L’usure tue, autres exemples.

Le système de l’épargne commune pour le désendettement n’est pas à confondre avec deux
“parents lointains” du monde de la petite finance: les tontines chinoises, ainsi que les services
d’épargne et de micro-crédit offerts par les IMF (Institutions de Microfinance).

Concernant les tontines, nous empruntons quelques formulations à l’instructive oeuvre
“La tontine”, M. Lelart, Ed. AUPELF-UREF, John Libbey Eurotext, Paris 1990, que nous
recommandons pour lecture. Au fond, la tontine financière permet à des membres d’un groupe
constitué librement et informellement de bénéficier, à tour de rôle (mensuellement), des
contributions de tous les membres. Sans entrer dans les variations existantes, on peut dire que la
tontine s’adresse à des gens qui spéculent sur une action précise, le plus souvent
d’investissement, et qui souvent n’ont pas la discipline de faire des épargnes personnelles. Une
fois tous les membres du groupe tontinier servis à tour de rôle, le système s’arrête, ou doit
reprendre à zéro. Rien à voir donc avec le système Tsinjo Aina de l’épargne commune pour le
désendettement, qui augmente progressivement l’épargne commune pour éviter aux membres, en
cas de besoin, le recours aux usuriers.

Pour ce qui concerne les services d’épargne et de micro-crédit des IMF (exemples à
Madagascar: CECAM, OTIV, TIAVO, etc.), les différences par rapport au système de l’épargne
commune pour le désendettement sont les suivantes:
o Les deux systèmes, les Crédits IMF et les groupements d’Epargne Commune pour le
Désendettement (appelés GECD par la suite), répondent à des besoins différents:
investissement productif ici, sortir de l’endettement là. Autrement dit: les IMF visent
logiquement à (faire) rentabiliser des investissements, tandis que les GECD visent à arrêter
de perdre des valeurs créées (en nature ou en argent)
o Dans les IMF, la concentration est donc sur l’économique (en termes de rentabilité), tandis
que les GECD visent des perspectives de développement communautaire durable, basées sur
des valeurs fortes
o Dans le cas des IMF, l’individuel prévaut, tandis que les GECD sont exclusivement basés
sur l’associatif: le groupement informel organisé autour de l’épargne commune
o Les IMF devraient offrir un banking professionnel et institutionnalisé, tandis que les GECD
représentent l’effort communautaire de gestion auto-responsable
o Les IMF représentent une chance réelle pour les plus dynamiques (capables de profiter des
services offerts), tandis que les GECD peuvent être caractérisés comme filets de sécurité
sociale en faveur des plus faibles
o Les IMF s’adressent donc en premier lieu à des individus disposant d’un certain potentiel
économique et étant capables de gérer des investissements productifs, mais elle ne sont pas
faites des paysans endettés chroniquement et qui vivent essentiellement dans une logique de
subsistance
o Bref: il n’y a pas contradiction entre les deux systèmes, mais plutôt complémentarité dans la
mesure où ils ne visent pas la même clientèle.
La Coordination Nationale de Micro-Finance de Madagascar, comme aussi une étude du Bureau
international “Facet” pour le compte du MCA, voient un rôle éminemment éducatif de l’approche
Tsinjo Aina, qui permettrait d’atteindre des gens peu aptes au système IMF, et de les préparer (entre
autres) comme futurs clients potentiels du système IMF – ce qui peut être le cas, mais qui ne doit
pas forcément l’être.
Par contre, suivant notre conviction, le système de l’épargne commune s’intègre facilement dans
une logique de réduction de la vulnérabilité de ses groupements membres. La mise en place de
groupements d’épargne commune répond parfaitement à la stratégie de sécurité alimentaire et de
gestion des risques. Tout d’abord, parce que arrêter de perdre est, en quelque sorte, synonyme de
gagner – chaque foyer dispose donc d’une meilleure base de départ. Ensuite, l’épargne commune en
riz et en argent représente une certaine garantie pour pallier à des situations de précarité. Et
finalement: le fait d’être organisés en groupements solidaires, le fait de vivre et de pratiquer une
solidarité concrète, prépare les gens à des situations où ce genre d’attitude sera d’une grande utilité.

2.2. Les formes de l’endettement
Nombreuses sont les formes que prend l’endettement chronique – en 1999 déjà, nous en avons
identifié plus d’une vingtaine. Les quatre cas présentés ci-dessous représentent les transactions les
plus répandues, observées dans toutes les régions de Madagascar depuis des années, si on prend la
vanille comme “chiffre” pour “culture de rente”, tout en admettant que les clous de girofle, le café,
le tabac et d’autres produits de rente suivent les mêmes règles.
• riz – riz: on emprunte 10 daba de riz en période de soudure, et on rembourse 20 à 30
daba après la récolte – le taux d’intérêt est donc de 100 à 200% sur une période
allant de quelques semaines à quelques mois
• argent – riz: on emprunte 3.000 MGA en période de soudure, et on rembourse après récolte
sous forme de 1 daba de paddy (13 à 15 kg), qui en vente ouverte vaut 10.000
MGA – le taux d’intérêt se situe donc entre 200 et 300% sur une période allant
de quelques semaines à quelques mois
• argent – vanille: on emprunte 3.000 MGA en période de soudure, et on rembourse après récolte
sous forme de 1 kg de vanille verte, qui en vente ouverte vaut 12.000 MGA – le
taux d’intérêt est donc de 300% sur une période allant de quelques semaines à
quelques mois, souvent même plus
• argent – argent: on emprunte 10.000 MGA pour rembourser 15.000 ou 20.000 MGA à la fin du
mois – le taux d’intérêt est donc de 50% à 100% pour un mois.
Petit crédit mais maxi intérêts…

