Monnaie pleine : Un Café philo à Fribourg



Monnaie pleine : une initiative suisse dont on reparlera



Un Café philo à l’Ancienne-Gare de Fribourg a mis en scène Serge Gaillard, directeur de l’Administration fédérale des finances depuis 2012 et Sergio Rossi, professeur ordinaire à l’Université de Fribourg, spécialiste en macroéconomie et économie monétaire. L’objectif : expliquer et vulgariser L’INITIATIVE MONNAIE PLEINE. Nous sommes le seul pays à pouvoir voter sur un tel sujet. Les enjeux sont énormes mais la finance est occulte, c’est pourquoi nous avons choisi le camp du professeur. Espérons un territoire sans lobby.



Les subprimes, pratique douteuse dans le domaine des crédits hypothécaires aux USA, ont généré la crise qui a secoué l’économie mondiale en 2008. Dix ans après, les risques sont toujours les mêmes. La prochaine crise rôde. Par définition, la monnaie est un outil d’intermédiation en relation avec des échanges de biens et services réels. Les banques en ont fait un moyen de spéculation en octroyant des crédits pour des opérations financières sans lien avec la production. Il est impossible de revenir à l’étalon-or abandonné en 1971. La rareté du métal précieux empêcherait le développement économique. On peut encore s’inspirer de ce modèle et imposer une certaine discipline aux Etats et à leur banque nationale. David Ricardo, en 1844, avait déjà émis une solution en exigeant plus de transparence dans la comptabilité de la Banque d’Angleterre. Mais la puissance que nous avons donnée, au XXe siècle, aux milieux financiers fait que les émissions de monnaie scripturale ou bancaire se sont emballées. «Contrairement à ce que pense la très grande majorité des gens et surtout des économistes, ce sont principalement les banques commerciales qui créent de la monnaie. Celle émise par la Banque centrale ne représente qu’un très faible pourcentage de la masse monétaire.» affirme Sergio Rossi lors d’une émission sur la TV tessinoise en 2017. En face, Sergio Ermotti, directeur général de l’UBS, préfère passer pour un ignorant sur un plateau de TV. Il conteste ce fait évident en réaffirmant qu’en Suisse seule la Banque nationale (BNS) émet la monnaie. Son comportement est une manipulation évidente de l’opinion publique.
Une piste suggérée par Sergio Rossi dans l’édition 27 IROmag est limpide : «Au niveau national, les réformes monétaires doivent séparer explicitement, dans la comptabilité bancaire, l’émission monétaire de l’intermédiation financière […] Il faut empêcher que les banques puissent octroyer des crédits pour des opérations sur les marchés financiers s’appuyant sur des sommes de monnaie dépourvues de tout lien avec la production.» Notre professeur soutient l’initiative soumise au vote populaire. Toutefois, il la trouve un peu extrême car il y a risque de limiter fortement les possibilités d’octroyer des crédits aux entrepreneurs pour des projets. Il sait aussi que de telles idées révolutionnaires dans l’organisation de la finance et de la société ne passent jamais en votation avec la première mouture. Le travail est sur la table et l’initiative Monnaie pleine lance un débat de fond, nécessaire pour éviter une autre crise financière systémique. Sergio Rossi précise que sur le plan structurel, il faut empêcher tout conflit d’intérêts des acteurs financiers. Les banques d’affaires actuellement se trouvent souvent/toujours des deux côtés de la même transaction financière.



Pour éviter ce conflit d’intérêts, les activités des banques universelles devraient être traitées dans trois entités juridiques et opérationnelles séparées :
• une banque commerciale dont la réglementation sera très stricte, en échange d’une garantie publique des dépôts de la clientèle ;
• une banque d’affaires permettant une prise de risques avec effet de levier limité et surveillée de près par les régulateurs ;
• un fonds d’investissement pouvant mener des opérations hautement spéculatives, mais avec 100 % de fonds propres.



Avec une telle structure trimodale, un risque systémique (to big to fail) est écarté pour l’ensemble de l’économie nationale. Il ne sera plus nécessaire de sauver l’UBS en une nuit. Banque commerciale, banque d’affaires et fonds d’investissement opéreront chacun sur leur marché sans jouer avec les vases communicants. La relation entre les engagements, les réserves, les risques, sera plus transparente. Les unités de monnaies émises par la banque centrale permettront ainsi de mesurer objectivement la production en terme économique. Le chantier doit avancer avant la prochaine crise financière.



Narcisse Niclass

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