Musée du vieux pays-d'en haut
Les découpages de génie d'un paysan du Siebenthal
Karine Etter

Pour marquer
le bicentenaire de la naissance de Jean-Jacques Hauswirth, artiste paysan et découpeur de génie,
le Musée du Vieux Pays-d'Enhaut présente plus d'une cinquantaine de ses œuvres, la plupart
inédites.

En 1809 naissait Jean-Jacques Hauswirth, à Saanen ( Gessenay ou Gsana, Gstaad ), dans le Siebenthal (BE).

De cet homme, resté discret tout au long de sa vie, on ne sait presque rien: il fut tâcheron, charbonnier et peut-être aussi mercenaire. Quasiment illettré, taciturne et nomade, allant de ferme en ferme proposer ses services, il a pourtant laissé derrière lui une trace artistique naïve et merveilleuse: des découpages, finement ciselés, d'abord monochromes puis aussi colorés.
«Quand on le laissait entrer, il sortait de son sac des ciseaux et du papier qu'il festonnait; quand il l'ouvrait, on voyait un vase et des fleurs, ou deux chevaux face à face. On glissait ces images comme signets dans un psautier, un livre de prières ou dans la Bible; on les utilisait comme marques», écrit Claude Allegri, dans son ouvrage «Les découpages du Pays-d'Enhaut et du Saanenland», réédité par le Musée du Vieux Pays-d'Enhaut, à l'occasion d'une exposition consacrée à Jean-Jacques Hauswirth pour marquer le bicentenaire de sa naissance. Jusqu'au 25 avril 2010, les visiteurs peuvent y découvrir et admirer plus d'une cinquantaine de ses œuvres, la plupart inédites, provenant de collections privées.

Liberté artistique
Collant ses divers papiers découpés, Hauswirth a composé des tableaux multicolores, vivants et symboliques à la fois. Des œuvres dont la valeur artistique est aujourd'hui largement reconnue, alors que le découpeur de génie est mort seul, misérablement, en 1871, dans une cabane qu'il s'était construite au fond des gorges éternellement sombres du Pissot, près de L'Etivaz.
Avec ses ciseaux, des papiers de couleur amassés au fil de ses déplacements et rencontres, et de la colle, Hauswirth a mis en scène les montées à l'alpage, les fêtes au village, la nature. «Il créait sans cesse, avec une imagination sans limite. Il a laissé des compositions étonnantes et variées», constate Claude Allegri.
Pour décrire le style de Hauswirth, cet expert en découpages évoque une évolution de la symétrie à l'asymétrie: «Il a commencé par des découpures symétriques, obtenues par papiers pliés. Très vite, il a dû se sentir limité par cette technique; il a alors introduit un ou quelques éléments différents à gauche et à droite (…). En explorateur artistique, il a ainsi eu recours à l'asymétrie grâce à laquelle il a réalisé des œuvres encore plus belles». Avec lui, le découpage est devenu un art d'expression, d'émotion, «qui par- le plutôt qu'il n'éblouit».
Relève importante dans tout le pays
Précurseur d'un art vivant, qui deviendra par la suite une véritable tradition régionale, Hauswirth a éveillé de nombreuses vocations, à commencer chez Louis-David Saugy (1871-1953). L'art du découpage suscite alors un fort engouement et dépasse les frontières du Simmental et du Pays-d'Enhaut. D'une douzaine d'artistes en 1970, ils seront plus de deux cents à la fin du siècle dernier dans toute la Suisse à découper et à faire commerce de leur art.
«Aujourd'hui, on délaisse plus fréquemment la silhouette et les effets de dentelle pour préférer une expression graphique plus marquée ou un effet de perspective étonnant», explique Jean-Frédéric Henchoz, conservateur du Musée du Vieux Pays-d'Enhaut. Même si les découpeurs contemporains font partie d'une communauté marquée par la tradition, ils ont néanmoins chacun développé un style personnel et une originalité propre.

infos utiles
Exposition J.-J. Hauswirth jusqu'au 25 avril 2010 au Musée du Vieux Pays-d'Enhaut, Grand-Rue 107, 1660 Château-d'œx.
Horaires: du mardi au dimanche de 14 h à 17 h. Lundi fermé.
Tél. 026 924 65 20
www.musee-chateau-doex.ch

Traduction »
Aller à la barre d’outils