Programme Tsinjo Aina
“Tsinjo Aina”
Vision 2015
*************
1. Les familles des paysans, organisés dans le cadre du programme
Tsinjo Aina, sont capables d’orienter et de gérer leur propre
développement d’une manière compétente et auto-responsable.
2. L’organisation en groupements d’épargne commune, en réseaux de
groupements (niveau Fokontany) et en réseaux de réseaux (niveaux
Communes et Régions) est devenue un acquis durable.
3. L’épargne commune a permis aux membres des groupements (à
l’exception des groupements créés récemment) de se libérer
entièrement de l’usure, et aussi de ne plus vendre du riz à bas prix
après récolte, pour acheter du riz à prix élevé en période de soudure.
4. Les paysans produisent sur leurs terres sécurisées, tout en ayant
maintenu une souveraineté alimentaire à travers un système de
subsistance solide et en même temps flexible vis-à-vis des forces du
marché.
5. La soudure est maîtrisée, et la vulnérabilité est réduite à un niveau
gérable localement.
6. La paix sociale au sein des Communautés est rétablie, et la solidarité
et l’entraide sont des pratiques usuelles.
7. Les droits civiques de base sont acquis: tous les enfants disposent de
leurs actes de naissance, et tous les adultes de leurs Cartes d’Identité
Nationale.
8. Les paysans sont des citoyens actifs et responsables, ils sont souverains
dans leurs décisions politiques.

fin des extraits.
explications notamment extraites de:
http://www.dial.prd.fr/dial_evenements/conf_scientifique/pdf/dynamiquesrurales_dial/calbazar.pdf

Notre système de capital social polypoly 3C est encore plus efficace car il crée du troc amélioré, notamment de temps, de services, de dividendes universels inconditionnels et de biens monétaires sans intérêts avec en plus des investissements locaux facilités, des escomptes compensés, de l’argent social et des profits locaux.


  1. François de Siebenthal: Pour un capital social local. Le Polypoly.

    10 mai 2011 – Mais pour aider la mémoire et pour fiabiliser le troc amélioré, on a encore …. HEC de Lausanne, siebenthal@gmail.com +41 21 616 88 88.

  2. François de Siebenthal: 01/11/09

    30 nov. 2009 – L’argent survient pour faciliter le troc des marchandises, il sert pour …. s’agit pas seulement d’améliorer les conditions économiques du Peuple,

  3. François de Siebenthal: Le film “the money fix”

    28 oct. 2009 – Dans les systèmes de troc des peuples primitifs,; la pointe de lance …… on veut de s’améliorer;; le développement de l’humain en tant que tout.

Crise économique, crise alimentaire, pour remettre l’église au milieu du village…


Le “miracle monétaire” de Schwanenkirchen

Schwanenkirchen : 1927-1930

Schwanenkirchen
est une petite commune de la forêt bavaroise, une contrée sauvage,
isolée, aux communications difficiles et archaïques. Un pays où le
matériel “roulant’ usagé rend ses derniers services avant sa réforme
définitive, où des centaines de villages ne connaissent ni canalisations
d’eau ni électricité, où les enfants font des kilomètres à pied en
sabots pour aller à une école dont le maître doit s’occuper de sept
classes à la fois…

La région est triste: l’exploitation des
mines est arrêtée, les carrières abandonnées, les artisans chôment, les
commerçants attendent vainement de problématiques clients, les marchands
de bestiaux traînent sur des dizaines de kilomètres avec leurs bêtes in
habituées à la marche par un trop long séjour dans les étables, et
reviennent des “foires” sans avoir pu réaliser la moindre affaire.

La
mine de Schwanenkirchen est abandonnée. Elle avait été exploitée par
une société anonyme avec administrateurs, directeur, contremaîtres et
tout un appareil bureaucratique complexe. Celle mine qui produisait un
charbon de qualité moyenne, avait fait vivre les ouvriers des environs
ainsi que les commerçants et était un des facteurs économiques
principaux de l’endroit… Or, la société fit faillite et l’exploitation
fut abandonnée.

C’est alors que l’ingénieur Hebecker acquit la
mine aux enchères dans le secret espoir de l’exploiter à son compte.
Hélas ! il ne trouva personne pour financer l’entreprise. Qui aurait
voulu investir des capitaux dans une contrée aussi inaccessible.

Ainsi faute d’argent,
plus âme qui vive ne descend dans les galeries, les eaux dépassent le
fond de 50 mètres, les mineurs vont par de tristes sentiers au bureau du
chômage et l’ingénieur habite seul à côté de son puits noyé… Une
misère inhumaine règne dans tout le pays.

En
1919, se forma en Allemagne une association “franchiste” qui avait pour
but l’instauration générale d’une “économie franche”… Finalement, un
ami du défunt Silvio Gesell, Hans Timm, émit un “billet d’échange” qu’il
appela “Wara”, mot symbolique composé avec Ware : marchandise et
Warung: valeur monétaire. Son organisation s’appela: “Société d’Echanges
Commerciaux Wara”

Cette monnaie libre fut émise en valeur
nominale de 0.5, 1, 2 et 5 wara et pouvait être acquise par les membres
de l’association pour un nombre de marks correspondant. C’est seulement
dans des cas d’extrême urgence que la wara devait être reconvertie en
marks. Tout adepte de cette doctrine se devait de faire passer l’intérêt
de la collectivité avant le sien propre mais avec l’espoir de profiter
par la suite des avantages acquis au nom de la collectivité…

L’avantage de l’argent sur la marchandise réside dans le fait que toute marchandise perd de sa valeur avec le temps tandis que l’argent conserve la sienne. D’autre part, les franchistes veulent que l’argent
ne soit autre qu’un moyen d’échange qui a pour seule couverture la
confiance dans le travail et l’activité du peuple qui s’en sert. En
outre, les franchistes sont d’avis qu’une monnaie qui diminue
progressivement de valeur circulera beaucoup plus vite et sera ainsi
plus productive qu’une monnaie qui soi-disant ne perd pas de sa
valeur… mais qui peut être thésaurisée et servir aux spéculations de
toutes sortes…

Pour débuter, les franchistes créèrent dans un
cercle restreint de leur organisation cette monnaie d’échange… Unité
de la wara = un mark. Perte de valeur: 1 % par mois, compensable par le
collage d’un timbre. Jusqu’en 1931, la Wara ne retint pas l’attention du
grand public…

Schwanenkirchen : 1930-1931

La
mine a brusquement repris son activité… Des pompes puissantes aspirent
l’épaisse couche de liquide, des scaphandriers desoendent la tour
d’extraction qui avait été incendiée est reconstruite; à un rythme
régulier les ascenseurs montent et descendent et les wagonnets emportent
le charbon a la gare à une cadenoe jamais connue. Le fonctionnaire du
bureau de chômage ne voit plus ses soixante habitués… les restaurants
sont remplis de consommateurs, les bouchers de Hengersberg vendent tous
les samedis leur quintal de viande, les propriétaires des bureaux de
tabac entendent avec plaisir la sonnette de leur magasin, les
quincailliers font un chiffre d’affaires inaccoutumé, les costumes et
les chaussures se vendent comme jamais auparavant… Toute la contrée a
pris un aspect de gaîté et d’espoir… Et ceci au moment même où le
monde entier subissait les jours sombres de la crise économique générale
(la “crise de 29”).

