économie mondiale du XX siècle. Il convient de rappeler qu’entre 1900 et 2000, la population mondiale a presque quadruplé et que la richesse produite à l’échelle mondiale s’est accrue de manière beaucoup plus rapide, ce qui a entrainé une forte augmentation du revenu moyen par habitant. Au même temps, toutefois, la distribution équitable de la richesse ne s’est pas améliorée, au contraire, souvent elle s’est aggravée. »
Extrait du document, sur la subsidiarité :
« Ce qui est valable au niveau national l’est aussi au niveau mondial. La personne n’est pas faite pour servir l’Autorité sans condition, cette dernière ayant pour tâche de se mettre à son service, en cohérence avec la valeur prééminente de la dignité de l’homme. De même, les gouvernements ne doivent pas servir l’Autorité mondiale inconditionnellementC’est plutôt celle-ci qui doit se placer au service des différents pays membres, selon le principe de subsidiarité, en créant, entre autres, les conditions socio-économiques, politiques et juridiques indispensables aussi à l’existence de marchés efficients et efficaces, parce que super-protégés par des politiques nationales paternalistes, et parce que n’étant pas affaiblis par les déficits systématiques des finances publiques et des produits nationaux qui, en fait, empêchent les marchés eux-mêmes d’opérer dans un contexte mondial en tant qu’institutions ouvertes et concurrentielles.
Dans la tradition du Magistère de l’Eglise, reprise avec force par Benoît XVI, le principe de subsidiarité doit régler les relations entre l’Etat et les communautés locales, entre les institutions publiques et les institutions privées, y compris celles monétaires et financières. Ainsi, à un niveau ultérieur, il doit régir les relations entre une future Autorité publique mondiale et les institutions régionales et nationales. Un tel principe garantit la légitimité démocratique mais aussi l’efficacité des décisions de ceux qui sont appelés à les prendre. Il permet de respecter la liberté des personnes, individuellement et dans les communautés, et, en même temps, de les responsabiliser quant aux objectifs et aux devoirs qui sont les leurs.
Selon la logique de la subsidiarité, l’Autorité supérieure offre son subsidium, c’est-à-dire son aide, lorsque la personne et les acteurs sociaux et financiers sont intrinsèquement inadéquats ou ne parviennent pas à réaliser eux-mêmes ce qui leur est demandé. C’est grâce au principe de solidarité que se construit un rapport durable et fécond entre la société civile planétaire et une Autorité publique mondiale, lorsque les Etats, les corps intermédiaires, les différentes institutions – y compris celles économiques et financières – et les citoyens prennent leurs décisions dans la perspective du bien commun mondial, qui transcende le bien national.
On lit dans Caritas in veritate : «la gouvernance de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux».C’est ainsi seulement que l’on peut éviter le danger de l’isolement bureaucratique de l’Autorité centrale, qui risquerait d’être délégitimée par un trop grand détachement des réalités sur lesquelles elle est basée, et pourrait aisément céder aux tentations paternalistes, technocratiques ou hégémoniques. »

On peut écrire à Le Salon Beige par email à : lsb@chretiente.info et visiter son site ici.

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