Que s’était-il passé? Un miracle? Un
mécène? Un magnat américain ? Non ! Mais un magicien a remis en route
les engrenages rouillés de l’economie régionale.

Voici en quelques mots la clé du mystère:

L’ingénieur
Hebecker était franchiste. Voyant les portes de toutes les banques se
fermer devant lui, il s’adressa à ses amis franchistes leur demandant la
possibilité d’une avance de fonds en leur faisant remarquer que c’était
une excellente occasion de propagande pour la société. Ceux-ci
comprirent toute l’importance d’une expérience pratique et donnèrent
50000 wara à Hebecker.

Alors une chose stupéfiante commença.
Pendant qu’à Berlin et dans toutes les capitales du monde, les ministres
s’affairaient vainement sur les problèmes de crise, baisse des prix,
économies, chômage, la petite agglomération de la foret bavaroise,
Schwanenkimhen, en se rendant indépendante, se soustrayait à la misère
mondiale.

Comment cet ingénieur réalisa ce prodige?

lI
fit rassembler les mineurs réduits au repos forcé depuis des années et
leur annonça que le travail dans la mine pouvait reprendre. Il leur
déclara qu’il n’avait pas d’argent
pour les payer mais quelque chose qui pouvait en tenir lieu pour peu
qu’ils fassent confiance à cette “wara”. Les mineurs examinèrent les
“billets jaunes” et répliquèrent à l’ingénieur que leur propre confiance
avait beaucoup moins d’importance que celle du boulanger, du cordonnier
et des commerçants en général… qui devaient leur donner -en échange-
des matières comestibles, des vêtements, etc.

Ne rencontrant
pas assez de compréhension cher les producteurs et les commerçants de la
région, Hebecker organisa alors une cantine alimentée par ses amis
franchistes d’Allemagne centrale qui, eux, acceptèrent la “wara” en
paiement. Quelques semaines plus tard, l’ingénieur eut la visite des
commerçants fort mécontents de ce système qui, d’après leurs doléances,
leur enlevait définitivement- toute possibilité de vivre. Ils voulurent
avoir de plus amples détails sur ces “billets” et l’assurance de gagner
de l’argent en les utilisant. Le
patron de la mine leur expliqua que la plus grande partie du salaire de
ses ouvriers allait au boulanger, puis de celui-ci au boucher qui les
donne à son tour au tailleur, au cordonnier, au forgeron et ainsi de
suite… c’est-à-dire que ces billets peuvent -mieux encore que l’argent
de l’Etat – rester constamment en circulation. Mieux encore que les
billets officiels qui sont thésaurisables. Il leur déclara en outre
qu’au cas où d’importantes sommes de wara devraient s’accumuler, les
franchistes s’engageraient “exceptionnellement” à les rembourser contre
des marks.

A partir de ce moment-là, le “nouveau système
monétaire” fonctionna comme une machine bien réglée. Hebecker a remis an
route la mine, occupé quarante ouvriers et “revitalisé” l’économie dans
trois villages.

Quand après deux ans de chômage consécutifs,
les ouvriers touchèrent leur première paie, aucun d’eux n’avait intérêt à
garder un seul centime. La totalité de leurs appointements alla aux
commerçants pour couvrir les dettes et pour acquérir les denrées de
première nécessité. Les commerçants, réticents et sceptiques d’abord,
durent se rendre à l’évidence qu’aucune autre monnaie n’étant aux mains
des consommateurs, il valait mieux l’accepter que manquer la vente. Ils
ne tardèrent pas à remettre leurs “wara” aux grossistes et producteurs ;
ces derniers cherchaient à placer le plus rapidement possible leurs
billets et s’approvisionnèrent en charbon à la mine Hebecker. Ainsi fut
établi le circuit de la “wara” dont une grande partie retournait à la
mine pour se transformer en salaire tout en contribuant à améliorer le
bien-être général. Quelques mois après, cette petite localité était
méconnaissable. Tout le monde avait payé ses dettes et un air de franc
optimisme soufflait à travers le pays…

Le succès de cette
expérience -au milieu de la crise économique mondiale- se répandit dans
toute l’Allemagne. Des reporters venus de tous les horizons pour être
témoins oculaires du “miracle de Schwanenkirchen” affluèrent dans le
pays. Même les U.S.A. en parlaient dans leurs journaux financiers. Sans
toutefois donner la vraie raison du miracle, ils mentionnèrent
simplement l’essai d’une monnaie dynamique, inthésaurisable. Il n’est
pas douteux que si Hebecker avait tenté de remettre la mine en route
avec 40000 D.M., il aurait abouti à un échec certain. L’argent
serait passé en une ou deux mains seulement et chacun l’aurait gardé
-en réserve- en raison des mauvaises conjonctures économiques…

Pour terminer l’histoire de la “wara” ,
il faut ajouter que dans toute l’Allemagne, des milliers de commerçants
l’acceptèrent et que d’autres communautés comptaient appliquer ce
système monétaire. Disons encore que ce mouvement eut une certaine
influence en Allemagne :il combattit la politique déflationniste du
gouvernement Broning et beaucoup de gens trouvèrent du travail.

Mais
le gouvernement se mit à s’occuper de l’affaire sous prétexte que la
“wara” était une monnaie et son émission en contravention avec un droit
que seul l’Etat possède. Au tribunal, la “wara” gagna le procès. Mais le
gouvernement continua son opposition en prétendant qu’elle pouvait
conduire à une dangereuse inflation… hélas! le gouvernement ne sut pas
faire la distinction entre inflation qui part à zéro pour atteindre des
chiffres astronomiques et la modeste “wara” qui part au bord du
précipice pour ramener l’économie sur la terre ferme sans pour cela
demander une aide extérieure… Finalement, l’arbitraire peut arrêter le
bon sens: la wara fut interdite. Le résultat ne se fit point attendre:
Schwanenkirchen et les autres villages pour lesquels la wara était “le
fluide vital” de la machine économique furent de nouveau réduits au
marasme complet…

Un décret du Chancelier Brûning en date du
30 octobre1931, interdit forrnellement en Allemagne l’usage de la wara,
de la monnaie timbrée et des bons d’échanges en général… La France ne
s’est pas montrée plus libérale que l’Allemagne puisqu’elle interdit le
fonctionnement des “Mutuelles d’échanges” que quelques pionniers
franchistes avaient instituées dans notre pays…

Pour conclure ce bref exposé, voici le point de vue des intéressés:

Les commerçants :
“Nous sommes heureux de perdre 1% par mois du moment que nous pouvons
compter régulièrement sur le salaire de quarante ouvriers. Sans la
“wara”, la mine serait morte, les ouvriers au chômage et notre recette
nulle. Une monnaie “timbrée’ est préférable à une monnaie fantôme”.
Les ouvriers :
“Nous ne perdons pas les 1% mensuels, notre salaire va immédiatement
dans les magasins d’alimentation où nous n’avons plus aucune difficulté à
les placer Nous serions heureux d’avoir beaucoup de “wara”, car sans
leur institution, nous serions encore dans la misère”.
Les franchistes:
“La wara cette petite coupure jaune signée par des inconnus- ne
contrevient à aucune loi car ce n’est pas une monnaie! La wara n’est
qu’un “instrument d’échange” émis par la ” S.E.C. Wara”. Ce n’est pas de
l’argent : la wara n’a pas de
couverture et n’est pas remboursable. D’autre part, la wara ne rapporte
pas d’intérêt et ne se prête pas à la spéculation…”.

++++++++++

4 – Le « miracle monétaire » de Wörgl :

Voici une analyse détaillée du « miracle monétaire » de Wörgl
Dans
L’Illustration du 9 septembre 1933, Claude Bourdet terminait en ces
termes un article sur la métamorphose de Wôrgl : Wôrgl est devenu
aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour tous les « économistes libres »
du monde entier…
Le 17 février 1934, dans une conférence
radiodiffusée par plusieurs radios américaines, le professeur Fisher
recommandait Wôrgl comme le meilleur exemple de cette « monnaie datée »
qu’il souhaiterait voir introduire partout. Il la déclarait seule
capable de combattre la pauvreté et le chômage.

Que s’était-il passé ?

Auparavant,
la ville de Schwanenkirchen, dans une situation dramatique due à la
crise (1931), avait retrouvé la prospérité en quinze mois. Grâce à la «
monnaie franche » de S. Gesell. Celle-ci perdait sa valeur si on n’y
apposait pas un timbre de 1 % au 30 de chaque mois. Elle tournait plus
vite et permettait plus d’échanges ; car les possesseurs de billets
cherchaient à éviter de payer cette « taxe à l’inertie ».
La
commune autrichienne de Wôrgl était une petite ville industrielle. En
1932, elle comptait 4300 habitants, dont 1500 étaient chômeurs (60 %).
Les impôts ne rentraient pas et la situation financière de la ville était désastreuse.
Voulant mettre fin à ce marasme, le bourgmestre avait suivi avec
intérêt l’expérience de Schwanenkirchen. Pour vaincre les difficultés de
trésorerie de son administration, il décida de se servir de la «
monnaie franche ».
« L’incitateur » serait la municipalité après
accord avec une majorité de citoyens, ouvriers, commerçants, ainsi que
la Caisse municipale d’épargne.
L’application pratique fut la
suivante : tous les employés municipaux (y compris le maire)
toucheraient 50 % de leurs appointements en « monnaie franche » et les
nouveaux seraient totalement rétribués avec cette monnaie.
Conformément à ce plan, il fut émis 32.000 schillings le 1er août 1932 en billets de 1, 5 et 10…

Les résultats tangibles

Certains
commerçants de Wôrgl, tout comme à Schwanenkirchen, refusèrent au début
d’accepter cette monnaie qui avait une trop grande ressemblance avec la
monnaie légale ; mais quand ils se rendirent compte de l’intensité de
la circulation et constatèrent que les employés et ouvriers municipaux
achetaient dans les boutiques qui acceptaient cette monnaie auxiliaire,
l’esprit de concurrence reprit bien vite le dessus et ils suivirent
l’exemple des autres…
Or, après l’introduction de la « monnaie
franche », non seulement les impôts courants furent payés, mais la ville
réussit à solder tous ses arriérés, elle put faire exécuter, dans le
deuxième semestre 1932, 100.000 schillings de travaux : sept routes
neuves, sept km d’asphaltage ; douze nouvelles rues furent projetées…
On étendit le système de canalisations. On planta des arbres, on reboisa
la forêt… La vie économique prit une intensité incroyable… Et il y
eut du travail pour tous !
Les banques profitaient également de cette activité retrouvée.
Au
1er janvier 1933, Wôrgl avait une nouvelle piste de ski (tremplin) et
une piscine… Un nouveau pont en ciment armé portait l’inscription : «
Construit en 1933 avec de l’argent libre ».
Déjà plusieurs communes voisines allaient être admises par Wôrgl dans
le système. C’est alors qu’une plainte contre le maire de Wôrgl fut
déposée à la Cour suprême de Vienne… Le Conseil municipal
contre-attaqua… en prouvant :
– que la commune avait pu payer tous ses arrérages sur les impôts (120.000 schillings),
– qu’elle avait réussi à exécuter bon nombre de travaux publics de première nécessité,
– que le chômage avait été complètement résorbé,
– que l’économiste américain, le professeur Irving Fisher, de
l’Université de Yale, avait envoyé en décembre 1932 une commission pour
étudier cette expérience,
– qu’il ne s’agissait que d’une « monnaie auxiliaire » et non d’une monnaie véritable.

Rien
n’y fit ! De procès en procès, la Banque d’Autriche plaida l’atteinte à
son privilège d’émission par cette monnaie « hérétique » (sic). La
commune fut obligée de retirer ces « bons »…
La manière dont le
tribunal a débouté Wôrgl de son recours montre qu’elle reconnaissait les
effets très positifs de cette expérience, qui avait conduit à une
reprise économique rapide, mais qu’elle refusait de la laisser
poursuivre, renvoyant de ce fait les citoyens à la misère.

++++++++++

5 – Ithaca : Article du NOUVEL OBSERVATEUR – Jean – Paul Dubois

Cette
ville de l’État de New York a sa propre monnaie et se passe très bien
d’un billet vert qui, selon ses habitants, ne sert qu’à enrichir les
multinationales.
Vous savez la meilleure ? Ça marche !

Ce
que l’on fait? On est au chaud, dans une voiture, et l’on suit un homme
qui pédale sur son vélo par une température proche de zéro. Ce que l’on
voit? Un casque blanc en polystyrène, le bout d’une barbe rousse et le
dos voûté de ce cycliste qui peine sous un voile de pluie et les
bouffées du vent. Sa roue arrière remonte une gerbe d’eau qui ruisselle
en cascade sur son anorak. On a eu beau insister, tout à l’heure, pour
l’emmener dans la berline, il n’a rien voulu entendre : « Je ne conduis
pas les automobiles. Et je ne m’assieds pas davantage dedans. C’est ma
philosophie. » La scène se passe à Ithaca, État de New York. Dans cette
ville, la firme Borg Wagner fabrique, pour le monde entier, les boîtes
automatiques des voitures les plus réputées. Mais pour changer de
vitesse, Paul Glover vous dira que l’on n’a jamais rien inventé de mieux
qu’un bon dérailleur à câble. C’est comme ça. Et il n’y a pas à
discuter : “Je n’aime pas ce qui pollue. Je refuse aussi de prendre
l’avion. À la rigueur, parfois, quand je n’ai pas le choix, j’emprunte
le train. Lorsque, de surcroît, vous apprenez qu’il y a quelques années
cet homme a mis six mois pour effectuer à pied la diagonale Boston-San ?
Diego “afin de découvrir à quoi ressemblaient vraiment les tempêtes,
les orages, les hommes et les animaux de ce pays”, vous pensez avoir
affaire à un flâneur fêlé,

Et vous ne pouvez pas vous tromper
plus allègrement. Car L’homme qui là, devant nous, trempé jusqu’aux os,
mouline dans la tourmente est l’économiste le plus astucieux de l’État,
le “banquier alternatif” le plus populaire, le plus zazou, et le plus à
gauche que la finance ait jamais connu. Le “New York Times”, le “Wall
Street Journal”, “Associated Press” et même le magazine ultracapitaliste
“Across the Board” lui ont consacré de longs articles dithyrambiques.

Cela est d’autant plus surprenant qu’il n’y a sans doute pas au monde quelqu’un qui méprise plus l’argent
en général dollar en particulier que Paul Glover. Au point d’inventer
et de lancer en 1991, dans sa ville, une nouvelle unité monétaire. Dont
il imprime lui-même les billets. Et que la plupart des commerçants, des
administrations et même une banque acceptant. A Ithaca, on estime que 2
millions de dollars de cette « monnaie de singe » sont aujourd’hui en
circulation. Cette devise locale s’appelle l’ “Ithaca hour”. Et,
consécration suprême, George Dentes, le procureur du comté, a récemment
annoncé « qu’il en cuirait aux aigrefins tentés de contrefaire les
talbins bigarrés bricolés par Glover puisqu’ils seraient désormais punis
aussi sévèrement que s ‘ils fabriquaient des faux dollars ». Je dirais
que cela devrait être même plus durement sanctionné, ajoute Paul. Car
l’Ithaca hour est une monnaie réelle dont la contrepartie représente le
travail palpable de gens qui existent, tandis que le dollar est une
monnaie de Monopoly des espèces dépecées de toute matérialité, qui n’ont
plus d’équivalent or ni même argent,
mais seulement celui d’une dette nationale de 5 200 milliards de
dollars. En Amérique, le plus grand fabricant de fausse monnaie, c’est
l’État .
Ne vous y trompez pas. Ce discours n’est pas celui d’un
quelconque milicien antifédéraliste fascisant comme on en rencontre un
peu partout dans ce pays. Paul Glover serait plutôt tenant d’un nouvel
ordre économique bienveillant, reposant essentiellement sur des marches
de proximité, des marques de civilité et des échanges de bons procédés.
Évidemment, une telle théorie mérite d’être explicitée. Ancien
publicitaire et journaliste, diplômé de gestion municipale, Glover se
met en 1991 à observer les mouvements de l’argent
dans sa ville. Ce qu’il voit. Les banalités de base du capitalisme : de
puissantes compagnies, de grandes chaînes nationales de magasins qui
s’installent à Ithaca pour aspirer l’argent local avant de le réinvestir ailleurs.

Glover
n’a plus alors qu’une idée en tête. Désamorcer cette pompe à finance,
diminuer le débit de ce vorace pipe-line, afin de le remplacer par on
système d’irrigation en circuit fermé. Que l’argent
tourne, circule, soit, mais sur place, entre soi. C’est alors que lui
vient l’idée de l’Ithaca hour, cette unité monétaire que l’on ne
pourrait gagner et dépenser que dans la Communauté. En vendant ou en
achetant des services et des biens produits localement. Et voilà
comment, pour lutter contre le capital, Glover se mit à battre monnaie.
Le plus difficile, dans cette histoire, fut bien sûr de convaincre les
30 000 habitants de la ville et les 40 000 étudiants de la toute proche
université Cornell que ce papier singulier, qui sur ses deux faces
proclamait narquoisement “In Ithaca we trust “, était autre chose qu’une
facétie antitrust. Le temps et la nature même de ce séduisant nouveau
système d’échange se chargèrent d’instaurer la confiance.

Comment
ça marche? Le billet de base, l’Ithaca hour, vaut 10 dollars, ce qui
représente en gros le salaire moyen horaire payé dans cette ville,
explique Paul Glover. Prenons maintenant un fermier qui vend pour 20
dollars de fromage. À la place de la monnaie nationale, il reçoit donc
deux heures de travail gratuit. Avec ce petit capital, il achète par
exemple les services d’un menuisier, qui lui-même fait appel au
savoir-faire d’un mécanicien, lequel utilise ces heures pour payer son
chiropracteur, qui lui se sert de ces billets pour s’offrir quatre
places de cinéma, et ainsi de suite. C’est un système sans fin qui
grandit de lui-même, une économie écologique, en vase clos, qui s’écarte
du dollar et où le temps de travail réel remplaces les liquidités
abstraites.”

Au début, l’affaire ne tournait que sur une
centaine de commerces. Aujourd’hui, ce sent 1 450 boutiques et
entreprises qui acceptant cette devise locale, et une revue publiée tous
les deux mois remet à jour la liste des participants. À Ithaca, on peut
pratiquement tout acheter avec ces coupures. Des dîners en ville, des
réparations de toiture, des légumes, du mobilier et même des voitures
d’occasion. La mairie et la chambre de commerce ont avalisé la devise,
et l’Alternatives Federal Credit Union, une banque des plus officielles,
facture certaines de ses charges et quelques frais de crédit en Ithaca
hour, « Je ne suis pour rien dans le succès de cette méthode » insiste
Glover. « Ce sont les gens de la ville qui ont permis que cela
réussisse. Parce qu’ils ont cru en ce système ».

Le plus
étonnant, c’est que ce système de troc moderne fait des émules.
Vingt-cinq villes, dont Hardwick (Vermont), Waldo (Maine), Santa Fe
(Nouveau Mexique) et Kingston (Canada), ont édité, le plus légalement du
monde, leur propre monnaie. Et cela grâce aux conseils que Glover
dispense sur Internet, mais aussi avec l’aide de son kit de lancement,
qu’il vend avec une vidéo pour 40 dollars.
Une banlieue de Mexico
tente, elle aussi, l’aventure, et le jour de notre arrivée, sur son
vélo, notre hôte filait à un rendez-vous que lui avaient fixé des
émissaires zapatistes désireux de s’informer sur cette nouvelle forme
d’économie. “Ils cherchent un moyen de rendre financièrement viable leur
révolution, de sortir des circuits classiques de L’argent,
dit Glover. Vous savez, cette forme de troc est très intéressante pour
des pays pauvres, et j’ai eu plusieurs contacts avec des États
africains.”

En attendant, à Ithaca, on peaufine le système.
La
librairie Autumn Leaves est un peu la banque centrale du système.
(C’est ici que l’on vient changer ses dollars en Ithaca hours, jamais
l’inverse).
“Pas de spéculation, pas d’inflation, observant
Stephany Marx, le gérant. Nous émettons de nouveaux billets quand cela
est nécessaire, a mesure que l’organisation grandit. Et, comme routes
les banques, nous remplaçons les coupures endommagées. Pour faire
basculer les derniers sceptiques, voici un florilège des appréciations
que les habitants de la ville portent sur leur monnaie. Michael,
graphiste : “Les Ithaca hours sont la meilleure chose qui soit arrivée
dans notre cité depuis l’invention du pain en tranche.” Joe, marchand de
disques: “Cela reflète notre philosophie, stimule notre agriculture,
notre artisanat, et responsabilise nos vies.” Danny, électricien :
“Notre argent reste ici et nous
nous entraidons, plutôt que d’enrichir des multinationales.” Dave,
professeur d’économie : Cette organisation parallèle crée un lien de
solidarité et donne notamment la possibilité à des chômeurs de trouver
un emploi.” Eli, rabbin : ‘Les “heures” sont une manière de rendre
l’économie humaine, d’y ajouter une note chaleureuse et fraternelle.”
Charlie, fabricant de tambours: “Cette forme de troc nous permet, à ma
femme et à moi, de manger plus souvent au restaurant.” Bill et Cris,
marchands de légumes: “Grâce à cet argent local,
davantage de gens achètent des produits du terroir. Cela a fait
augmenter nos ventes, et nous nous offrons désormais des petits luxes
que nous n’aurions jamais pu nous payer en dollars. ” Voilà
succinctement résumée l’œuvre magique de Paul Glover, ce cycliste
activiste aimé des zapatistes et célébré par la presse capitaliste.

++++++++++

6 – En pleine guerre …

Les
gouvernements autour de la planète consacrent 1.000 milliards de
dollars américains à la défense, tandis qu’ils dépensent seulement 50
milliards de dollars pour le développement.

En pleine guerre du
vietnam, les américains ont dépensé jusqu’à 8 milliards de dollars par
jour pour maintenir leur armée dans cette région. Ce fut d’ailleurs une
période d’abondance matérielle et financière sans précédent pour les
américains

Compteur du cout de la guerre en Irak : http://costofwar.com/external link
Le 23 juillet 2004, c’était environ 124 milliards de dollars.

Quelle
différence cela ferait-il pour l’économie américaine si au lieu de
bombes ils avaient “parachuté” (c’est une image, évidemment) de
l’outillage agricole, des réfrigérateurs, des écoles et du matériel
hospitalier?

S’ils avaient proposé ce plan, ne croyez-vous pas que la coalition aurait été beaucoup plus étoffée?

++++++++++

7 – Qu’est ce qui empêche un « plan Marschall Européen ? »

Voir un article …: Éradiquer la pauvreté en Europe et dans les PVD. La nécessité d’un “plan Marshall” européen en support sur le fichier joint à cette page (130 ko en “pdf”) *,
(Proposition retenue au “Congrès Européen Citoyen” – Liège 22 et 23 septembre 2001 – )

Document dont la conclusion est la suivante:

Si
un gouvernement peut émettre des « bons du Trésor » ou des obligations
d’Etat, il peut émettre des crédits sans intérêt. Les deux sont des
promesses de payer, mais l’un plombe les prix, et l’autre aiderait les
populations. C’est une situation terrible lorsque le gouvernement, pour
augmenter la richesse nationale, doit s’endetter et se soumettre à payer
des intérêts ruineux à des structures privées qui contrôlent la valeur
fictive de la monnaie. Dans un système où la monnaie est crée par le
système bancaire privé, avec intérêt, chaque fois que nous voulons
augmenter la richesse nationale d’un pays, nous sommes forcés d’accepter
une augmentation de sa dette.

Un Plan Marshall Européen à
destination des PVD et de l’Europe elle-même “est possible” et cela ne
nous appauvrirait en rien, au contraire puisqu’il permettrait de
développer une production écologiquement orientée en créant des emplois.
C’est maintenant aux techniciens de la monnaie et aux économistes de
proposer un “schéma pratique”. Mais il est évident qu’il ne sert à rien
d’un coté d’aider ces pays pauvres par une action telle que celle ci
tout en les étranglant d’un autre en leur réclamant une dette et les
intérêts qu’ils ne peuvent payer sans des sacrifices que nous n’oserions
surement pas demander à nos propres populations.

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8 – Les mythes du déficit public …

Extrait du blog ” econoclaste” http://econoclaste.fr.st.free.fr/blog/html/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=104external link
07/03/05

A
peine installé dans ses nouveaux meubles, T. Breton s’est empressé de
se lancer dans le mélange de mantra et de démagogie qui caractérise tout
ministre des finances qui se respecte : il va relancer la croissance,
chercher à réduire le chômage, préserver le pouvoir d’achat, baisser
l’impôt sur le revenu, et bien entendu, réduire les déficits et
l’endettement public. Dans l’essentiel de ces domaines, le gouvernement
n’a en pratique aucun pouvoir, il s’agit donc là encore de pur brassage
de vent. En matière d’impôt sur le revenu, même si celui-ci est baissé,
cela n’aura aucun effet en pratique : d’autres impôts, ou l’endettement
public, augmenteront en compensation. Il s’agit donc de transferts de
charges, pas de baisses d’impôts.
Et en matière de déficit? le
contrôle du déficit, bien que critiqué, reste considéré comme
indispensable, même en faisant abstraction des contraintes du pacte de
stabilité. La majorité des critiques ne veulent qu’un adoucissement du
pacte. Mais rares sont ceux qui considèrent le déficit public, son
niveau, et la nécessité de sa réduction, comme totalement vide de sens.
Il est plus que nécessaire de démonter les mythes attachés au niveau du
déficit public.

Premier mythe : l’endettement public est une mauvaise chose, un danger pour la “soutenabilité” des finances publiques.

En
réalité, la dette n’est qu’un moyen de financer la dépense publique,
qui ne présente aucune différence avec un autre mode de financement (et
même plutôt des avantages). Pour le comprendre, considérons l’exemple
suivant (extrait de ce livre).
Considérons un individu qui charge
un agent de se charger de ses achats de vêtements. Pour cela, il confère
le droit à cet agent à la fois de décider du montant de ses achats, et
du moyen de financer cet achat. Supposons que l’agent décide d’acheter
pour 100 euros de vetements à l’individu. Le taux d’intérêt des prêts et
emprunts est de 10%. L’individu dispose d’un patrimoine de 1000 euros.
Trois moyens de paiement s’offrent : l’achat au comptant, l’achat à
crédit remboursé au bout d’un an, et l’achat à crédit dans lequel le
crédit n’est jamais remboursé : il faut simplement payer indéfiniment
les intérêts.
– première solution, l’achat au comptant. Il reste
alors 900 à l’individu, qui pourra les placer et en retirer un intérêt :
au bout d’un an, sa fortune est de 990 euros + des vêtements.

seconde solution, l’achat à crédit d’un an : pendant un an, l’individu a
détenu 1000 euros, qui lui ont rapporté des intérêts : il se retrouve
donc avec 1100 euros à la fin de l’année. Il doit payer sa dette et les
intérêts de celle-ci, soit 100(1 + 10%) = 110; il lui reste donc 1100 –
110 = 990 + des vêtements.
– troisième solution, l’emprunt
perpétuel : l’individu détient toujours 1100 euros au bout d’un an, d’où
il déduit 10 euros d’intérêts. Mais il s’est désormais engagé à payer
chaque année 10 euros : pour cela, il doit geler 100 euros, ne pas les
consommer, pour pouvoir indéfiniment payer les intérêts de sa dette. Lui
reste donc 1100 – 10 – 100 = 990 euros + des vêtements.

L’individu
peux trouver que la quantité de vêtements achetés par son agent est
trop élevée, ou trop faible : en tout cas, cet exemple montre qu’il pas
de raison de me préoccuper de la façon dont il finance cette dépense. En
remplaçant l’individu par l’ensemble des contribuables, et l’agent
acheteur de vêtements par l’Etat, ce modèle devient encore plus réaliste
: car si un individu mourra un jour, la population et l’Etat durent
éternellement. D’autre part, si pour un particulier il y a une
différence entre taux de prêt et taux d’emprunt (le second étant plus
élevé que le premier), dans le cas de l’Etat et des contribuables, ce
problème tombe : le coût de la dette publique est exactement égal à ce
qu’elle peut rapporter à un individu qui achète des obligations d’Etat.

Second Mythe : le chiffre du déficit public a une signification.

En
réalité, il s’agit pour une économie dans son ensemble de l’une des
données les moins significatives. Le déficit, rappelons-le, est la somme
de consommation de ressources par le gouvernement, de transferts
(prélever sur Paul pour donner à Pierre), et d’intérêts de la dette,
d’où l’on déduit les recettes publiques (dont les prélèvements
obligatoires). Pour l’économie d’un pays, cette addition n’a aucun sens.
En effet :
– les intérêts de la dette ne constituent pas, pour
l’essentiel, une charge pour la population. Pour la population, la dette
n’en est pas une puisque si elle n’existait pas, il faudrait leur
prélever des revenus sous forme d’impôts. Cette économie réalisée par
les contribuables constitue une forme d’épargne, car c’est comme si nous
n’avions pas eu à réaliser un montant de dépense égal à l’endettement
public. Les intérêts de la dette sont donc compensés par les intérêts
que rapporte ces revenus que les contribuables n’ont pas eu à débourser.
De la même façon, lorsqu’on affirme que chaque français doit supporter
une dette publique de 15 000 euros, on oublie premièrement que cette
dette est d’ores et déjà compensée : on oublie aussi qu’une bonne partie
de cette dette est détenue par les ménages français, il s’agit donc
d’un simple transfert.
– les produits s’échangent contre des
produits, la dépense publique n’est qu’un voile : une dépense publique
consistant à consommer des ressources réelles constitue une charge pour
la population : ce sont autant de facteurs de production qui auraient pu
être utilisés autrement (ajoutons que la valeur réelle de la production
publique issue de cette consommation de ressource n’est pas non plus
prise en compte); par contre, un prélèvement (comme par exemple le
versement d’une pension de retraite à un fonctionnaire) ne réduit pas la
quantité de produits disponibles pour la population dans son ensemble.
– les dettes sous-jacentes ne sont pas comptées. Lorsque l’Etat émet des titres, il reçoit une certaine somme d’argent
contre la promesse de la rembourser plus des intérêts dans l’avenir :
on appelle cela un endettement public. Lorsque l’Etat s’engage à payer
les retraites des salariés d’EDF et reçoit pour cela le versement d’une
soulte, l’opération est exactement la même : une perception immédiate
contre un engagement futur. Pourtant, dans le premier cas, l’émission de
titres est comptée comme déficit, dans le second cas, comme recette. De
la même façon, l’essentiel des engagements publics n’est pas pris en
compte dans la dette : les retraites futures des fonctionnaires, par
exemple, ne sont pas comptabilisées comme engagement. Faut-il croire que
cette dette n’existe pas?
– L’inflation réduit la dette publique
(comme celle de toutes les personnes endettées). La charge de la dette,
de ce fait, est beaucoup plus faible qu’elle n’appararaît.
– La main
droite du gouvernement n’ignore pas ce que fait sa main gauche : on peut
toujours nous effrayer avec une composante du déficit (les retraites
sont en déficit, ou autres “trous de la sécurité sociale”); en réalité,
il s’agit de pures fictions comptables. Par exemple, lorsque la Sécurité
sociale est en “déficit”, celui-ci est financé par émission de titres,
réductions d’autres dépenses, ou prélèvements fiscaux. Au bout du compte
l’opération est un ensemble de dépenses et de recettes publiques, que
l’on lie pour des raisons obscures. C’est comme si on affirmait que les
recettes de TVA servent uniquement à financer l’éducation nationale, que
l’on fasse la différence entre recettes de TVA et budget de l’EN, et
qu’on s’inquiète gravement du terrible problème du “déficit croissant de
l’éducation nationale”.

Troisième Mythe : le déficit public est un fardeau.

Ce
mythe présente diverses formes : parfois, on fera pleurer dans les
chaumières en annonçant que les générations futures seront criblées de
dettes; ou alors, que l’Etat exerce une “éviction” sur l’épargne
nationale en élevant par sa dette les taux d’intérêt.
– les
générations futures hériteront peut-être de notre endettement; mais
elles hériteront aussi de notre épargne accumulée, et de l’ensemble du
patrimoine constitué avec celle-ci et avec les dépenses publiques. On
peut toujours dire qu’une partie de la dépense publique actuelle ne
“sert pas” aux générations futures : mais bien malin qui pourra dire
laquelle. D’autre part, les générations futures seront plus riches que
nous : les contribuables de dans 25 ans seront environ deux fois plus
riches que les contribuables actuels. Le déficit constitue un moyen de
redistribution des riches (les français de demain) vers les pauvres (les
français d’aujourd’hui). C’est une forme particulièrement juste de
redistribution.
– l’endettement public est aussi supposé faire
monter les taux d’intérêt. Les études empiriques ne montrent que
rarement un effet conséquent de forts déficits publics sur les taux
d’intérêt dans un pays. La raison en est simple : l’endettement public
est en même temps un prêt aux contribuables, qui bénéficient de la
dépense publique sans avoir à la payer sous forme d’impôts
immédiatement. En s’endettant, le gouvernement emprunte à Paul, et lui
accorde un prêt du même montant. Cette opération peut être menée
indéfiniment sans effet sur les taux d’intérêt. On l’a bien vu lors du
passage à l’euro : de nombreux pays (à commencer par la France) ont
atteint leur objectif à l’aide d’artifices comptables, voire de
dissimulation de dépenses (si tant est que cela ai un sens). En
pratique, cela n’a eu aucun effet sur les taux d’intérêt en Europe qui
sont déterminés par d’autres variables.

Pourquoi ces élements
ne sont-ils que rarement pris en compte, et pourquoi la mythologie du
déficit survit-elle? Pour plusieurs raisons. La première d’entre elles
est une faute de logique, la fausse analogie : un gouvernement, un pays,
ne fonctionnent pas comme un ménage ou une entreprise. Une entreprise,
un ménage, qui s’endette, le fait auprès d’un tiers; mais le
gouvernement n’est pas séparé de la population de cette façon. Il y a
beaucoup d’irrationnel dans la perspective sur le déficit : La légende
dit même (d’après F. Lordon) que le chiffre des “3% du PIB” a été choisi
par P. Beregovoy en référence au “pire” atteint par les socialistes
durant leurs errements de 1981-1983. Ce chiffre avait une dimension
cathartique, symbolique : sa portée économique est beaucoup, beaucoup
plus discutable.
Mais la seconde raison est le caractère commode de
la discussion sur les déficits qui permet, en s’attachant à un débat
totalement dépourvu d’intérêt, de négliger les vrais problèmes posés par
les finances publiques. La dépense publique est-elle utile, efficace,
juste, correspond-elle à des besoins réels? L’impôt est-il simple, peu
distorsif? Le système fiscal est-il juste? la redistribution
fonctionne-t-elle de façon satisfaisante? N’y-at-il pas des gaspillages
publics? Tous ces aspects, qui permettent de juger l’action concrète du
gouvernement (car il peut agir sur ces variables-là, bien plus que sur
le chômage ou sur la croissance), sont gommés par la mythologie du
déficit. Et pour les gouvernements français, tout ce qui permet de
dissimuler la réalité de l’action publique est bon à prendre. Sinon, les
citoyens pourraient demander des comptes, ça ferait des histoires.

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